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16/04/2009

"Le juif n'est pas une essence, c'est une grande religion"

sand.JPGL’historien israélien, Shlomo Sand remet en question les mythes fondateurs d’Israël et même l’existence d’un peuple juif. Dans cet entretien à l’Humanité, il développe les idées essentielles de son livre, Comment le peuple juif fut inventé.


Quelle est la genèse d’un tel livre ? Est-ce d’abord une préoccupation purement israélienne ou vous adressez-vous à l’ensemble du monde ?

Shlomo Sand Il y a un intérêt, qui m’étonne d’ailleurs, qui s’exprime un peu partout. Pourquoi ai-je écrit ce livre ? Cette idée qui me fait mettre en doute, sur le long terme, l’existence d’un peuple juif, n’est pas nouvelle. Il suffit d’ailleurs de regarder les Juifs pour voir qu’ils n’ont pas la même origine, comme on dit. De cette idée critiquant les visions racistes concernant les Juifs, je me suis tourné vers l’écriture d’un livre. J’ai pensé qu’en tant qu’historien, il était de mon devoir de me confronter à l’une des choses les plus importantes de la conscience historique des Israéliens. Des Juifs israéliens mais aussi de beaucoup de Juifs du monde. Cette vision est qu’ils seraient venus autrefois d’une patrie qui s’appelle Judée ou Palestine ou, comme on dit dans la terminologie sioniste, « Eretz Israël ». Ce peuple aurait erré pendant deux mille ans, serait arrivé à Moscou, aurait fait demi-tour et serait retourné. C’est la légitimation de cette colonisation en Palestine qui a été faite par le mouvement sioniste. À chaque étape de ce travail, j’ai été très choqué de constater le fossé existant entre les productions vraiment professionnelles issues de milieux restreints de l’université et la conscience historique des gens, en Israël et ailleurs. Il suffit de regarder les manuels en France, on y parle aussi de peuple juif exilé. Le livre se termine sur une question politique : « Pourquoi je parle ? » Le « pourquoi » contient ce devoir d’historien mais aussi ce côté politique que j’ai pour changer la vie, changer les opinions. C’est essentiel pour changer la société dans laquelle je vis, qui se trouve dans une crise et un conflit permanents.

Comment maniez-vous le concept de Juif, celui d’Israélien ?

