Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/12/2017

Johnny, plus que jamais vivant

Johnny Hallyday vivant.jpg

Entretien réalisé par Victor Hache, lundi, 17 Novembre, 2014, L'Humanité

Johnny avait envie d’ouvrir son cœur et de parler de son nouvel album, Rester vivant, dont il est extrêmement fier. Rendez-vous pris dans un grand hôtel parisien au décor feutré, il arrive, visage buriné et regard de loup cerné, à peine remis des concerts des Vieilles Canailles avec ses potes Eddy Mitchell et Jacques Dutronc. Il tire quelques bouffées de sa cigarette électronique, entre deux questions. La voix est ferme et douce, l’homme émouvant et d’une incroyable simplicité, à la hauteur de sa légende. Alors, on est forcément impressionné.

Rencontre.

Rester vivant, c’est vivre le temps présent à fond ?

Johnny Hallyday : C’est surtout faire les choses qu’on rêve de réaliser, être libre dans sa tête. Cet album, c’est un peu sur le temps qui passe pour moi, comme pour tout le monde.

Pourquoi avoir voulu l’enregistrer à Los Angeles ?

Johnny Hallyday : J’ai été très heureux de travailler avec Don Was (réalisateur du disque). Il m’a apporté ce que je voulais en termes de son. Cette couleur du sud des États-Unis mêlée à la sonorité de la Californie. Une couleur proche des années 1970, une époque musicale que j’adorais.

Évoquer le temps qui passe, c’est aussi faire un peu le bilan d’une vie, non ?

Johnny Hallyday : Je ne fais pas de bilan. Il n’y a pas d’amertume dans tout cela, pas de regrets. Comment dire ? Je suis passé à deux doigts de la mort après avoir été dans le coma pendant trois semaines. Quand je suis sorti du coma, j’ai vu la vie différemment. Je pense plus aux autres. Je suis plus proche des gens. Plus proche de ma famille. Ça m’a apporté plein de choses positives plutôt que négatives. C’est un peu ça « rester vivant » ! (rires).

Il y a aussi le thème de la solitude au travers d’une belle chanson, Seul. Pourtant, on imagine mal que quelqu’un d’aussi populaire que vous puisse se sentir seul…

Johnny Hallyday : On a tous des moments de solitude. On vit avec, sauf que par moments elle est plus présente. La solitude fait partie de chacun de nous. La chanson est sur un homme qui se retrouve seul parce que sa nana s’est cassée. Ce qui arrive de temps en temps ! (rires).

Une Lettre à l’enfant que j’étais est très émouvante. Êtes-vous resté fidèle aux rêves du gamin de la Trinité ?

Johnny Hallyday : Oui, je crois. Je n’ai jamais vraiment grandi. Je suis resté aussi con qu’avant ! (rires). Je pense que je suis fidèle à celui que j’étais quand j’étais petit et à ce que l’on m’a inculqué, sur la droiture, les choses positives de la vie, sur l’honnêteté. C’est ce que j’essaie d’inculquer à mes enfants. Il faut avoir une parole et, pour moi, c’est quelque chose de très important.

Vous dites souvent que la musique vous a sauvé. Vous a-t-elle rendu heureux ?

Johnny Hallyday : Elle m’a rendu malheureux et elle m’a rendu heureux ! Cela dépend des moments. Quand je faisais des choses qui ne me plaisaient pas, ça me rendait très malheureux. Quand on est dans des grosses maisons de disques, c’est compliqué. Il y a toujours des pressions. Il faut faire l’album, il faut qu’il y ait des tubes, que ça marche. Alors quelquefois on me forçait à faire des chansons que je n’avais pas vraiment envie de chanter, trop variétés à mon goût. Mais je les ai faites. C’est quelque chose dont je ne veux plus. Je ne veux plus me forcer à des choses que je n’ai pas envie de faire. C’est une des raisons pour laquelle j’ai quitté mon ancienne maison de disques, d’ailleurs (Universal). Aujourd’hui, je suis très heureux d’être chez Warner. Ils me laissent faire exactement ce que j’aime et ce dont j’ai envie. Il n’y a pas d’obligation. Si je me trompe, c’est moi, et non la maison de disques ! (rires).

Le rock’n roll, ça reste votre adrénaline ?

