19.05.2009
42 économistes soutiennent le Front de Gauche
Le marché permet-il le progrès économique et social ? Les tenants du libéralisme économique le pensent. D'autres estiment que s'il peut faire bien des choses, il ne peut ni subvenir à une série de besoins sociaux, ni assurer le plein emploi, la réduction des inégalités ou encore un développement respectueux de l'environnement.
L'intervention publique est nécessaire. Qui a raison ? Le débat est ouvert tant chez les économistes que parmi les citoyens. Ce qu'on peut reprocher aux traités européens est avant tout cela : au lieu de se contenter d'établir un cadre institutionnel permettant aux citoyens de faire des choix, ils tranchent le débat en amont.
N. Sarkozy s'enorgueillit d'avoir obtenu qu'avec le traité de Lisbonne, la libre concurrence ne figure plus dans les « objectifs » exposés à l'article 3 du Traité de l'Union européenne, à l'inverse de ce qui prévalait dans le projet de Constitution. Pourtant, un Protocole, partie intégrante du Traité, stipule : le « marché intérieur tel qu'il est défini à l'article 3 [...] comprend un système garantissant que la concurrence est libre et non faussée ».
De façon méthodique, le Traité de Lisbonne, à la suite des traités en vigueur en Europe, organise la soumission de tous les instruments d'intervention publique aux principes du marché.
Ainsi en va-t-il de la politique budgétaire et monétaire : celle-ci doit être « conduite conformément au respect du principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources ». Même lorsqu'ils prêtent beaucoup de vertus aux mécanismes de marché, la plupart des économistes admettent que, dans bien des cas, la concurrence libre n'est pas possible et n'est donc pas en mesure de permettre cette « allocation efficace ». Les traités disent l'inverse.
Le débat sur l'opportunité qu'il y a, ou non, à mettre en œuvre des protections commerciales concertées est d'emblée écarté, tandis que « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux [...] sont interdites ». De même, la politique industrielle est en grande partie empêchée. Elle doit être menée « conformément à un système de marchés ouverts et concurrentiels » et à l'« exclusion de toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des Etats membres ». Cette dernière condition, ajoutée par la défunte Constitution, est reprise dans le Traité de Lisbonne.
Quant aux services publics, la prémisse retenue par l'Union est claire : le privé est tout aussi compétent pour assumer des missions d'intérêt général. D'ailleurs, les traités se bornent à régler le sort des Services d'intérêt économique général, qui doivent être ouverts à la concurrence. Les services publics non marchands (services « non économiques » selon le vocabulaire symptomatique de l'Union) n'y sont pas mentionnés. Tant que la prémisse retenue prévaudra, il n'est d'ailleurs pas sûr qu'ils gagnent à l'être. On retrouve le même type de difficulté pour l'Europe sociale. Par la « méthode ouverte de coordination », l'Union intervient dans les domaines de la politique de l'emploi et de la protection sociale qui ne comptent pas parmi ses compétences traditionnelles. D'aucuns y ont vu les germes d'une Europe sociale en formation. A regarder de près les préconisations prises en son nom (flexibilisation du droit du travail, retraite par capitalisation, etc.), il est permis d'en douter.
La crise a deux principales sources : l'austérité salariale qui a conduit à l'explosion de l'endettement privé et la libéralisation financière qui a transformé cette dette en bulle spéculative. Mais où sont les plans européens de réglementation drastique de la finance et de relance des salaires et des prestations sociales ?
Les traités sont aujourd'hui transgressés. Les déficits publics crèvent le plafond des 3 % du Pib, la dette publique celui des 60 % ; la Banque centrale européenne, avec beaucoup d'atermoiements, se résigne à intervenir sur les marchés financiers pour dénouer une crise que l'initiative privée s'avère incapable de surmonter ; des banques sont nationalisées, etc. Ces transgressions pourront servir de point d'appui pour un gouvernement qui serait soucieux de rompre avec le libéralisme : au nom de quoi seraient-elles acceptables pour sauver la banque et la finance, et non pour les domestiquer afin de satisfaire les besoins du plus grand nombre ? On ne peut pour autant soutenir que les traités ne sont que des tigres de papier. Juridiquement, ils s'imposent aux Etats membres. Ils expliquent, pour une part, que l'Europe, et singulièrement la zone euro, soit à la traîne en matière de relance.
Financière et économique, la crise est aussi sociale et écologique. Elle exige une redéfinition de la construction européenne. Pour ne citer que cet exemple, un vaste plan financé par l'emprunt en faveur du ferroviaire et de la rénovation thermique des bâtiments permettrait de concilier écologie et soutien à l'activité et à l'emploi. Mais les traités n'autorisent pas cette solution puisqu'ils interdisent à l'Union toute possibilité d'emprunt.
Les gouvernements usent depuis longtemps de l'Union européenne pour introduire des mesures qu'ils peuvent difficilement imposer directement faute d'assentiment populaire. C'est une première entorse à la démocratie. Il en est une autre aussi grave qui renvoie au jeu propre des institutions européennes. Au fil des décennies, s'y est constituée une véritable bureaucratie pour laquelle le libéralisme économique est devenu une seconde langue. Sachant que le ralliement des gouvernements est potentiellement fragile, puisqu'ils sont soumis à la sanction des élections, elle leur impose le plus étroit des corsets. On comprend ainsi ce qu'il importe d'expliquer : la frénésie de détails des traités. Le libéralisme économique et le dirigisme politique font décidément bon ménage.
L'art de gouverner suppose des compromis. La crise ne peut être une méthode permanente de gouvernement. Au risque de l'enlisement, il est néanmoins des situations qui ne peuvent être débloquées que par des crises. La construction européenne relève clairement de ce cas de figure. Le « non » lors du référendum de mai 2005 a été une étape en ce sens. Malgré les menaces agitées, il ne s'est pas traduit par un cataclysme économique. Ce dernier est venu ensuite, et chacun s'accorde à dire qu'il vient du libéralisme... que les traités élèvent au pinacle. De même, un plan B était possible. Les gouvernements en ont trouvé un, à leur façon, avec le Traité de Lisbonne que les partis socialistes soutiennent explicitement. Le mépris pour la souveraineté du peuple aidant, ce Traité, loin d'être « simplifié », reprend la quasi-totalité des dispositions de la Constitution. Comme toujours dans l'histoire, c'est donc aux citoyens qu'il revient, à nouveau, de dire « stop ».
