29/12/2011
Joseph Stiglitz : "L'austérité mène au désastre"
Londres Correspondante - Joseph Stiglitz, 67 ans, Prix Nobel d'économie en 2001, ex-conseiller économique du président Bill Clinton (1995-1997) et ex-chef économiste de la Banque mondiale (1997-2000), est connu pour ses positions critiques sur les grandes institutions financières internationales, la pensée unique sur la mondialisation et le monétarisme. Il livre au Monde son analyse de la crise de l'euro.
Vous avez récemment dit que l'euro n'avait pas d'avenir sans réforme majeure. Qu'entendez-vous par là ?
L'Europe va dans la mauvaise direction. En adoptant la monnaie unique, les pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et les taux d'intérêt. Il fallait donc trouver autre chose qui leur permette de s'adapter à la conjoncture si nécessaire. D'autant que Bruxelles n'a pas été assez loin en matière de régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents. Mais l'Union européenne (UE) n'a rien prévu dans ce sens.
Et aujourd'hui, elle veut un plan coordonné d'austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que ce n'est pas ce qu'il faut faire.
Que devrait faire l'Europe ?
Il y a plusieurs possibilités. Elle pourrait par exemple créer un fonds de solidarité pour la stabilité, comme elle a créé un fonds de solidarité pour les nouveaux entrants. Ce fonds, qui serait alimenté dans des temps économiques plus cléments, permettrait d'aider les pays qui ont des problèmes quand ceux-ci surgissent.
L'Europe a besoin de solidarité, d'empathie. Pas d'une austérité qui va faire bondir le chômage et amener la dépression. Aux Etats-Unis, quand un Etat est en difficulté, tous les autres se sentent concernés. Nous sommes tous dans le même bateau. C'est d'abord et avant tout le manque de solidarité qui menace la viabilité du projet européen.
Vous prônez une sorte de fédéralisme ?
Oui. De cohésion. Le problème, c'est que les Etats membres de l'UE n'ont pas tous les mêmes croyances en termes de théorie économique. Nicolas Sarkozy a eu raison de faire pression sur (la chancelière allemande) Angela Merkel pour la payer pour la Grèce. Nombreux sont ceux qui, en Allemagne, s'en remettent totalement aux marchés. Dans leur logique, les pays qui vont mal sont responsables et doivent donc se débrouiller.
Ce n'est pas le cas ?
Non. Le déficit structurel grec est inférieur à 4 %. Bien sûr, le gouvernement précédent, aidé par Goldman Sachs, a sa part de responsabilité. Mais c'est d'abord et avant tout la crise mondiale, la conjoncture, qui a provoqué cette situation.
Quant à l'Espagne, elle était excédentaire avant la crise et ne peut être accusée d'avoir manqué de discipline. Bien sûr, l'Espagne aurait dû être plus prudente et empêcher la formation de la bulle immobilière. Mais, en quelque sorte, c'est l'euro qui a permis ça, en lui procurant des taux d'intérêt plus bas que ceux auxquels Madrid aurait eu accès sans la monnaie unique. Aujourd'hui, ces pays ne s'en sortiront que si la croissance européenne revient. C'est pour cela qu'il faut soutenir l'économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur.
La baisse de l'euro serait donc une bonne chose ?
C'est la meilleure chose qui puisse arriver à l'Europe. C'est à la France, et plus encore à l'Allemagne qu'elle profitera le plus. Mais la Grèce et l'Espagne, pour qui le tourisme est une source de revenus importante, en seront également bénéficiaires.
Merkel, pourtant, sait que la solidarité peut être importante. Sans cela, il n'y aurait pas eu de réunification allemande.Oui. Mais, justement, il a fallu plus de dix ans à l'Allemagne pour absorber la réunification. Et d'une certaine manière, je pense que les ex-Allemands de l'Ouest estiment qu'ils ont déjà payé un prix élevé pour la solidarité européenne.
Pensez-vous que la viabilité de l'euro soit menacée ?
