19/05/2009
42 économistes soutiennent le Front de Gauche
Le marché permet-il le progrès économique et social ? Les tenants du libéralisme économique le pensent. D'autres estiment que s'il peut faire bien des choses, il ne peut ni subvenir à une série de besoins sociaux, ni assurer le plein emploi, la réduction des inégalités ou encore un développement respectueux de l'environnement.
L'intervention publique est nécessaire. Qui a raison ? Le débat est ouvert tant chez les économistes que parmi les citoyens. Ce qu'on peut reprocher aux traités européens est avant tout cela : au lieu de se contenter d'établir un cadre institutionnel permettant aux citoyens de faire des choix, ils tranchent le débat en amont.
N. Sarkozy s'enorgueillit d'avoir obtenu qu'avec le traité de Lisbonne, la libre concurrence ne figure plus dans les « objectifs » exposés à l'article 3 du Traité de l'Union européenne, à l'inverse de ce qui prévalait dans le projet de Constitution. Pourtant, un Protocole, partie intégrante du Traité, stipule : le « marché intérieur tel qu'il est défini à l'article 3 [...] comprend un système garantissant que la concurrence est libre et non faussée ».
De façon méthodique, le Traité de Lisbonne, à la suite des traités en vigueur en Europe, organise la soumission de tous les instruments d'intervention publique aux principes du marché.
Ainsi en va-t-il de la politique budgétaire et monétaire : celle-ci doit être « conduite conformément au respect du principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources ». Même lorsqu'ils prêtent beaucoup de vertus aux mécanismes de marché, la plupart des économistes admettent que, dans bien des cas, la concurrence libre n'est pas possible et n'est donc pas en mesure de permettre cette « allocation efficace ». Les traités disent l'inverse.
Le débat sur l'opportunité qu'il y a, ou non, à mettre en œuvre des protections commerciales concertées est d'emblée écarté, tandis que « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux [...] sont interdites ». De même, la politique industrielle est en grande partie empêchée. Elle doit être menée « conformément à un système de marchés ouverts et concurrentiels » et à l'« exclusion de toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des Etats membres ». Cette dernière condition, ajoutée par la défunte Constitution, est reprise dans le Traité de Lisbonne.
Quant aux services publics, la prémisse retenue par l'Union est claire : le privé est tout aussi compétent pour assumer des missions d'intérêt général. D'ailleurs, les traités se bornent à régler le sort des Services d'intérêt économique général, qui doivent être ouverts à la concurrence. Les services publics non marchands (services « non économiques » selon le vocabulaire symptomatique de l'Union) n'y sont pas mentionnés. Tant que la prémisse retenue prévaudra, il n'est d'ailleurs pas sûr qu'ils gagnent à l'être. On retrouve le même type de difficulté pour l'Europe sociale. Par la « méthode ouverte de coordination », l'Union intervient dans les domaines de la politique de l'emploi et de la protection sociale qui ne comptent pas parmi ses compétences traditionnelles. D'aucuns y ont vu les germes d'une Europe sociale en formation. A regarder de près les préconisations prises en son nom (flexibilisation du droit du travail, retraite par capitalisation, etc.), il est permis d'en douter.
La crise a deux principales sources : l'austérité salariale qui a conduit à l'explosion de l'endettement privé et la libéralisation financière qui a transformé cette dette en bulle spéculative. Mais où sont les plans européens de réglementation drastique de la finance et de relance des salaires et des prestations sociales ?
Les traités sont aujourd'hui transgressés. Les déficits publics crèvent le plafond des 3 % du Pib, la dette publique celui des 60 % ; la Banque centrale européenne, avec beaucoup d'atermoiements, se résigne à intervenir sur les marchés financiers pour dénouer une crise que l'initiative privée s'avère incapable de surmonter ; des banques sont nationalisées, etc. Ces transgressions pourront servir de point d'appui pour un gouvernement qui serait soucieux de rompre avec le libéralisme : au nom de quoi seraient-elles acceptables pour sauver la banque et la finance, et non pour les domestiquer afin de satisfaire les besoins du plus grand nombre ? On ne peut pour autant soutenir que les traités ne sont que des tigres de papier. Juridiquement, ils s'imposent aux Etats membres. Ils expliquent, pour une part, que l'Europe, et singulièrement la zone euro, soit à la traîne en matière de relance.
