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07/10/2015

SYRIE : NON, IMPOSSIBLE POUR MOI DE SOUTENIR CETTE POLITIQUE / ALEX KAHN

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Allons, avant de me remettre à l’écriture de mon prochain livre (je suis dans la dernière ligne droite), une manifestation de mauvaise humeur maitrisée contre la politique étrangère du couple Fabius – Hollande.

Certes, Vladimir Poutine n’est pas exactement le type de démocrate dont on rêverait sous nos climats, il est sans doute machiste et est resté homophobe. Même si la Russie a rarement connu mieux, ce n’est pas un modèle. En revanche, il est à l’évidence le plus redoutable “homme d’État” du moment, de la trempe des grands de l’ancien temps. Bachar Al Assad est  un tyran sanguinaire, pas de doute. Pour autant, quand même ?

Qu’est-ce que c’est que cette politique américano-française (les Français étant les extrémistes dans l’affaire) qui consiste à “bombarder Daesch en Syrie” mais à laisser des colonnes de cette organisation foncer à terrain découvert, puis assiéger des semaines durant, Palmyre sans une seule intervention pour s’y opposer ? Des centaines de soldats syriens seront égorgés, mais ils étaient les mercenaires du “méchant”, alors rien à dire, ils l’avaient cherché…. Le conservateur des antiquités du site sera lui torturé et décapité, Palmyre dynamité.
 
Qu’est-ce que c’est que cette politique qui consiste à armer “les bons adversaires” du tyran, à entrainer des troupes pour les renforcer alors que tout le monde sait qu’aujourd’hui, sur le terrain, le ‘front uni” contre Assad a comme composante majeure Al Nosra, Al Qaida en Syrie, grand massacreur de soldats et de chrétiens, et d’autres groupes guère moins islamistes et extrémistes. Hélas, trois fois hélas, l’ALS existe surtout par ses portes-paroles dans les grands hôtels de la région.
 
Qu’est-ce que c’est cette politique qui refuse de voir une évidence : aujourd’hui, plus encore que le Liban, la région du monde qui a connu le plus grand afflux de réfugiés (sa population a été multipliée par quatre), c’est le croissant chiite – alaouite – chrétien adossé à la méditerranée qui résiste encore à l’avancée de Daesch et des autres groupes islamistes, que sa chute serait une catastrophe, un désastre humanitaire encore plus grand que celui épouvantable vécu depuis trois ans ?
 
Et puis, veuillez excuser la pointe de cynisme, qui aujourd’hui a créé une situation qui menace le monde ? Sont-ce les américains armant les talibans contre les Russes en Afghanistan, chassant d’Irak un tyran laïc pour le remplacer par un pouvoir chiite allié de l’Iran et opposé à des islamistes sunnites ? Sont-ce les Français pourchassant le tyran Kadhafi jusqu’à le livrer à ses ennemis qui le mettront en pièce, et laissant ensuite s’installer à sa place une kyrielle de groupes sunnites extrémistes et djihadistes dans un pays ouvert à tous les trafics et menace mortelle pour toute la région ? Ou bien les méchant russes gouvernés par un méchant Poutine et soutenant un horrible dictateur ?
 
Une dernière question, maintenant, iconoclaste. Le couple Fabius – Hollande a décidé pour d’honorables raisons commerciales de soutenir l’alliance avec le grand pays inventeur du wahhabisme et décapiteur de têtes qu’est l’Arabie saoudite, avec le Qatar financeur des mouvements salafistes à travers le monde. Presque rien à dire, c’est de la “realpolitics“. Mais cela justifiait-il de soutenir aussi sans nuance  l’intervention de ces pays au Yémen voisin en proie à une rébellion chiite (houtiste) mais aussi aux exactions d’un puissant Al Qaida local, équivalent yéménite d’Al Nosra en Syrie ; intervention anti-chiite favorisant indirectement Al Qaida ?
 