Les prochaines élections européennes en offrent l'opportunité. Les signataires de ce texte sont des économistes non libéraux qui n'étaient membres ni du Parti Communiste, ni des courants du Parti Socialiste ayant donné naissance au Parti de gauche. Avec d'autres, ces partis ont lancé un Front de Gauche pour les élections européennes afin de prolonger la dynamique unitaire du référendum. L'urgence qu'il y a à dessiner des alternatives au capitalisme libéral mérite mieux en effet que la priorité donnée à son pré-carré. En gardant notre indépendance d'esprit, nous soutenons et appelons à soutenir cette initiative. Notre pays a connu un beau débat de fond à l'occasion du référendum. Dans un contexte, celui de la crise, qui l'exige plus encore, les élections européennes gagneraient à ce qu'il en soit de même.
Bruno Amable est professeur à l'université Paris I. Il travaille sur l'économie politique du changement institutionnel et les variétés de capitalisme. Il a publié The Diversity of Modern Capitalism (Oxford University Press, 2003), traduit en français sous le titre Les cinq capitalismes (Seuil, 2005) et, en collaboration avec Stefano Palombarini, L'économie politique n'est pas une science morale (Raisons d'Agir, 2005).
Angel Asensio est Maître de conférences à l'Université Paris XIII. Il est spécialiste de la théorie keynésienne. Ses travaux portent sur la gouvernance macroéconomique et la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Il a publié Le fonctionnement des économies de marché. Micro et macroéconomie de l'équilibre général (De Boeck, 2008).
Michaël Assous est Maître de conférences à l'Université de Paris 1. Ses recherches portent sur le développement de la théorie macroéconomique avec une attention particulière à l'analyse des cycles, de la répartition du revenu et du chômage. Il travaille actuellement sur les effets de la dérégulation des marchés des biens et du travail sur la répartition du revenu et l'emploi. Il publie prochainement un ouvrage sur La pensée de l'économiste Michal Kalecki (ENS Editions).
Philippe Batifoulier est Maître de conférences à l'Université Paris X Nanterre. Ses domaines de recherche sont l'économie de la santé et la protection sociale. Il a coécrit plusieurs livres dont Ethique médicale et politique de santé (Economica, 2006), et La protection sociale (Dunod, 2000).
Laure Bazzoli est Maître de conférences à l'Université de Lyon II. Ses recherches portent sur le rôle des institutions en économie. C'est une spécialiste du courant institutionnaliste américain et en particulier de l'oeuvre de J. R. Commons. Elle a publié L'économie politique de J.R. Commons. Essai sur l'institutionnalisme en sciences sociales (L'Harmattan, 1999).
Rachid Belkacem est Maitre de conférences à l'Université de Nancy II. Ses recherches portent sur les formes d'emploi et les territoires transfrontaliers. Il a notamment publié plusieurs articles sur l'intérim et co-dirigé l'ouvrage Les mondes de l'intérim (à paraître prochainement)
Mathieu Béraud est Maître de conférences à l'Université Nancy II. Ses recherches portent principalement sur les politiques de protection sociale et le traitement du chômage ainsi que sur les stratégies de gestion de l'emploi et d'organisation du travail dans les entreprises. Il a notamment écrit un article dans un ouvrage collectif sur les bas salaires, publié en anglais (Low wage work in France, Russel Sage Fondation Publication, 2008) et qui paraîtra en français à l'automne.
Eric Berr est Maître de conférences à l'Université Bordeaux IV. Il est spécialiste des questions de développement, avec un accent particulier sur la dette des pays en développement notamment et sur le thème du développement soutenable. Il a co-dirigé avec Jean-Marie Harribey l'ouvrage Le développement en question(s) (Presses universitaires de Bordeaux, 2006).
Laurent Cordonnier est Maître de conférences à l'Université Lille 1 et chargé de cours à l'IEP de Lille. Ses recherches portent sur la macroéconomie (croissance, emploi, répartition) avec une attention particulière aux dynamiques du capitalisme financiarisé. Il a publié Pas de pitié pour les gueux, sur les théories économiques du chômage (Raisons d'agir, régulièrement réédité depuis 2000).
Elisabeth Cudeville est Maître de conférences à l'Université Paris I. Elle co-anime le séminaire d'Economie du Genre de l'université Paris 1. Ses recherches actuelles portent sur les inégalités de genre et leur reproduction.
Jean-Paul Domin est Maître de conférences à l'Université de Reims. Il travaille sur l'économie de la santé et notamment sur l'institutionnalisation d'un marché de la santé et ses conséquences sur l'accès aux soins. Il a récemment publié Une histoire économique de l'hôpital (XIXe-XXe siècles). Une analyse rétrospective du développement hospitalier, Tome I (1803-1945) (CHSS/La Documentation française).
Anne Eydoux est Maître de conférences à l'Université Rennes II. Ses domaines de recherche portent sur les politiques de l'emploi, les politiques familiales, la protection sociale et l'égalité entre femmes et hommes. Elle a publié de nombreux articles ou chapitres d'ouvrages sur ces sujets.
David Flacher est Maître de conférences à l'Université Paris XIII. Il travaille sur la régulation des industries de réseaux et l'économie de l'innovation. Il participe à plusieurs projets de recherche internationaux sur ces sujets. Il a notamment publié, avec Hugues Jennequin, Réguler le secteur des télécommunications ? Enjeux et perspectives (Economica, 2007).
Maryse Gadreau est professeur émérite à l'Université de Bourgogne. Ses recherches portent sur l'économie de la santé et la protection sociale. Elle a co-éditée Ethique médicale et politique de santé, (Economica, 2005) et participé à un contrat de recherche sur La gouvernance de l'assurance maladie : l'orientation marchande et ses paradoxes (MIRE-DREES, Ministère de la santé, 2008).
Ariane Ghirardello est Maître de conférences à l'Université Paris XIII. Elle travaille sur les discriminations et le marché du travail. Elle a notamment participé à la coordination de l'ouvrage Approches institutionnalistes des inégalités en économie sociale (L'Harmattan, 2008).
Anne Isla est Maître de conférences à l'Université Toulouse II. Ses domaines de recherche portent sur la régulation de l'économie avec une attention particulière aux services publics et aux relations entre droit et économie.
Florence Jany-Catrice est Maître de conférences à l'Université Lille 1. Elle consacre ses recherches à l'économie des services et aux indicateurs de progrès. Elle est auteure ou co-auteure de plusieurs ouvrages dont Les services à la personne (La Découverte, 2009) et Les nouveaux indicateurs de richesse (La Découverte, Repères).