Financière et économique, la crise est aussi sociale et écologique. Elle exige une redéfinition de la construction européenne. Pour ne citer que cet exemple, un vaste plan financé par l'emprunt en faveur du ferroviaire et de la rénovation thermique des bâtiments permettrait de concilier écologie et soutien à l'activité et à l'emploi. Mais les traités n'autorisent pas cette solution puisqu'ils interdisent à l'Union toute possibilité d'emprunt.
Les gouvernements usent depuis longtemps de l'Union européenne pour introduire des mesures qu'ils peuvent difficilement imposer directement faute d'assentiment populaire. C'est une première entorse à la démocratie. Il en est une autre aussi grave qui renvoie au jeu propre des institutions européennes. Au fil des décennies, s'y est constituée une véritable bureaucratie pour laquelle le libéralisme économique est devenu une seconde langue. Sachant que le ralliement des gouvernements est potentiellement fragile, puisqu'ils sont soumis à la sanction des élections, elle leur impose le plus étroit des corsets. On comprend ainsi ce qu'il importe d'expliquer : la frénésie de détails des traités. Le libéralisme économique et le dirigisme politique font décidément bon ménage.
L'art de gouverner suppose des compromis. La crise ne peut être une méthode permanente de gouvernement. Au risque de l'enlisement, il est néanmoins des situations qui ne peuvent être débloquées que par des crises. La construction européenne relève clairement de ce cas de figure. Le « non » lors du référendum de mai 2005 a été une étape en ce sens. Malgré les menaces agitées, il ne s'est pas traduit par un cataclysme économique. Ce dernier est venu ensuite, et chacun s'accorde à dire qu'il vient du libéralisme... que les traités élèvent au pinacle. De même, un plan B était possible. Les gouvernements en ont trouvé un, à leur façon, avec le Traité de Lisbonne que les partis socialistes soutiennent explicitement. Le mépris pour la souveraineté du peuple aidant, ce Traité, loin d'être « simplifié », reprend la quasi-totalité des dispositions de la Constitution. Comme toujours dans l'histoire, c'est donc aux citoyens qu'il revient, à nouveau, de dire « stop ».
Les prochaines élections européennes en offrent l'opportunité. Les signataires de ce texte sont des économistes non libéraux qui n'étaient membres ni du Parti Communiste, ni des courants du Parti Socialiste ayant donné naissance au Parti de gauche. Avec d'autres, ces partis ont lancé un Front de Gauche pour les élections européennes afin de prolonger la dynamique unitaire du référendum. L'urgence qu'il y a à dessiner des alternatives au capitalisme libéral mérite mieux en effet que la priorité donnée à son pré-carré. En gardant notre indépendance d'esprit, nous soutenons et appelons à soutenir cette initiative. Notre pays a connu un beau débat de fond à l'occasion du référendum. Dans un contexte, celui de la crise, qui l'exige plus encore, les élections européennes gagneraient à ce qu'il en soit de même.
Bruno Amable est professeur à l'université Paris I. Il travaille sur l'économie politique du changement institutionnel et les variétés de capitalisme. Il a publié The Diversity of Modern Capitalism (Oxford University Press, 2003), traduit en français sous le titre Les cinq capitalismes (Seuil, 2005) et, en collaboration avec Stefano Palombarini, L'économie politique n'est pas une science morale (Raisons d'Agir, 2005).
Angel Asensio est Maître de conférences à l'Université Paris XIII. Il est spécialiste de la théorie keynésienne. Ses travaux portent sur la gouvernance macroéconomique et la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Il a publié Le fonctionnement des économies de marché. Micro et macroéconomie de l'équilibre général (De Boeck, 2008).
