04/09/2012
Pour Romney, le chemin de la Maison-Blanche passe par Jérusalem
Le candidat républicain à la présidence ne ménage pas ses efforts pour courtiser l'électorat juif, allant jusqu'à lier la domination économique d'Israël sur les Palestiniens à des différences culturelles.
Ses propos sur l'Iran, Jérusalem et les Palestiniens étaient autant d'attaques dirigées contre l'administration Obama. Mitt Romney serait un bien meilleur allié d'Israël que l'actuel président. Il serait plus ferme face à l'Iran. Il reconnaîtrait Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu [la communauté internationale, y compris les Etats-Unis, ne reconnaît pas Jérusalem comme capitale d'Israël]. Pour faire bonne mesure, le candidat républicain a également insulté les Palestiniens en déclarant que la domination économique d'Israël était liée à des différences culturelles, et non à des décennies d'occupation.
S'il n'est pas facile d'estimer l'impact de telles déclarations au cas où Mitt Romney serait élu, cela n'est guère encourageant. Ce discours musclé était surtout destiné aux Juifs américains et aux chrétiens évangéliques, dont un certain nombre accompagnaient le candidat durant cette tournée. L'ancien gouverneur du Massachusetts tente de gagner des voix et adopte une posture agressive pour plaire à ses soutiens de campagne comme le milliardaire Sheldon Adelson. Ce magnat des casinos fait en effet partie de l'aile dure du lobby pro-israélien et est prêt à dépenser quelque 100 millions de dollars [81 millions d'euros] pour battre Obama.
L'initiative n'est pas nouvelle
Contrairement à ce qu'affirme le candidat républicain, tous les présidents américains ont mené des politiques pro-israéliennes, y compris Barack Obama. On peut toutefois être pro-israélien sans faire sous-traiter la politique étrangère américaine par ses contributeurs financiers ou des dirigeants de l'Etat hébreu. Si certains ont applaudi aux déclarations de Mitt Romney sur Jérusalem capitale d'Israël ou le possible transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, de telles initiatives ne feraient que compliquer la tâche des Etats-Unis en tant qu'intermédiaire pour la paix au Proche-Orient.
Ce n'était pas rendre service aux Etats-Unis que de louer la réussite économique israélienne tout en passant sous silence les difficultés des Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Mitt Romney a également révélé une ignorance troublante en minimisant les écarts de revenus entre Israël et les Territoires palestiniens voisins. D'après les chiffres de la CIA, le PIB par habitant s'élevait à 29 800 dollars [24 277 euros] dans l'Etat hébreu en 2009, contre 2 900 dollars [2 362 euros] en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Concernant le programme nucléaire iranien, Barack Obama et Mitt Romney sont tous les deux favorables aux sanctions et aux négociations et n'écartent pas l'option militaire. On ignore toutefois si Mitt Romney président utiliserait les sanctions différemment et jusqu'où il serait prêt à négocier. Un des conseillers du candidat républicain a déclaré que la stratégie de Barack Obama s'était soldée par un "échec". Le 29 juillet, le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou semblait partager cette opinion. De son côté, Mitt Romney a exclu tout scénario se limitant à "contenir" la menace du programme nucléaire iranien sans l'éliminer et a réaffirmé le droit de l'Etat hébreu à intervenir en Iran au nom de sa sécurité.
Le président Obama reconnaît également le droit d'Israël à se défendre mais a demandé à son allié de ne rien entreprendre, au moins tant que les négociations se poursuivaient. La rhétorique offensive de Mitt Romney et de certains de ses conseillers fait craindre un plus grand risque d'opération militaire. Les ambitions nucléaires iraniennes constituent effectivement une menace pour les Etats-Unis, pour Israël, pour ses voisins arabes et pour le peuple iranien lui-même. Il ne faudrait toutefois pas se faire d'illusions quant au coût élevé d'une intervention en Iran et à ses bénéfices limités.
Les hommes politiques en campagne disent bien des choses qu'ils ne pensent pas ou qu'ils regrettent une fois élus, mais les électeurs ne peuvent juger un candidat que sur ses paroles. Plus Mitt Romney martèlera cette position agressive, plus il lui sera difficile de s'en distancer, surtout après avoir reçu 100 millions de dollars pour sa campagne.