Cela justifie-t-il d’intervenir si mollement contre les évidentes atteintes aux droits de l’homme dans ces pays, ne permettrait-il pas de les rappeler à leurs devoirs envers les réfugiés quittant l’Irak et la Syrie sous la pression principale des groupes qu’ils ont financés ?
 
Aujourd’hui, le méchant Poutine et les méchant Russes ont décidé d’intervenir pour éviter la chute du croissant chiite – chrétiens en Syrie, soutenant en cela, on ne peut le contester, le tyran Assad. C’est aussi, de leur part, de la “realpolitics” : il ont là leur dernière base en Méditerranée, importante pour leur volonté de ne pas laisser partout le champ libre aux États-Unis. L’affaire de Sébastopol et de la Crimée témoigne de leur vigilance à défendre ce qu’ils voient comme leurs intérêts stratégiques. Ils sont aussi les défenseurs des chrétiens orthodoxes d’Orient  et, de plus, sont concernés au premier chef par le terrorisme islamiste.
 
Ne pas se faire d’illusion sur les motivations de Poutine justifie-t-il d’emboiter le pas au déluge de propagande anti-russe, dénoncer les morts civils des frappes russes dans le même temps où on ne proteste guère contre la destruction en Afghanistan d’un hôpital de Médeçins sans frontière et la mort de plus de vingt personnes, dont des enfants malades et douze employés de l’ONG ? Est-il si difficile d’admettre que, en toute lucidité, notre intérêt cynique est sans doute que le méchant Poutine empêche le contrôle total de la Syrie par les islamistes, y compris ceux que nous avons rangés dans le camp de “nos amis” ? Merkel semble l’avoir compris, le couple Fabius – Hollande, non.
 
Axel Kahn, le cinq octobre 2015
 
Axel Kahn est médecin, directeur de recherche à l’INSERM, membre du Comité consultatif national d’éthique.
 
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29/07/2014

Ukraine, Palestine, Israël : les ravages de la diplomatie émotionnelle / Politique internationale de la France : chapeau les artistes !

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FIGAROVOX/CHRONIQUE INTERNATIONALE - Alors que la crise ukrainienne et le conflit israélo-palestinien sont traités sur le registre de l'émotion par les politiques et les médias, Renaud Girard rappelle que la diplomatie est avant tout une affaire de sang-froid.

Renaud Girard est grand reporter international au Figaro. Il a couvert les grands conflits des trente dernières années. Il est notamment l'auteur d'un ouvrage sur la guerre en Irak, Pourquoi Ils se battent (Flammarion, 2006) et son dernier ouvrage, Le Monde en marche, a été publié aux éditions CNRS.


De tous temps, la diplomatie a été une affaire de constructions à long terme. Qu'il s'agisse de tracer des frontières, de nouer des alliances, d'édifier des unions douanières, de rédiger des règles internationales, de déléguer partiellement sa souveraineté, l'art diplomatique exige du temps. «Il faut qu'on laisse le temps au temps. Personne ne passe du jour au lendemain des semailles aux récoltes, et l'échelle de l'histoire n'est pas celle des gazettes», disait le président Mitterrand. Il le savait mieux que quiconque, lui qui avait, avec son ami Kohl, patiemment achevé la construction de la monnaie commune européenne, œuvre commencée vingt ans auparavant par le tandem Giscard-Schmidt.

« Il faut qu'on laisse le temps au temps. Personne ne passe du jour au lendemain des semailles aux récoltes, et l'échelle de l'histoire n'est pas celle des gazettes. »

François Mitterrand.

La diplomatie demande du temps dans sa préparation, dans ses objectifs (on fait des traités pour trente ans, pas pour une saison), dans son expérimentation. Il y a cinq ans, que n'a-t-on entendu sur la «mort de l'euro»? Maintenant qu'il a traversé avec succès sa crise d'adolescence, l'euro s'est imposé comme une incontournable monnaie de réserve mondiale. Si la justice américaine persiste à vouloir faire prévaloir sur la planète entière les lois votées à Washington, parions que l'euro remplacera bientôt le dollar comme instrument privilégié des transactions commerciales internationales. La monnaie unique européenne est un édifice diplomatique qui, dès le départ, s'est inscrit dans le temps long. C'est une des raisons de sa réussite.