J'espère que non. Il est tout à fait possible d'éviter que la monnaie unique ne périclite. Mais si on continue comme ça, rien n'est exclu. Même si je pense que le scénario le plus probable est celui du défaut de paiement. Le taux de chômage des jeunes en Grèce s'approche de 30 %. En Espagne, il dépasse 44 %. Imaginez les émeutes s'il monte à 50 % ou 60 %. Il y a un moment où Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de savoir s'il a intérêt à poursuivre le plan que lui ont imposé le Fonds monétaire international (FMI) et Bruxelles. Et s'il n'a pas intérêt à redevenir maître de sa politique monétaire.
Rappelez-vous ce qui s'est passé en Argentine. Le peso était attaché au dollar par un taux de change fixe. On pensait que Buenos Aires ne romprait pas le lien, que le coût en serait trop important. Les Argentins l'ont fait, ils ont dévalué, ça a été le chaos comme prévu. Mais, en fin de compte, ils en ont largement profité. Depuis six ans, l'Argentine croît à un rythme de 8,5 % par an. Et aujourd'hui, nombreux sont ceux qui pensent qu'elle a eu raison.
Propos recueillis par Virginie Malingre pour Le Monde
20:22 Publié dans Actualités, Economie, Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stigiltz, économie, europe, austérité |
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07/11/2010
Hyperaustérité et graves atteintes à la démocratie
L’Interview paru le 30 octobre 2010 dans l’Humanité
Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen, a conduit la bataille contre le traité constitutionnel en 2005.
Que pensez-vous de la décision du Conseil de faire modifier le traité de Lisbonne pour pérenniser le Fonds de stabilisation ?
Francis Wurtz. Quand nous avons dit «non» au traité constitutionnel en 2005, dont celui de Lisbonne est un avatar, nous avions signalé que ce traité interdisait à un État membre de l’UE ou à la Banque centrale européenne (BCE) de venir en aide à un autre État en difficulté. Donc, a priori, on ne va pas se plaindre que cet article soit éventuellement supprimé. Le problème, c’est que le Fonds de stabilisation, ce n’est pas de la solidarité ! Dans le cas de la Grèce, par exemple, l’UE a imposé des conditions draconiennes à ce pays et, pire, certains États, comme la France, ont gagné de l’argent sur le dos du peuple grec !
Quelles sont les autres conséquences ?
Francis Wurtz. Elles sont graves. L’Allemagne n’a accepté la pérennisation de ce Fonds de stabilisation qu’à la condition d’un durcissement des sanctions contre tout État contrevenant à la discipline budgétaire et d’un renforcement du pacte de stabilité. Pour la France, dans l’avenir, en cas de déficit public jugé excessif, la sanction financière pourrait atteindre 10 milliards d’euros. Quant au renforcement du pacte de stabilité, il implique que les budgets nationaux soient soumis au contrôle de la Commission européenne préalablement à leur examen par les Parlements nationaux. Il s’agit là d’une politique d’hyperaustérité et d’une atteinte très grave à la démocratie.
Pourquoi en est-on arrivé là ?
Francis Wurtz. La question est que l’UE n’a tiré aucune leçon de la crise financière. Elle aggrave encore la soumission des États membres aux exigences des marchés. Cette politique a été décidée au moment même où l’Europe est le théâtre de puissantes manifestations contre les politiques actuelles. Les dirigeants européens restent sourds à cette désaffection massive des peuples. Et ce au risque d’encourager le populisme.
Que peut-on faire ?
Francis Wurtz. D’abord, faire converger les actions se déroulant sous différentes formes en Europe contre le démantèlement systématique du modèle social européen. Il faut s’unir à l’échelle européenne contre cette hyperaustérité, les attaques contre les retraites, les services publics, la fermeture des entreprises… Ensuite, mener en même temps un débat partout en Europe sur les causes de cette crise, sur l’extrême dépendance à l’égard des marchés financiers, et montrer qu’on peut s’en émanciper, de sorte à créer les conditions d’une appropriation par les citoyens des vrais enjeux européens. Et aussi aider ces citoyens à faire le lien entre leur difficile quotidien et les orientations néolibérales concoctées par les dirigeants de l’UE. En troisième lieu, il s’agit de faire grandir les alternatives à cette orientation néolibérale en mettant la question sociale et sociétale au cœur du projet européen. En France, par exemple, le PCF préconise une autre mission pour la BCE : racheter les titres publics (la dette publique) à un taux bas ou nul, pour que l’argent puisse être utilisé pour favoriser l’emploi, la création des richesses, les services publics. Autrement dit, nous proposons aussi que la BCE finance des crédits dans des conditions différentes selon qu’il s’agit d’investissements créateurs d’emplois ou destinés à la spéculation. Dans le premier cas, les conditions d’accès au crédit devront être très favorables, dans le second cas, très dissuasives. En conclusion, je pense que, pour soutenir un tel changement, il existe en Europe une aspiration majoritaire. C’est l’un des points qui seront discutés lors du congrès du Parti de la gauche européenne qui se tiendra à Paris au mois de décembre.