Hugues Jennequin est Maître de conférences à l'université de Rouen. Ses travaux portent sur la localisation des services et plus précisément des services intensifs en connaissance, tels que les télécommunications. Il a co-écrit avec David Flacher Réguler le secteur des télécommunications ? Enjeux et Perspectives (Economica, 2007).
Thierry Kirat est chercheur au CNRS à l'Université Paris Dauphine. Ses recherches portent sur l'évaluation du droit dans différents domaines : marchés publics, droit du travail, urbanisme et environnement. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Economie du droit et de la réglementation (avec Frédéric Marty, Editions Gualino, 2007).
Dany Lang est Maître de conférences à l'Université Paris XIII. Il anime le groupe de travail "Analyses et modélisations keynésiennes". Ses recherches en macroéconomie portent en particulier sur les questions de l'emploi et de la croissance. Il a également publié plusieurs articles concernant l'importance de la prise en compte de la dimension temporelle des phénomènes économiques.
Florence Lefresne est chercheuse dans un Institut au service des syndicats. Elle est spécialiste des comparaisons internationales en matière d'emploi, de formation ainsi qu'en matière d'insertion des jeunes. Elle a notamment publié Les jeunes et l'emploi, (La Découverte, Repères, 2003).
Michel Maric est Maître de conférences à l'Université de Reims. Ses travaux portent sur les indicateurs sociaux de bien-être, la pauvreté et la précarité. Il a coédité deux ouvrages : Au delà des droits économiques et des droits politiques, les droits sociaux ? et Actualité de l'Economie sociale (Editions l'Harmattan, 2008).
Jérôme Maucourant est Maître de conférences à l'université Jean Monnet de Saint Etienne. Ses travaux portent sur la monnaie dans les économies anciennes et sur l'œuvre hétérodoxe de Karl Polanyi. Il a notamment publié Avez-vous lu Polanyi (La Dispute, 2005) et co-dirigé l'édition des Essais de Karl Polanyi (Le Seuil, 2008).
Jacques Mazier est professeur à l'Université Paris Nord. Ses recherches portent sur la macroéconomie internationale et les politiques économiques notamment au niveau européen. Il co-anime avec l'économiste allemand Jorg Huffschmid le réseau « Pour une autre politique économique en Europe ». Ce réseau a notamment publié Economic policy for a social europe : a critique of neo-liberalism and proposals for alternatives palgrave (Macmillan, 2005).
Matthieu Montalban est Maître de conférences à l'université Bordeaux IV. Ses travaux portent sur les effets de la financiarisation sur la dynamique industrielle, notamment dans le secteur pharmaceutique, et sur la construction politique et sociale des marchés. Il a publié plusieurs chapitres d'ouvrage sur ces questions.
Stefano Palombarini est Maître de conférences à l'université de Saint Denis. Il travaille sur les déterminants politiques du changement institutionnel et de la dynamique macroéconomique. Il est l'auteur de La rupture du compromis social italien (Cnrs éditions) et, avec Bruno Amable, de L'économie politique n'est pas une science morale (Ed. Raisons d'agir).
Dominique Plihon est professeur à l'Université Paris XIII. Il est spécialiste des questions financières internationales (banques, taux de change, crises financières, systèmes de régulation). Il a notamment publié Le nouveau capitalisme (La Découverte, réédition en 2009).
Muriel Pucci est Maître de conférences à l'Université Paris I. Ses recherches portent, d'une part, sur le marché du travail, et, d'autre part, sur les inégalités de revenu, la pauvreté et les effets redistributifs des transferts sociaux et fiscaux. Elle a notamment participé aux éditions 2002, 2003 et 2004 de la publicaton France Portrait Social de l'Insee.
Christophe Ramaux est Maître de conférences à l'Université Paris 1. Ses travaux portent sur l'emploi et sur l'Etat social entendu au sens large (protection sociale, droit du travail, services publics, politiques économiques). Il a publié Emploi, éloge de la stabilité. L'Etat social contre la flexicurité (Mille et une nuits, 2006).
Gilles Raveaud est Maître de conférences à l'Université Paris VIII. Il travaille sur les politiques d'emploi de l'Union européenne (Stratégie européenne pour l'emploi, Stratégie de Lisbonne). Il est co-auteur du Petit bréviaire des idées reçues en économie (La Découverte, 2004) et de 12 économistes contre le projet de constitution européenne (L'Harmattan, 2003).
Jacques Sapir, Directeur d'études à l'EHESS, est spécialiste de la Russie et des crises financières. Il travaille actuellement sur les conséquences de la crise et son lien avec l'économie politique internationale. Dernier ouvrage : Le Nouveau XXIe siècle : du siècle américain au retour des nations.
Richard Sobel est Maître de conférences à l'Université Lille 1. Il est directeur-adjoint de la Revue Française de Socio-Economie. Ses recherches portent sur la critique de l'économisme et sur l'analyse institutionnaliste du capitalisme contemporain. Il a récemment dirigé l'ouvrage Penser la marchandisation du monde avec Karl Polanyi (L'Harmattan, 2007).
Damien Talbot est Maître de conférences à l'Université Bordeaux IV. Ses travaux portent sur les économies de proximité appliquées au secteur aérospatial. Il est co-auteur de l'ouvrage Les territoires de l'aéronautique. EADS, entre mondialisation et ancrage (L'Harmattan, 2006).
Nadine Thèvenot est Maître de conférences à l'université de Paris 1. Ses recherches portent sur l'éclatement de la relation de travail avec une attention particulière donnée aux conséquences de la sous-traitance. Elle a co-dirigé l'ouvrage Les nouvelles frontières du travail subordonné, approche pluridisciplinaire (La Découverte, 2006).
Bruno Tinel est Maître de conférences à l'Université Paris 1. Il s'intéresse aux transformations de la division du travail et au rôle des administrations publiques. Il a notamment participé à l'ouvrage "Peut-on critiquer le capitalisme?" (La Dispute 2008).
Franck Van de Velde est Maître de conférences à l'Université Lille I. Il est spécialiste de macro-économie keynésienne et post-keynésienne. Son dernier ouvrage est Monnaie, chômage et capitalisme (Presses universitaires du Septentrion, 2005).
Les 6 nouveaux signataires : Pierre Bezbakh (Université Paris Dauphine), Jean-Claude Delaunay (Lille 1 et Marne la Vallée), Jean Dellemotte (Université Paris 1), Ludovic Frobert (CNRS), Bernard Guibert (ancien responsable de la commission Economie des Verts de 1998 à 2006), Thierry Pouch (Université de Reims).