Malheureusement, la vertu de cet exemple ne semble pas s'être imposée à nous. Avec le développement, en Occident, de la démocratie d'opinion - ce régime hybride qui veut que les ministres, dénués d'ambitions à long terme pour leur pays, gouvernent le nez sur le guidon des sondages et les oreilles rebattues par leurs conseillers en com -, la diplomatie du temps long cède progressivement le pas à la diplomatie émotionnelle. C'est une diplomatie du temps court car, par définition, elle ne dure que le temps d'une émotion médiatique.

La diplomatie du temps long cède progressivement le pas à la diplomatie émotionnelle.

Au début de l'année 2011, dans un bel unanimisme, les journalistes occidentaux se sont enthousiasmés pour ce qu'ils appelèrent les «printemps arabes». A les entendre, le «Grand Soir» était venu de la libération des peuples arabes. Vexés de n'avoir joué aucun rôle dans les révolutions tunisienne et égyptienne, hypnotisés par leurs écrans de télévision, mais indifférents aux rapports circonspects de leurs diplomates arabisants, les dirigeants français, anglais et américains se sont précipités pour s'ingérer dans les affaires libyennes et renverser un dictateur avec lequel ils entretenaient les meilleurs rapports trois mois auparavant. Le 23 août 2011, quand tomba à Tripoli le régime de Kadhafi, ils se pavanèrent devant les caméras, souhaitant qu'on voie en eux des stratèges de génie. Bizarrement, on ne les entend plus aujourd'hui, où la capitale libyenne est dans un tel état de chaos que les diplomates français, anglais et américains l'ont fuie, comme des rats quittant un navire en perdition. La diplomatie émotionnelle est toujours extrêmement bruyante à sa phase de lancement ; elle se fait souvent très discrète à l'heure du bilan.

La crise ukrainienne aurait pu se limiter au remplacement en douceur d'un président incompétent et corrompu. C'est ce qui avait été obtenu dans l'accord du 21 février 2014, parrainé par l'Allemagne, la France et la Pologne, et signé par les chefs de tous les grands partis politiques ukrainiens. Mais, hélas, la diplomatie de l'émotion est passée par là et l'on se dirige actuellement vers une longue guerre civile dans l'est russophone du pays, et vers une inutile reprise de la guerre froide entre l'Occident et Moscou. La diplomatie occidentale a été émotionnelle car elle a cru, comme le fait l'objectif d'une caméra de télévision, que Maïdan représentait l'ensemble de la population ukrainienne, ce qui n'était pas le cas. Gavée de propagande télévisuelle nationaliste, la Russie est aussi tombée dans la politique émotionnelle la plus grotesque, incapable aujourd'hui de dire la vérité sur le missile ayant abattu le Boeing malaisien, empêtrée dans ses théories du complot, impuissante à faire le ménage chez elle. Comme l'a montré la récente démission du gouvernement Iatseniouk, l'Ukraine est un pays économiquement failli et socialement profondément malade. Seule une discrète mais intense coopération entre Bruxelles et Moscou pourrait le remettre sur pied et lui forger un avenir. En se montrant incapable de construire une grande diplomatie russe après l'avertissement de la crise géorgienne (août 2008), l'Occident a sottement traité le président Poutine sur le registre de l'émotion ; parallèlement, le tsar Vladimir est devenu «accro» à l'émotion de la popularité dans les sondages que lui confèrent ses bras d'honneur répétés à l'Occident. A la fin de ce petit jeu débile, le grand perdant sera la Russie, suivie par l'Union européenne ; l'Amérique et la Chine n'auront plus qu'à s'en frotter les mains.

La diplomatie émotionnelle est toujours extrêmement bruyante à sa phase de lancement ; elle se fait souvent très discrète à l'heure du bilan.