Michaël Assous est Maître de conférences à l'Université de Paris 1. Ses recherches portent sur le développement de la théorie macroéconomique avec une attention particulière à l'analyse des cycles, de la répartition du revenu et du chômage. Il travaille actuellement sur les effets de la dérégulation des marchés des biens et du travail sur la répartition du revenu et l'emploi. Il publie prochainement un ouvrage sur La pensée de l'économiste Michal Kalecki (ENS Editions).
Philippe Batifoulier est Maître de conférences à l'Université Paris X Nanterre. Ses domaines de recherche sont l'économie de la santé et la protection sociale. Il a coécrit plusieurs livres dont Ethique médicale et politique de santé (Economica, 2006), et La protection sociale (Dunod, 2000).
Laure Bazzoli est Maître de conférences à l'Université de Lyon II. Ses recherches portent sur le rôle des institutions en économie. C'est une spécialiste du courant institutionnaliste américain et en particulier de l'oeuvre de J. R. Commons. Elle a publié L'économie politique de J.R. Commons. Essai sur l'institutionnalisme en sciences sociales (L'Harmattan, 1999).
Rachid Belkacem est Maitre de conférences à l'Université de Nancy II. Ses recherches portent sur les formes d'emploi et les territoires transfrontaliers. Il a notamment publié plusieurs articles sur l'intérim et co-dirigé l'ouvrage Les mondes de l'intérim (à paraître prochainement)
Mathieu Béraud est Maître de conférences à l'Université Nancy II. Ses recherches portent principalement sur les politiques de protection sociale et le traitement du chômage ainsi que sur les stratégies de gestion de l'emploi et d'organisation du travail dans les entreprises. Il a notamment écrit un article dans un ouvrage collectif sur les bas salaires, publié en anglais (Low wage work in France, Russel Sage Fondation Publication, 2008) et qui paraîtra en français à l'automne.
Eric Berr est Maître de conférences à l'Université Bordeaux IV. Il est spécialiste des questions de développement, avec un accent particulier sur la dette des pays en développement notamment et sur le thème du développement soutenable. Il a co-dirigé avec Jean-Marie Harribey l'ouvrage Le développement en question(s) (Presses universitaires de Bordeaux, 2006).
Laurent Cordonnier est Maître de conférences à l'Université Lille 1 et chargé de cours à l'IEP de Lille. Ses recherches portent sur la macroéconomie (croissance, emploi, répartition) avec une attention particulière aux dynamiques du capitalisme financiarisé. Il a publié Pas de pitié pour les gueux, sur les théories économiques du chômage (Raisons d'agir, régulièrement réédité depuis 2000).
Elisabeth Cudeville est Maître de conférences à l'Université Paris I. Elle co-anime le séminaire d'Economie du Genre de l'université Paris 1. Ses recherches actuelles portent sur les inégalités de genre et leur reproduction.
Jean-Paul Domin est Maître de conférences à l'Université de Reims. Il travaille sur l'économie de la santé et notamment sur l'institutionnalisation d'un marché de la santé et ses conséquences sur l'accès aux soins. Il a récemment publié Une histoire économique de l'hôpital (XIXe-XXe siècles). Une analyse rétrospective du développement hospitalier, Tome I (1803-1945) (CHSS/La Documentation française).
Anne Eydoux est Maître de conférences à l'Université Rennes II. Ses domaines de recherche portent sur les politiques de l'emploi, les politiques familiales, la protection sociale et l'égalité entre femmes et hommes. Elle a publié de nombreux articles ou chapitres d'ouvrages sur ces sujets.
David Flacher est Maître de conférences à l'Université Paris XIII. Il travaille sur la régulation des industries de réseaux et l'économie de l'innovation. Il participe à plusieurs projets de recherche internationaux sur ces sujets. Il a notamment publié, avec Hugues Jennequin, Réguler le secteur des télécommunications ? Enjeux et perspectives (Economica, 2007).
