Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/04/2018

LES DEUX VISAGES DE NISSA

les deux visages de Nissa.jpg

Les deux visages de Nissa de Zoulika Haba, Esneval Editions

Photo : Zoulika Haba entourée de deux de ses lecteurs

Il y a ceux qui viennent au monde, beaux et riches, et ceux qui ne sont pas bien nés. Nissa née à Alger n'est pas pauvre grâce à son père commerçant, mais contrairement à ses sœurs elle est née avec une tâche sur son visage qui aux yeux des autres est un handicap alors que son cœur est pourtant généreux et empli d'amour. Belle à l'intérieur, d'autres ne voit en elle que la bête.

Son père la marie par subterfuge son visage cachée. Elle sera donc la troisième femme d'un homme violent et sans humanité jusqu'au jour où celui ci découvrira la vérité. La suite de l'histoire nous vous invitons à la découvrir mais rassurez vous pour les cœurs purs, l'amour, le vrai, n'est jamais loin.

Zoulikha Haba, écrivaine Algérienne installée en France c'est inspirée de faits réels pour relater cette histoire. C'est son troisième roman après « les mouettes noires » qui a été primée au Prix Fondcombe 2015. Son deuxième roman « Le fils du Tessala » a été primé au Prix National Lions de littérature 2017.

Les deux visages de Nissa est une très belle histoire, magnifiquement écrite qui nous fait voyager dans l'Algérie du début du siècle dernier de Fes à Alger au milieu des paysages et des femmes et des hommes avec leurs diversités, leurs complexités, imprégnés par les coutumes et les traditions ancestrales.

Nous partageons largement ce que beaucoup d'autres lecteurs ont exprimé spontanément après la lecture de ce livre :

« Un grand merci pour cet ouvrage. J'ai dévoré votre livre car j'avais l'impression que la petite Nora c'était moi. Sentir les odeurs de l'Algérie, ces couleurs chatoyantes, ces femmes qui se battent pour leur indépendance. La volonté de réussir quoi qu'il arrive!!! Vous m'avez fait voyager tout au long des chapitres, vous m'avez fait pleurer de tristesse mais aussi de nostalgie.... »

« J'ai aimé l'approche biographique, j'ai apprécié le rythme du récit, j'ai adoré le périple au cœur de l'Algérie et de son histoire vibrante, et je me suis surpris en résonance personnelle avec Nora, son introversion et son désir d'indépendance. »

« Votre style d'écriture est très apaisant on vous lis tellement facilement, on ressent très fort votre humanité..mais aussi une très grande déchirure... »

« Ma mère est tombé malade subitement et j'ai du m'occuper d'elle...et figurez vous que durant sa convalescence je lui ai lu votre roman! elle n'en revenez pas ..elle pleurait à chaque passage, surtout lorsque Nora parle de sa grand mère...et sa vie pendant l'Algérie Française... Ma mère est sûr que c'est une histoire vraie...car me dit-elle c'est sa vie que vous racontez... »

Que dire d'autres ? Bonne lecture

22/01/2018

"Voix de femmes”, de Nadia Belkacemi et Keltoum Deffous De la poésie comme instinct de survie

Nadia Belkacemi.jpgDans la collection “Regards croisés” est paru Voix de femmes, un bel échange de vers entre Nadia Belkacemi et Keltoum Deffous, qui ont voulu, chacune avec sa sensibilité singulière, donner la voix à cette Femme qui, très souvent, trop souvent, souffre en silence.

À travers leurs poèmes dont Naissance ; Vers mon nuage ; L’honneur ; Rallumer mes cendres ; Le sourire de ma mère ; ou encore Silence, on crie, nos deux poètes – ou devrions-nous plutôt dire “poétesses” pour marquer ce féminin et accentuer encore sa présence dans une société misogyne ? – se veulent les porte-voix de ce “sexe faible” toujours soumis à l’asservissement des uns et à la vindicte des autres.