Shlomo Sand Je suis très israélien. Je suis d’origine juive. Le capital symbolique que j’ai n’est pas européen, il est surtout israélien. Les premiers mots d’amour que j’ai prononcés étaient en hébreu ! Il est intéressant de constater que le sionisme ne reconnaît pas de peuple israélien. Il continue de parler de « peuple juif ». Donc, ni le nationalisme arabe ni le sionisme ne reconnaissent le fait qu’au Proche-Orient est née une société, une culture et même, on peut dire, un peuple nouveau, qui parle une langue. Pourtant, il n’y a pas un cinéma juif mais un cinéma israélien. Il n’y a pas un théâtre juif mais un théâtre yiddish. Il n’y a pas de littérature juive mais une littérature israélienne. Pourquoi le sionisme se comporte-t-il tellement mal vis-à-vis de sa propre création ? Pour le sionisme, de gauche comme de droite, la société israélienne est une branche du peuple juif. Pour le nationalisme arabe c’est aussi une branche d’une invasion juive au Proche-Orient. C’est le même concept, qui ne veut pas reconnaître les faits. C’est ainsi que j’ai commencé à toucher à la légitimation historique de la colonisation sioniste. L’acte de propriété du sionisme sur la terre de Palestine, c’est la Bible. Après avoir expliqué ce qu’est un peuple, ce qu’est une nation, en théorie, le premier chapitre du livre est sur la Bible. Là, je m’appuie sur les travaux des archéologues israéliens, même sionistes. Ils ont mis en exergue la différence entre les découvertes archéologiques et les récits bibliques. Mais pour moi, ils n’allaient pas assez loin. Par exemple, la sortie d’Égypte n’a pas eu lieu. Pourtant, j’étais persuadé que c’était un fait historique. La Bible comme livre historique était décomposée. J’ai commencé à chercher à quel moment la Bible est devenue un livre historique.
D’abord parce que trois catégories, dans l’histoire, ont vraiment lu la Bible. Ce ne sont pas du tout les Juifs. Ce sont les karaïtes (mouvement juif scripturaire remettant en cause le monopole des sages d’Israël en matière d’exégèse biblique - NDLR), les protestants et les sionistes. La vraie Bible de la foi était le Talmud. Je montre donc comment dans l’historiographie du XIXe siècle, qui commence à se cristalliser autour de l’idée nationale juive, le premier modèle c’est l’idée nationale allemande. Une idée nationale qui n’est pas républicaine, qui n’est pas civique, qui s’appuie sur la notion « d’où on vient » et non pas sur « où on va » comme l’idée nationale en France ou aux États-Unis.
C’est ainsi qu’a été créée une histoire linéaire, complètement imaginaire, qui commence avec la Bible. C’est pourquoi je dis qu’elle sert d’acte de propriété pour le sionisme. L’idée très importante et d’une incroyable richesse littéraire est que cette ligne idéologique n’est pas du tout historique. Exactement comme l’Odyssée d’Homère n’est pas un livre historique mais qui contient des récits historiques. C’est un livre légendaire, fantastique, poétique, comme la Bible. Le sionisme (et même le pré-sionisme), qui commence avec l’idée nationale juive, forge la Bible et prend le Livre comme le début d’un long récit : l’histoire du peuple d’Israël. Je montre que c’est une légende et qu’on voit déjà cela dans l’écriture biblique qui apparaît beaucoup plus tard que l’histoire qu’on raconte. D’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’il existait un monothéisme juif dans la région avant la destruction du deuxième temple, avant la destruction du royaume de Judée. Il y a beaucoup d’archéologues qui pensent qu’il n’a jamais existé un grand royaume d’Israël. Il y avait autrefois un petit royaume d’Israël et un petit royaume de Judée. Je suis allé beaucoup plus loin en m’appuyant sur les chercheurs non israéliens. Ils montrent que la Bible est un simple écrit mobilisateur pour créer un peuple élu de dieu.

Vous vous attachez ensuite à la notion d’exil ?

Shlomo Sand C’est la base de toutes les croyances nationales en Israël. Et pas seulement en Israël. J’imagine que beaucoup de communistes en France utilisent le terme de « diaspora ». Chaque enfant en Israël sait qu’en 70 après J.-C., Titus a exilé le peuple juif. Je suis allé à la bibliothèque pour consulter des livres sur l’Exil. L’Exil, c’est un élément fondateur de l’histoire des Juifs, non ? Pouvez-vous imaginer qu’il n’existe même pas un seul livre de recherches sur l’Exil ? Les spécialistes savent donc qu’il n’y a pas eu d’exil, mais le peuple doit apprendre qu’il y a eu Exil ! S’il n’y a pas eu exil, qu’est-ce qu’on fait là-bas, en Palestine ? Donc, j’ai cherché à savoir le destin de ces Juifs qui n’étaient pas partis en exil. Il s’est passé quelque chose. À ma grande surprise je me suis aperçu que Ben Gourion, grand sioniste, a cru jusqu’à la fin des années 1920 que les vrais descendants des « Judéens » (un terme que j’emploie dans le livre), sont les paysans palestiniens qui n’ont jamais quitté le pays. Il y a des élites qui ont émigré. Mais, comme toujours dans l’histoire, les larges couches de producteurs de nourriture ne sont pas parties.
Surtout qu’ils n’étaient ni pêcheurs ni commerçants. Je ne pense pas que les Palestiniens soient les vrais descendants, la région ayant été le lieu de passage de tant de conquérants, on peut penser que chacun a laissé sa trace biologique. Les Palestiniens sont un peuple mélangé exactement comme tous les autres peuples dans le monde. Si les Juifs n’étaient pas exilés, où vivaient-ils ? Je n’avais pas fait attention que le royaume de Judée a fait se convertir, par la force, tous les peuples autour. Au début avec l’épée, comme chaque religion, et ensuite avec les convictions. Le judaïsme est prosélyte jusqu’à la victoire du christianisme. Ensuite, il devient une religion fermée sur elle-même. J’ai trouvé de plus en plus de traces de ce prosélytisme. Pas seulement chez les Berbères, qui ont été judaïsés. Mais vous savez, je n’ai rien découvert historiquement. J’ai tiré des choses qui avaient été glissées sous le tapis, qui avaient été poussées vers les marges pour constituer un récit linéaire national. J’ai organisé différemment, et une autre histoire des Juifs est sortie, complètement antiraciste. Le Juif n’est pas une essence. C’est une grande religion. On ne peut pas comprendre les cultures du monde occidental (au sens « non asiatique ») sans le judaïsme, sans la présence de la religion juive. Mais le judaïsme n’a jamais été un peuple, toujours une religion prosélyte. Je pense que l’origine de 80 % des Juifs au XXe siècle est de l’Europe de l’Est. Ils sont plutôt khazars et slaves. Donc l’origine du judaïsme est plurielle.