Johnny Hallyday : Le rock’n roll d’aujourd’hui n’est plus le même qu’avant. Maintenant, j’ai une influence beaucoup plus country, R’n’B et rock. Pour moi, le vrai rock’n roll est mort en 1965. Aujourd’hui, on accole le mot à trop de choses qui ne sont pas finalement le rock’n roll. C’est devenu un mot, ce n’est plus une musique, un genre musical. Mais, personnellement, je fais une variante entre la country, le blues et la soul music. Une musique que j’adore. Pour moi, ce mélange fait que ça reste fidèle au rock’n roll tel que je l’ai aimé.

Vous chantez On s’habitue à tout . Est-ce qu’on s’habitue aux mauvais coups ?

Johnny Hallyday : Oui. On finit par s’habituer à tout. Ce n’est pas pour ça qu’on aime les mauvais coups, mais ça fait partie de la vie.

Vous avez fêté en juin vos soixante et 
onze ans. Comment vous sentez-vous physiquement ?

Johnny Hallyday : Je me sens en pleine forme. On ne peut pas se sentir malade toute sa vie ! (rires).

Vous êtes une force de la nature !

Johnny Hallyday : J’ai effectivement cette chance. C’est vrai que je fais beaucoup de sport pour me maintenir en forme. Tous les matins, je fais beaucoup d’exercices pendant une heure et demie avec mon coach. Je fais pas mal de vélo pour le souffle. C’est vrai aussi que je bois beaucoup moins qu’avant. Je fais plus attention. Je ne fume plus, hormis ces conneries, les cigarettes électroniques. Quand j’ai envie de fumer, j’en prends, et ça me coupe l’envie parce ce que c’est tellement mauvais ! À part ça, je vis tout à fait normalement. J’ai une vie de famille, j’aime voir mes enfants grandir. J’ai une femme merveilleuse. Ça me stabilise et ça me rend très heureux.

Plus ça va, plus votre voix est puissante. La travaillez-vous ?

Johnny Hallyday : Non. Je n’ai jamais travaillé ma voix. Ça vient peut-être aussi du fait que je ne bois plus, ou je bois moins, et que je ne fume plus.

Il faut une force pour interpréter les chansons comme vous le faites…

Johnny Hallyday : Vous savez, les paroles d’une chanson, si on ne les interprète pas comme un acteur, que ce soit pour une scène à jouer au théâtre ou au cinéma, c’est juste chanter des mots sur de la musique. La personne qui m’a le plus inspiré dans ma vie pour l’interprétation des chansons, pour communiquer, envoyer les émotions et que les gens les reçoivent, c’est Jacques Brel. Pour moi, il aurait pu être un chanteur de blues dans la façon qu’il avait d’interpréter ses chansons. Jacques Brel m’a fait pleurer quand je l’ai vu sur scène par la façon qu’il avait d’envoyer les mots, parfois durs. Amsterdam, c’est une sublime chanson, c’est émouvant. On ne peut pas y rester insensible.

Et Elvis, il vous a ému aussi ?

Johnny Hallyday : Pas de la même façon. Elvis, j’étais amoureux de sa voix, une voix de velours. J’ai aimé Elvis jusqu’à l’armée, jusqu’au service militaire, après, un peu moins, quand il a commencé à faire tous ses trucs sur Hawaï. Mais il reste à jamais. Elvis est irremplaçable. On ne remplace jamais quelqu’un, de toute façon.

Vous allez partir pour une longue tournée, avec près de 50 concerts. La scène, c’est définitivement votre raison de vivre ?

Johnny Hallyday 1985.jpgJohnny Hallyday : C’est mon moteur. J’adore partir en tournée. Je vis avec mes musiciens et je travaille avec
eux sur scène comme si on était un groupe. J’ai toujours été habitué depuis mon enfance à être trimballé à droite, à gauche. J’ai été élevé par une famille de danseurs. J’ai vécu un peu partout quand j’étais môme, au Danemark, en Finlande, en Espagne, en Allemagne, en Italie. Je suis habitué à bouger, à ne jamais rester en place. La vie de tournée me convient très bien. Tous les soirs, on rencontre un public différent, et ça, c’est formidable.