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10.12.2008
Automobile. « Il faut geler les dividendes versés aux actionnaires »
Michel Ducret, dirigeant de la CGT métallurgie, en charge de l’automobile, dénonce la primauté accordée par les groupes à la logique financière.Chômage partiel touchant des milliers de salariés, menaces sur la pérennité de sites comme Sandouville, nombreux équipementiers inquiétés… Toutes ces mesures sont décidées par le patronat au nom de la crise économique actuelle. Vous en contestez le bien-fondé. Pourquoi ?
Michel Ducret. Les donneurs d’ordres, et une partie des équipementiers, se servent de cette crise pour « taper dans le tas ». L’annonce de 6 000 suppressions d’emplois chez Renault a été faite en juillet, donc bien avant la crise. Les 3 750 suppressions de postes chez PSA figuraient dans le plan Streiff qui a été présenté au printemps… En vérité, on se sert de la crise pour réorganiser toute l’industrie automobile. Au cours des neuf premiers mois de l’année, les entreprises ont eu recours massivement aux heures supplémentaires, aux intérimaires, aux CDD, à la flexibilité des horaires. Il y a eu une montée en puissance de la productivité. Les plans de formation ont été refusés, les augmentations de salaire ont été bien souvent en dessous de l’inflation, les conditions de travail ont été ignorées… Et aujourd’hui, on constate que certes les ventes ont plongé en novembre, mais, sur l’année lissée, Renault par exemple va vendre en 2008 à peu près autant de voitures qu’en 2006 ou 2007.
Les stocks s’accumulent…
Michel Ducret. On dit qu’il y a des parcs pleins et, parallèlement, on a du mal à obtenir un véhicule quand on en veut un. Pour avoir une voiture neuve, un Renault Scenic par exemple, il faut 76 jours. Chez PSA, c’est 3 à 4 mois d’attente pour avoir un C5…
Tout cela parce qu’au fond on n’est plus sur une politique industrielle en tant que telle, mais sur une logique financière : les groupes veulent arriver à servir les dividendes des actionnaires dès le 10e mois de l’année.
Nous craignons qu’à la rentrée, en janvier 2009, ils continuent sur leur lancée en remettant en question des acquis sociaux, alors que ce n’est pas justifié. Renault va encore faire 1,5 milliard d’euros de bénéfice en 2008, soit sensiblement autant qu’en 2007. Si le groupe payait à 100 % le chômage partiel de ses 20 000 salariés, ça lui reviendrait à 0,8 % des dividendes qu’il va verser à ses actionnaires pour 2008.
L’avenir de l’auto ne se présente pas sous les meil- leurs auspices, les ventes risquent de reculer encore…
Michel Ducret. Cela pose la question du pouvoir d’achat. Quand il y a recul du pouvoir d’achat, l’achat d’une voiture n’est pas prioritaire. Nous avons un parc vieillissant (8 ans), il faudrait s’en occuper très sérieusement. Renault fabriquait un petit modèle, la Clio 2, qui se vendait bien. Elle était vendue à 8 000 euros. En prenant en compte la prime à la casse, c’était un véhicule qui pouvait être encore attractif. Mais Renault vient d’en arrêter la production… Parce que les groupes ne suivent plus une logique de volume mais de marges : ils préfèrent vendre 200 véhicules très chers que 2 000 véhicules moins chers.
Les constructeurs doivent aussi, simultanément, relever le défi environnemental…
Michel Ducret. On annonce un véhicule électrique pour 2012. C’est un très gros enjeu. Comment va-t-on s’y prendre pour accueillir ce véhicule dans l’entreprise ? Le développement, la recherche doivent être redimensionnés. Cela renforce notre demande, réitérée depuis des années, de voir organiser un véritable débat national sur l’avenir de l’automobile. Aujourd’hui, on donne beaucoup d’argent aux groupes : il y a eu les 150 millions d’euros débloqués en juillet pour la filière auto, par le biais d’une « charte » qui vise en réalité à gérer les restructurations dans les territoires ; il y a l’aide de 400 millions d’euros que vient d’annoncer Sarkozy pour 2009, et les 40 milliards d’euros que demandent les constructeurs à la Commission européenne. Mais comment utilise-t-on cet argent ? Est-ce qu’on s’en sert pour la recherche et le développement ? Est-ce que l’on peut en contrôler l’usage ? Ou bien est-ce que cela va aller directement aux actionnaires ? Le gou- vernement reste dans l’accompagnement des donneurs d’ordres, pas dans l’offensive en disant qu’on peut faire autrement en obligeant les constructeurs à des contreparties claires et nettes à l’octroi de subventions. Il faut qu’on change la stratégie des donneurs d’ordres, qui n’est plus aujourd’hui que financière, et non industrielle. Il faut abaisser le niveau des marges exigées. De même, Sarkozy aurait pu demander un gel des dividendes versés aux actionnaires sur la période 2008-2009.
Entretien réalisé par Yves Housson, pour l'Humanité
17:04 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voiture, dividendes, économie
14.10.2008
Connaissez-vous ces chiffres ?
30 milliards ? 6,5 milliards ? 3019 milliards
Premier chiffre : 30 milliards de dollars permettraient de nourrir pendant un an les 925 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.
Deuxième chiffre : après les émeutes de la faim dans 40 pays en 2008, la communauté internationale a dépensé seulement 6,5 milliards de dollars pour relancer le système agricole de production.
Troisième chiffre : 3 019 milliards de dollars.
Pour renflouer les banques privées, les Etats-Unis viennent d’annoncer un plan de 700 milliards de dollars. Pour renflouer les banques privées, les pays européens viennent d’annoncer un plan de 1 700 milliards d’euros (la France 400), c’est-à-dire 2319 milliards de dollars. Total : 700 + 2319 = 3019 milliards de dollars.
3 019 milliards de dollars pour renflouer les banques privées !
Les Echos
18:16 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, crise, bourse
22.09.2008
LE DESSIN DU MOIS DE SEPTEMBRE
17:55 Publié dans Le dessin du mois | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lagarde, crise, économie
19.09.2008
une crise structurelle du capitalisme
Comment analysez-vous la crise financière actuelle ?
La crise actuelle est plus qu’une crise bancaire, parce qu’elle met en cause la configuration de l’économie mondiale. Celle-ci revêt trois grandes caractéristiques. La première est la baisse de la part salariale à l’échelle mondiale. Mais l’augmentation des profits qui en résulte ne conduit pas à un surcroît d’accumulation productive. Le profit non investi augmente régulièrement et va nourrir la sphère financière. Celle-ci augmente ensuite en fonction des déséquilibres de l’économie mondiale : déficit commercial des Etats-Unis d’un côté, excédents de l’Europe, du Japon, des pays « émergents » et/ou producteurs de pétrole, de l’autre. Le besoin de financement de l’économie étasunienne se creuse et nécessite une arrivée de flux de capitaux croissants. Enfin, la déréglementation financière rend impossible le contrôle de ces flux financiers qui parcourent le monde à la recherche de rendements extravagants. Le résultat, c’est les bulles successives (la Net-économie puis l’immobilier, etc.) et, depuis 15 ans, une série de crises financières localisées (Mexique, Argentine, Asie du Sud-Est, etc.).