Maryse Gadreau est professeur émérite à l'Université de Bourgogne. Ses recherches portent sur l'économie de la santé et la protection sociale. Elle a co-éditée Ethique médicale et politique de santé, (Economica, 2005) et participé à un contrat de recherche sur La gouvernance de l'assurance maladie : l'orientation marchande et ses paradoxes (MIRE-DREES, Ministère de la santé, 2008).
Ariane Ghirardello est Maître de conférences à l'Université Paris XIII. Elle travaille sur les discriminations et le marché du travail. Elle a notamment participé à la coordination de l'ouvrage Approches institutionnalistes des inégalités en économie sociale (L'Harmattan, 2008).
Anne Isla est Maître de conférences à l'Université Toulouse II. Ses domaines de recherche portent sur la régulation de l'économie avec une attention particulière aux services publics et aux relations entre droit et économie.
Florence Jany-Catrice est Maître de conférences à l'Université Lille 1. Elle consacre ses recherches à l'économie des services et aux indicateurs de progrès. Elle est auteure ou co-auteure de plusieurs ouvrages dont Les services à la personne (La Découverte, 2009) et Les nouveaux indicateurs de richesse (La Découverte, Repères).
Hugues Jennequin est Maître de conférences à l'université de Rouen. Ses travaux portent sur la localisation des services et plus précisément des services intensifs en connaissance, tels que les télécommunications. Il a co-écrit avec David Flacher Réguler le secteur des télécommunications ? Enjeux et Perspectives (Economica, 2007).
Thierry Kirat est chercheur au CNRS à l'Université Paris Dauphine. Ses recherches portent sur l'évaluation du droit dans différents domaines : marchés publics, droit du travail, urbanisme et environnement. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Economie du droit et de la réglementation (avec Frédéric Marty, Editions Gualino, 2007).
Dany Lang est Maître de conférences à l'Université Paris XIII. Il anime le groupe de travail "Analyses et modélisations keynésiennes". Ses recherches en macroéconomie portent en particulier sur les questions de l'emploi et de la croissance. Il a également publié plusieurs articles concernant l'importance de la prise en compte de la dimension temporelle des phénomènes économiques.
Florence Lefresne est chercheuse dans un Institut au service des syndicats. Elle est spécialiste des comparaisons internationales en matière d'emploi, de formation ainsi qu'en matière d'insertion des jeunes. Elle a notamment publié Les jeunes et l'emploi, (La Découverte, Repères, 2003).
Michel Maric est Maître de conférences à l'Université de Reims. Ses travaux portent sur les indicateurs sociaux de bien-être, la pauvreté et la précarité. Il a coédité deux ouvrages : Au delà des droits économiques et des droits politiques, les droits sociaux ? et Actualité de l'Economie sociale (Editions l'Harmattan, 2008).
Jérôme Maucourant est Maître de conférences à l'université Jean Monnet de Saint Etienne. Ses travaux portent sur la monnaie dans les économies anciennes et sur l'œuvre hétérodoxe de Karl Polanyi. Il a notamment publié Avez-vous lu Polanyi (La Dispute, 2005) et co-dirigé l'édition des Essais de Karl Polanyi (Le Seuil, 2008).
Jacques Mazier est professeur à l'Université Paris Nord. Ses recherches portent sur la macroéconomie internationale et les politiques économiques notamment au niveau européen. Il co-anime avec l'économiste allemand Jorg Huffschmid le réseau « Pour une autre politique économique en Europe ». Ce réseau a notamment publié Economic policy for a social europe : a critique of neo-liberalism and proposals for alternatives palgrave (Macmillan, 2005).
Matthieu Montalban est Maître de conférences à l'université Bordeaux IV. Ses travaux portent sur les effets de la financiarisation sur la dynamique industrielle, notamment dans le secteur pharmaceutique, et sur la construction politique et sociale des marchés. Il a publié plusieurs chapitres d'ouvrage sur ces questions.
