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08/06/2026

Hydrocarbures Interdire l’exploitation du pétrole guyanais tout en important celui des États-Unis ?

petrole, Guyane

Deux députés de la Guyane, Jean-Victor Castor et Davy Rimane, du groupe Gauche démocratique et républicaine (GDR), celui des députés communistes, viennent d’annoncer leur « rupture avec la gauche française » dont ils dénoncent « la bien-pensance » après le rejet, en commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, de la proposition de loi sur l’exploitation pétrolière en outre-mer, proposition de loi qui vise à lever l’interdiction de recherche et d’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins votée en 2017.

Leur colère s’explique par l’alliance des députés LFI, écologistes et socialistes avec les députés macronistes, qui a permis le rejet de ce texte en commission. « Le cœur de la gauche est populaire, soutenir les plus précaires est son leitmotiv. Par conséquent, le vote à 28 contre 18 pour la suppression de l’article 1er est un choc », ont-ils déclaré. « La précarité extrême de la Guyane, maintenue dans une situation de sous-développement et d’abandon organisé, justifie le vote de ce texte ». Ils dénoncent un débat confisqué par une lecture « dogmatique et hors-sol » (des enjeux climatiques). « Nous parlons de souveraineté, de développement, de dignité, de la capacité de la Guyane à sortir de la situation dans laquelle elle est maintenue ». Pour Jean-Victor Castor, rapporteur du texte lors de la commission, ce texte est une question d’égalité territoriale.

Il rappelle la situation socio-économique de la Guyane : 400 kilomètres de route nationale, 7 communes sur 22 enclavées et 53 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. « La transition écologique est une nécessité, mais elle ne peut être pensée sans les populations concernées. Elle ne peut se construire au prix du maintien de la pauvreté, du retard d’équipement ou du renoncement au développement ». Le rapporteur du texte dénonce aussi une contradiction : la France interdit aux Guyanais « même la connaissance de leur sous-sol », tout en continuant à importer massivement des hydrocarbures. « La France a importé en 2024 près de 58 milliards d’euros d’hydrocarbures. Les recettes fiscales, les investissements et les retombées économiques se développent ailleurs, tandis que nos territoires continuent d’accumuler les retards de développement ».

Jean-Victor Castor cite notamment l’exemple du Guyana, où l’exploitation pétrolière a profondément transformé l’économie avec la création d’un fonds souverain qui garantit les investissements publics : « À quelques kilomètres de la Guyane, un pays autrefois considéré comme l’un des plus pauvres d’Amérique du Sud connaît désormais une transformation économique sans précédent ».

Pour justifier leur rejet du texte, les députés macronistes, LFI, écologistes et socialistes l’ont présenté comme une menace pour le climat, face aux députés de Guyane qui seraient donc, même à leur corps défendant, des adversaires de la lutte contre le changement climatique.

Cette position révèle une méconnaissance profonde des accords internationaux sur le climat et des scénarios du GIEC.

Ce que dit la convention climat de Rio

À la base de l’architecture des accords sur le climat, en 1992, la Convention de Rio sur le climat a distingué les pays développés des autres : « Notant que la majeure partie des gaz à effet de serre émis dans le monde par le passé et à l’heure actuelle ont leur origine dans les pays développés, que les émissions par habitant dans les pays en développement sont encore relativement faibles et que la part des émissions totales imputable aux pays en développement ira en augmentant pour leur permettre de satisfaire leurs besoins sociaux et leurs besoins de développement. »

La convention stipulait ensuite : « Les mesures prises pour parer aux changements climatiques doivent être étroitement coordonnées avec le développement social et économique afin d’éviter toute incidence néfaste sur ce dernier, compte pleinement tenu des besoins prioritaires légitimes des pays en développement, à savoir une croissance économique durable et l’éradication de la pauvreté. » Et plus loin : « Pour progresser vers cet objectif, les pays en développement devront accroître leur consommation d’énergie en ne perdant pas de vue qu’il est possible de parvenir à un meilleur rendement énergétique et de maîtriser les émissions de gaz à effet de serre d’une manière générale et notamment en appliquant des technologies nouvelles dans des conditions avantageuses du point de vue économique et du point de vue social. » La formule utilisée dans la convention pour résumer cette stratégie : « responsabilités communes mais différenciées ».