Vous vous êtes produit trois fois à la Fête de l’Humanité en 1966, 1985 et 1991. Quels souvenirs gardez-vous de ces concerts ?

Johnny Hallyday : J’aimais beaucoup Georges Marchais et j’ai même été assez ami avec lui. Moi, je m’en fous un peu, quel que soit le parti politique. Simplement, le public de la Fête de l’Humanité est un public 
super chaleureux. J’ai toujours été traité formidablement bien quand j’ai fait mes spectacles là-bas.

10:14 Publié dans Actualités, Entretiens, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : johnny hallyday, rester vivant | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

03/06/2017

Isabelle Boulay nous prend par les sentiments

Isabelle-Boulay.jpg

Victor Hache, L'Humanité

Trois ans après son disque hommage à Serge Reggiani, la chanteuse québécoise sort En vérité. Un album tout en émotion au registre amoureux.

Isabelle Boulay revient avec un album à écouter les jours de pluie, quand le vague à l’âme vous envahit. Un opus tout en émotion réalisé par Benjamin Biolay, « un disque de grandes chansons », comme la chanteuse québécoise se plaît à dire, qui résonne déjà comme un classique. En vérité affiche un répertoire amoureux, registre sentimental où la voix d’Isabelle Boulay coule avec élégance.

Des chansons teintées de mélancolie qui vont droit au cœur : « Pour moi, la mélancolie n’est pas quelque chose qui a à voir avec la complaisance, confie-t-elle. C’est voir clair dans ses souvenirs et essayer d’en garder le meilleur. Mais c’est vrai que je suis une grande sentimentale, probablement une romantique moderne dans une époque qui laisse peu de temps pour les épanchements. »

La chanson ?

Elle s’y est intéressée très jeune, vers l’âge de 11-12 ans, pour son aspect littéraire en écoutant Piaf, Dalida, Nana Mouskouri, Lama, Bécaud. Il y a trois ans, dans son précédent disque, elle avait ainsi rendu un magnifique hommage à Serge Reggiani en reprenant ses plus grandes chansons : « Les mots m’ont toujours fait rêver. Entrer dans le répertoire d’une autre personne m’a soignée de ma propre vie, ça m’a redonné de la force. Quand on chante Reggiani, on plonge forcément dans la contemplation, le temps d’aimer. » C’est aussi ce que raconte le nouvel album de l’interprète de Mieux qu’ici-bas, disque sorti en 2000, déjà réalisé par Benjamin Biolay et qui s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires, porté par les tubes Parle-moi et Un jour ou l’autre.

Un univers sensible qui lui ouvre de nouveaux horizons

Pour En vérité, la chanteuse s’est entourée d’un beau casting d’auteurs (Didier Golemanas, Benjamin Biolay, la Grande Sophie, Julien Clerc, Carla Bruni, Cœur de pirate, Raphaël…), qui lui ont dessiné un univers sensible, lui permettant de s’ouvrir à de nouveaux horizons : « Je voulais que les textes nous prennent le cœur et que la musique nous prenne le corps, sourit-elle. Quelque chose qui soit comme de la matière vivante, des petits films. »

On y trouve des ballades – le Garçon triste, Un souvenir, Voir la mer –, des chansons-variétés de facture classique – Mon amour (la Supplique) – ou encore de la country – Won’t catch me, Nashville, le train d’après –, un style qu’elle aime depuis son enfance, quand, aux côtés de sa grand-mère et de sa tante, elle écoutait des légendes comme Willie Nelson, Johnny Cash, Dolly Parton : « La country, pour nous, Américains du Nord, c’est un peu notre chanson réaliste. » Elle se sent d’ailleurs plus chanteuse réaliste que chanteuse à voix. « J’ai toujours soigné mes interprétations pour éviter la surenchère. J’éprouve plus de plaisir à être dans l’implosion que dans l’explosion. Je me mets au service des textes. J’aime la chanson plus que moi-même quand je suis en train de l’interpréter. Je suis dans une humilité totale. Je chante pour me faire du bien et donner, en essayant de rentrer dans la matière pour atteindre l’émotion. On est obligé d’y mettre son cœur, son énergie, son expérience. »

