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31/12/2025

Quels étaient les prénoms les plus portés en France au Moyen Âge ?

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Quelle que soit la période historique, on observe des tendances qui déterminent la popularité de certains prénoms. Ceux-ci ne présentent pas forcément une signification ou un affect particuliers pour l’enfant. Ils possèdent avant tout une fonction pratique pour identifier les individus. Retour sur une liste des prénoms les plus courants au Moyen Âge.

Au cœur de la période médiévale, les prénoms n’ont pas un grand intérêt pour la population. Il peut être question de souligner l’appartenance à une communauté ou à une famille. On écarte toutefois une symbolique particulière, voire un rapprochement entre le caractère d’un individu et son patronyme. En France, au Moyen Âge, on distingue moins d’une dizaine de prénoms pour identifier près de la moitié de la population. De père en fils, les parents transmettent souvent leur propre patronyme. D’une ascendance aristocratique ou paysanne, le statut social des personnes importe aussi dans le choix des prénoms. À l’époque, l’état civil n’existe pas. Les naissances et les prénoms des enfants sont inscrits dans les registres paroissiaux.

Quel est le prénom médiéval pour garçon le plus populaire ?

Au Moyen Âge, la Bible constitue la principale source d’inspiration des prénoms. Pendant cette période, la popularité de Jean demeure incontestable. Il fait référence au saint et possède de nombreuses déclinaisons dans les langues européennes. À titre d’exemple, on peut évoquer Juan, Giovanni, John et Yoan. Il connaît une variante en prénom féminin avec Jeanne. La racine hébraïque de cette dernière, Yohanan, peut se traduire par « Dieu a fait grâce ». Parmi les autres prénoms courants, on retrouve Roland, en référence à la chanson éponyme.

Pourquoi les prénoms de chevaliers au Moyen Âge sont-ils appréciés ?

La littérature arthurienne a joué un rôle important dans le choix des prénoms au Moyen Âge. D’après les chevaliers de la Table ronde du légendaire roi Arthur, Lancelot, Gauvain et Tristan sont très appréciés. Certaines grandes figures inspirent également l’admiration et expliquent la popularité de certains prénoms. C’est le cas d’Aliénor, en référence à Aliénor d’Aquitaine. Quant à celui de Mathilde, il possède une origine germanique et demeure très usité dans le nord de la France. En effet, la reine Mathilde était originaire des Flandres. Son étymologie évoque la force et la puissance au combat. On peut aussi s’attarder sur le prénom Clovis qui renvoie au souverain.

Y a-t-il d’autres exemples de prénoms médiévaux courants au Moyen Âge ?

Qu’ils soient de nature masculine ou féminine, on retrouve d’autres prénoms populaires, au cours du Moyen Âge. Parmi ceux-ci figurent Baudouin, Edwin, Eudes, Gauthier et Guillaume en français. Les garçons pouvaient aussi s’appeler Philippe, Gervais ou René. Pour une petite fille, les parents appréciaient Emma, Constance et Adélaïde. À cela s’ajoutent Éléonore, Agnès, Marie et Isabelle. Ces prénoms, comme d’autres, pouvaient avoir un regain de popularité ou devenir plus rares selon la période.

Source Par Marine Cestes, CaMinteresse

12:08 Publié dans Histoire, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : moyenage, noms | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

26/12/2025

Quand les « Noël rouges » irriguaient la France

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Non, il ne s’agit pas d’une ode à la trop célèbre marque du soda américain qui fixa la couleur rouge du Père Noël en 1930 à des fins mercatiques. Les Noël rouges furent, pendant les années de l’entre guerres, la création, par des communistes, de fêtes solidaires et culturelles dégagées de la religion.

Ces fêtes naquirent sous l’impulsion d’une organisation libre penseuse proche du Parti communiste qui vit le jour quelques années après le congrès de Tours sous le nom d’Union fédérale des libres penseurs révolutionnaires (UFLPPR) transformée en 1932 en une Association des travailleurs sans Dieu (ATSD).