Elle dénoncent cette “Soumission déshérence/Femmes aux douleurs séculaires, de leur naissance aux accouchements” ; l’une refuse de se taire et nous dira : “J’ai mis à nu mon âme, à cet exorciste je confie/Les fantômes du passé, hantises de la petite fille/Avec le temps guérisseur, elle fêta à la vie, un défi.” L’autre renchérira toute fière : “Ma sœur/Si tu t’en souviens/Prends ma main et faisons ce voyage loin de nos silences…” Et de ce silence, Keltoum Deffous et Nadia Belkacemi n’en veulent plus.

Elles veulent plutôt crier haut et fort leur envie de vivre, d’aimer et de construire un bel avenir. Elles ne veulent plus que la femme subisse cette “maltraitance conjugale”, elles refusent cet étalage de vie privée sous prétexte de garantir “l’honneur” ; que dire de ces “youyous (qui) retentiront/et de ces femmes qui danseront/leur énième défloration…”. Comment oublier que “chaque fois que je veux décrire la rencontre/de deux personnes qui s’aiment…/Je vois tapi dans l’ombre/l’assassin aux aguets/Ma plume raconte alors/la haine de l’assassin”.

Et cette plume a décidé de ne pas s’arrêter d’écrire pour dire. Dire les mots de cette “femme en colère”. Et sache lecteur que “rien ne peut arrêter une femme en colère/tu as beau la blâmer, tu as beau le faire/Elle est montagne debout ; elle est rivière/Miracle est sa force, son intuition, son flair”. Et “la passion des mots” a eu le dernier mot, puisque ce recueil est né au grand plaisir des amoureux des belles lettres et de la poésie pour dire encore et toujours que tant que “l’homme qui tient la main de la femme sans sein” est là, la poétesse survivra et sa muse sera en paix et “ira chercher la paix dans ses doutes et ses certitudes…”.

Samira Bendris-Oulebsir pour DZairinfos

Voix de femmes, de Nadia Belkacemi et Keltoum Deffous,
Anep, 2017

15:56 Publié dans Livre, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nadia belhacemi, voix de femmes, algérie | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

17/01/2018

Un roman à dévorer : Ravine l’Espérance

Ravine.jpeg

En ces week-ends d'hiver, on cherche souvent un bon bouquin à se mettre sous la dent. Avec le nouveau roman des éditions Quart Monde, vous ne serez pas déçus !

Ravine l’espérance raconte la vie dans un quartier très pauvre de Port au prince au travers des yeux de 6 personnages, une semaine avant le tremblement de Terre de 2010 qui a ravagé la capitale.

Les personnages sont issus de classes sociales très différentes, certains sont des habitants du quartier, d’autres sont de classes sociales aisées, l’un d’entre eux par exemple est un ingénieur qui travaille sur la réhabilitation du quartier. Les âges aussi sont très variés, il y a des adolescents, des jeunes et des adultes.

A travers leur récit, on découvre la vie dans le quartier, les difficultés mais aussi les joies. On s’horrifie de découvrir des profiteurs de la pauvreté et on s’émerveille devant ceux qui œuvrent pour leur quartier, pour leur pays convaincu qu’en partant de ceux qui vivent là-bas on peut changer les choses.

Si au début, il faut faire un effort pour entrer dans les histoires des personnages et comprendre les liens entre eux, on est très vite happé par l’intrigue, on dévore inlassablement les pages pour connaître la fin.

Ravine l’espérance est à mettre dans toutes les mains dès maintenant mais aussi comme cadeau de Noël.

Ravine l’Espérance

C’est au courage, à la force de ce peuple que ce livre rend hommage, à travers une histoire unique, haletante, où les voix qui s’entremêlent nous guident dans un Port-au-Prince bouillonnant, au fil de cette semaine de janvier 2010, jusqu’au terrible tremblement de terre qui a englouti des centaines de milliers de vies.
Unique, ce livre l’est également dans son écriture : sept auteurs, dont six survivants et Jean-Michel Defromont, décident de ne pas se quitter avant d’être parvenus à rendre présents des dizaines de personnages dont ils sont si proches et qui sont, chacun à sa manière, des maîtres en résistance. Au bout de sept ans, leur livre est une formidable invitation à partager le quotidien de ce peuple capable de surmonter le pire sans jamais perdre l’espérance.