Un registre social où on ne l’attendait pas

Il y a aussi une belle reprise de Bernard Lavilliers, les Mains d’or, à laquelle on ne peut rester insensible. Registre social où l’on n’attendait pas Isabelle Boulay : « J’ai mes façons d’être solidaire, dit-elle. Mes parents avaient un restaurant et un bar. J’ai vu beaucoup d’hommes pleurer parce qu’ils venaient de perdre leur travail, des mineurs, des hommes qui travaillaient sur les chantiers de foresterie et d’hydroélectricité. Je viens d’une famille d’ouvriers et j’ai toujours voulu aborder mon métier comme une ouvrière, en essayant à ma manière d’être du côté de la réalité. Faire du bien aux autres est la seule chose qui m’intéresse. Et les Mains d’or est une chanson qui fait du bien. »

12:20 Publié dans Actualités, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : isabelle boulay, souvenirs, en vérité | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

27/12/2016

JEAN VASCA, POETE ET CHANTEUR TROP MECONNU

 

Jean Vasca1.jpgJean Vasca s’est éteint le 21 décembre dernier à Rivières, dans le Gard.

La Web Radio Chansons Rouges Mosaik Radio diffusera une émission spéciale pour lui rendre hommage le samedi 31 décembre à 22h, rediffusée lundi 02 janvier à 10h et le 7 janvier à 22h où vous pourrez retrouver plusieurs de ses chansons.

Son dernier album, daté de 2016, et dont vous pouvez écouter un extrait la Nuit des Songes à la fin de cet article s’intitule Saluts !.

Auteur, compositeur et interprète, Il est né le 25 septembre 1940 à Bressuire, dans les Deux-Sèvres, de parents réfugiés là depuis les Ardennes.

Jean Vasca aura consacré sa vie à la chanson de texte. Les siens, ceux des auteurs qu’il admire, Ferrat, Brassens, Ferré. Après ses débuts sur les scènes des cabarets parisiens dans les années 1960, le jeune artiste va produire une émission de poésie intitulée la Présence du verbe, puis il réalisera un premier album , les Routes, en 1964.

Une trentaine d’autres jailliront de son amour de la langue, poétique, libre et libertaire. Isabelle Aubret, Francesca Solleville, Christine Sèvres ou encore Morice Benin et Marc Ogeret ont interprété ses chansons qui lui valurent des prix prestigieux. Il disparaît avec l’admiration et l’affection de nombreux amateurs, noble terme.

Jean Vasca était l'un des derniers grands poètes contemporains.

Il a sorti 24 albums, 7 livres de poèmes, s'est produit dans de nombreux cabarets parisiens, est passé deux fois à l'Olympia et poursuit toujours ses tournées.

Jean vasca-et-ferrat.jpgAmi de Ferrat avec qui, en 1992 il fondera le festival Chansons de paroles, de Ferré, de Nougaro, Il est une mémoire vivante de la chanson à textes. Il a collectionné des prix prestigieux : prix de l'Académie de la chanson, de l'Académie du disque et de l'Académie Charles Cros.

Ses chansons étaient brûlantes d'humanité, d'espoir, de gourmandise. La tête dans les étoiles, la beauté comme la cruauté du monde, rien ne lui a échappé.

Google-Translate-English to French Traduire français en German  Traduire français en Italian Google-Translate-English to Japanese BETA   Traduire français en Portuguese   Traduire français en Russian   Traduire français en Spanish Traduire français en Arabic   Traduire français en danish Traduire français en Greek
 

 

 

11:13 Publié dans Actualités, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean vasca, chanteur, poète | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

18/01/2016

Arno : « Ça doit être dur pour Dieu de voir tout ce bazar ! »

arno.jpgLe chanteur belge sort "Human incognito". Un album très dense à l’esprit inventif dans la veine d’un chanteur libre pour qui la musique n’a pas de frontières, entre chansons cabossées, romantiques ou désespérées, rock déglingué, blues à la Tom Waits et voix rauque de crooner fatigué.

C’est curieux pour un personnage public de vouloir être un Human incognito, non ?

Arno Je me protège, non pas des autres, mais de moi après les deux dernières années où le monde a tellement changé. C’est l’être humain qui a fait tout ce à quoi on assiste. Il y a plein de choses qui se passent. Cela m’inspire !

Pour la pochette vous avez choisi une photo en noir et blanc où l’on voit un homme qu’on suppose être vous, sans tête et sans mains. Quel est le sens de cette image ?