Des « fêtes enfantines »

L’idée était, par une sécularisation des fêtes de fin d’années, de créer une convivialité destinée à mener « La Lutte antireligieuse et sociale » conformément au titre de la revue des travailleurs sans Dieu.

Il s’agissait de poursuivre, au sein du mouvement communiste français, les démarches lancées autour de la SFIO et de la franc-maçonnerie du Grand Orient de France par Marcel Sembat avec son Comité central des Fêtes et Cérémonies civiles de l’Ordre et sa publication de son organe, « les Annales des Fêtes et Cérémonies civiles ».

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C’est le jeune Louis Aragon qui propose dans « La Lutte » un manifeste proposant une ligne pour les Noël Rouges : « L’athéisme est en effet seul compatible avec la théorie révolutionnaire qui est propre au prolétariat. La croyance en l’existence d’un dieu est une croyance contre-révolutionnaire, car les dieux ne sont pas au ciel mais sur la terre, et ils ne sont pas autre chose que des machines intellectuelles pour la préservation de l’État capitaliste. […] Reprenons le nom d’athées que les curés nous jettent à la face avec une sainte horreur […] et marquons par là ce qui nous distingue particulièrement des social-démocrates qui ont abandonné les fondements matérialistes du capitalisme et qui prétendent qu’on peut être socialiste à la fois et spiritualiste ou idéaliste, voire chrétien ».

Un « rapport sur le travail du Parti dans les organisations de Libre Pensée » établi en 1931 par le secrétariat du Parti (agit-prop) estimait le nombre des libres penseurs révolutionnaires à 3 000 ; 2 000 adhérents, est-il précisé, étaient dans les départements du Nord et du Pas-De-Calais, qui possédait une cinquantaine de sections locales.

Pour «  arracher l’enfance des sales pattes des corbeaux », les Sans-Dieu organisaient des fêtes pour enfants ; en 1932, une séance récréative fut assurée pour les enfants des écoles d’Ivry, le clou en fut une pièce antireligieuse intitulée La tyrannie des prêtres. À Roncq, le 7 juin 1931, « une fête enfantine » rassembla 300 enfants de grévistes qui, après avoir défilé quatre par quatre en chantant l’Internationale et en criant « du pain pour les enfants, du plomb pour les patrons », reçurent du vin, des biscuits et des gâteaux.

On célébrait des « Noëls rouges enfantins »  ; le 24 décembre 1934, le Groupe Octobre anima un « Noël rouge » organisé pour les enfants des militants emprisonnés et des réfugiés politiques ; un orateur du Secours rouge international vint expliquer aux jeunes spectateurs que Noël était «  une vieille fête païenne que les hommes célébraient vingt mille ans avant l’ère chrétienne » et que l’histoire du Christ n’était qu’une légende inventée pour « détourner les malheureux de toute envie et les empêcher de recourir à la violence pour sortir de misère ».

Nicolas Pommies pour Liberté Actus

 

Karl Marx en père Noël

jc noel.jpgComme chaque année, les jeunes communistes du Val-de-Marne organisent leur « Noël Rouge ». Un Noël qui met au cœur de tout la solidarité et le partage, à l’heure où la situation sociale est de plus en plus compliquée pour les familles et que les prix augmentent. L'idée de cette action solidaire est simple : récolter des cadeaux devant les magasins puis, par la suite, les redistribuer aux enfants des familles en difficulté.

Le Noël Rouge ne s'arrête pas à une simple action de charité dépolitisée. Bien au contraire, à travers nos récoltes et nos distributions nous voulons dénoncer une aggravation de la précarité, notamment dans le Val-de-Marne. La sobriété, tant prônée par le gouvernement, est déjà subie depuis longtemps par les Val-de-Marnais·se·s les plus précaires qui se privent tout au long de l’année. Noël Rouge, c’est revendiquer un droit au bonheur de toutes et tous !

Cette action prend aussi tout son sens dans une période où la majorité départementale LR détruit le bouclier social val-de-marnais construit par les communistes, notamment à travers la suppression du chèque solidarité, de la fête de la solidarité, à travers une économie d’un million sur le budget solidarité et d’un futur projet d’attaque du RSA.