Pensez-vous, comme certains, que cette crise est la plus grave depuis 1929 ?
La différence avec 1929, c’est que les gouvernements comprennent mieux qu’alors les mécanismes de la crise. Celle-ci est née de l’éclatement de la bulle immobilière et c’est un phénomène relativement classique. Mais ce qui est nouveau, c’est la réaction en chaîne qu’elle a déclenchée. La déréglementation financière et la « titrisation » ont conduit à une imbrication très profonde, mais aussi extrêmement opaque, entre banques d’affaires et fonds spéculatifs. On découvre tous les jours l’ampleur des pertes cumulées, que le FMI vient d’évaluer à 945 milliards de dollars. L’immensité de ces pertes explique pourquoi les interventions des banques centrales n’ont pas pu enrayer le mouvement. La Fed a baissé ses taux en dessous de l’inflation, injecté des liquidités, racheté de fait une grosse banque d’affaires (Bear Stearns) et échangé 200 milliards de dollars de Bons du trésor contre des crédits hypothécaires douteux. Mais rien n’y fait : le marché de l’immobilier continue à plonger, et chaque jour apporte sa mauvaise nouvelle. Une telle crise ne peut rester cantonnée à la sphère financière, ni aux Etats-Unis : ces derniers sont en récession, et le FMI vient encore de réviser ses prévisions à la baisse pour l’économie mondiale. Il prévoit pour la France une croissance de 1,4 % en 2008 et de 1,2 % en 2009 et ne prévoit un rebond qu’en 2010.
Quelles sont les perspectives ?
On est enlisé dans la crise pour au moins deux ans. Elle a en plus un caractère irréversible : le modèle de croissance des Etats-Unis vient d’exploser en vol et on ne voit pas bien comment il pourrait être rafistolé. Ce modèle reposait sur un double mécanisme : d’un côté, la baisse régulière du taux d’épargne des ménages (près d’un demi-point chaque année) et, de l’autre, l’augmentation tout aussi régulière du déficit commercial. C’est la consommation qui tirait la croissance des Etats-Unis, soutenue par un recours croissant à l’endettement. Il s’agissait donc d’une croissance à crédit qui devait être couverte par des entrées de plus en plus massives de capitaux en provenance du reste du monde. Ce système de vases communicants ne peut plus fonctionner : à cause de la ruine de millions de ménages et en raison de la baisse du dollar. Le dollar n’a jamais été aussi faible et instable, et les taux d’intérêt ne sont plus attractifs, si bien que les capitaux vont cesser d’entrer, si ce n’est déjà fait. La grande inconnue est alors le modèle de rechange qui devrait remettre en cause les incroyables inégalités de revenus qui existent aux Etats-Unis. Tout le supplément de croissance des dernières années a en effet été capté par une couche sociale très étroite et le salaire moyen n’a pratiquement pas augmenté. Pour passer à un régime de croissance plus équilibré, il faudrait écrêter les plus hauts revenus. Le prochain gouvernement voudra-t-il ou pourra-t-il mettre en oeuvre un New Deal qui éviterait à la grande masse des salariés de ne pas payer les pots cassés de la haute finance ?
Vous avez signé l’appel international des économistes contre la liberté de mouvement des capitaux en Europe (http://www.stop-finance.org/). Pourquoi ?
Parce qu’il est bien ciblé, ce qui explique son succès. Il montre que l’ampleur de la crise « d’intervenir au cœur du « jeu », c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures » et constate qu’au sein de l’Union européenne, « toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier ». Il propose ensuite deux objectifs précis : l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne et la restriction de la « liberté d’établissement » prévue à l’article 48 qui interdisent toute restriction aux mouvements de capitaux. Cela ne suffit certes pas à définir une politique globale mais de mener concrètement campagne autour de la question-clé, celle d’un nécessaire contrôle des capitaux. Et l’Europe est un ensemble économique assez vaste et intégré pour qu’une autre politique puisse être envisagée à ce niveau.
Face à ce monde dominé par le libre-échange et les marchés financiers où se développent ces crises, peut-on faire autrement ?
Nous sommes face à un capitalisme qui a échappé à tout contrôle. Lutter contre ses dérives financières doit conduire à remettre en cause la liberté absolue de circulation des capitaux mais aussi, plus fondamentalement, l’exploitation croissante des travailleurs à travers le monde. Il faut, autrement dit, fermer « à la source » le robinet qui alimente la spéculation. L’objectif est de mettre l’économie au service des besoins sociaux, et cette aspiration permet, à travers la lutte contre la mondialisation financière, de fonder un nouvel anticapitalisme.
Propos recueillis par Benoît Pradier
(1) Michel Husson est l’auteur de Un pur capitalisme, Editions Page Deux.
Entretien publié dans l'Humanité
19:48 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, crise, bourse
21.03.2008
La zone euro entre résilience et risque inflationniste
NOTE DE CONJONCTURE ECONOMIQUE ETABLIE PAR L'INSEE
Au début de 2008 l’économie mondiale continue de ralentir. La hausse des prix des matières premières ampute le pouvoir d’achat des ménages. L’investissement pâtit de l’élévation des primes de risque et d’une gestion des demandes de financement plus restrictive de la part des banques.
L'ampleur de ce ralentissement n’est pas uniforme et les divergences s’accentuent entre grandes zones.
L’économie américaine est ainsi quasiment à l’arrêt. La correction des excès passés sur le marché immobilier se poursuit et l’investissement résidentiel continue de chuter. La consommation des ménages et l’investissement des entreprises, qui résistaient jusque-là, ralentissent à leur tour, freinés par la baisse des prix d’actifs, le durcissement des conditions de financement et la hausse des prix des matières premières.
En revanche, les pays émergents continuent de croître à vive allure. Bénéficiant de la hausse des prix des matières premières ou portés par une dynamique puissante de rattrapage et un boom de l’investissement, ils restent sur une trajectoire fortement ascendante.