Au bout du compte, si l’on parle d’Israël depuis 1948, quelle est la signification de vos recherches ?

Shlomo Sand Ma thèse, qui montre que les Juifs sont pluriels avec une incroyable richesse des origines, est contradictoire avec la politique identitaire en Israël. En Israël, nous avons un régime profondément non démocratique parce que c’est un régime qui ne cherche pas à servir la société mais l’ethnie juive dans le monde, c’est-à-dire ce n’est pas un État des Israéliens. On ne dit pas Israël appartient aux Israéliens. Pas du tout. Il appartient à Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy plus qu’à mon collègue de l’université qui est originaire de Nazareth. Cette contradiction profonde de la citoyenneté israélienne va le faire éclater et c’est en contradiction avec toutes les raisons historiques que j’ai avancées dans mon livre. En Israël, souligner que Juif est une ethnie définit un État qui n’est pas « démocratique » mais « ethnocratique ». Mais BHL et Finkielkraut ne veulent pas vivre sous la souveraineté juive.
C’est donc un État qui a beaucoup de problèmes, qui occupe un autre peuple sans aucun droit, se définit comme un État qui ne sert pas ses propres citoyens. C’est contradictoire avec la vision historique que j’ai avancée. L’idée d’ethnie est une idée complètement légendaire. Je me suis révolté comme historien mais aussi comme citoyen et comme un homme qui s’est impliqué dans la politique. Je veux « désioniser » la société israélienne. Mais, et j’insiste, comme projet politique, j’adopte toujours l’idée de deux États mais pas pour deux peuples. Deux États pour deux sociétés. J’accepte l’hégémonie de culture judéo-israélienne mais je n’accepte pas son exclusivité. Je ne crois pas qu’on puisse proposer aux Juifs israéliens de devenir, du jour au lendemain, une minorité.
Il faut qu’Israël se retire de tous les territoires occupés. Mais je souligne à la fin du livre que le jour où il y aura une paix sur les frontières de 1967, le vrai cauchemar va naître : que les jeunes palestino-israéliens en finissent avec cette crainte apparue avec la Nakba chez plusieurs générations de Palestiniens et qui leur fait refuser de vivre dans un État qui n’est pas leur propre État. Ils n’ont pas été invités dans cet État comme des immigrés. Ils étaient là avant nous. Ils ont le droit de vote, ils sont des citoyens, mais sur le niveau mental, symbolique, juridique, ce n’est pas leur État. En Espagne, personne ne va dire que l’État appartient aux Castillans. En Grande-Bretagne, il n’y a pas un fou qui va dire qu’elle appartient aux Anglais. Mais en Israël, c’est ça la réalité. Le Centre dit que l’État n’appartient pas à ses citoyens mais à la couche dominante linguisto-culturelle qui s’appelle « Juif ». Après mon livre, on ne sait peut-être pas très bien ce qu’est être juif. Mais en Israël on sait très bien : ça veut dire ne pas être arabe. C’est catastrophique. Cela peut transformer la Galilée en un Kosovo. La politique sioniste consiste à dire et à répéter que l’État d’Israël n’est pas un État des citoyens israéliens puisque c’est l’État des Juifs.