Stefano Palombarini est Maître de conférences à l'université de Saint Denis. Il travaille sur les déterminants politiques du changement institutionnel et de la dynamique macroéconomique. Il est l'auteur de La rupture du compromis social italien (Cnrs éditions) et, avec Bruno Amable, de L'économie politique n'est pas une science morale (Ed. Raisons d'agir).
Dominique Plihon est professeur à l'Université Paris XIII. Il est spécialiste des questions financières internationales (banques, taux de change, crises financières, systèmes de régulation). Il a notamment publié Le nouveau capitalisme (La Découverte, réédition en 2009).
Muriel Pucci est Maître de conférences à l'Université Paris I. Ses recherches portent, d'une part, sur le marché du travail, et, d'autre part, sur les inégalités de revenu, la pauvreté et les effets redistributifs des transferts sociaux et fiscaux. Elle a notamment participé aux éditions 2002, 2003 et 2004 de la publicaton France Portrait Social de l'Insee.
Christophe Ramaux est Maître de conférences à l'Université Paris 1. Ses travaux portent sur l'emploi et sur l'Etat social entendu au sens large (protection sociale, droit du travail, services publics, politiques économiques). Il a publié Emploi, éloge de la stabilité. L'Etat social contre la flexicurité (Mille et une nuits, 2006).
Gilles Raveaud est Maître de conférences à l'Université Paris VIII. Il travaille sur les politiques d'emploi de l'Union européenne (Stratégie européenne pour l'emploi, Stratégie de Lisbonne). Il est co-auteur du Petit bréviaire des idées reçues en économie (La Découverte, 2004) et de 12 économistes contre le projet de constitution européenne (L'Harmattan, 2003).
Jacques Sapir, Directeur d'études à l'EHESS, est spécialiste de la Russie et des crises financières. Il travaille actuellement sur les conséquences de la crise et son lien avec l'économie politique internationale. Dernier ouvrage : Le Nouveau XXIe siècle : du siècle américain au retour des nations.
Richard Sobel est Maître de conférences à l'Université Lille 1. Il est directeur-adjoint de la Revue Française de Socio-Economie. Ses recherches portent sur la critique de l'économisme et sur l'analyse institutionnaliste du capitalisme contemporain. Il a récemment dirigé l'ouvrage Penser la marchandisation du monde avec Karl Polanyi (L'Harmattan, 2007).
Damien Talbot est Maître de conférences à l'Université Bordeaux IV. Ses travaux portent sur les économies de proximité appliquées au secteur aérospatial. Il est co-auteur de l'ouvrage Les territoires de l'aéronautique. EADS, entre mondialisation et ancrage (L'Harmattan, 2006).
Nadine Thèvenot est Maître de conférences à l'université de Paris 1. Ses recherches portent sur l'éclatement de la relation de travail avec une attention particulière donnée aux conséquences de la sous-traitance. Elle a co-dirigé l'ouvrage Les nouvelles frontières du travail subordonné, approche pluridisciplinaire (La Découverte, 2006).
Bruno Tinel est Maître de conférences à l'Université Paris 1. Il s'intéresse aux transformations de la division du travail et au rôle des administrations publiques. Il a notamment participé à l'ouvrage "Peut-on critiquer le capitalisme?" (La Dispute 2008).
Franck Van de Velde est Maître de conférences à l'Université Lille I. Il est spécialiste de macro-économie keynésienne et post-keynésienne. Son dernier ouvrage est Monnaie, chômage et capitalisme (Presses universitaires du Septentrion, 2005).
Les 6 nouveaux signataires : Pierre Bezbakh (Université Paris Dauphine), Jean-Claude Delaunay (Lille 1 et Marne la Vallée), Jean Dellemotte (Université Paris 1), Ludovic Frobert (CNRS), Bernard Guibert (ancien responsable de la commission Economie des Verts de 1998 à 2006), Thierry Pouch (Université de Reims).
