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En décembre 1989, les États-Unis envahissaient le Panama sous couvert de « lutte antidrogue » et de « restauration démocratique ». Trente-cinq ans plus tard, les mêmes arguments structurent la politique américaine à l’égard du Venezuela. Derrière le discours moral, une constante : l’usage de la force pour préserver une hégémonie continentale menacée.
L’invasion du Panama avait été une forme de rupture. Pour la première fois depuis la guerre du Vietnam, Washington engageait une opération militaire massive hors de tout cadre multilatéral, assumant une logique unilatérale désormais affranchie de la bipolarité Est-Ouest. L’ennemi désigné, Manuel Noriega, ancien informateur de la CIA, devient soudain un « narco-dictateur » à abattre. Un épisode qui en appelait d’autres, sur le continent africain notamment.
Panama 1989
Le prétexte est connu : protéger les citoyens américains, défendre la démocratie, lutter contre le trafic de drogue. En réalité, Noriega n’a cessé d’être utile tant qu’il obéissait. Sa faute n’est pas le narcotrafic — toléré pendant des années — mais sa volonté d’autonomie politique dans un espace stratégique vital : le canal de Panama.
La destruction du quartier populaire d’El Chorrillo, les milliers de morts civils, l’installation d’un pouvoir sous tutelle américaine ne sont pas des bavures mais les conséquences logiques d’une doctrine qui nie la souveraineté des peuples et des nations. L’intervention panaméenne constituait le laboratoire d’un nouvel impérialisme, affranchi du droit international et légitimé par une morale de circonstance.
Du Panama au Venezuela, la doctrine Monroe recyclée
Trois décennies plus tard, le scénario se répète au Venezuela. Même rhétorique, mêmes mécanismes. Nicolás Maduro, comme Noriega hier, est désigné « narco-dictateur ». Les États-Unis vont jusqu’à offrir une prime pour sa capture, geste inédit contre un chef d’État en exercice. La guerre contre la drogue devient prétexte à une guerre politique.
Derrière l’argument moral, l’enjeu est stratégique : pétrole, contrôle des routes maritimes, endiguement de la Chine et de la Russie. Le Venezuela, comme le Panama hier, incarne une insoumission géopolitique jugée intolérable. Sanctions économiques, asphyxie financière, tentatives de déstabilisation interne et reconnaissance de pouvoirs parallèles constituent désormais l’arsenal standard.
La doctrine Monroe, proclamée morte, se trouve ainsi pleinement opérationnelle. Simplement modernisée. Elle ne parle plus de colonisation, mais de « démocratie », plus de canonnières, mais de sanctions, plus d’invasions ouvertes, mais de pression permanente.
Non, il ne s’agit pas d’une ode à la trop célèbre marque du soda américain qui fixa la couleur rouge du Père Noël en 1930 à des fins mercatiques. Les Noël rouges furent, pendant les années de l’entre guerres, la création, par des communistes, de fêtes solidaires et culturelles dégagées de la religion.
Ces fêtes naquirent sous l’impulsion d’une organisation libre penseuse proche du Parti communiste qui vit le jour quelques années après le congrès de Tours sous le nom d’Union fédérale des libres penseurs révolutionnaires (UFLPPR) transformée en 1932 en une Association des travailleurs sans Dieu (ATSD).
Des « fêtes enfantines »
L’idée était, par une sécularisation des fêtes de fin d’années, de créer une convivialité destinée à mener « La Lutte antireligieuse et sociale » conformément au titre de la revue des travailleurs sans Dieu.
Il s’agissait de poursuivre, au sein du mouvement communiste français, les démarches lancées autour de la SFIO et de la franc-maçonnerie du Grand Orient de France par Marcel Sembat avec son Comité central des Fêtes et Cérémonies civiles de l’Ordre et sa publication de son organe, « les Annales des Fêtes et Cérémonies civiles ».