Entretien réalisé par Hassane Zerrouky
17:44 Publié dans Entretiens | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : europe, francis wurtz |
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11/06/2008
Europe : une semaine de travail de plus de 65 heures !
L’Union Européenne, en raison d’un revirement de la France, vient de lancer un signal très négatif en matière de durée du travail. La Confédération européenne des syndicats (CES) a jugé "inacceptable" l’accord conclu par les pays de l’Union Européenne qui pérennise la semaine de travail de plus de 48 heures et ouvre la durée du travail à des dérogations, jusqu’à 78 heures !
"L’accord sur le temps de travail est très insatisfaisant et inacceptable pour la CES, pour ce qui concerne les nouvelles dispositions sur le temps de garde et la continuation de l’opt-out du Royaume-Uni", a souligné John Monks le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats.
La clause "opt out"
Selon le compromis accepté par les ministres européens de l’Emploi, la semaine hebdomadaire de 48 heures, déjà gravée dans la législation européenne, reste de mise. Mais la durée maximale hebdomadaire de travail pourra atteindre 60 ou 65 heures pour les employés acceptant, à titre individuel, de déroger aux 48 heures. Ces plafonds pourront être dépassés en cas de conventions collectives.
La dérogation offerte aux employés est encadrée plus strictement, mais non limitée dans le temps.
Cette révision introduit en outre pour la première fois la définition de "périodes de garde inactives", qui pourront ne plus être comptabilisées comme du temps de travail.
Deux arrêts de la justice européenne stipulent que le temps de garde doit être intégralement calculé comme du temps de travail. Or, la majorité des Etats européens sont en infraction en la matière, notamment au sein des professions médicales.
17:18 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, durée du travail |
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04/12/2007
EUROPE / Sarkozy a peur des Français
Comme tous téléspectateurs ou lecteurs dignes de ce nom (en dehors de ceux qui lisent ce journal horrible qui s'intitule l'Humanité) Hugo Chavez est un dangereux dictateur qui a osé demander son avis à son peuple sur la modification de la constitution du Vénézuela (au risque de perdre le référendum , ce qui s'est passé).
Dans toute l'Europe la constitution Européenne doit être approuvée par les Parlements, après avoir été refusée par plusieurs peuples (dont la France). Le texte est pourtant le même de l'aveu de son concepteur VG d'Estaing.
Pourquoi les Peuples ne sont pas consultés ? Parce que les Présidents (dont M. Sarkozy) ont peur des électeurs.
Bruno Waterfield, le correspondant à Bruxelles du quotidien britannique The Telegraph révèle que Nicolas Sarkozy, devant un groupe de parlementaires européens réunis à huis-clos, a admis que « des référendums sur le nouveau traité européen étaient ‘dangereux’ et perdants en France, en Angleterre et dans d’autres pays. Il y a un gouffre entre les peuples et les gouvernements »
Parlant du référendum du 29 mai 2005, Sarkozy a dit que « La France n’était qu’en avance sur les autres pays dans son vote pour le NON. ». « La même chose arriverait dans tous les Etats membres si un référendum y était organisé », a-t-il ajouté. « Un référendum aujourd’hui mettrait l’Europe en danger. Il n’y aura pas de traité si un référendum a lieu en France, et il en va de même pour un référendum au Royaume-Uni. »
En conclusion, il vaut mieux ne pas demander leur avis aux peuples !
17:00 Publié dans Cactus | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Sarkozy, Europe, référendum |
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13/03/2007
LA POSTE : UN SERVICE MORIBOND ?