La zone euro se trouve dans une position intermédiaire. Comme les États-Unis, elle souffre de la hausse des prix des matières premières et, dans une moindre mesure, d’un durcissement des conditions de financement. En revanche, dans les pays européens où il s'est matérialisé, l'ajustement du marché immobilier est moins marqué qu'outre-Atlantique et n'entraîne pas de contraction globale de l'investissement résidentiel. Enfin, la consommation bénéficie de la poursuite de l’amélioration du marché du travail. Le ralentissement amorcé début 2007 devrait donc se poursuivre au premier semestre de 2008, mais la croissance de la zone euro devrait encore s’élever à 0,4 % par trimestre.
En France, la croissance s’effriterait quelque peu au premier semestre de 2008 après un second semestre de 2007 en légère accélération. Elle s’établirait ainsi entre 0,3 % et 0,4 % sur les deux premiers trimestres de l'année. Le ralentissement mondial et l’appréciation de l’euro devraient brider les exportations. L’investissement des entreprises, resté dynamique jusqu’à la fin de 2007, devrait commencer à ralentir, comme le laisse augurer la prudence affichée par les chefs d’entreprise dans l’enquête de l’Insee sur les investissements.
Après une très forte progression en 2007, le pouvoir d'achat du revenu des ménages devrait ralentir et contribuer à modérer la croissance de la consommation. Ce ralentissement de la consommation pourrait être atténué, cependant, car les ménages devraient adopter un comportement de « lissage », en tirant sur le surcroît d'épargne accumulé en 2007.
Les créations d’emploi devraient légèrement faiblir (+96 000 au premier semestre de 2008) et le taux de chômage pourrait se stabiliser à 7,5 %, après deux ans de baisse quasi ininterrompue et une nouvelle forte baisse au quatrième trimestre de 2007.
Le principal aléa qui pèse sur ce scénario porte sur l’évolution conjointe de l’économie américaine et des prix des matières premières. Jusqu’à présent, le ralentissement aux États-Unis n’a pas, comme c’est habituellement le cas, fait baisser les cours des matières premières, qui ont même au contraire continué de monter. Si ce mouvement doublement défavorable à la zone euro et à la France se poursuivait, alors la croissance pourrait y descendre encore d’un cran. À l’inverse, la demande intérieure française pourrait résister mieux que prévu, notamment parce que le taux d’épargne des ménages présente une marge de baisse substantielle, après sa hausse de près d’un point en 2007.
09:47 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : conjoncture, économie, insee
19.12.2007
Le Renault Modus, ou l’histoire d’un raté
Automobile . Trop chétif pour un véhicule familial, le grand frère de la Twingo avait peiné à s’imposer. Il se dote enfin, en 2008, d’un coffre plus important.Septembre 2004 : Renault lance un petit monospace de 3,80 mètres de longueur, presque aussi haut qu’un Scenic. À l’origine, l’ambition du constructeur était d’offrir à sa clientèle une nouvelle Twingo plus spacieuse, avec quatre portes, un moteur diesel mais, hélas, avec un coffre à peine plus vaste. Si le projet de Twingo bis a été abandonné, le Modus est apparu comme un véhicule hybride, trop chétif pour devenir un véhicule familial malgré ses dimensions extérieures. Bref, un raté qu’a su étonnamment éviter le concurrent direct, la filiale japonaise de Renault, avec le Nissan Note. Les deux véhicules sont issus de la même plate-forme mais Nissan a greffé un coffre conséquent.
Renault a dû modifier ses plans et le constructeur commercialisera au début de l’année prochaine un Grand Modus, de plus de 4 mètres de long, enfin doté d’un coffre d’une contenance minimale de 305 dm3, soit une augmentation d’un tiers. Le Grand Modus devient ainsi un véritable véhicule familial, la voiture principale du foyer, plus de trois ans après sa première sortie. Tel qu’il est aujourd’hui, le « petit » monospace avec ses qualités routières incontestables, sa sécurité active et passive, ses trois moteurs essence et trois diesels dCi (cinq des six moteurs dégagent moins de 140 grammes de CO2 au km et autorisent le bonus à l’achat), son habitabilité devient un réel concurrent des Nissan Note, Peugeot 1007 et des petits monospaces japonais. Renault n’abandonne pas pour autant la version courte de Modus, qui peut devenir plus facilement la seconde voiture d’un foyer, malgré l’apparition entre-temps de la Twingo II.
Dans le même temps, le constructeur français entre sur le marché des petits breaks, là où excellent les Peugeot 207 SW et Skoda Fabia. La Clio Estate grandit jusqu’à 4,20 mètres et avec un coffre de contenance minimale de 439 dm3 gagne 50 % de capacité par rapport à la berline. La Clio qui fut à l’origine une petite voiture urbaine grandit démesurément, conséquence d’une évolution inéluctable, garantir le maximum d’espace intérieur dans un minimum d’encombrement extérieur. En plus, les véhicules doivent être économiques, et beaucoup moins polluants. Et dans cet exercice, les constructeurs français font des prodiges.
Tarifs : Grand Modus à partir de 13 800 euros (15 300 euros pour le diesel). Clio Estate
à partir de 13 450 euros
(14 950 pour le diesel).
Jacques Moran, l'Humanité
15:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Modus, économie, prix
15.11.2007
La politique de Sarkozy impopulaire
Les Échos titraient hier à la une : « 55 % des Français jugent la grève injustifiée. » Le « quotidien de l’économie » appuie son affirmation sur la réponse apportée à la troisième question d’une enquête réalisée pour lui par l’institut BVA. En effet, 26 % des sondés trouvent le mouvement de grève du 14 novembre « pas vraiment justifié », 29 % « pas du tout justifié ». Leur nombre était, pour la même question respectivement de 25 % et 28 % le 10 octobre. 18 % (contre 16 % le 10 octobre) trouvent le mouvement « tout à fait justifié », et ils sont 26 % (contre 27 % le 10 octobre) à le trouver « plutôt justifié ».
À la quatrième question du sondage, 68 % des personnes interrogées estiment que « la réforme des régimes spéciaux servira de déclencheur à de nombreuses grèves qui risquent de paralyser le pays comme en 1995 », un chiffre livré également en première page.
Le lecteur devra se plonger dans l’article pour connaître la première et la seconde questions du sondage BVA et les réponses des sondés. À la question sur la popularité économique de la politique du gouvernement, 46 % des sondés estiment qu’elle est très bonne ou plutôt bonne, soit 4 % de moins qu’en octobre. Ils sont aujourd’hui plus nombreux à la trouver plutôt mauvaise ou très mauvaise : 49 %, c’est-à-dire 7 % de plus que le mois dernier.