C’est le jeune Louis Aragon qui propose dans « La Lutte » un manifeste proposant une ligne pour les Noël Rouges : « L’athéisme est en effet seul compatible avec la théorie révolutionnaire qui est propre au prolétariat. La croyance en l’existence d’un dieu est une croyance contre-révolutionnaire, car les dieux ne sont pas au ciel mais sur la terre, et ils ne sont pas autre chose que des machines intellectuelles pour la préservation de l’État capitaliste. […] Reprenons le nom d’athées que les curés nous jettent à la face avec une sainte horreur […] et marquons par là ce qui nous distingue particulièrement des social-démocrates qui ont abandonné les fondements matérialistes du capitalisme et qui prétendent qu’on peut être socialiste à la fois et spiritualiste ou idéaliste, voire chrétien ».
Un « rapport sur le travail du Parti dans les organisations de Libre Pensée » établi en 1931 par le secrétariat du Parti (agit-prop) estimait le nombre des libres penseurs révolutionnaires à 3 000 ; 2 000 adhérents, est-il précisé, étaient dans les départements du Nord et du Pas-De-Calais, qui possédait une cinquantaine de sections locales.
Pour « arracher l’enfance des sales pattes des corbeaux », les Sans-Dieu organisaient des fêtes pour enfants ; en 1932, une séance récréative fut assurée pour les enfants des écoles d’Ivry, le clou en fut une pièce antireligieuse intitulée La tyrannie des prêtres. À Roncq, le 7 juin 1931, « une fête enfantine » rassembla 300 enfants de grévistes qui, après avoir défilé quatre par quatre en chantant l’Internationale et en criant « du pain pour les enfants, du plomb pour les patrons », reçurent du vin, des biscuits et des gâteaux.
On célébrait des « Noëls rouges enfantins » ; le 24 décembre 1934, le Groupe Octobre anima un « Noël rouge » organisé pour les enfants des militants emprisonnés et des réfugiés politiques ; un orateur du Secours rouge international vint expliquer aux jeunes spectateurs que Noël était « une vieille fête païenne que les hommes célébraient vingt mille ans avant l’ère chrétienne » et que l’histoire du Christ n’était qu’une légende inventée pour « détourner les malheureux de toute envie et les empêcher de recourir à la violence pour sortir de misère ».
Comme chaque année, les jeunes communistes du Val-de-Marne organisent leur « Noël Rouge ». Un Noël qui met au cœur de tout la solidarité et le partage, à l’heure où la situation sociale est de plus en plus compliquée pour les familles et que les prix augmentent. L'idée de cette action solidaire est simple : récolter des cadeaux devant les magasins puis, par la suite, les redistribuer aux enfants des familles en difficulté.
Le Noël Rouge ne s'arrête pas à une simple action de charité dépolitisée. Bien au contraire, à travers nos récoltes et nos distributions nous voulons dénoncer une aggravation de la précarité, notamment dans le Val-de-Marne. La sobriété, tant prônée par le gouvernement, est déjà subie depuis longtemps par les Val-de-Marnais·se·s les plus précaires qui se privent tout au long de l’année. Noël Rouge, c’est revendiquer un droit au bonheur de toutes et tous !
Cette action prend aussi tout son sens dans une période où la majorité départementale LR détruit le bouclier social val-de-marnais construit par les communistes, notamment à travers la suppression du chèque solidarité, de la fête de la solidarité, à travers une économie d’un million sur le budget solidarité et d’un futur projet d’attaque du RSA.
Henri Chassagne et Ignacio Franzone
Mouvement Jeunes communistes de France du Val-de-Marne
Dans « Tartuffe », Molière mettait déjà à nu la logique patriarcale et hypocrite de la religion, souligne le philosophe Henri Peña-Ruiz, auteur du « Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Plon).
Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper. Sa dénonciation du patriarcat et du sort qu’il réserve aux femmes est très juste. Je l’assure de ma totale solidarité dans sa défense de la laïcité comme principe d’émancipation.
Résumons. Ce n’est pas à la femme de cacher son corps mais à l’homme de maîtriser ses pulsions. Molière le rappelle dans Tartuffe, le faux dévot qui fait semblant d’être outré par les seins de Dorine, qu’il juge trop visibles, alors même qu’il les dévore des yeux. Dorine-Molière lui règle son compte magistralement :
« Tartuffe (Il tire un mouchoir de sa poche.)