Comment en sortir alors que tous les partis en Israël sont des partis sionistes ou des partis arabes, à l’exception notoire du Parti communiste ?

Shlomo Sand Nous assistons à un phénomène qui dure depuis trop longtemps. Il y a des partis de gauche arabes, des partis de gauche juifs. C’est à partir de 1965 et la scission du Parti communiste qu’on a fait le constat qu’on ne peut pas créer un grand parti politique de masse qui est composé de Juifs et d’Arabes. La raison principale est que la gauche dominante a toujours été sioniste et a donc insisté pour que l’État d’Israël soit juif. Malheureusement, il y a aussi des mythes de l’autre côté, c’est-à-dire dans le camp arabe. C’est difficile pour moi de le dire, parce que je suis privilégié, parce que je suis juif dans l’État d’Israël. Mais tant qu’il existera cet oxymore développé par les leaders israélo-palestiniens ou arabes qui reconnaissent l’État d’Israël et demandent en même temps le droit au retour des réfugiés palestiniens, on ne pourra pas créer un grand mouvement de gauche, exactement de la même manière que tant que persistera cet oxymore qu’un État juif peut être démocratique. Il faut faire un grand travail pour décomposer les mythes. Il y a une jeunesse israélienne qui a voté dernièrement pour un candidat qui, comme tout le monde le savait, n’était pas sioniste, c’était le candidat communiste, député, Dov Khenin. C’est la première fois en Israël qu’un candidat à la mairie de Tel-Aviv, non sioniste, recueille 34 % des suffrages. Comme disait Gramsci, il faut « avoir le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté ». J’ai écrit ce livre avec un grand pessimisme, mais avec une volonté forte de changer.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey

(1) Comment le peuple juif fut inventé. Éditions Fayard, 446 pages, 23 euros.

18:09 Publié dans Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, religon, juif | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

04/01/2009

PALESTINE : TRES REMONTE CONTRE LES MEDIAS FRANCAIS…

palestineinfos.jpgEn marge de la manifestation pour la Palestine à Paris le 03 janvier cette expression est revenue   à plusieurs reprises chez les manifestants.

Des slogans, mesurés, mais précis,  ont été également scandés mettant fortement en cause l’objectivité des journaux comme « Osez la vérité, médias français ».

Avec sa pancarte, reprenant cette phrase en Anglais, « French média : shame on you ! Do your job inform !!”(média français, honte à vous ! Est-ce que votre travail, est d’informer ?),  une jeune manifestante précise le sens de son action : « Elle n’admet pas cette fausse symétrie entre les images et informations  diffusées en boucle, mettant en parallèle les tueries du côté Israéliens et Palestiniens ». 400 Palestiniens morts sous les bombardements égalent 4 Israéliens qui malheureusement ont succombés aux tirs de mortiers.

De manière générale l’attitude face à ce conflit des médias français choque. Ainsi l’assassinat d’un dirigeant important du Hamas a été mis en avant à plusieurs reprise pour justifier les tirs dits ciblés sur la population de Gaza. C’est uniquement au détour d’une information complémentaire, que France Info a précisé qu’il a été tué en même temps que ses quatre femmes (suivez mon regard), et dix de ses douze enfants (dix enfants Palestiniens ne valent rien en France pour de nombreux journalistes pensent ainsi de nombreux participants à cette manifestation).

palestinejuif1.jpgDe manière générale, et depuis très longtemps, le conflit en Palestine est très mal couvert, et de manière très subjective. Les conditions abominables dans lesquelles vivent les habitants de Gaza ou de Cisjordanie sont passés le plus souvent sous silence, dans les médias français, malgré de très nombreux témoignages à charge,  superbement ignorés. Par exemple l’association Evry-Palestine, dirigée d’ailleurs par un habitant de confession juive, a à plusieurs reprises alerté sur le drame que vit la population de Khan Yunès, ville jumelé à Evry, en vain.