11:24 Publié dans Actualités, Connaissances, Planète | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romney, usa, israël, palestine, jérusalem |
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30/06/2012
ISRAEL : ENFANTS DETENUS - UN RAPPORT ACABLANT
Le ministère des Affaires étrangères britannique vient de publier un rapport explosif de 46 pages intitulé "Enfants en détention militaire"sur la manière dont lsraël m...altraite les enfants palestiniens. Ce rapport fait suite à une enquête menée par une délégation de 9 avocats britanniques des plus respectables. En réponse aux accusations portées par ce terrible document, le porte-parole de l’ambassade d’lsrael à Londres, Amir Ofek, a déclaré que "C’est la faute de l’Autorité palestinienne qui n’est pas capable d’empêcher ces enfants de commettre des délits, ce qui nous oblige à agir de la sorte"...
La délégation dirigée par Sir Stephen Sedley, ancien juge à la Cour d’Appel s'est rendue en Israël et en Cisjordanie du 10 au 17 septembre 2011. L'ancien juge rapporte que "tous les enfants palestiniens sont traités comme des terroristes potentiels" et qu’lsraël viole sans cesse la Convention des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant" qui interdit les traitement cruels, inhumains et dégradants.
Durant 42 ans, les enfants palestiniens ont été emprisonné avec les adultes et ce n'est qu'en 2009 qu'apparait la "Military Juvenile Court". Quant aux améliorations prétendument apportées par lsraël "elles sont plus rhétoriques que réelles", ont estimé les rapporteurs.
En effet, dès 12 ans, on trouve des enfants avec chaînes en fer aux pieds, yeux bandés, mains ligotés dans le dos ... Ils sont tirés de leurs lits en pleine nuit et jetés dans des véhicules militaires où ils ont maintenus à plat ventre. Le rapport parle de véritables "tortures" et raconte comment ces enfants subissent également l’isolement dans des cellules de prison, sans presque pouvoir voir leurs parents. "En détention, ils sont privés de sommeil, et maltraités verbalement et physiquement, contraints de signer des aveux qu’ils ne peuvent même pas lire", rapportent les 9 avocats britanniques. Et de rajouter: "Quelle ne fut pas notre choc d’assister à une audition préliminaire dans un tribunal militaire israélien, où un très jeune enfant fut amené revêtu d’un uniforme marron et enchaîné aux pieds", raconte Me Greg Davies.
Le gouvernement britannique a souligné qu’lsraël va devoir changer ces méthodes. "Nous sommes préoccupés depuis un moment par ce problème et c’est pourquoi nous avons commandé et financé un rapport indépendant", a fait savoir le porte-parole du gouvernement. La société civile britannique est depuis longtemps mobilisée sur le sujet, le gouvernement ne pouvant faire autrement que reconnaître cet état de fait par ce rapport. Mais, il est plus que probable que ce document ne soit suivi qu'aucune avancée significative, comme cela a été le cas pour l'ensemble des autres rapports de part le monde traitant de ce terrible sujet.
Le rapport pointe entre autre, la différence de traitement et de règles concernant les enfants selon qu’ils soient israéliens ou palestiniens:
- Les enfants israéliens doivent avoir accès à un avocat dans les 48 H et ne peuvent pas être emprisonnés avant l’âge de 14 ans. Les parents peuvent les accompagner durant l'audition par les forces de l'ordre et la justice, il est possible de partiellement enregistrer les auditions et les enfants doivent être présenté à un juge dans un délai de 12 à 24h. Ils peuvent être incarcérés sans inculpation pendant 40 jours. La période maximale entre l'arrestation et le jugement final est de 6 mois. Les faits reprochés à ces enfants sont très graves.
- Pour les enfants palestiniens, ils peuvent être incarcérés dès l’âge de 12 ans et détenus 90 jours sans avocat. Durant leurs auditions par la police ou l'armée, aucun enregistrement audi-vidéo n'est possible, ni accompagnement des parents, ils ont jusqu'à 8 jours pour être présenté à un juge. Ils peuvent être incarcérés sans inculpation pendant 188 jours. La période maximale entre l'arrestation et le jugement final est de 24 mois. Les faits reprochés sont très arbitraires.