19:45 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : économie, front de gauche |
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10/12/2008
Automobile. « Il faut geler les dividendes versés aux actionnaires »
Michel Ducret, dirigeant de la CGT métallurgie, en charge de l’automobile, dénonce la primauté accordée par les groupes à la logique financière.Chômage partiel touchant des milliers de salariés, menaces sur la pérennité de sites comme Sandouville, nombreux équipementiers inquiétés… Toutes ces mesures sont décidées par le patronat au nom de la crise économique actuelle. Vous en contestez le bien-fondé. Pourquoi ?
Michel Ducret. Les donneurs d’ordres, et une partie des équipementiers, se servent de cette crise pour « taper dans le tas ». L’annonce de 6 000 suppressions d’emplois chez Renault a été faite en juillet, donc bien avant la crise. Les 3 750 suppressions de postes chez PSA figuraient dans le plan Streiff qui a été présenté au printemps… En vérité, on se sert de la crise pour réorganiser toute l’industrie automobile. Au cours des neuf premiers mois de l’année, les entreprises ont eu recours massivement aux heures supplémentaires, aux intérimaires, aux CDD, à la flexibilité des horaires. Il y a eu une montée en puissance de la productivité. Les plans de formation ont été refusés, les augmentations de salaire ont été bien souvent en dessous de l’inflation, les conditions de travail ont été ignorées… Et aujourd’hui, on constate que certes les ventes ont plongé en novembre, mais, sur l’année lissée, Renault par exemple va vendre en 2008 à peu près autant de voitures qu’en 2006 ou 2007.
Les stocks s’accumulent…
Michel Ducret. On dit qu’il y a des parcs pleins et, parallèlement, on a du mal à obtenir un véhicule quand on en veut un. Pour avoir une voiture neuve, un Renault Scenic par exemple, il faut 76 jours. Chez PSA, c’est 3 à 4 mois d’attente pour avoir un C5…
Tout cela parce qu’au fond on n’est plus sur une politique industrielle en tant que telle, mais sur une logique financière : les groupes veulent arriver à servir les dividendes des actionnaires dès le 10e mois de l’année.
Nous craignons qu’à la rentrée, en janvier 2009, ils continuent sur leur lancée en remettant en question des acquis sociaux, alors que ce n’est pas justifié. Renault va encore faire 1,5 milliard d’euros de bénéfice en 2008, soit sensiblement autant qu’en 2007. Si le groupe payait à 100 % le chômage partiel de ses 20 000 salariés, ça lui reviendrait à 0,8 % des dividendes qu’il va verser à ses actionnaires pour 2008.
L’avenir de l’auto ne se présente pas sous les meil- leurs auspices, les ventes risquent de reculer encore…
Michel Ducret. Cela pose la question du pouvoir d’achat. Quand il y a recul du pouvoir d’achat, l’achat d’une voiture n’est pas prioritaire. Nous avons un parc vieillissant (8 ans), il faudrait s’en occuper très sérieusement. Renault fabriquait un petit modèle, la Clio 2, qui se vendait bien. Elle était vendue à 8 000 euros. En prenant en compte la prime à la casse, c’était un véhicule qui pouvait être encore attractif. Mais Renault vient d’en arrêter la production… Parce que les groupes ne suivent plus une logique de volume mais de marges : ils préfèrent vendre 200 véhicules très chers que 2 000 véhicules moins chers.
Les constructeurs doivent aussi, simultanément, relever le défi environnemental…
Michel Ducret. On annonce un véhicule électrique pour 2012. C’est un très gros enjeu. Comment va-t-on s’y prendre pour accueillir ce véhicule dans l’entreprise ? Le développement, la recherche doivent être redimensionnés. Cela renforce notre demande, réitérée depuis des années, de voir organiser un véritable débat national sur l’avenir de l’automobile. Aujourd’hui, on donne beaucoup d’argent aux groupes : il y a eu les 150 millions d’euros débloqués en juillet pour la filière auto, par le biais d’une « charte » qui vise en réalité à gérer les restructurations dans les territoires ; il y a l’aide de 400 millions d’euros que vient d’annoncer Sarkozy pour 2009, et les 40 milliards d’euros que demandent les constructeurs à la Commission européenne. Mais comment utilise-t-on cet argent ? Est-ce qu’on s’en sert pour la recherche et le développement ? Est-ce que l’on peut en contrôler l’usage ? Ou bien est-ce que cela va aller directement aux actionnaires ? Le gou- vernement reste dans l’accompagnement des donneurs d’ordres, pas dans l’offensive en disant qu’on peut faire autrement en obligeant les constructeurs à des contreparties claires et nettes à l’octroi de subventions. Il faut qu’on change la stratégie des donneurs d’ordres, qui n’est plus aujourd’hui que financière, et non industrielle. Il faut abaisser le niveau des marges exigées. De même, Sarkozy aurait pu demander un gel des dividendes versés aux actionnaires sur la période 2008-2009.