Ah ! mon Dieu, je vous prie,
Avant que de parler prenez-moi ce mouchoir.
Dorine
Comment ?
Tartuffe
Couvrez ce sein que je ne saurais voir :
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
Dorine
Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression ?
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :
Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas. »
(Molière, Tartuffe, acte III, scène 2, vers 860-862)
Religion et patriarcat
Molière avait tout compris. La religion d’une société patriarcale et machiste déroule son discours pudibond en rendant la femme responsable du désir de l’homme, intensément éprouvé mais hypocritement dénié. Ainsi, l’obligation de se voiler, unilatérale, signifie que la femme est coupable de séduire alors que l’homme qui ne fait pas d'efforts pour se maîtriser serait innocent. Molière-Dorine renverse la tartufferie en se plaçant du point de vue de la femme qui, elle, assume son non-désir de Tartuffe de façon cinglante. Par cette symétrie inversée, elle brise de façon frontale l’inégalité sous-jacente à toute obligation unilatérale de pudeur adressée à la femme. Elle ne cachera pas le haut de ses seins, parce que les « coupables pensées » ne dépendent nullement d’elle mais du seul Tartuffe. Elle le montre en affirmant son indifférence voire son dégoût devant Tartuffe imaginé nu. Coup double. Elle lui exprime son rejet et elle lui démontre que chacune ou chacun est libre de contrôler toute tentation.
Voit-on beaucoup d’hommes qui se voilent ? Non. Il leur faut bien exhiber leur chevelure, voire leur barbe si ostensiblement « virile », pour se faire admirer, voire désirer. Le contraste est saisissant entre d’une part, ces femmes privées de droit au visage, regardant le monde les yeux dissimulés derrière un grillage de toile, ou celles qui cachent leur crâne sous une perruque, et ces hommes qui déambulent fièrement, cheveux et barbe au vent. Quelle image de l’égalité des sexes ! Un peu d’histoire.
Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !
Jadis, dans les sociétés patriarcales, des religieux s’emparèrent de la pudeur, attitude de retenue et de discrétion. Mais paradoxalement, en spiritualistes hypocrites, ils choisirent de privilégier la manifestation extérieure. Et ils étaient si peu dépositaires de l’éternité divine qu’ils ne parvinrent pas à transcender les préjugés de leur époque. Ils définirent donc la pudeur selon des critères différents pour les hommes et pour les femmes. La charge des exigences fut plus lourde pour le sexe déclaré faible selon une étrange idée de la force. Et surtout les pouvoirs inégaux reconnus aux deux sexes, comme par hasard, furent identiques à ceux qui existaient dans leur société.
L’imaginaire religieux n’avait pu dépasser les limites idéologiques d’une société machiste et patriarcale ! Gargarisé de transcendance, il s’était enlisé dans l’immanence ! Dieu fut enrôlé au service du machisme. Voilà comment la hiérarchie des sexes fut consacrée et déclarée sacrée. Avec, à la clef, des vêtements bien sexués. Voile, robe longue à l’exclusion de tout pantalon, et surtout effacement derrière l’homme dès qu’il s’agit de décisions importantes.
Importance de la laïcité
Qui a tenu la plume des textes sacrés ? Des hommes. Et l’on découvre alors d’étonnantes recommandations « divines ». Dans les trois religions du Livre – Ancien et Nouveau Testament, Coran –, Dieu tient des discours machistes. « Tes désirs te porteront vers ton mari et lui dominera sur toi » (Genèse), « Femmes, soyez soumises à vos maris » (saint Paul). « La femme a un degré de préséance de moins que l’homme » (Coran). Comme l’écrit Averroès, lorsqu’un verset du Coran heurte la raison, il faut l’interpréter et lui dénier tout pouvoir normatif. Baruch Spinoza dit de même pour la Torah, et Richard Simon pour les Évangiles. L’interprétation distanciée déjoue la soumission au texte littéral. Certaines femmes n’ont pas attendu la conversion de Dieu au féminisme. Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !
On ne dira jamais assez l’immense vertu émancipatrice de la laïcité, qui délivre la loi civile de la loi religieuse. Honte à ceux qui prétendent que la promotion de la laïcité est raciste. Ils ne savent pas ce qu’ils disent. Le racisme est un différentialisme. Or, c’est l’émancipation universelle des femmes qui se joue dans l’idéal laïque. Pour Karl Marx, le degré d'émancipation de la femme est la mesure du degré de l'émancipation générale. Lisons : « Dans le rapport avec la femme, proie et servante de la volupté commune, se trouve exprimée l‘infinie dégradation où l’homme se trouve pour lui-même » (Marx, La Sainte famille). Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat, proclame que « la femme est l’avenir de l’homme ».
La loi du 9 décembre 1905 fut l’un des grands actes d’émancipation portés par la République radicale et soutenus par le mouvement ouvrier naissant. Elle mit fin à des siècles de tutelle religieuse sur les consciences et sur la vie publique.
Cent vingt ans après, alors que la laïcité est réinterprétée au gré des batailles idéologiques, revenir à sa genèse permet d’en rappeler la portée profondément sociale et égalitaire.
Le combat anticlérical, un enjeu démocratique et social
À la veille de 1905, le cléricalisme pèse encore lourd : influence scolaire, pression sur les municipalités rurales, résistance aux lois civiles. Les républicains de la IIIᵉ République - à l’image de Gambetta qui proclamait « le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » - ont engagé depuis les années 1880 une série de mesures pour desserrer cette emprise : lois Ferry sur l’école publique gratuite, laïque et obligatoire, expulsions de certains ordres comme les Jésuites, fermeture de 2 500 écoles congréganistes.
En face, l’Église catholique se radicalise. Pie X condamne la République française : les relations diplomatiques entre le Vatican et Paris sont rompues. Les catholiques intransigeants, autour de journaux comme La Croix ou L’Univers, dénoncent un risque de schisme. Le camp républicain, quant à lui, voit dans la séparation un acte d’émancipation populaire.
Dans l’hémicycle : compromis républicain et confrontation idéologique
Le cœur de la bataille se déroule à la Chambre des députés, le projet est étudié dès 1904 à la demande du très anticlérical Émile Combes. Aristide Briand, rapporteur de la loi, impose une voie plutôt libérale et propose un équilibre inédit : la liberté de conscience absolue, mais la fin de tout financement public des églises car la République est neutre. Les débats sont denses et houleux.
Le socialiste Jean Jaurès soutient la séparation au nom de la souveraineté du peuple tout en mettant en garde contre toute vindicte envers les croyants populaires, rappelant que la République doit libérer, non humilier. L’adoption finale, par 341 voix contre 233, consacre le principe fondateur : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »
Entre universalisme républicain et crispations identitaires
Cent vingt ans plus tard, la laïcité continue d’être une référence centrale mais souvent détournée. Certains courants politiques de droite ou d’extrême droite l’agitent comme un outil de suspicion envers la communauté musulmane, réduisant la laïcité à une arme culturelle. Un paradoxe quand on sait qu’historiquement ces courants étaient hostiles à la laïcité au nom d’une France « fille aînée de l’Église ».
À l’inverse, le multiculturalisme anglo-saxon inspire les tenants d’un populisme de gauche où l’État se résignerait à juxtaposer des communautés aux normes divergentes voire clivantes, au risque d’amoindrir le commun républicain.
Pour les communistes, la laïcité n’est pas une neutralité molle, mais un instrument d’émancipation universaliste : affranchir les individus des autorités spirituelles comme des identités assignées, maintenir l’égalité des citoyens et préserver la possibilité d’un horizon commun. Aussi des interprétations, rappeler le sens de 1905, c’est réaffirmer un projet politique : l’unité du peuple, l’autonomie des consciences et l’indépendance du pouvoir civil.