RavinelEsperance.jpegCette semaine-là à Port-au-Prince
Jean-Michel Defromont, Louis-Adrien Delva, Kysly Joseph, Laura Nerline Laguerre, David Lockwood, Jacques Petidor et Jacqueline Plaisir
2017, Éd. Quart Monde, 400 p., 10 €

12:50 Publié dans Connaissances, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ravine, haiti, livre, quart lond | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

15/11/2017

Lydie Salvayre : « Cette part de nuit, d’étrangeté, est en chacun de nous »

lydie salvayre.jpgEntretien réalisé par Sophie Joubert, L'Humanité

Prix Goncourt 2014 pour Pas pleurer, Lydie Salvayre signe une tragédie moderne sur le populisme et la haine de l’autre, ancrée dans un village du sud de la France. Entretien.

lydie salvayre tout homme est une nuit.jpgTout homme est une nuit est-il né d’un mouvement de colère ?

Lydie Salvayre Je sors d’une période où me sont tombés dessus simultanément le Goncourt et la maladie. Pendant une saison, j’ai été « les cailloux et la boue noire », comme je le dis dans le texte. Le désert, aucun goût pour rien. Je me suis dit que l’impulsion ne reviendrait peut-être pas. Et puis est arrivée la campagne présidentielle. Pas un jour ne passait sans que j’entende une bassesse, une invective, un propos xénophobe ou d’exclusion. Je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à faire mes petits romans, comme si de rien n’était. Je ne pouvais pas et ne voulais pas me dérober, même si je tiens en suspicion la littérature qui surfe sur les événements présents pour aller à l’émotion et faire du réalisme à bon compte. Je suis souvent dans le désir du monde et dans le désir de retrait. Cette fois je me suis dit qu’il fallait y aller. À certaines périodes historiques, d’autres l’ont fait : Malraux pendant la guerre d’Espagne, Charles Péguy ou Zola pendant l’affaire Dreyfus… Me sont venues des questions vieilles comme le monde : pourquoi les hommes reportent-ils leurs inquiétudes sur l’intrus, sur l’étranger, plutôt que de s’en prendre à la racine de leur mal ?

Comment traiter aujourd’hui la question archaïque du bouc émissaire ?

Lydie Salvayre Depuis que j’ai terminé le livre, je lis beaucoup sur le populisme. La victime émissaire est légèrement différente des autres, presque conforme mais pas vraiment. Tout est dans le presque. Selon René Girard (1), elle doit présenter des caractères enviables ou odieux. Mon narrateur a les deux, il est enviable car il ne travaille pas, et son teint un peu bronzé le rend haïssable. Ces choses insignifiantes vont devenir peu à peu des preuves irréfutables, à cause d’une espèce de déraison qui s’empare des uns et des autres, un déchaînement des passions. Mais il me ferait horreur d’être dans le camp du bien. J’essaie de semer des indices pour éviter d’opposer le pauvre exclu à l’infâme populiste. Dans le livre, l’étranger n’est pas pure victime, il est enfermé dans des pratiques citadines, qui séparent le public et le privé. Cette barrière est beaucoup moins étanche à la campagne. Mon narrateur s’exprime bien, il peut apparaître comme un érudit, appartenant à l’élite. De l’autre côté, le village se meurt, déserté par l’industrie. Ses habitants ont le sentiment d’être les derniers représentants d’un monde qui s’achève. Ils essaient de faire groupe, tentent de maintenir un collectif.

La construction du roman alterne deux voix, celle du narrateur, l’étranger, sous forme de journal intime et celle des villageois, dans le café. Le personnage d’Augustin, qui arrive plus tard, incarne-t-il une autre voix possible ?