Il est estimé qu'entre 500 et 700 enfants palestiniens sont emprisonnés chaque année en Cisjordanie. Rien qu'en mai 2012, il était recensé pas moins de 234 enfants prisonniers en Israël (Sources Israeli Prison Service (IPS) et Israeli Army Temporary Detention Facilities). Ils ont droit à 45 mn de visite de leurs proches parents tous les 15 jours. Un permis de visite peut être obtenu dans un délai allant de 2 semaines à 2 mois. Les juges militaires israëliens estiment que le risque de récidive est peu important et qu'au contraire, ce traitement leur donne "Une bonne chance de mettre le mineur en dehors de toute mauvaise influence." ...
Cette information doit être relayée un maximum afin que le monde entier sache quels traitements inhumains les enfants palestiniens subissent de la part de l'état israélien.
Quand aux adultes, c'est aussi barbare, un rapport vient de sortir sur le sujet et estime que 100% des prisonniers israéliens incarcérés dans les prisons israéliennes subissent des maltraitances psychologiques, physiques et des tortures entre les mains des soldats israéliens. Amnesty International vient d'appeler Israël à libérer ou à juger de manière impartiale tous les Palestiniens emprisonnés sans qu'aucune charge ne soit retenue contre eux dans le cadre de la procédure dite de "détention administrative" qui permet de maintenir derrière les barreaux des suspects sans jugement pendant des périodes de six mois renouvelables.
Que fait la communauté internationale ? Rien de rien, si ce n'est de la poudre aux yeux merdiatiques, laissant Israël organiser un véritable appartheid.
Amis israéliens avez-vous oublié ce que vous avez subit durant la seconde guerre mondiale pour être aussi cruels aujourd'hui avec le peuple palestinien? Malgré la toute nouvelle "Miss survivante de l'Holocauste" que vous venez d'élire, il semblerait que vous ayez oublié cela pour ne garder que des images d'horribles cartes postales que vous brandissez à chaque fois que l'on vous met face à vos responsabilités ... Débarassez-vous des fachistes qui vous gouvernent depuis trop longtemps, libérez vous de ce fanatisme religieux qui risque de mener le monde entier à sa perte.
Stéphanie Marthely - Plume CitoyenneAfficher la suite
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17/08/2010
ISRAEL : LA HONTE !
Ces photos font scandale en Israël. Des clichés pris par une jeune Israélienne pendant son service militaire (les femmes le font aussi là-bas). Elles ont été postées sur Facebook dans un album baptisé "Armée... le plus beau moment de ma vie", relate France 24. Sur les 26 photos qu'il contient, 2 la montrent avec des prisonniers..
Traduction (merci Europe 1.fr): "Tu as l’air très sexy comme ça !", écrit ainsi un ami dans les commentaires. Réponse de l'intéressée : "Oui je sais lol, quelle journée ça a été, regarde comme il (le Palestinien, ndlr) complète bien mon image, je me demande s’il est aussi sur Facebook. Il faut que je le tague sur la photo ! LOL."
Ces clichés font immédiatement penser au scandale d’Abou Ghraïb, une prison où des soldats avaient publié des photos avec des prisonniers dans des conditions humiliantes, rappelle 20minutes. Plusieurs des soldats qui s'étaient livrés à ce petit jeu avaient écopé de peines allant jusqu'à 10 ans de prison.
Note de la rédaction du Post: la jeune femme a été démobilisée depuis et les photos retirées du profil Facebook. Ce qui n'empêche pas l'armée israélienne de l'avoir mauvaise. "C'est un comportement honteux de la part d'une soldate" dénonce un porte-parole de l'armée, sur Romandie News, et elle pourrait bien risquer une sanction.
Une blogueuse connue en Israël, Lisa Goldman, lui a demandé une réaction. Elle a été lapidaire: "je ne parle pas aux gauchistes"
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16/04/2009
"Le juif n'est pas une essence, c'est une grande religion"
Quelle est la genèse d’un tel livre ? Est-ce d’abord une préoccupation purement israélienne ou vous adressez-vous à l’ensemble du monde ?