Quant à la situation personnelle des personnes interrogées, elles sont 3 % à estimer qu’elle s’est améliorée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. À droite, seulement 5 % pensent que leur sort s’est amélioré. Pour 32 % des sondés, leur situation s’est détériorée. C’est le cas chez les ouvriers à 36 %, et chez les retraités à 45 %. Pour 63 % des sondés, la situation est restée inchangée. Et ils sont seulement 1 % à estimer qu’il est trop tôt pour faire un bilan. L’enquête BVA témoigne, selon Gaël Sliman, directeur délégué de BVA, que « le climat économique et politique, depuis longtemps fort pessimiste », « s’était simplement estompé pendant l’état de grâce présidentielle ». « La politique économique du gouvernement devient impopulaire », affirme-t-il.
O. M.
20:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, médias, économie
03.08.2007
Un hôpital sur le marché, une affaire juteuse
Economie de la santé. Pour construire le nouveau Centre hospitalier sud-francilien à Evry, en assurer la gestion et la maintenance, le gouvernement a décidé de recourir à un partenariat public-privé.
Le 10 juillet dernier, la première pierre du plus grand chantier hospitalier de France a été posée à Évry (Essonne) par Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé. Parmi les officiels qui entouraient la ministre, Jean-François Roverato, président du groupe Eiffage. Le futur Centre hospitalier sud-francilien (CHSF) doit réunir en 2011 huit lieux de soins actuellement dispersés dans tout le département, parmi lesquels les hôpitaux Gilles-de-Corbeil de Corbeil-Essonnes et Louise-Michel d’Évry-Courcouronnes. Un chantier qui mobilise un investissement de 344 millions d’euros. Une société privée, Heveil, filiale du groupe de BTP Eiffage a été choisie dans le cadre d’un bail emphytéotique hospitalier (BEH), pour assurer la conception, la construction, le financement, la maintenance et l’exploitation du bâtiment pendant une période de trente ans. Voilà qui explique la présence de M. Roverato au côté de Roselyne Bachelot.
Un bail qui expire en 2041
Ce type de partenariat public-privé (PPP), déjà effectif dans certains secteurs (la rénovation du canal du Midi, la construction et l’exploitation de réseaux d’autoroutes ou les concessions communales d’éclairage au gaz ou de transports en commun) est utilisé depuis 2003 en France dans le secteur hospitalier. Le CHSF constitue toutefois le plus gros PPP du secteur au regard de son investissement. Ce contrat qui se distingue, en droit français, de la délégation de service public et du marché public, trouve sa source dans le droit anglais (Private Financial Investment). Ces accords autorisent l’État ou une collectivité publique à confier à un organisme privé la construction et la gestion de services et d’ouvrages publics (prisons, écoles…). D’après le rapport 2006-2007 de la Mission nationale d’appui à l’investissement hospitalier (MNAIH), « les coûts unitaires de travaux dans les opérations en BEH sont légèrement supérieurs à ceux observés en procédure classique pour des opérations équivalentes », même si les opérations en BEH « montrent un avantage d’une dizaine de mois ».
La particularité des PPP, c’est qu’au-delà de la conception et du financement, la société Heveil sera également responsable de la maintenance et de l’exploitation du bâtiment jusqu’à l’expiration du bail, en 2041, avant de restituer le bâtiment à l’État. Pendant cette période, le centre hospitalier versera un loyer annuel de 38,8 millions d’euros à l’investisseur privé. Ce loyer sera abondé aux deux tiers par l’assurance maladie pour un coût total de plus de 900 millions d’euros sur toute la durée du bail.
Concrètement, les services de supports de l’établissement travailleront aux côtés d’une équipe de techniciens et d’agents mis à disposition par Heveil pour assurer une permanence de veille et d’entretien. Les équipes techniques de l’hôpital conserveront la maîtrise des services ayant un impact direct sur la qualité des soins et la sécurité des malades, notamment, la fourniture en eau potable, la sécurité incendie et la mise en oeuvre du plan blanc en cas d’alerte sanitaire. Les déchets et l’entretien des espaces verts seront également gérés par les équipes spécialisées de l’établissement. Pour sa part, le groupement Heveil aura la responsabilité globale, préventive et technique du bâtiment et de ses équipements. Il devra assurer, notamment, la fourniture en énergie nécessaire au bon fonctionnement de l’hôpital et au confort des patients, le nettoyage intérieur et extérieur du bâtiment, la sécurisation des locaux incluant la sécurité des biens et des personnes, les contrôles techniques périodiques réglementaires et l’analyse des eaux ainsi que la mise à jour de la signalétique. Le groupement Heveil devra également prendre en considération les évolutions des normes réglementaires et inclure une veille technologique et de modernisation pour adapter les équipements du bâtiment mais également garantir le maintien de l’ouvrage en parfait état de fonctionnement.
C’est l’un des points noirs de ce type de procédure puisque, précise par un euphémisme le rapport de la MNAIH, « le traitement des questions relatives à l’exploitation maintenance présente des voies d’amélioration certaines ». Certains spécialistes de la question n’hésitant pas à parler de véritables « arnaques », les frais de maintenance étant considérablement augmentés par rapport à la procédure classique.
« La région a besoin de cet hôpital, explique le docteur Foufa, orthopédiste et mem- bre du conseil d’administration de l’établissement. Les gens sont trimbalés d’un hôpital à l’autre. Cela entraîne plus de dépenses que d’économies. » Le médecin porte beaucoup d’espoir dans ce projet mais affirme que le corps médical restera vigilant face à ce nouveau mode de fonctionnement. « C’est une expérience nouvelle mais nous y allons sans crainte car on retient surtout le bénéfice pour la population », souligne le docteur Foufa. Du côté des syndicats, l’accueil est plus réservé. Même si l’on admet la nécessité de la construction du nouveau centre hospitalier, des inquiétudes persistent sur le fonctionnement futur de l’établissement. « Il reste encore beaucoup d’inconnues dans ce projet », explique Laurence Tinière, secrétaire CGT du Centre hospitalier sud-francilien, qui - redoute des suppressions de postes. « Que va-t-il advenir des personnels techniques et généraux puisque le groupe Heveil ramène ses propres employés ? »
Les syndicats ne sont pas les seuls à s’inquiéter des dangers que constituerait la généralisation de ces partenariats public-privé. Le Conseil constitutionnel avait déjà émis des réserves lors de l’adoption, en 2003, de la loi dite Sarkozy du 2 juillet 2003 qui autorise ce type d’accords. Le Conseil précise bien qu’il ne faut pas utiliser cette technique des nouveaux contrats ou profiter de celle-ci pour déléguer « une mission de souveraineté », ce qui semble être le cas aujourd’hui. Ces partenariats constituent des dérogations au droit commun de la commande publique et de la domanialité publique. En conséquence, les généraliser serait contraire aux exigences constitutionnelles d’égalité et de bon usage des fonds - publics. Le rapport de la MNAIH ne dit pas autre chose quand il affirme que « la procédure de BEH doit être considérée comme une procédure d’exception ».