La politique de l'émotion a également gagné un pays occidental qui, par le passé, nous avait habitués à davantage de sang-froid dans sa prise de décision stratégique. L'assassinat - qu'aucun groupe palestinien n'a revendiqué - de trois adolescents d'une colonie israélienne en Cisjordanie, a relancé le cycle du sang. Qu'a gagné Israël à tuer plus d'un millier de Palestiniens en trois semaines? La fin des tunnels? Bien sûr que non. Tant qu'ils resteront enfermés dans leur ghetto, les résidents de Gaza en creuseront. Un triste fait divers, médiatisé à profusion, a fait dérailler la hiérarchie politique israélienne. En sur-réagissant, elle a inutilement terni la réputation internationale de l'Etat juif et redoré le blason d'un Hamas islamiste qui était en perte de vitesse, chez lui et dans la région.

Comme les centaines de morts sur la route des vacances françaises, les accidents d'avion sont toujours bien tristes. Celui du vol Ouagadougou-Alger ne fait pas exception. Sur l'autel de la politique de l'émotion, un «deuil national» de trois jours a été décrété en France. Allons-nous désormais mettre nos drapeaux en berne, à chaque fois que la télévision aura diffusé un nouveau drame du tourisme de masse dans nos chaumières? Sommes-nous vraiment prêts à devenir, en diplomatie comme en politique intérieure, des Diafoirus de l'émotion?

Publié dans le Figaro

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Politique internationale de la France : chapeau les artistes !

On en reste béat d’admiration. On a même envie de dire: chapeau les artistes. La politique étrangère de la France, hier avec Sarkozy, aujourd’hui avec Hollande restera dans les annales comme exemplaire, forte, créative. A coup sûr, des années fondatrices d’une nouvelle démarche originale et conquérante.

Déjà, avant, tout avait fonctionné à merveille avec l’équipe rapprochée de Sarkozy : l’ancien gauchiste transféré au PS, le Thénardier de la politique, je veux dire Bernard Kouchner aujourd’hui dans le « conseil » aux dictatures africaines, et son copain Bernard Henri Levy, le « philosophe » en panne de lecteurs, reconverti lui aussi dans le « conseil » en matière de géopolitique toujours du côté du manche. Si possible, bien huilé.

Ah, la belle époque, celle où l’on s’extasiait de l’efficacité de Sarkozy dans la crise géorgienne avec comme résultat 20% du territoire de l’ancienne patrie de Staline passant du côté russe. Ah, la formidable construction que cette « Union pour la Méditerranée », un flop se terminant par le printemps arabe et la France généreuse, par la voix de sa ministre des Affaires étrangères, Mme Alliot-Marie, offrant « notre savoir faire en matière de sécurité » à Ben Ali. Que du bonheur, que du succès. Sans conteste, c’est bien l’aventure libyenne qui a marqué la capacité propulsive de la politique internationale française de cette époque. On se souvient du général en chef BHL appelant à l’assaut contre Tripoli du haut des marches de l’Elysée et Sarkozy donnant le top départ aux Rafales. Avec le splendide résultat que nous vivons aujourd’hui et alors qu’un parachutage de BHL sur Benghazi serait du meilleur effet. Pourtant, des diplomates français avaient eu l’outrecuidance de rouspéter dans une tribune publiée dans « Le Monde ». Ils se présentaient comme "un groupe de diplomates français de générations différentes, certains actifs, d'autres à la retraite, et d'obédiences politiques variées". Ils affirmaient : "L'Europe est impuissante, l'Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore". "La voix de la France a disparu dans le monde."

La raison profonde de cet enlisement? "Notre politique étrangère est placée sous le signe de l'improvisation et d'impulsions successives qui s'expliquent souvent par des considérations de politique intérieure" (…) des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme." Dans leur viseur, pêle-mêle: une Union pour la Méditerranée "sinistrée", une politique au Moyen-Orient "devenue illisible". « Nous sommes à l'heure où des préfets se piquent de diplomatie, déploraient-ils, où les « plumes » conçoivent de grands desseins, où les réseaux représentants des intérêts privés et les visiteurs du soir sont omniprésents et écoutés".

