22/11/2013
Kahlo-Rivera : le face-à-face d’un couple volcanique
Le musée de l’Orangerie, à Paris, présente «Frida Kahlo, Diego Rivera, l’art en fusion». Hommage à ce couple mythique d’artistes mexicains à l’aide de tableaux et de nombreux documents. Jusqu’au 13 janvier 2014.
Suite tardive de l’Année du Mexique en France, le musée de l’Orangerie présente « Frida Kahlo, Diego Rivera, l’art en fusion », entrecroisant un échantillon de tableaux, croquis et photos de ces artistes mexicains jusqu’au 13 janvier 2014.
Une quarantaine de clous s’enfoncent dans sa peau, ses bras, ses seins, son visage. Son corps est ouvert en deux. Découpée maladroitement du cou jusqu’au bassin, sa chair laisse entrevoir une colonne romaine prête à s’effondrer. Elle tient un drap blanc qui entoure sa taille et cache son sexe. La bouche est fermée, les cheveux détachés et des larmes blanches coulent sur un visage dénué d’expression de douleur (la Colonne brisée, 1944). Comme presque toujours dans ses tableaux, Frida Kahlo ne détourne pas le regard. Elle fait face, elle affronte. Ses yeux noirs, entourés d’épais sourcils, se plantent droit dans les nôtres. C’est sans doute ainsi qu’elle a planté, comme un « démon », disait son père, ses yeux dans ceux de Diego Rivera, maître muraliste mexicain de vingt ans son aîné.
Histoire d’amour et de peinture
Le musée de l’Orangerie a donc souhaité la mise en scène de cette histoire d’amour et de peinture devenue mythique. L’art en fusion ? En réalité, les œuvres de Frida Kahlo et Diego Rivera ont du mal à y dialoguer. Trois salles tentent de donner autant de place à l’un qu’à l’autre mais difficile de ramener l’œuvre monumental et mural de Rivera à un petit choix de peintures de jeunesse inspirées par l’Europe ou à quelques portraits et natures mortes. Le défi était presque insurmontable. Ce qui frappe en revanche dans la première salle, c’est la façon dont ces deux êtres libres, passionnés, engagés mais aussi profondément meurtris, prennent littéralement vie, à travers une galerie de photographies (de Muray, Gisèle Freund, Guzman ou Lola Alvarez Bravo) et une vidéo, dont on ne se lasse pas, où on les voit évoluer dans le jardin de la Maison bleue à Coyoacan, puis lorsqu’ils accueillent Trotski et sa femme.
Face-à-face toujours troublant
À ces images disposées comme un album de famille, se mêlent de petites toiles et croquis douloureux. Comme celui de cet accident de bus qui, en 1925, lui brise la colonne vertébrale (Accident, peint en 1926) et la condamne à la stérilité. Le drame de sa vie. On relèvera d’ailleurs qu’une des lithographies sur papier, digne des plus jolies planches de physiologie végétale du XVIIIe, intitulée en espagnol El Aborto, souffre d’un contresens de traduction dommageable puisqu’il ne s’agit pas de « l’Avortement » mais d’une fausse couche… Dans la deuxième salle, on embrasse d’un coup d’œil les modèles modestes que le couple peint essentiellement dans les années 1940 : portraits d’Indien huichol, de paysans, de marchande de fleurs, d’ouvriers, de domestiques et d’enfants de servantes…
L’exposition se termine sur un espace fermé dédié aux toiles de Frida dans lequel on retrouve la Colonne brisée mais aussi le très sanguinolent Quelques Petits Coups de pique, où le corps lacéré d’une femme est étendu sur une planche en bois. Un viol et un meurtre sans doute. Enfin, ce face-à-face, toujours troublant, se prolonge avec la série d’autoportraits et un tout petit tableau, minuscule, peut-être un des plus minimalistes et volcaniques à la fois, peint en 1950, quatre ans avant sa mort. Un tableau qui les contient tous.
Catalogue de l’exposition « L’art en fusion », coéditions Hazan-musée d’Orsay, 224 pages, 35 euros.
13:22 Publié dans Actualités, Arts | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mexique, peinture, frida kahlo, diego rivera |
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20/11/2013
L’exclusion sociale touche un enfant sur cinq
C’est le constat accablant, rendu public à l’occasion de la Journée des droits de l’enfant, d’une vaste étude menée en France par l’Unicef auprès des jeunes de six à dix-huit ans.
Si la jeunesse est bel et bien la priorité du chef de l’État, celui-ci doit se dire en cette Journée internationale des droits de l’enfant, qu’il lui reste beaucoup de pain sur la planche. Rendue publique hier, une nouvelle étude sur les conditions de vie des enfants dresse en effet un tableau des plus inquiétants. Selon l’Unicef, qui a commandité cette vaste enquête de six mois, menée auprès de 22 500 jeunes de six à dix-huit ans dans 70 villes, « près d’un enfant sur cinq (17 %) vit dans une situation d’intégration sociale précaire, dont 7 % sont en situation d’exclusion extrême, déjà pris dans un dispositif de disqualification sociale ».
À l’origine de ce constat, une consultation réalisée par l’institut TNS Sofres qui a posé plus de 130 questions aux enfants sur leurs droits, leur accès à l’éducation, aux loisirs ou à la santé. Parmi les résultats notables, on notera que 90 % se sentent « respectés dans leur vie quotidienne » et, à 95 %, « en sécurité chez eux ». En revanche, dans le cadre scolaire, une part importante de ces jeunes (55 %) disent « être harcelés ou ennuyés par d’autres » et seuls 68 % ont le sentiment de pouvoir parler de ces problèmes à un adulte. Sans être forcément surprenants, d’autres éléments interrogent. Ainsi, 55 % des sondés confient « voir des images sur Internet ou à la télévision qui les choquent », et presque autant (51 %) avouent « regarder des émissions réservées aux adultes ». Enfin, 5 % affirment ne pas manger trois repas par jour et seuls 62 % disent avoir accès à une infirmière scolaire.
« Tout se passe, précise aussi le rapport, comme si les instruments de la socialisation, loin de corriger les inégalités socio-économiques des enfants, ne faisaient en réalité que les renforcer. » Pour le sociologue Serge Paugam, coauteur de l’étude, si ces résultats « n’autorisent pas à conclure que les jeux sont faits dès l’enfance », ils prouvent néanmoins qu’« il existe un risque élevé de reproduction sociale ». Ce que la coauteure de l’enquête, la médecin Catherine Dolto, appelle la « spirale négative dans laquelle sont entraînés les enfants et les familles défavorisés ». « La France est l’un des pays de l’OCDE qui dépense le plus pour ses enfants (…) ; pour autant, elle ne parvient pas à enrayer le cercle vicieux de l’exclusion » qui les frappe, regrette de son côté la présidente d’Unicef France, Michèle Barzach.
Une justice à l’écoute ? La défenseure des enfants, Marie Derain, formule dix propositions pour que la parole des enfants soit mieux écoutée par la justice, notamment dans les séparations conflictuelles (22,5 % des saisines). Elle suggère ainsi de « reconnaître une présomption de discernement à tout enfant qui demande à être entendu par un juge ». Charge ensuite au magistrat d’apprécier son discernement.
- Michel Ménard « La mixité sociale au cœur des colos »
58 % des enfants ont peur de devenir pauvres
12:54 Publié dans Actualités, Connaissances, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pauvreté, unicef, droits de l'enfant, enfants pauvres, catherine dolto, exclusion sociale, harcèlement scolaire, serge paugam |
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