Shlomo Sand Il y a un intérêt, qui m’étonne d’ailleurs, qui s’exprime un peu partout. Pourquoi ai-je écrit ce livre ? Cette idée qui me fait mettre en doute, sur le long terme, l’existence d’un peuple juif, n’est pas nouvelle. Il suffit d’ailleurs de regarder les Juifs pour voir qu’ils n’ont pas la même origine, comme on dit. De cette idée critiquant les visions racistes concernant les Juifs, je me suis tourné vers l’écriture d’un livre. J’ai pensé qu’en tant qu’historien, il était de mon devoir de me confronter à l’une des choses les plus importantes de la conscience historique des Israéliens. Des Juifs israéliens mais aussi de beaucoup de Juifs du monde. Cette vision est qu’ils seraient venus autrefois d’une patrie qui s’appelle Judée ou Palestine ou, comme on dit dans la terminologie sioniste, « Eretz Israël ». Ce peuple aurait erré pendant deux mille ans, serait arrivé à Moscou, aurait fait demi-tour et serait retourné. C’est la légitimation de cette colonisation en Palestine qui a été faite par le mouvement sioniste. À chaque étape de ce travail, j’ai été très choqué de constater le fossé existant entre les productions vraiment professionnelles issues de milieux restreints de l’université et la conscience historique des gens, en Israël et ailleurs. Il suffit de regarder les manuels en France, on y parle aussi de peuple juif exilé. Le livre se termine sur une question politique : « Pourquoi je parle ? » Le « pourquoi » contient ce devoir d’historien mais aussi ce côté politique que j’ai pour changer la vie, changer les opinions. C’est essentiel pour changer la société dans laquelle je vis, qui se trouve dans une crise et un conflit permanents.
Comment maniez-vous le concept de Juif, celui d’Israélien ?
Shlomo Sand Je suis très israélien. Je suis d’origine juive. Le capital symbolique que j’ai n’est pas européen, il est surtout israélien. Les premiers mots d’amour que j’ai prononcés étaient en hébreu ! Il est intéressant de constater que le sionisme ne reconnaît pas de peuple israélien. Il continue de parler de « peuple juif ». Donc, ni le nationalisme arabe ni le sionisme ne reconnaissent le fait qu’au Proche-Orient est née une société, une culture et même, on peut dire, un peuple nouveau, qui parle une langue. Pourtant, il n’y a pas un cinéma juif mais un cinéma israélien. Il n’y a pas un théâtre juif mais un théâtre yiddish. Il n’y a pas de littérature juive mais une littérature israélienne. Pourquoi le sionisme se comporte-t-il tellement mal vis-à-vis de sa propre création ? Pour le sionisme, de gauche comme de droite, la société israélienne est une branche du peuple juif. Pour le nationalisme arabe c’est aussi une branche d’une invasion juive au Proche-Orient. C’est le même concept, qui ne veut pas reconnaître les faits. C’est ainsi que j’ai commencé à toucher à la légitimation historique de la colonisation sioniste. L’acte de propriété du sionisme sur la terre de Palestine, c’est la Bible. Après avoir expliqué ce qu’est un peuple, ce qu’est une nation, en théorie, le premier chapitre du livre est sur la Bible. Là, je m’appuie sur les travaux des archéologues israéliens, même sionistes. Ils ont mis en exergue la différence entre les découvertes archéologiques et les récits bibliques. Mais pour moi, ils n’allaient pas assez loin. Par exemple, la sortie d’Égypte n’a pas eu lieu. Pourtant, j’étais persuadé que c’était un fait historique. La Bible comme livre historique était décomposée. J’ai commencé à chercher à quel moment la Bible est devenue un livre historique.
D’abord parce que trois catégories, dans l’histoire, ont vraiment lu la Bible. Ce ne sont pas du tout les Juifs. Ce sont les karaïtes (mouvement juif scripturaire remettant en cause le monopole des sages d’Israël en matière d’exégèse biblique - NDLR), les protestants et les sionistes. La vraie Bible de la foi était le Talmud. Je montre donc comment dans l’historiographie du XIXe siècle, qui commence à se cristalliser autour de l’idée nationale juive, le premier modèle c’est l’idée nationale allemande. Une idée nationale qui n’est pas républicaine, qui n’est pas civique, qui s’appuie sur la notion « d’où on vient » et non pas sur « où on va » comme l’idée nationale en France ou aux États-Unis.