Les signataires ne connaissaient pas encore le parcours d’un « exemple » de la diplomatie sarkoziste, le dénommé Boris Boyon: mafiosi à Bagdad, insultant à Tunis, pour finir trafiquant à Paris en se faisant arrêter Gare du Nord avec près de 400.000 euros en liquide dans les poches. J’oubliais la libération des infirmières bulgares « obtenue » par l’ancienne épouse du président, où plutôt par Claude Guéant qui avait ses entrées sous la tente de Kadhafi et d’amicales relations avec les porteurs de mallettes argentées ainsi que la presque rupture avec le Mexique pour une sombre affaire de rapt. Que du succès, que du prestige. Et rien, rien du tout – pour Salah Hamouri, notre compatriote enfermé sept ans dans les geôles israéliennes pour de simples supputations. En fait, la voix de la France est devenue la risée du monde. On aurait pu se dire « Mais ça, c’était avant. »

Avec l’arrivée de Hollande on allait voir ce qu’on allait voir. Or, ce n’est plus seulement du bling-bling auquel nous assistons, c’est aussi une série d’engagements politiques à faire se retourner dans sa tombe le célèbre et talentueux diplomate Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord.

Comme pour la Libye et avec le même « conseiller spécial », le sinistre BHL, alors qu’il fallait écouter et aider l’opposition laïque et démocratique syrienne, les nouveaux chefs de guerre parisiens frémissaient à l’idée de bombarder Damas. Patatras, Washington n’a pas suivi. A Kiev, le très modeste et humble Fabius se vantait d’avoir été le « moteur » d’un accord qui en fait a favorisé l’arrivée au pouvoir du roi du chocolat et sa clique plus réac tu meurs, et une guerre dans l’est de l’Ukraine. Le couple Hollande-Fabius roule des mécaniques devant les Russes, envoie des avions de chasse en Pologne tandis que les rusés Allemands composent une autre musique avec Poutine. Faut-il ajouter l’Afrique et l’enlisement au Mali, la protection du nouveau pouvoir corrompu et répressif en Côte d’Ivoire ; faut-il ajouter l’interdiction de survol du territoire français de l’avion présidentiel bolivien…

C’est surtout l’alignement de la politique française sur celle de Netanyahou qui marquera désormais et pour longtemps la politique internationale de la France : une complicité écrasante avec les massacreurs du peuple de Gaza qui devront un jour où l’autre comparaître pour crimes contre l’humanité.

Les mêmes diplomates français qui sous Sarkozy critiquaient une politique internationale marquée par « l’amateurisme », la qualifient aujourd’hui « d’inaudible ». Inaudible, quand elle se limite à la « retenue » alors que plus de mille Gazaouis parmi lesquels de nombreux enfants sont morts sous les bombes israéliennes ? Inaudible, lorsqu’on laisse des jeunes Français incorporer l’armée de Tel-Aviv ? Inaudible, lorsqu’on accepte que 6000 prisonniers politiques palestiniens croupissent dans les geôles israéliennes ? Inaudible, lorsqu’on refuse d’entendre la voix de Marwan Barghouti, le Mandela palestinien ? Inaudible, lorsqu’on se range derrière les assassins ? Le bruit n’est que trop lourd. On entend la mort…

 José Fort. José Fort est un internationaliste passionné du monde, journaliste, ancien chef du service monde de l’Humanité

Article publié par l'Humanité

16:48 Publié dans Cactus, International, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emotion, libye, gaza, palestine, bhl, france | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

20/07/2014

TEMOIGNAGE : ISRAEL DEVIENT UN PAYS FASCISTE !

israël,palestine,fascismeMichael Warschawsk (1)

iAu cours des 45 dernieres annees j'ai participe a de tres nombreuses manifestations, de petits rassemblements faits de quelques irreductibles a des manifestations de masses ou nous etions plus de 100,000; des manifestations calmes, voire festives et des manifestations ou nous avions ete attaques par des groupes de droite voire par des passants.