Entretien réalisé par Yves Housson, pour l'Humanité
17:04 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voiture, dividendes, économie |
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14/10/2008
Connaissez-vous ces chiffres ?
30 milliards ? 6,5 milliards ? 3019 milliards
Premier chiffre : 30 milliards de dollars permettraient de nourrir pendant un an les 925 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.
Deuxième chiffre : après les émeutes de la faim dans 40 pays en 2008, la communauté internationale a dépensé seulement 6,5 milliards de dollars pour relancer le système agricole de production.
Troisième chiffre : 3 019 milliards de dollars.
Pour renflouer les banques privées, les Etats-Unis viennent d’annoncer un plan de 700 milliards de dollars. Pour renflouer les banques privées, les pays européens viennent d’annoncer un plan de 1 700 milliards d’euros (la France 400), c’est-à-dire 2319 milliards de dollars. Total : 700 + 2319 = 3019 milliards de dollars.
3 019 milliards de dollars pour renflouer les banques privées !
Les Echos
18:16 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, crise, bourse |
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22/09/2008
LE DESSIN DU MOIS DE SEPTEMBRE
17:55 Publié dans Le dessin du mois | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lagarde, crise, économie |
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19/09/2008
une crise structurelle du capitalisme
Comment analysez-vous la crise financière actuelle ?
La crise actuelle est plus qu’une crise bancaire, parce qu’elle met en cause la configuration de l’économie mondiale. Celle-ci revêt trois grandes caractéristiques. La première est la baisse de la part salariale à l’échelle mondiale. Mais l’augmentation des profits qui en résulte ne conduit pas à un surcroît d’accumulation productive. Le profit non investi augmente régulièrement et va nourrir la sphère financière. Celle-ci augmente ensuite en fonction des déséquilibres de l’économie mondiale : déficit commercial des Etats-Unis d’un côté, excédents de l’Europe, du Japon, des pays « émergents » et/ou producteurs de pétrole, de l’autre. Le besoin de financement de l’économie étasunienne se creuse et nécessite une arrivée de flux de capitaux croissants. Enfin, la déréglementation financière rend impossible le contrôle de ces flux financiers qui parcourent le monde à la recherche de rendements extravagants. Le résultat, c’est les bulles successives (la Net-économie puis l’immobilier, etc.) et, depuis 15 ans, une série de crises financières localisées (Mexique, Argentine, Asie du Sud-Est, etc.).
Pensez-vous, comme certains, que cette crise est la plus grave depuis 1929 ?
La différence avec 1929, c’est que les gouvernements comprennent mieux qu’alors les mécanismes de la crise. Celle-ci est née de l’éclatement de la bulle immobilière et c’est un phénomène relativement classique. Mais ce qui est nouveau, c’est la réaction en chaîne qu’elle a déclenchée. La déréglementation financière et la « titrisation » ont conduit à une imbrication très profonde, mais aussi extrêmement opaque, entre banques d’affaires et fonds spéculatifs. On découvre tous les jours l’ampleur des pertes cumulées, que le FMI vient d’évaluer à 945 milliards de dollars. L’immensité de ces pertes explique pourquoi les interventions des banques centrales n’ont pas pu enrayer le mouvement. La Fed a baissé ses taux en dessous de l’inflation, injecté des liquidités, racheté de fait une grosse banque d’affaires (Bear Stearns) et échangé 200 milliards de dollars de Bons du trésor contre des crédits hypothécaires douteux. Mais rien n’y fait : le marché de l’immobilier continue à plonger, et chaque jour apporte sa mauvaise nouvelle. Une telle crise ne peut rester cantonnée à la sphère financière, ni aux Etats-Unis : ces derniers sont en récession, et le FMI vient encore de réviser ses prévisions à la baisse pour l’économie mondiale. Il prévoit pour la France une croissance de 1,4 % en 2008 et de 1,2 % en 2009 et ne prévoit un rebond qu’en 2010.