C’est ainsi qu’a été créée une histoire linéaire, complètement imaginaire, qui commence avec la Bible. C’est pourquoi je dis qu’elle sert d’acte de propriété pour le sionisme. L’idée très importante et d’une incroyable richesse littéraire est que cette ligne idéologique n’est pas du tout historique. Exactement comme l’Odyssée d’Homère n’est pas un livre historique mais qui contient des récits historiques. C’est un livre légendaire, fantastique, poétique, comme la Bible. Le sionisme (et même le pré-sionisme), qui commence avec l’idée nationale juive, forge la Bible et prend le Livre comme le début d’un long récit : l’histoire du peuple d’Israël. Je montre que c’est une légende et qu’on voit déjà cela dans l’écriture biblique qui apparaît beaucoup plus tard que l’histoire qu’on raconte. D’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’il existait un monothéisme juif dans la région avant la destruction du deuxième temple, avant la destruction du royaume de Judée. Il y a beaucoup d’archéologues qui pensent qu’il n’a jamais existé un grand royaume d’Israël. Il y avait autrefois un petit royaume d’Israël et un petit royaume de Judée. Je suis allé beaucoup plus loin en m’appuyant sur les chercheurs non israéliens. Ils montrent que la Bible est un simple écrit mobilisateur pour créer un peuple élu de dieu.
Vous vous attachez ensuite à la notion d’exil ?
Shlomo Sand C’est la base de toutes les croyances nationales en Israël. Et pas seulement en Israël. J’imagine que beaucoup de communistes en France utilisent le terme de « diaspora ». Chaque enfant en Israël sait qu’en 70 après J.-C., Titus a exilé le peuple juif. Je suis allé à la bibliothèque pour consulter des livres sur l’Exil. L’Exil, c’est un élément fondateur de l’histoire des Juifs, non ? Pouvez-vous imaginer qu’il n’existe même pas un seul livre de recherches sur l’Exil ? Les spécialistes savent donc qu’il n’y a pas eu d’exil, mais le peuple doit apprendre qu’il y a eu Exil ! S’il n’y a pas eu exil, qu’est-ce qu’on fait là-bas, en Palestine ? Donc, j’ai cherché à savoir le destin de ces Juifs qui n’étaient pas partis en exil. Il s’est passé quelque chose. À ma grande surprise je me suis aperçu que Ben Gourion, grand sioniste, a cru jusqu’à la fin des années 1920 que les vrais descendants des « Judéens » (un terme que j’emploie dans le livre), sont les paysans palestiniens qui n’ont jamais quitté le pays. Il y a des élites qui ont émigré. Mais, comme toujours dans l’histoire, les larges couches de producteurs de nourriture ne sont pas parties.
Surtout qu’ils n’étaient ni pêcheurs ni commerçants. Je ne pense pas que les Palestiniens soient les vrais descendants, la région ayant été le lieu de passage de tant de conquérants, on peut penser que chacun a laissé sa trace biologique. Les Palestiniens sont un peuple mélangé exactement comme tous les autres peuples dans le monde. Si les Juifs n’étaient pas exilés, où vivaient-ils ? Je n’avais pas fait attention que le royaume de Judée a fait se convertir, par la force, tous les peuples autour. Au début avec l’épée, comme chaque religion, et ensuite avec les convictions. Le judaïsme est prosélyte jusqu’à la victoire du christianisme. Ensuite, il devient une religion fermée sur elle-même. J’ai trouvé de plus en plus de traces de ce prosélytisme. Pas seulement chez les Berbères, qui ont été judaïsés. Mais vous savez, je n’ai rien découvert historiquement. J’ai tiré des choses qui avaient été glissées sous le tapis, qui avaient été poussées vers les marges pour constituer un récit linéaire national. J’ai organisé différemment, et une autre histoire des Juifs est sortie, complètement antiraciste. Le Juif n’est pas une essence. C’est une grande religion. On ne peut pas comprendre les cultures du monde occidental (au sens « non asiatique ») sans le judaïsme, sans la présence de la religion juive. Mais le judaïsme n’a jamais été un peuple, toujours une religion prosélyte. Je pense que l’origine de 80 % des Juifs au XXe siècle est de l’Europe de l’Est. Ils sont plutôt khazars et slaves. Donc l’origine du judaïsme est plurielle.