Par Georges Suzan, Conseiller Régional de la Loire
Le 18 octobre dernier, faisant sienne une proposition du Commissaire européen Charlie Mac Creevy, la commission européenne a franchi une ultime étape dans la libéralisation du marché postal.
Le projet de directive adopté prévoit, en effet, une ouverture totale à la concurrence du secteur du courrier au 1er janvier 2009. Le domaine réservé des plis de moins de 50 grammes devrait être ouvert à tous les opérateurs du marché.
Commencée en 1997 avec l’ouverture à la concurrence de la distribution des plis de plus de 350g, puis de celle des plus de 100g en 2002 et enfin celle de plus de 50g en 2006, la commission veut ainsi parachever sa démarche de libéralisation totale de la Poste en mettant fin au monopole de celle-ci sur le courrier ordinaire.
Dans le même temps une véritable course à la fermeture des bureaux de poste est engagée sur tout le territoire.
En effet, tous les bureaux considérés par la Poste comme non rentable sont systématiquement passés à la moulinette libérale.
Cela se traduit par une transformation dudit bureau en Agence Postale Communale ou en Relais Poste Commerçants.
Ce que la Poste considère comme une garantie de service public sur tout le territoire n’est en réalité qu’une vaste supercherie.
Car dès l’instant où un bureau de plein exercice disparaît, on peut constater que le maintien de ce service postal dans une commune, est complètement lié à la poursuite de l’activité du commerce ou de la possibilité financière pour une commune de faire vivre son A.P.C.
Il est bien évident que ce n’est pas la maigre somme attribuée à la commune ou au commerçant qui peut suffire au maintien du service.
Par ailleurs il est important de souligner qu’en aucune manière la qualité du service est maintenue.
En effet bon nombres d’opérations postales sont limités et pour certaines d’entre elles complètement inexistantes.
Pour mettre en œuvre ses basses besognes la Poste ne recule devant aucun moyen pour faire céder les maires les plus récalcitrants.
En effet, s’il est prévu une phase de dialogue entre le maire d’une commune qui voit son bureau menacé et la Direction de la poste, très vite celui-ci se transforme en dialogue de sourd dès l’instant où l’élu refuse toute modification de statut de son bureau.
Si il y a persistance du maire dans son refus, la direction de la poste lui impose des heures d’ouverture grandement diminuées ce qui conduit à baisser encore plus l’activité postale et de ce fait aggrave la situation du bureau.
Quelle est alors la prochaine étape ?
Ces opérations de destruction du service public vont bon train.
- Dans la Loire il y a 191 points de contacts de la Poste.
- Au 1er janvier 2005 il y avait :
- 156 Bureaux de Poste, 20 Agences Postales, 13 Agences Postales Communales et 2 Relais Poste Commerçant.
- Au 1er avril 2007 il y aura :
- 133 Bureaux de Poste, 1 Agence Postale (en sursis pour quelques mois), 34 Agences Postales Communales et 23 Relais Poste Commerçants.
- En deux ans les APC et PRC sont passé de 15 à 57.
Bien évidemment ce département est à l’image de ce qui se passe sur tout le territoire.
Cette politique de mise en coupe réglée des services publics postaux a pour finalité, non seulement de viser à la privatisation de ces services, mais aussi de préparer cette activité à la mise en place de l’Accord Général sur le Commerce des Services.
Ce fameux accord de l’Organisation Mondiale du Commerce qui pour le moment piétine grâce aux actions des pays du sud, mais qui, ne nous trompons pas, est prêt à sévir pour réduire à néant nos services publics.
Et pourtant l’ensemble des Français a dit non à la Constitution européenne, cette même Constitution qui elle aussi voulait réduire à néant nos services publics.
Alors décidemment non, le gouvernement français, véritable patron de la Poste, ne veut en aucune manière respecter le vote des citoyens.
Il poursuit sa désastreuse politique au service des plus fortunés, délaissant la solidarité nationale.
C’est pour cette raison qu’en cette période électorale, chacune et chacun puissent se rappeler ces réalités pour décider de quelle politique il veut pour demain.
13:45 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : postes, lébéralisation, europe, présidentielles |
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