Beaucoup vivent cela comme une injustice, et un mépris envers la souffrance supportée par les Palestiniens. Bien sûr cela ne retranche rien de la souffrance que vivent les Israéliens dans ce conflit, en particulier ceux qui subissent des tirs de roquettes à «  l’aveugle » et totalement injustifiés.

Parmi les manifestants tous les médias ne sont pas considérés également. Le quotidien l’Humanité évidemment ou des radios généralistes comme RTL sont considérés plus objectives et mieux équilibrés. La presse internationale est jugé plus neutre.

Le web est considéré comme un espace de liberté. Le commentaire suivant a été ajouté à la vidéo sur la manifestation du 03 janvier à Paris de E-Mosaïque diffusé sur Daylimotion :

« MERCI INTERNET POUR CES INFORMATIONS CACHES PAR LES MEDIAS FRANCAIS !  C'est une véritable honte ! », sans commentaire.

ARTICLE PUBLIE EGALEMENT PAR AGORAVOX

 

 

23:35 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, massacre, israël, média | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

28/12/2008

MASSACRE EN PALESTINE

TEMOIGNAGE

de Ishtar COHEN

palestinemassacre.jpgSi je pouvais ce soir, j’écrirai avec mes larmes pour hurler le dégoût de ce que l’Etat israélien est en train de commettre contre le peuple palestinien, mais peut être plus encore, pour crier l’horreur que m’inspire la complicité des Etats européens qui cautionnent cette tuerie, qui la cautionnent et qui l’encouragent.

Je suis écœurée par cette énième démonstration de barbarie et de violence de la part de l’Israël, cette démonstration de mépris totale pour la vie humaine, pour la dignité de l’homme, pour le respect des droits les plus élémentaires de peuples.

Quand je lis que celles et ceux qui prétendent nous représenter renvoient dos à dos bourreaux et victimes, je sens une rage folle monter en moi comme un cheval au galop.

Il n’y a qu’une seule victime ici c’est le peuple palestinien. Un seul bourreau, c’est l’Etat d’Israël.

Les politiciens qui refusent de prendre parti, qui refusent d’adopter une position morale, humaine, sont des porcs et ne font que perpétuer la trop longue lignée de génocideurs de tous bords qui asphyxient le monde sous la haine et les guerres depuis trop longtemps.

Les soldats, complices actifs- mais comment font-ils pour abattre froidement des gens qui leur ressemblent tellement? Ferment-ils les yeux quand ils tirent? Se bouchent-ils les oreilles pour ne pas entendre les hurlements, le bruit des chairs transpercées, des os explosés par les balles?

Est-ce que la haine de l’Autre n’a pas comme limite la ressemblance de cet Autre avec soi-même?

Je ne peux plus pardonner. Même cela ils me le prennent.

Pour 2009, je leur souhaite des vies de merde et tous les malheurs du monde, et bien sûr de crever comme les chiens enragés qu’ils sont, dans d’horribles souffrances, des souffrances de l’âme surtout. Que le remord et les regrets et l’effroi devant leurs forfaits leur arrachent les yeux et leur déchiquètent le cœur.

Ce soir est un soir terrible où je me dis que l’espèce humaine ne vaut décidément rien, et que nous sommes pires que des bêtes.

Des flots de sang qui arrivent de Gaza envahissent ma maison et s’immiscent dans mon nez, dans ma bouche, dans mes yeux...Je suffoque sous ce sang rouge et frais, celui des touts petits enfants de Gaza, celui de leurs parents.