Lydie Salvayre Je ne peux pas écrire tant que je n’ai pas de forme. J’ai tenté la simultanéité, ce qui est impossible en littérature, contrairement à la musique. Augustin n’est ni dans un camp ni dans l’autre. Il représente une France qui ne serait pas dans le ressentiment ou sur la défensive. C’est peut-être une voix idéale, utopique, celle que j’appelle de mes vœux. Il fait partie de ceux que j’appelle les idiots sublimes, un personnage littéraire que j’aime entre tous : le prince Mychkine de Dostoïevski, le brave soldat Schweyk de Brecht, Plume de Michaux, ou le Quichotte. Leur bonté est tellement exceptionnelle qu’elle en paraît incongrue, déconcertante et même scandaleuse. Je ne m’étais jamais autorisé cette figure. Quand Augustin arrive, la logique du roman se poursuit mais ce personnage me permet de respirer entre ces deux camps presque symétriques, qui sont dans un parfait non-dialogue. Un réseau de survie minuscule va se créer et s’avérer efficace face aux déchaînements des passions tristes dont parle Spinoza.

Votre narrateur est, comme vous, d’origine espagnole, et transfuge de classe. Votre histoire de fille d’ouvriers, républicains espagnols arrivés en France pendant la guerre d’Espagne, a-t-elle influencé ce texte ?

Lydie Salvayre Mon narrateur, comme moi, est inscrit dans une histoire familiale qui le rend infiniment sensible à la question de l’étranger. Elle a plusieurs sens : l’étranger dans la cité, parce qu’il est fou ou mal adapté, notre inconscient comme étranger, la maladie comme corps étranger. Le titre du roman dit cette part de nuit, d’étrangeté en chacun de nous. Je suis fille d’ouvriers, d’Espagnols, et comme mon narrateur j’ai ressenti cette honte des origines. Le sentiment que je m’exprimais mal, que mes parents étaient pauvres, que je vivais dans un HLM, était si violent que je n’ai pas pu en faire œuvre jusqu’à ce livre. Il aura fallu soixante-dix ans pour que je m’autorise à en parler. Je me suis tellement battue pour essayer de bien m’exprimer, de bien écrire, de bien me tenir. Nos parents nous ont beaucoup aidées, mes sœurs et moi. Ils voulaient que nous soyons plus républicaines que les républicains, plus laïques que les laïques. Peut-être avons-nous fait tant d’efforts que c’est resté très douloureux, même aujourd’hui. Il y a toujours un angle mort. Je crèverai avec ça.

Votre narrateur dit qu’il est passé maître dans l’art de dissimuler, ses origines et la maladie…

Lydie Salvayre S’arracher aux origines est une entreprise de dissimulation. L’accent, les manières de table sont à vie en nous mais on peut les dissimuler. J’ai vécu dans la communauté des réfugiés politiques espagnols. On entendait des blagues sexuelles à n’en plus finir. J’ai toujours gardé le goût du mauvais goût, de la grossièreté. Quevedo est un exemple parfait de ce qu’est pour moi le baroque : une langue très érudite et extrêmement populaire, voire vulgaire, qui va vers le bas autant que vers le haut. Je crains que, pour quelqu’un de bien né, en ville, cette espèce de vulgarité banale dans laquelle j’ai baigné enfant, celle des cafés de village que je décris dans le roman, soit prise comme une caricature. Tant pis !

Pourquoi ce vers du Cimetière marin de Valéry, qui revient dans le livre : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre »  ?

Lydie Salvayre Pendant la maladie, on s’accroche à des petites choses. On ne lâche pas. La maladie ne recentre pas, ne fait pas grandir humainement. On est malheureux, c’est tout. Pendant quelque temps, mon narrateur est enfermé par son état. Puis il expérimente qu’il ne peut pas penser seul. On ne pense que parmi les autres, disait Deleuze. C’est la belle théorie du rhizome. L’un de mes personnages dit qu’il voudrait vivre comme Thoreau, au milieu de la nature. Mais si les mots ne se frottent pas à ceux des autres, ils sont ravalés par le cerveau et font une bouillie informe, cette idée m’est assez chère. La parole lie et sépare. Or, dans le café du livre, ils disent tous la même chose et donc ne se parlent pas. La parole est fondée sur l’altérité.

(1) Le Bouc émissaire, Grasset, 1982.