Ces partenariats doivent donc rester « d’exception », et plus encore, la dérogation doit elle-même être justifiée par des motifs d’intérêt général, insiste le Conseil constitutionnel. Cependant chacun est libre d’en donner son interprétation et nul doute que le gouvernement pourrait utiliser cette faille pour généraliser ce type de projet.
20:10 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hôpital, économie
05.05.2007
PRESIDENTIELLES MEDIAS ET ECONOMIE
L’élection présidentielle française montre avec force comment une analyse économique erronée, et des problèmes d’arithmétique plus généraux, peut déterminer les idées et même l’avenir non seulement d’un pays mais d’un continent.
Les Etats-Unis ont fait face à une situation similaire lors du débat sur les retraites, où une majorité d’américains a été convaincue - par une tromperie autant verbale que comptable - que le système de retraite allait faire face à de sérieux problèmes financiers quand la génération du « baby boom » allait partir à la retraite. Ce qui est faux !
Le thème général de la campagne de Nicolas Sarkozy qui l’a propulsé en tête à l’issue du premier tour est que l’économie française serait d’une certaine façon « bloquée » et aurait besoin d’être réformée pour se rapprocher de celle des Etats-Unis. Il est également très largement admis que la France aurait besoin de devenir plus « compétitive » dans l’économie mondialisée, la concurrence étant devenue plus rude dans ce monde globalisé.
L’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman est le principal défenseur de la thèse selon laquelle les travailleurs français doivent baisser leur niveau de vie à cause de la globalisation de l’économie. « Toutes les forces de la mondialisation s’attaquent aux états-providence européens » dit-il. « Les français essaient de préserver une semaine de 35 heures dans un monde où les ingénieurs indiens sont prêts à faire des journées de 35 heures ». Pour Friedman et autres « experts », c’est impossible.
Il est important de comprendre qu’il n’y a aucune logique économique derrière l’argumentaire selon lequel les citoyens d’un pays riche doivent réduire leur niveau de vie ou subir une baisse des programmes sociaux gouvernementaux à cause des progrès économiques des pays émergents. Quand un pays développé a atteint un certain niveau de productivité, il n’y a aucune raison économique devant obliger ses citoyens à baisser leurs salaires ou acquis sociaux, ou à les faire travailler plus, parce que d’autres pays sont en train de rattraper leur retard. Cette productivité -fondée sur le savoir-faire collectif du pays, sa compétence, sa capitalisation, et son organisation économique - demeure, et augmente même chaque année. La circonstance que la concurrence internationale est utilisée comme excuse par des groupes défendant des intérêts particuliers pour baisser le niveau de vie des travailleurs français, allemands ou américains - ce qui est le cas - démontre que les règles du commerce internationale ne sont pas écrites par les bonnes personnes. Cela révèle un déficit démocratique et non un problème inhérent au progrès économique.
Une autre erreur souvent faite dans ce débat est de comparer le revenu français par habitant à celui des Etats-Unis, une comparaison qui désavantage la France : $30.693 contre $43.144 pour les Etats-Unis (ajusté pour établir une parité entre les pouvoirs d’achat). Mais cette comparaison est injuste parce que les français travaillent moins d’heures que les américains. Les économistes ne disent jamais qu’une personne est moins bien lotie qu’une autre si elle gagne moins parce qu’elle travaille moins. Un meilleur indicateur du bien-être économique, si l’on doit faire une comparaison, est donc la productivité. Or, elle est aussi forte, voire plus forte, en France qu’aux Etats-Unis.
Il convient à ce stade de faire un peu d’arithmétique sur le fort taux de chômage en France chez les jeunes, lequel a déterminé la politique française et influencé l’opinion mondiale durant les émeutes des banlieues en 2005. La méthode standard de mesure des taux de chômage place les chômeurs dans le numérateur, et les chômeurs plus les non chômeurs dans le dénominateur (c/c+nc). Par cette méthode, les français mâles âgés de 15 à 24 ans ont un taux de chômage de 20,8%, comparé à 11,8% aux Etats-Unis. Mais cette différence est principalement due aux fait qu’en France il y a proportionnellement beaucoup plus de jeunes hommes absents du marché du travail - parce qu’un plus grand nombre d’entre eux sont étudiants et que les jeunes en France travaillent beaucoup moins à mi-temps quand ils font leurs études que les jeunes américains. Ceux qui sont absents du marché du travail ne sont comptés ni dans le numérateur ni dans le dénominateur des taux de chômage.
Une meilleure façon de comparer consiste donc à prendre le nombre de chômeurs et de le diviser par la population dans la tranche d’âge 15 à 24 ans. On obtient alors un taux de chômage américain de 8,3% contre 8,6% pour les français. On voit que les deux pays ont un sérieux problème de chômage chez les jeunes, lequel se concentre par ailleurs dans les minorités ethniques. Mais le problème n’est pas sensiblement pire en France qu’aux Etats-Unis.
Nicolas Sarkozy propose de rendre les licenciements plus faciles, de baisser les impôts (y compris ceux frappant les successions), de revenir en fait sur la semaine de 35 heures, ainsi que d’autres mesures qui favoriseront les salariés à revenus élevés et les chefs d’entreprises. Ces mesures redistribueront les revenus vers le haut, comme cela est le cas aux Etats-Unis depuis plus de 30 ans. Mais, encore une fois, il y a peu ou pas de preuves économiques que ces mesures créeront des emplois ou de la croissance.
Ségolène Royal propose quant à elle une série de mesures pour stimuler la demande à travers toute l’économie - y compris une augmentation du salaire minimum, des allocations de chômage et la création d’emplois publics. Tout ceci a un sens économique, puisque les mesures de madame Royal offrent au moins la possibilité - principalement en stimulant la demande dans son ensemble et le pouvoir d’achat des consommateurs - de créer des emplois.
Si, par cette élection, la France marque un tournant historique vers la droite, ce sera dû principalement à de la désinformation économique.
Mark Weisbrot est Co-Directeur du “Center for Economic and Policy Research”, à Washington, DC.
Source : Center for Economic and Policy Research www.cepr.net/index.php
23:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, médias, économie










