Le « modèle » allemand se fissure un peu plus (10/10/2025)

par Esteban Evrard Liberté Actus

Il fut un temps où l’Allemagne était présentée comme « la force tranquille de l’Europe », avec des excédents commerciaux record et une industrie championne de l’export. Mais en août, la production industrielle a chuté de 4,3 %, son plus fort recul depuis la pandémie. L’automobile — colonne vertébrale du pays — s’est écroulée de 18,5 % en un mois. Les commandes manufacturières sont en berne, les exportations reculent, les ventes au détail se contractent. Bien plus qu’une alerte, c’est la confirmation d’une crise structurelle.

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L’Allemagne a longtemps bâti sa puissance sur trois piliers : énergie bon marché, demande mondiale, domination technologique. Ces trois fondations se dérobent. Le gaz russe n’est plus là et le chancelier Merz semble plus va-t-en-guerre que jamais ; les États-Unis taxent les produits européens à 15 % et font tout pour attirer les fleurons allemands sur leur sol ; la Chine dépasse désormais les constructeurs allemands sur le terrain qu’ils croyaient imprenable : l’automobile.

La fin d’une époque ?

Sur le front intérieur, la consommation s’étouffe. En août, les ménages ont encore réduit leurs achats. L’inflation énergétique, les incertitudes sur l’emploi et la peur de la récession poussent les familles à épargner. L’Allemagne découvre ce que vivent d’autres peuples depuis longtemps : le doute, l’angoisse du lendemain, la disparition du mythe de l’invincibilité industrielle.

Le danger dépasse ses frontières. Si l’Allemagne cale, c’est toute l’Europe qui tremble. La première économie du continent risque une récession technique, après un PIB déjà en recul de 0,3 % au printemps. Et Bruxelles, fidèle à sa doctrine, continue de compter sur Berlin pour relancer la machine… sans voir que la machine ne répond plus.

La crise allemande n’est pas conjoncturelle. Elle marque la fin d’une époque où sa puissance était fondée sur l’export et l’austérité. Elle semble incapable aujourd’hui de penser la reconversion productive. Il ne s’agit pas de se réjouir de la chute d’un voisin, mais d’en tirer une leçon : sans politique industrielle, sans protection des savoir-faire, sans maîtrise énergétique, aucun modèle ne tient. Pas même le plus sacralisé.

Beaucoup de bruit sur l’automobile

Les dirigeants allemands s’agitent. L’AfD monte un peu plus à chaque élection et le modèle politique hérité de la RFA se fissure inexorablement. Dernier épisode en date, Friedrich Merz convoque un énième « sommet automobile » à Berlin, ce jeudi 9 octobre, rassemblant constructeurs, patrons et syndicats. On y parle de 2035, de moteurs thermiques, de prolonger les hybrides… mais le pouvoir semble incapable de répondre aux attentes du pays. Plus de 50 000 emplois ont déjà disparu en un an dans l’automobile, sans alternative solide.

Politiquement, la coalition éclate. Les conservateurs veulent abandonner l’interdiction des moteurs thermiques, les Verts défendent mordicus la mesure de Bruxelles, les sociaux-démocrates promettent des aides fiscales. Chacun parle d’« avenir », mais personne ne trace de cap. Résultat : une paralysie qui ressemble à celle que Berlin imposait autrefois à l’Europe, au nom de la rigueur.

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