Quelles sont les perspectives ?
On est enlisé dans la crise pour au moins deux ans. Elle a en plus un caractère irréversible : le modèle de croissance des Etats-Unis vient d’exploser en vol et on ne voit pas bien comment il pourrait être rafistolé. Ce modèle reposait sur un double mécanisme : d’un côté, la baisse régulière du taux d’épargne des ménages (près d’un demi-point chaque année) et, de l’autre, l’augmentation tout aussi régulière du déficit commercial. C’est la consommation qui tirait la croissance des Etats-Unis, soutenue par un recours croissant à l’endettement. Il s’agissait donc d’une croissance à crédit qui devait être couverte par des entrées de plus en plus massives de capitaux en provenance du reste du monde. Ce système de vases communicants ne peut plus fonctionner : à cause de la ruine de millions de ménages et en raison de la baisse du dollar. Le dollar n’a jamais été aussi faible et instable, et les taux d’intérêt ne sont plus attractifs, si bien que les capitaux vont cesser d’entrer, si ce n’est déjà fait. La grande inconnue est alors le modèle de rechange qui devrait remettre en cause les incroyables inégalités de revenus qui existent aux Etats-Unis. Tout le supplément de croissance des dernières années a en effet été capté par une couche sociale très étroite et le salaire moyen n’a pratiquement pas augmenté. Pour passer à un régime de croissance plus équilibré, il faudrait écrêter les plus hauts revenus. Le prochain gouvernement voudra-t-il ou pourra-t-il mettre en oeuvre un New Deal qui éviterait à la grande masse des salariés de ne pas payer les pots cassés de la haute finance ?
Vous avez signé l’appel international des économistes contre la liberté de mouvement des capitaux en Europe (http://www.stop-finance.org/). Pourquoi ?
Parce qu’il est bien ciblé, ce qui explique son succès. Il montre que l’ampleur de la crise « d’intervenir au cœur du « jeu », c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures » et constate qu’au sein de l’Union européenne, « toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier ». Il propose ensuite deux objectifs précis : l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne et la restriction de la « liberté d’établissement » prévue à l’article 48 qui interdisent toute restriction aux mouvements de capitaux. Cela ne suffit certes pas à définir une politique globale mais de mener concrètement campagne autour de la question-clé, celle d’un nécessaire contrôle des capitaux. Et l’Europe est un ensemble économique assez vaste et intégré pour qu’une autre politique puisse être envisagée à ce niveau.
Face à ce monde dominé par le libre-échange et les marchés financiers où se développent ces crises, peut-on faire autrement ?
Nous sommes face à un capitalisme qui a échappé à tout contrôle. Lutter contre ses dérives financières doit conduire à remettre en cause la liberté absolue de circulation des capitaux mais aussi, plus fondamentalement, l’exploitation croissante des travailleurs à travers le monde. Il faut, autrement dit, fermer « à la source » le robinet qui alimente la spéculation. L’objectif est de mettre l’économie au service des besoins sociaux, et cette aspiration permet, à travers la lutte contre la mondialisation financière, de fonder un nouvel anticapitalisme.
Propos recueillis par Benoît Pradier
(1) Michel Husson est l’auteur de Un pur capitalisme, Editions Page Deux.
Entretien publié dans l'Humanité
19:48 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, crise, bourse |
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