Henri Chassagne et Ignacio Franzone

Mouvement Jeunes communistes de France du Val-de-Marne

 

10:21 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noel rouge | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

22/12/2025

Billet d’humeur ! Surarmement et défense nationale sont-ils synonymes ?

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Dès la révélation de la cyberattaque visant le ministère de l’Intérieur, certains journalistes ont immédiatement pointé du doigt la Russie, comme réflexe quasi automatique dès qu’il est question de cybersécurité ou d’ingérence. Or, les faits sont plus prosaïques : un jeune homme de 22 ans du Limousin a été interpellé et présenté comme capable d’avoir pénétré des réseaux pourtant réputés quasi inviolables et sensibles de l’État.

Si cette version est confirmée, elle dit beaucoup moins sur une prétendue menace étrangère que sur l’état réel de nos systèmes de défense numérique. Qu’un individu aussi jeune mais apparemment bien informé des méthodes de piratage puisse accéder aux réseaux du ministère de l’Intérieur révèle une cybersécurité gravement défaillante, incapable de protéger des bases contenant des millions de données stratégiques, mais aussi des informations personnelles concernant des citoyens, des agents publics, des enquêtes et des procédures judiciaires.

L’inquiétude est d’autant plus vive que l’État affirme vouloir décupler les moyens consacrés à la production d’armes et aux équipements militaires. Mais comme je l’ai déjà écrit dans un article de Liberté Actus, cette fuite en avant masque une réalité plus dérangeante : on peut émettre de sérieuses inquiétudes sur nos capacités de défense que le pouvoir confond avec l’achat par l’argent des Français d’armements toujours plus nombreux, sophistiqués et extrêmement coûteux pour répondre aux lobbys des fabricants d’armes et de leurs commanditaires du grand capital.

Quand on sait que nombre de ponts en France ne supporteraient même pas le passage d’un char d’assaut, tant leur état est périlleux, que la cybersécurité de l’État elle-même est vulnérable, que nos services publics dont nos hôpitaux sont fortement dégradés avec des urgences au bord de l’asphyxie, que notre sidérurgie est bradée, le discours sur le « surarmement » apparaît pour ce qu’il est : un choix industriel et financier, destiné avant tout à alimenter les profits des capitalistes de l’armement, bien plus qu’à protéger la nation.

Car la défense nationale est un tout et il faut qu’à l’intérieur du pays tout fonctionne avec une mobilisation d’acier pour les citoyens qui doivent trouver dans les dirigeants un soutien moral total et une attitude exemplaire. Appeler à l’esprit de sacrifice les citoyens quand les dirigeants ont tant de mal à montrer l’exemple, cherchez l’erreur ! On est loin du compte, non ?

Entre infrastructures civiles à l’abandon et défenses numériques en lambeaux, cette cyberattaque agit comme un révélateur brutal : la France est sans doute tout aussi menacée, voire moins, par des hackers d’ennemis potentiels que par ses propres renoncements stratégiques en matière industrielle, sanitaire et sociale !

par Jean-Paul Legrand pour Liberté Actus

19:21 Publié dans Economie, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armée française | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

19/12/2025

Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper.

Laicité, Cécile Cukierman

Dans « Tartuffe », Molière mettait déjà à nu la logique patriarcale et hypocrite de la religion, souligne le philosophe Henri Peña-Ruiz, auteur du « Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Plon).

Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper. Sa dénonciation du patriarcat et du sort qu’il réserve aux femmes est très juste. Je l’assure de ma totale solidarité dans sa défense de la laïcité comme principe d’émancipation.

À LIRE AUSSI : "Il n'y a pas de 'libre choix' derrière le port du voile" : réponse à Nadège Abomangoli

Résumons. Ce n’est pas à la femme de cacher son corps mais à l’homme de maîtriser ses pulsions. Molière le rappelle dans Tartuffe, le faux dévot qui fait semblant d’être outré par les seins de Dorine, qu’il juge trop visibles, alors même qu’il les dévore des yeux. Dorine-Molière lui règle son compte magistralement :

« Tartuffe (Il tire un mouchoir de sa poche.)