Au bout du compte, si l’on parle d’Israël depuis 1948, quelle est la signification de vos recherches ?
Shlomo Sand Ma thèse, qui montre que les Juifs sont pluriels avec une incroyable richesse des origines, est contradictoire avec la politique identitaire en Israël. En Israël, nous avons un régime profondément non démocratique parce que c’est un régime qui ne cherche pas à servir la société mais l’ethnie juive dans le monde, c’est-à-dire ce n’est pas un État des Israéliens. On ne dit pas Israël appartient aux Israéliens. Pas du tout. Il appartient à Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy plus qu’à mon collègue de l’université qui est originaire de Nazareth. Cette contradiction profonde de la citoyenneté israélienne va le faire éclater et c’est en contradiction avec toutes les raisons historiques que j’ai avancées dans mon livre. En Israël, souligner que Juif est une ethnie définit un État qui n’est pas « démocratique » mais « ethnocratique ». Mais BHL et Finkielkraut ne veulent pas vivre sous la souveraineté juive.
C’est donc un État qui a beaucoup de problèmes, qui occupe un autre peuple sans aucun droit, se définit comme un État qui ne sert pas ses propres citoyens. C’est contradictoire avec la vision historique que j’ai avancée. L’idée d’ethnie est une idée complètement légendaire. Je me suis révolté comme historien mais aussi comme citoyen et comme un homme qui s’est impliqué dans la politique. Je veux « désioniser » la société israélienne. Mais, et j’insiste, comme projet politique, j’adopte toujours l’idée de deux États mais pas pour deux peuples. Deux États pour deux sociétés. J’accepte l’hégémonie de culture judéo-israélienne mais je n’accepte pas son exclusivité. Je ne crois pas qu’on puisse proposer aux Juifs israéliens de devenir, du jour au lendemain, une minorité.
Il faut qu’Israël se retire de tous les territoires occupés. Mais je souligne à la fin du livre que le jour où il y aura une paix sur les frontières de 1967, le vrai cauchemar va naître : que les jeunes palestino-israéliens en finissent avec cette crainte apparue avec la Nakba chez plusieurs générations de Palestiniens et qui leur fait refuser de vivre dans un État qui n’est pas leur propre État. Ils n’ont pas été invités dans cet État comme des immigrés. Ils étaient là avant nous. Ils ont le droit de vote, ils sont des citoyens, mais sur le niveau mental, symbolique, juridique, ce n’est pas leur État. En Espagne, personne ne va dire que l’État appartient aux Castillans. En Grande-Bretagne, il n’y a pas un fou qui va dire qu’elle appartient aux Anglais. Mais en Israël, c’est ça la réalité. Le Centre dit que l’État n’appartient pas à ses citoyens mais à la couche dominante linguisto-culturelle qui s’appelle « Juif ». Après mon livre, on ne sait peut-être pas très bien ce qu’est être juif. Mais en Israël on sait très bien : ça veut dire ne pas être arabe. C’est catastrophique. Cela peut transformer la Galilée en un Kosovo. La politique sioniste consiste à dire et à répéter que l’État d’Israël n’est pas un État des citoyens israéliens puisque c’est l’État des Juifs.
Comment en sortir alors que tous les partis en Israël sont des partis sionistes ou des partis arabes, à l’exception notoire du Parti communiste ?