J'ai pris des coups, j'en ai rendus, et il m'est arrive, surtout quand j'avais des responsabilites, d'etre nerveux. Mais je ne me souviens pas avoir eu peur.

Mobilise – en fait détenu en prison militaire pour avoir refuse de rejoindre mon unité qui devait aller au Liban – je n'ai pas participe, en 1983, a la manifestation ou a été assassine Emile Grunzweig, par contre j'ai été responsable du service d'ordre de la manifestation qui un mois plus tard, traverse Jerusalem pour commemorer cet assassinat.

Nous y avons connu l'hostilite et la brutalite des passants, mais la non plus je n'ai pas eu peur, conscient que cette hostilite d'une partie des passants ne depasserait pas une certaine ligne rouge, qui pourtant avait ete transgressee un mois plus tot.

Cette fois j'ai eu peur.

Il y a quelques jours nous etions quelques centaines a manifester au centre ville de Jerusalem contre l'agression a Gaza, a l'appel des "Combattants pour la Paix", A une trentaine de metres de la, et separes par un impressionnant cordon de policiers, quelques dizaines de fascistes qui eructent leur haine ainsi que des slogans racistes.

Nous sommes plusieurs centaines et eux que quelques dizaines et pourtant ils me font peur: lors de la dispersion, pourtant protégée par la police, je rentre chez moi en rasant les murs pour ne pas être identifie comme un de ces gauchistes qu'ils abhorrent.

De retour a la maison, j'essaie d'identifier cette peur qui nous travaille, car je suis loin d'etre seul a la ressentir. Je realise en fait qu'Israel 2014 n'est plus seulement un Etat colonial qui occupe et reprime les Palestiniens, mais aussi un Etat fasciste, avec un ennemi interieur contre lequel il y a de la haine.

La violence coloniale est passe a un degre superieur, comme l'a montre l'assassinat de Muhammad Abou Khdeir, brule vif (sic) par 3 colons; a cette barbarie s'ajoute la haine envers ces Israeliens qui precisement refusent la haine envers l'autre.

Si pendant des generations, le sentiment d'un "nous" israeliens transcendait les debats politiques et – a part quelques rares exceptions, comme les assassinats d'Emile Grunzweig puis de Yitshak Rabin – empechaient que les divergences degenerent en violence meurtriere, nous sommes entres dans une periode nouvelle, un nouvel Israel.

Cela ne s'est pas fait en un jour, et de meme que l'assassinat du Premier Ministre en 1995 a été precede d'une campagne de haine et de deligitimation menee en particulier par Benjamin Netanyahou, la violence actuelle est le resultat d'une fascisation du discours politique et des actes qu'il engendre: on ne compte plus le nombre de rassemblements de pacifistes et anti-colonialistes israeliens attaques par des nervis de droite.

Les militants ont de plus en plus peur et hesitent a s'exprimer ou a manifester, et qu'est-ce que le fascisme si ce n'est semer la terreur pour desarmer ceux qu'il considere comme illegitimes?

Sur un arrière fond de racisme lâché et assumé, d'une nouvelle legislation discriminatoire envers la minorite palestinienne d'Israel , et d'un discours politique belliciste formate par l'ideologie du choc des civilisations, l'Etat hebreu est en train de sombrer dans le fascisme.

michel.jpg(1) Michael Warschawski : Michel Warschawski (Mikado) (né en 1949 à Strasbourg) est un journaliste et militant pacifiste d'extrême gauche israélien, cofondateur et président du Centre d'information alternative de Jérusalem et ancien président de la Ligue Communiste Révolutionnaire Marxiste israélienne. Anti-sioniste, il souhaite le remplacement d'Israël comme État juif par un État binational.