Ah ! mon Dieu, je vous prie,

Avant que de parler prenez-moi ce mouchoir.

Dorine

Comment ?

Tartuffe

Couvrez ce sein que je ne saurais voir :

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

Dorine

Vous êtes donc bien tendre à la tentation,

Et la chair sur vos sens fait grande impression ?

Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :

Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte,

Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,

Que toute votre peau ne me tenterait pas. »

(Molière, Tartuffe, acte III, scène 2, vers 860-862)

Religion et patriarcat

Molière avait tout compris. La religion d’une société patriarcale et machiste déroule son discours pudibond en rendant la femme responsable du désir de l’homme, intensément éprouvé mais hypocritement dénié. Ainsi, l’obligation de se voiler, unilatérale, signifie que la femme est coupable de séduire alors que l’homme qui ne fait pas d'efforts pour se maîtriser serait innocent. Molière-Dorine renverse la tartufferie en se plaçant du point de vue de la femme qui, elle, assume son non-désir de Tartuffe de façon cinglante. Par cette symétrie inversée, elle brise de façon frontale l’inégalité sous-jacente à toute obligation unilatérale de pudeur adressée à la femme. Elle ne cachera pas le haut de ses seins, parce que les « coupables pensées » ne dépendent nullement d’elle mais du seul Tartuffe. Elle le montre en affirmant son indifférence voire son dégoût devant Tartuffe imaginé nu. Coup double. Elle lui exprime son rejet et elle lui démontre que chacune ou chacun est libre de contrôler toute tentation.

À LIRE AUSSI : 120 ans de la loi de 1905 : "Face aux vents contraires, la laïcité demeure notre meilleur horizon"

Voit-on beaucoup d’hommes qui se voilent ? Non. Il leur faut bien exhiber leur chevelure, voire leur barbe si ostensiblement « virile », pour se faire admirer, voire désirer. Le contraste est saisissant entre d’une part, ces femmes privées de droit au visage, regardant le monde les yeux dissimulés derrière un grillage de toile, ou celles qui cachent leur crâne sous une perruque, et ces hommes qui déambulent fièrement, cheveux et barbe au vent. Quelle image de l’égalité des sexes ! Un peu d’histoire.

Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !

Jadis, dans les sociétés patriarcales, des religieux s’emparèrent de la pudeur, attitude de retenue et de discrétion. Mais paradoxalement, en spiritualistes hypocrites, ils choisirent de privilégier la manifestation extérieure. Et ils étaient si peu dépositaires de l’éternité divine qu’ils ne parvinrent pas à transcender les préjugés de leur époque. Ils définirent donc la pudeur selon des critères différents pour les hommes et pour les femmes. La charge des exigences fut plus lourde pour le sexe déclaré faible selon une étrange idée de la force. Et surtout les pouvoirs inégaux reconnus aux deux sexes, comme par hasard, furent identiques à ceux qui existaient dans leur société.

L’imaginaire religieux n’avait pu dépasser les limites idéologiques d’une société machiste et patriarcale ! Gargarisé de transcendance, il s’était enlisé dans l’immanence ! Dieu fut enrôlé au service du machisme. Voilà comment la hiérarchie des sexes fut consacrée et déclarée sacrée. Avec, à la clef, des vêtements bien sexués. Voile, robe longue à l’exclusion de tout pantalon, et surtout effacement derrière l’homme dès qu’il s’agit de décisions importantes.

Importance de la laïcité

Qui a tenu la plume des textes sacrés ? Des hommes. Et l’on découvre alors d’étonnantes recommandations « divines ». Dans les trois religions du Livre – Ancien et Nouveau Testament, Coran –, Dieu tient des discours machistes. « Tes désirs te porteront vers ton mari et lui dominera sur toi » (Genèse), « Femmes, soyez soumises à vos maris » (saint Paul). « La femme a un degré de préséance de moins que l’homme » (Coran). Comme l’écrit Averroès, lorsqu’un verset du Coran heurte la raison, il faut l’interpréter et lui dénier tout pouvoir normatif. Baruch Spinoza dit de même pour la Torah, et Richard Simon pour les Évangiles. L’interprétation distanciée déjoue la soumission au texte littéral. Certaines femmes n’ont pas attendu la conversion de Dieu au féminisme. Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !

À LIRE AUSSI : "La laïcité ne se résume pas à la loi du 9 décembre 1905"

On ne dira jamais assez l’immense vertu émancipatrice de la laïcité, qui délivre la loi civile de la loi religieuse. Honte à ceux qui prétendent que la promotion de la laïcité est raciste. Ils ne savent pas ce qu’ils disent. Le racisme est un différentialisme. Or, c’est l’émancipation universelle des femmes qui se joue dans l’idéal laïque. Pour Karl Marx, le degré d'émancipation de la femme est la mesure du degré de l'émancipation générale. Lisons : « Dans le rapport avec la femme, proie et servante de la volupté commune, se trouve exprimée l‘infinie dégradation où l’homme se trouve pour lui-même » (Marx, La Sainte famille). Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat, proclame que « la femme est l’avenir de l’homme ».

Source Marianne

19:47 Publié dans Actualités, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laicité, cécile cukierman | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

14/12/2025

Réouverture des maisons closes : "La prostitution, ce n’est ni un métier, ni du sexe, c’est un système de domination" Tribune

 

maison close,pétition

Tribune collective publiée par Marianne

Le député Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy a annoncé qu'il préparait une proposition de loi pour réautoriser les maisons closes, interdites en France depuis 1946. Dans une tribune, plusieurs responsables d'associations ou de différents partis politiques, dont François Hollande, Fabien Roussel, Laurence Rossignol, Carole Delga, Jérôme Guedj ou Olivier Faure s'y opposent, au nom du droit des femmes.

Depuis quelques jours, la presse et les médias se sont emparés de l’annonce faite par Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national (RN) : rouvrir les maisons closes. Pas n’importe comment : en modèle coopératif, certainement pour donner un air de modernité à ce qui n’est rien d’autre que l’exploitation, par les hommes, du corps des autres.

À LIRE AUSSI : Prostitution des mineurs : "En dépit de la médiatisation croissante, les peines sont souvent décevantes"

Parce qu’en matière de prostitution, on oublie souvent de dire que la plupart de ceux qui payent pour des actes sexuels sont des hommes, que neuf mis en cause pour exploitation sexuelle sur dix sont des hommes. On oublie souvent de dire que les violences et les sévices, les assassinats dont sont victimes les personnes en situation de prostitution, ce sont les hommes qui les exercent.

Une exploitation systémique

On oublie aussi de dire que les mineures sont massivement exposées, que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 15 ans, que des garçons mineurs se livrent aujourd’hui à du proxénétisme et que les ressorts qu’ils utilisent, comme ceux des proxénètes adultes, sont ceux de la contrainte : stratégies d’emprise, isolement, menaces ou chantage à la diffusion d’images intimes.

À LIRE AUSSI : Prostitution, incels… "Ne serait-il pas temps d’apprendre aux hommes qu’ils n’ont aucun droit sur le corps des femmes ?"

L’achat d’actes sexuels relève systématiquement de violences masculines. En France, 99 % des acheteurs identifiés sont des hommes. Et cette demande masculine ne disparaît pas en ligne. Elle alimente directement l’économie du proxénétisme numérique. Plus de 80 % des utilisateurs des plateformes OnlyFans et Mym sont des hommes, confirmant que l’économie du « contenu payant » repose elle aussi sur une demande masculine structurante. Le proxénétisme lui-même s’est entièrement digitalisé : repérage en ligne, « managers » qui prélèvent jusqu’à 50 % des gains, plateformes qui captent le reste. Entre 2020 et 2023, les revenus d’OnlyFans sont passés de 375 millions à 6,6 milliards de dollars. Cette économie parallèle transforme les femmes en source de profit.