Arno C’est du surréalisme. Je l’utilise comme une excuse pour faire des conneries et ne pas me voir. Je regarde comme un voyeur le monde autour de moi. Et ça me protège.

Vous chantez Please exist. Entre être incognito et affirmer vouloir exister, n’y a-t-il pas une contradiction ?

Arno  Dans cette chanson, je parle à Dieu. Je pense beaucoup à lui parce qu’il a créé l’être humain. Or que fait-il ? Plein de conneries ! Il fait des guerres, il tue. Les êtres humains sont tristes, en thérapie. Ça doit être dur pour Dieu de voir tout ce bazar !

La société est de plus en plus difficile. Que vous inspire-t-elle ?

Arno Aux élections, on assiste au conservatisme. Il y a une révolte qui vient de l’extrême droite, qui monte. On a besoin d’une autre révolte, de gauche ! Dans les années 1960, tout était possible, on vivait avec notre cul dans le beurre. Il n’y avait pas de crise, du boulot partout, de la solidarité. Aujourd’hui, avec la crise, c’est l’extrémisme. Est-ce qu’on est dans les années 1930 ? Je ne sais pas. Une période où il y avait l’extrême droite et où Hitler a créé la guerre. Il y avait aussi un autre extrémisme, celui du stalinisme contre l’hitlérisme. Je suis triste de voir comment la société évolue, mais ça m’inspire aussi. Je suis un vampire ! (Rires.) Je ne veux pas changer le monde. C’est un constat. On est vraiment dans la merde !

Quels thèmes vouliez-vous aborder dans votre album ?

Arno L’humanité, l’être humain et tout ce qui va avec, de la joie à la tristesse. Nous, quoi !

Le disque a été mixé à Bristol en Angleterre. C’est une ville qui vous fait particulièrement vibrer ?

Arno J’aime cette ville qui n’est pas très loin de la mer. Et les mouettes donnent le même son que celles de la mer du Nord. Quant aux moules, elles sont incroyables là-bas !

Meilleures qu’en Belgique ?

Arno Je ne peux pas dire ça parce qu’autrement j’aurais toute la Belgique contre moi ! (Rires.) Bristol est aussi très créative, où il y a beaucoup d’étudiants avec une grande université. C’est une ville très musicale d’où viennent Massiv Attack, Portishead et d’autres groupes. Bristol, c’est un peu Bruxelles, où j’habite. Cette ville a été un coup de foudre pour moi.

De quelles ambiances rêviez-vous pour votre disque ?

Arno Je voulais quelque chose d’organique. J’ai eu la chance de rencontrer l’ingénieure du son et productrice australienne Catherine Marks (connue pour ses collaborations avec Foals, PJ Harvey, etc. – NDLR), qui a fait ce son-là. Elle m’a beaucoup aidé.

Vous continuez d’osciller entre le blues, la chanson et le rock, comme si ces trois genres musicaux étaient inséparables à vos yeux ?

Arno Je mélange toutes ces sonorités parce que je considère qu’il n’y a pas de frontières dans la musique. Blues, rock ou ce qu’on veut, la musique doit avoir un esprit, une âme. Chez moi, j’écoute beaucoup de choses pour découvrir des univers différents. Je dis souvent : « Je suis ouvert comme une vieille pute ! » (Rires.)

Avec peut-être une préférence pour le rock ?

Arno Pour l’attitude rock ! La première fois que j’ai eu le microbe du rock, c’était à l’âge de 8 ans, lorsque j’ai découvert une chanson d’Elvis Presley, One Night With You. Quand je l’ai écoutée, j’ai eu des frissons, j’ai joui ! C’est grâce à cette chanson que je n’ai jamais travaillé et que j’ai fait de la musique.

Et votre attirance pour la chanson ?

Arno Ma grand-mère était chanteuse. Je me souviens qu’un jour, elle chantait la Mer, de Charles Trenet. Mais, à la place de chanter la Mer, elle s’amusait à dire « la merde ! » parce qu’elle était en train de faire la vaisselle – dans le temps les machines n’existaient pas ! (Rires.) Ma grand-mère m’a influencé dans beaucoup de choses. J’ai souvent utilisé des phrases qu’elle disait dans mes chansons.