Photo à la une de Haitham Al Khatib

18:33 Publié dans Actualités, Cactus, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : israël, palestine, fascisme | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

20/06/2014

ECONOMIE : CONDITIONNEMENT ET SCANDALE AU BAC ES

Bac2014.jpg

Le Bac est, cette semaine, le sujet à la mode. Il revient ainsi tous les ans, avec ses polémiques (faut-il supprimer le Bac ?), avec ses scandales, réels ou imaginaires. Il y a une bonne raison à cela.

Premier examen universitaire (et c’est pour cela qu’un professeur des universités préside le jury), il conditionne pour de nombreux jeunes la possibilité d’avoir accès aux études supérieures.

L’idée de faire passer le Bac par contrôle continu aurait probablement pour conséquence de conduire les universités à instaurer des concours d’entrée, puis à créer leurs propres filières de préparation à ces concours d’entrée, ouvrant par là même la porte à des abus multiples.

Le formatage par le MEDEF commence au Bac !

On trouve donc de tout dans les sujets du Bac ; parfois des « perles » et même de la propagande. C’est le cas pour les sujets de 2014 dans l’épreuve de sciences économiques et sociales pour la section ES (Sujets: BAC-ES2014). Cette propagande peut être grossière, comme c’est le cas pour les (malheureux) élèves qui auront choisi l’épreuve composée. La première question de cette dernière (valant 6 points) se compose de deux sous-questions :

  1. Comment la flexibilité du marché du travail peut-elle réduire le chômage ?
  2. À quels risques économiques peuvent s’exposer les pays qui mènent une politique protectionniste ?

bac.gifOn ne saurait imaginer choix plus tendancieux, et plus erroné du point de vue de la science économique.

Commençons par la première sous-question ; il est ainsi implicitement suggéré à l’élève que la « rigidité » du marché du travail peut-être une cause du chômage.

Or, ce que l’on appelle la « rigidité » ce sont des contrats de travail assurant une stabilité et une protection au salarié.

Poussons alors le raisonnement à l’absurde : si la flexibilité du travail permet de réduire le chômage, il nous faut revenir à des contrats journaliers ou hebdomadaires, comme aux premiers jours de la révolution industrielle.

Il n’y avait rien de plus flexible que le marché du travail au début du XIXème siècle.

Pourtant, comme c’est étrange, tous les commentateurs de l’époque s’entendent pour dire qu’il régnait alors un chômage important…

Par ailleurs, si une personne n’a aucune garantie quant à son lendemain, si elle vit dans une insécurité permanente, aura-t-elle la moindre incitation pour s’instruire et développer sa force de travail ?

On oublie trop que l’extrême flexibilité du travail a pour corolaire une productivité extrêmement faible. Inversement, ce sont les industries qui avaient besoin d’un travail qualifié (comme Krupp en Allemagne ou Schneider en France) qui ont, les premières, instauré des mécanismes rigidifiant le marché du travail afin de stabiliser une main d’œuvre avec des caractéristiques spécifiques.

En réalité, la segmentation du marché du travail est issue du développement même du capitalisme. Les gains très importants en productivité du travail que l’on a connu depuis plus de 100 ans dans l’industrie sont le résultat de ces stabilités qui sont aussi, pour ceux qui les combattent, autant de « rigidités ».

Or, ces gains permettent des hausses régulières du salaire réel, qui assurent ainsi les débouchés (la consommation) à la production, et contribuent par là à la baisse du chômage. Il faut ici rappeler que l’introduction du SMIG puis du SMIC a fortement contribué à une croissance rapide dans les années 1960.

Quant à la seconde question, elle passe sous silence le fait qu’il n’y a pas eu un seul pays qui ait réussi à s’industrialiser et à se développer économiquement sans recourir à des méthodes protectionnistes. De la France au Japon, des États-Unis à l’Allemagne, tous les pays ont eu recours au protectionnisme, et ceci a correspondu à leurs périodes de croissance les plus importantes. Dans un papier célèbre[1], le regretté Paul Bairoch et Richard Kozul-Wright ont montré le rôle largement positif des réglementations protectionnistes. ...

Jacques Sapir

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