« Il est frappant de constater que l’une des rares fois où le RN parle des femmes, c’est pour proposer leur mise en vitrine. Cela en dit long sur leur vision de la société. »

À LIRE AUSSI : "Certaines jeunes filles servent même de recruteuses" : pourquoi la prostitution des mineures explose en France

La prostitution, glamourisée sur les réseaux sociaux, promet autonomie et indépendance financière, tout en plaçant les femmes, souvent jeunes, dans des situations de violence et de précarité. Ce récit séduisant masque une réalité d’exploitation systémique qui ne saurait être effacée par un modèle de « coopérative ». Tant que des hommes peuvent payer l’accès au corps d’autrui, il n’y a ni égalité ni véritable choix. La contrainte économique et l’emprise psychologique demeurent, tout comme les violences masculines.

Lutter contre le proxénétisme

Le 13 avril 2016, la France a fait un choix clair : adopter une position abolitionniste en interdisant l’achat d’actes sexuels. Elle est ainsi devenue l’un des premiers pays à pénaliser les clients et les proxénètes dans une logique de protection des personnes en situation de prostitution et d’exploitation sexuelle. La loi prévoit un parcours de sortie de la prostitution (PSP). Pourtant, depuis sa promulgation, moins de 4 000 femmes y ont eu recours, alors qu’on estime qu’environ 40 000 femmes sont en situation de prostitution. Face à l’ampleur du phénomène, seulement 1 300 clients sont verbalisés chaque année.

À LIRE AUSSI : Prostitution des mineurs : "Le numérique a facilité le recrutement et l’organisation de l’exploitation sexuelle"

Si la France mettait les mêmes moyens pour lutter contre le proxénétisme et les violences sexuelles, en particulier sur les mineurs, qu’elle met dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, nous ferions d’incontestables progrès. En plus d'un manque de moyens, nous assistons dix ans plus tard à un inquiétant retour en arrière. Il est d’ailleurs frappant de constater que l’une des rares fois où le RN parle des femmes, c’est pour proposer leur mise en vitrine. Cela en dit long sur leur vision de la société.

À LIRE AUSSI : ​Loi prostitution, un an après : à Lille, "ça rend fou tout le monde"

La prostitution, ce n’est ni un métier, ni du sexe. C’est un système de domination reposant sur une liberté : celle du client et aucune autre. Peut-on vouloir construire une société d’égalité entre les femmes et les hommes, entre nos filles et nos garçons alors que les uns peuvent acheter le corps des autres pour en abuser ? Nous ne le croyons pas. Ne nous trompons pas. Derrière ces systèmes, il y aura toujours des individus pour organiser, contrôler, menacer, exploiter les femmes et leur rappeler que ce sont toujours les hommes qui décident.

***

À l'initiative de Céline THIÉBAULT-MARTINEZ, députée de Seine-et-Marne

Liste des cosignataires :

Laurence ROSSIGNOL, Sénatrice du Val-de-Marne

Véronique RIOTTON, Présidente de la Délégation de l'Assemblée nationale aux droits des femmes, Députée de la Haute-Savoie

Dominique VÉRIEN, Présidente de la Délégation du Sénat aux droits des femmes, Sénatrice de l'Yonne

Marie-José ALLEMAND, Députée des Hautes-Alpes

Cathy APOURCEAU-POLY, Sénatrice du Pas-de-Calais

David ASSOULINE, Ancien sénateur

Christian ASSAF, Conseiller régional d’Occitanie

Jérémy BACCHI, Sénateur des Bouches-du-Rhône

Erwan BALANANT, Député du Finistère

Christian BAPTISTE, Député de la Guadeloupe

Pierre BARROS, Sénateur du Val-d'Oise

Alexandre BASQUIN, Sénateur du Nord

Marie-Noëlle BATTISTEL, Députée de l’Isère

Fabrice BARUSSEAU, Député de la Charente-Maritime

Belkhir BELHADDAD, Député de Moselle

Béatrice BELLAY, Députée de la Martinique

Karim BENBRAHIM, Député de la Loire-Atlantique

Hélène BIDARD, Adjointe à la Mairie de Paris

Annick BILLON, Sénatrice de la Vendée

Nicole BONNEFOY, Sénatrice de la Charente

Denis BOUAD, Sénateur du Gard

Hussein BOURGI, Sénateur de l’Hérault

Laure BOTTELA, Secrétaire nationale en charge du pôle féminisation du Parti socialiste