Je regarde la tête blonde de ma fille qui dort paisiblement dans son petit lit. Comment n’entend-t-elle pas les bombes, les obus, les balles qui sifflent et qui explosent à quelques minutes de nous? Comment ne voit-elle pas les gerbes d’étincelles, la fumée, le feu qui ravage les cahuttes?

Le sang envahit son lit maintenant, ses draps roses, ses boucles légères...

Comment ne peut on pas penser que le sang versé là bas rejaillira ici, inévitablement?

Salauds de politiciens qui prétendez parler en notre nom, vous mettez en danger la vie tous les enfants du monde et pourtant, moi, ce que vous faites, je n’en veux pas, ne dites pas que c’est en mon nom.

Ce n’est pas en mon nom que coule le sang de Gaza.

La majorité est-elle suffisante pour déclarer une guerre et vider des tonnes de "plomb durci" sur des peuples déjà désarmés et exsangues?

Est-ce qu’il ne faudrait pas l’unanimité pour décider qu’une guerre va priver de vie des gens qui sont comme nous? Est-ce qu’une seule voix de désaccord ne devrait pas suffire, si nous étions vraiment des hommes, faits soi disant à l’image de Dieu, et pas des animaux, à arrêter la main du bourreau avant que la hache tranche le cou du condamné?

Je me sens une criminelle ce soir d’avoir donné la vie à un enfant dans un monde qui me semble soudain intransformable et irrémédiablement pourri.

Si ce qui a eu lieu à Auschwitz, à Dachau, si ce qui a eu lieu en Sibérie, si ce qui a eu lieu au Cambodge, si ce qui a eu lieu en Iran, si ce qui a lieu en Irak, en Afghanistan...si toutes ces monstruosités qui ont lieu partout de tous temps ne servent pas à ouvrir nos yeux, ne nous font pas enfin respecter la vie de nos frères, quelle que soit leur couleur, quelles que soient leurs coutumes...si nous n’apprenons rien du passé, que sommes nous à part des imposteurs?

Quand allons nous nous réveiller de ce cauchemar sans fin qui s’est ouvert il y a trop longtemps et soigner cette plaie purulente du nationalisme israélien et de l’occupation des terres du peuple palestinien?

Et on me dit ensuite que la Nation est un bienfait? Et j’entends parfois que le nationalisme serait un socialisme? Qu’il y aurait un bon et un mauvais nationalisme? On m’explique que pour curer le nationalisme israélien il faut justement créer une nation palestinienne?

Je ne peux plus entendre cela sans avoir des haut-le-cœur. On ne soigne pas le feu par le feu.

Et quand je pense que ce soir est un soir de ’Hanouccah... j’ai envie de dégueuler toutes mes tripes et de les envoyer étouffer Ehud olmert, Tzippi Livni et tous les fascistes de ce gouvernement dont je refuse de croire qu’il représente la plus grande part des Israéliens.

230 morts, 700 blessés, sans doute bien plus...

Ce soir 27 décembre 2008 l’humain assassine, pille, abat, torture, et brise l’humain.

Je me lève pour prendre une cigarette. Le sang de Gaza a inondé ma maison.

Mes pieds collent sur le sang caillé qui brunit.

Je crois que je ne pourrai jamais plus le laver. Il restera incrusté entre les lames de mon plancher, au bord de mes rideaux, sous le tapis de ma chambre...

Demain dans la rue, toutes les mains seront souillées du sang de Gaza et moi, je ne saurai plus pourquoi je dois me lever et avancer encore, dans ce monde de fous, qui marche sur la tête, et où notre pire ennemi est nous-même. Mon reflet dans la glace me fait peur - suis-je ou ne suis-je pas l’un de ces monstres? Et que suis-je alors?

Politiciens sanguinaires du monde entier, vous qui nous donnez envie de ne plus vivre et nous couvrez de honte à la moindre de vos décisions, je souhaite que 2009 voie la fin de vos règnes de rapaces , la fin des nations, et qu’elle soit l’année de l’avènement du socialisme et de la paix.

18:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, massacre, israël | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!