Vous chantez « je veux vivre dans un monde sans papiers où les riches et les pauvres n’existent plus ». Vous pensez qu’un jour on parviendra à une société plus égalitaire ?

Arno Je ne pense pas que ce soit possible. C’est une utopie, un fantasme. L’être humain n’est pas comme ça. Quand les riches et les pauvres n’existeront plus, je n’aurai plus d’inspiration. Mais c’est un rêve. C’est mon film de Walt Disney ! (Rires.) J’aime entrer dans ma propre réalité qui n’existe pas. On en revient au surréalisme.

Qu’avez-vous éprouvé après les attentats du 13 novembre ?

Arno Ce qui s’est passé au Bataclan est horrible. Les gens sont traumatisés, mais les médias ont aidé aussi à ce traumatisme. Quelque temps après, je regardais le journal d’information à la télé, sur une chaîne hollandaise. Et il y a un mec qui était dans la rue où j’habite à Bruxelles, qui disait « après 18 heures, tout est fermé, pas de commerces, de restaurants, de bars, etc. ». Mais ce n’était pas vrai, il disait n’importe quoi ! Les Hollandais voyant ça à la télé, qui auraient voulu se rendre à Bruxelles, ont sûrement pensé « on ne va pas y aller parce que tout est fermé ». Il y avait une réalité bien sûr, mais je veux dire que les médias ont contribué à créer une angoisse. Il y a un danger, je suis d’accord, mais il faut faire attention à ce que disent les journaux. Il y a eu des attentats à Londres il y a quelques années, dans le métro, dans le train à Madrid, c’est grave. On vit dans un film de cow-boys et tout est possible dans un film de cow-boys…

La scène, que vous affectionnez parti- culièrement, reste-t-elle votre énergie, votre carburant ?

Arno J’en ai besoin. C’est ma vie. Sans ça, je ne suis rien. Je fais de la musique pour faire de la scène. À partir de fin janvier, je pars en tournée pour cinq mois entre la France, la Hollande, la Suisse… Je devais me produire au Bataclan en mars mais ça a été annulé et je jouerai au Trianon en mai. Je suis en train de construire le show, mais ce sera guitare-basse-batterie-clavier avec le chanteur de charme raté ! (Rires.)

un registre bouillonnant pour le chanteur belge, qui rêve de vivre « dans un monde oÙ les cons ne font pas de bruit » 

Quand il parle de lui, Arno se voit en vieux chanteur de charme raté. Pourtant, il continue de séduire et d’en pincer pour le rock, comme lorsqu’il avait dix-huit ans. Sur la pochette de son album, il se fait homme invisible. Sans tête ni mains, il la joue Human incognito pour mieux observer le monde, qu’il souhaiterait plus beau : « Je veux vivre dans un monde sans papiers, où les riches et les pauvres n’existent plus, (...) où les cons ne font pas de bruit », chante-t-il. Un registre bouillonnant à l’utopie assumée dont le « point de vue est celui de l’être humain ». Produit par l’Anglais John Parish, connu pour ses collaborations avec PJ Harvey, Eels ou Perfume Genius, enregistré à Bruxelles, mixé à Bristol, ce nouvel album privilégie les ambiances organiques sur fond de guitares, basse, batterie ou accordéon, alternant chanson, rock, blues, français et anglais. Un bazar magnifique porté par la voix rauque d’un chanteur revenu de tout toujours aussi émouvant qui à la fin trinque à la santé de « tous les cocus du monde entier ». Arno pur jus.

Album Human incognito chez Naïve. Tournée du 30 janvier 2016 au 8 avril 2016, dont les 19 et 20 mai au Trianon, 80, boulevard de Rochechouart, Paris 18e. Rens. : 01 44 92 78 00.
 
Entretien réalisé par Victor Hache
Vendredi, 15 Janvier, 2016
L'Humanité
 
Google-Translate-English to French Traduire français en German  Traduire français en Italian Google-Translate-English to Japanese BETA  Traduire français en Portuguese  Traduire français en Russian  Traduire français en Spanish Traduire français en Arabic  Traduire français en danish Traduire français en Greek

19:32 Publié dans Actualités, Connaissances, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arno, entretien, chansons | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!