Shlomo Sand Nous assistons à un phénomène qui dure depuis trop longtemps. Il y a des partis de gauche arabes, des partis de gauche juifs. C’est à partir de 1965 et la scission du Parti communiste qu’on a fait le constat qu’on ne peut pas créer un grand parti politique de masse qui est composé de Juifs et d’Arabes. La raison principale est que la gauche dominante a toujours été sioniste et a donc insisté pour que l’État d’Israël soit juif. Malheureusement, il y a aussi des mythes de l’autre côté, c’est-à-dire dans le camp arabe. C’est difficile pour moi de le dire, parce que je suis privilégié, parce que je suis juif dans l’État d’Israël. Mais tant qu’il existera cet oxymore développé par les leaders israélo-palestiniens ou arabes qui reconnaissent l’État d’Israël et demandent en même temps le droit au retour des réfugiés palestiniens, on ne pourra pas créer un grand mouvement de gauche, exactement de la même manière que tant que persistera cet oxymore qu’un État juif peut être démocratique. Il faut faire un grand travail pour décomposer les mythes. Il y a une jeunesse israélienne qui a voté dernièrement pour un candidat qui, comme tout le monde le savait, n’était pas sioniste, c’était le candidat communiste, député, Dov Khenin. C’est la première fois en Israël qu’un candidat à la mairie de Tel-Aviv, non sioniste, recueille 34 % des suffrages. Comme disait Gramsci, il faut « avoir le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté ». J’ai écrit ce livre avec un grand pessimisme, mais avec une volonté forte de changer.
Entretien réalisé par Pierre Barbancey
(1) Comment le peuple juif fut inventé. Éditions Fayard, 446 pages, 23 euros.
18:09 Publié dans Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, religon, juif |
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04/01/2009
PALESTINE : TRES REMONTE CONTRE LES MEDIAS FRANCAIS…
En marge de la manifestation pour la Palestine à Paris le 03 janvier cette expression est revenue à plusieurs reprises chez les manifestants.
Des slogans, mesurés, mais précis, ont été également scandés mettant fortement en cause l’objectivité des journaux comme « Osez la vérité, médias français ».
Avec sa pancarte, reprenant cette phrase en Anglais, « French média : shame on you ! Do your job inform !!”(média français, honte à vous ! Est-ce que votre travail, est d’informer ?), une jeune manifestante précise le sens de son action : « Elle n’admet pas cette fausse symétrie entre les images et informations diffusées en boucle, mettant en parallèle les tueries du côté Israéliens et Palestiniens ». 400 Palestiniens morts sous les bombardements égalent 4 Israéliens qui malheureusement ont succombés aux tirs de mortiers.
De manière générale l’attitude face à ce conflit des médias français choque. Ainsi l’assassinat d’un dirigeant important du Hamas a été mis en avant à plusieurs reprise pour justifier les tirs dits ciblés sur la population de Gaza. C’est uniquement au détour d’une information complémentaire, que France Info a précisé qu’il a été tué en même temps que ses quatre femmes (suivez mon regard), et dix de ses douze enfants (dix enfants Palestiniens ne valent rien en France pour de nombreux journalistes pensent ainsi de nombreux participants à cette manifestation).
De manière générale, et depuis très longtemps, le conflit en Palestine est très mal couvert, et de manière très subjective. Les conditions abominables dans lesquelles vivent les habitants de Gaza ou de Cisjordanie sont passés le plus souvent sous silence, dans les médias français, malgré de très nombreux témoignages à charge, superbement ignorés. Par exemple l’association Evry-Palestine, dirigée d’ailleurs par un habitant de confession juive, a à plusieurs reprises alerté sur le drame que vit la population de Khan Yunès, ville jumelé à Evry, en vain.
Beaucoup vivent cela comme une injustice, et un mépris envers la souffrance supportée par les Palestiniens. Bien sûr cela ne retranche rien de la souffrance que vivent les Israéliens dans ce conflit, en particulier ceux qui subissent des tirs de roquettes à « l’aveugle » et totalement injustifiés.
Parmi les manifestants tous les médias ne sont pas considérés également. Le quotidien l’Humanité évidemment ou des radios généralistes comme RTL sont considérés plus objectives et mieux équilibrés. La presse internationale est jugé plus neutre.
Le web est considéré comme un espace de liberté. Le commentaire suivant a été ajouté à la vidéo sur la manifestation du 03 janvier à Paris de E-Mosaïque diffusé sur Daylimotion :
« MERCI INTERNET POUR CES INFORMATIONS CACHES PAR LES MEDIAS FRANCAIS ! C'est une véritable honte ! », sans commentaire.
ARTICLE PUBLIE EGALEMENT PAR AGORAVOX
23:35 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, massacre, israël, média |
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