Isabelle BRIQUET, Sénatrice de la Haute-Vienne

Colombe BROSSEL, Sénatrice de Paris

Céline BRULIN, Sénatrice de la Seine-Maritime

Philippe BRUN, Député de l’Eure

Marion CANALÈS, Sénatrice du Puy-de-Dôme

Colette CAPDEVIELLE, Députée des Pyrénées-Atlantiques

Paul CHRISTOPHLE, Député de la Drôme

Évelyne CORBIÈRE NAMINZO, Sénatrice de La Réunion

Jean-Pierre CORBISEZ, Sénateur du Pas-de-Calais

Thierry COZIC, Sénateur de la Sarthe

Hélène CONWAY-MOURET, Sénatrice représentant les Français établis hors de France

Cécile CUKIERMAN, Sénatrice de la Loire

Karine DANIEL, Sénatrice de la Loire-Atlantique

Laure DARCOS, Sénatrice de l'Essonne

Marie-Pierre DE LA GONTRIE, Sénatrice de Paris

Carole DELGA, Présidente du conseil régional d’Occitanie

Julie DELPECH, Députée de la Sarthe

Michaël DELAFOSSE, Maire de Montpellier

Dieynaba DIOP, Députée des Yvelines

Fanny DOMBRE-COSTE, Députée de l’Hérault

Peio DUFAU, Député des Pyrénées-Atlantiques

Iñaki ECHANIZ, Député des Pyrénées-Atlantiques

Yasmine EL JAÏ, Secrétaire nationale chargée de la formation à l’égalité Femme-Homme du Parti socialiste

Olivier FAURE, Premier Secrétaire du Parti socialiste

Agnès FIRMIN LE BODO, Députée de la Seine-Maritime

Denis FÉGNÉ, Député des Hautes-Pyrénées

Sébastien FAGNEN, Sénateur de la Manche

Corinne FÉRET, Sénatrice du Calvados

Jean-Luc FICHET, Sénateur du Finistère

Fabien GAY, Sénateur de la Seine-Saint-Denis

Guillaume GAROT, Député de la Mayenne

Océane GODARD, Députée de la Côte-d’Or

Guillaume GOUFFIER VALENTE, Député du Val-de-Marne

Hervé GILLÉ, Sénateur de la Gironde

Michelle GRÉAUME, Sénatrice du Nord

Emmanuel GRÉGOIRE, Député de Paris

Sacha HOULIÉ, Député de la Vienne

Jérôme GUEDJ, Député de l’Essonne

Stéphane HABLOT, Député de Meurthe-et-Moselle

Béatrice HAKNI-ROBIN, Porte-parole de la Fédération du Parti Socialiste de l’Hérault

Ayda HADIZADEH, Députée du Val-d’Oise

Laurence HARRIBEY, Sénatrice de la Gironde

Florence HEROUIN-LÉAUTEY, Députée de la Seine-Maritime

Éric JEANSANNETAS, Sénateur de la Creuse

Chantal JOURDAN, Députée de l’Orne

Sandrine JOSSO, Députée de la Loire-Atlantique

Patrick KANNER, Président au Sénat du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain

Marietta KARAMANLI, Députée de la Sarthe

Fatiha KELOUA-HACHI, Députée de la Seine-Saint-Denis

Elisabeth LABAY, Adjointe au maire de Rouen

Gérard LAHELLEC, Sénateur des Côtes-d'Armor

Annie LE HOUÉROU, Sénatrice des Côtes-d’Armor

Gérard LESEUL, Député de Seine-et-Maritime

Delphine LINGEMANN, Députée du Puy-de-Dôme

Audrey LINKENHELD, Sénatrice du Nord

Monique LUBIN, Sénatrice des Landes

Nicolas MAYER-ROSSIGNOL, Maire de Rouen

Didier MARIE, Sénateur de la Seine-Maritime

Marianne MARGATÉ, Sénatrice de la Seine-et-Marne

Marie MERCIER, Sénatrice de la Saône-et-Loire

Serge MÉRILLOU, Sénateur de la Dordogne

Marie-Pierre MONIER, Sénatrice de la Drôme

Jacques OBERTI, Député de la Haute-Garonne

Pierre OUZOULIAS, Sénateur des Hauts-de-Seine

Sophie PANTEL, Députée de la Lozère

Marc PENA, Député des Bouches-du-Rhône

Christine PIRES-BEAUNE, Députée du Puy-de-Dôme

Émilienne POUMIROL, Sénatrice de la Haute-Garonne

Pierre PRIBETICH, Député de la Côte-d’Or

Christophe PROENÇA, Député du Lot

Julien PRADEL, Premier secrétaire fédéral de l’Hérault du Parti socialiste

Isabelle RAUCH, Députée de Moselle

Christian REDON-SARAZY, Sénateur de la Haute-Vienne

Marie RÉCALDE, Députée de Gironde

Olivia RICHARD, Sénatrice représentant les Français établis hors de France

Marie-Pierre RIXAIN, Députée de l’Essonne

Pierre-Alain ROIRON, Sénateur d'Indre-et-Loire

Claudia ROUAUX, Députée d’Ille-et-Vilaine

Laurence ROUÈDE, Vice-présidente du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine

Aurélien ROUSSEAU, Député des Yvelines

Fabien ROUSSEL, Secrétaire national du Parti communiste français

Fabrice ROUSSEL, Député de la Loire-Atlantique

Sandrine RUNEL, Députée du Rhône

David ROS, Sénateur de l’Essonne

Valérie ROSSI, Députée des Hautes-Alpes

Sébastien SAINT-PASTEUR, Député de Gironde

Isabelle SANTIAGO, Députée du Val-de-Marne

Éva SAS, Députée de Paris

Pascal SAVOLDELLI, Sénateur du Val-de-Marne

Silvana SILVANI, Sénatrice de la Meurthe-et-Moselle

Danielle SIMONNET, Députée de Paris

Arnaud SIMION, Député de la Haute-Garonne

Rachid TEMAL, Sénateur du Val-d’Oise

Christine TAFFOREAU-HARDY, Conseillère régionale du Pays de la Loire

Boris VALLAUD, Président à l’Assemblée nationale du groupe Socialistes et apparentés

Marie-Claude VARAILLAS, Sénatrice de la Dordogne

Michaël WEBER, Sénateur de la Moselle

Robert Wienie XOWIE, Sénateur de la Nouvelle-Calédonie

Alyssa AHRABARE, Présidente de la Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes

Nastasia HOLLENDER, Présidente du Mouvement du nid

Martine LÉVY, Déléguée du Forum Femmes Méditerranée

Marie-Christine MENARD-CHEVALIER, Présidente de la Fédération nationale des CIDFF

Maud OLIVIER, Vice-présidente de l’association Élu•es Contre les Violences faites aux Femmes, ancienne députée

Clémence PAJOT, Directrice générale de la Fédération nationale des CIDFF

Céline PIQUES, Porte-parole d’Osez le Féminisme

Brigitte POLONIWSKI, Vice-présidente du Conseil National des Femmes Françaises

Françoise RITTER, Présidente de l’Amicale du Nid

Geneviève DUCHÉ, « Vieilleuses » OLF34

Yves SCELLES, Président de la Fondation Scelles

Judith TRINQUART, Secrétaire générale de Mémoire Traumatique et Victimologie

Michèle VITRAC POUZOULET, Présidente de l’association Élu•es Contre les Violences faites aux Femmes

10:34 Publié dans Cactus, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maison close, pétition | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!