Sans doute la Guyane est-elle institutionnellement dans les pays développés, le « Nord » comme on dit souvent, puisqu’elle fait partie de la France, mais comment ne pas constater, comme les députés de Guyane, que sa situation la ramène, par beaucoup d’aspects, à un territoire du Sud ?

D’ailleurs, on peut relever qu’une différence de situation est déjà reconnue pour les « pays et territoires d’outre-mer » (par exemple la Nouvelle-Calédonie), qui ont des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre différents de ceux de la France hexagonale et qui ne relèvent pas des engagements de l’Union européenne.

Les scénarios du GIEC

Les scénarios du GIEC ne tablent pas sur l’arrêt total de la production d’hydrocarbures. Ainsi, le scénario qui permettrait de limiter le réchauffement à 2 degrés prévoit une réduction de 63 % des émissions de CO2 en 2050 par rapport à 2019. Ce qui est déjà un extraordinaire défi par rapport à la tendance actuelle. Et conformément à la Convention de Rio, les scénarios du GIEC prévoient que les pays ayant les plus fortes émissions par habitant fassent le plus d’efforts.

Il faudra parvenir à faire baisser la consommation et la production des hydrocarbures, c’est vital. Mais se pose aussi la question de qui va produire ces hydrocarbures. De ce point de vue, la situation mondiale est claire : avant même Trump, les États-Unis sont devenus le principal producteur et exportateur d’hydrocarbures. Cela même alors que ce pays est le principal responsable historique des émissions de gaz à effet de serre en termes d’émissions cumulées et par habitant. C’est là un problème majeur.

Cette superpuissance, qui aspire à continuer à dominer le monde, joue le rôle de locomotive de la production de pétrole, et il faudrait imposer à d’autres pays ou territoires moins développés de renoncer à la production pétrolière ? Ce n’est pas sérieux. Les « responsabilités différenciées » imposent une politique différenciée.

La seule attitude responsable en ce domaine, c’est d’agir pour que la France et l’Union européenne s’opposent à la politique des États-Unis au lieu de l’accepter au nom de la solidarité occidentale. Pourquoi faudrait-il continuer à imposer à la Guyane de renoncer à l’exploitation des hydrocarbures, alors que la France importe 22 % de son pétrole des États-Unis en 2025 selon l’Insee ? Quant au gaz, toujours selon l’Insee, les importations françaises viennent principalement de Norvège (40 %), des États-Unis (21 %), puis de la Russie et de l’Algérie.

Dans ces conditions, continuer à défendre l’interdiction de l’exploration et de l’exploitation pétrolière dans les départements d’outre-mer adoptée en 2017, c’est un peu se donner bonne conscience sur le dos de la Guyane.

Montrer l’exemple ?

Pour les partisans de la loi de 2017, sa suppression aurait valeur de mauvais exemple.

Cet argument est surprenant venant de partis politiques qui, à des degrés divers, se sont tous prononcés pour la sortie du nucléaire. Car si la France est en meilleure position que les autres pays développés comparables, elle le doit à son électricité décarbonée fondée principalement sur le mix nucléaire-hydraulique.

L’Allemagne, le mauvais exemple de l’Union européenne, émet deux fois plus de CO2 que la France du fait d’un choix politique inverse. Si l’Allemagne avait réduit en priorité le charbon, au lieu de sortir du nucléaire, 3,3 milliards de tonnes de CO2 auraient pu être évitées, soit cinq années d’émissions de ce pays, selon un calcul déjà ancien qui serait donc à réévaluer.

Ce qui permettrait vraiment à la France de montrer l’exemple, c’est d’aller vers une énergie décarbonée en 2050 sans régression sociale, ce qui est possible avec le plan Empreinte 2050 du PCF (plan qui, au passage, ne se permet pas de dicter la politique à mener en ce domaine aux territoires et départements d’outre-mer, qui sont chacun dans une situation très spécifique).

Conclusion

Grâce à une « niche » parlementaire du groupe GDR, la proposition de loi défendue par Jean-Victor Castor et Davy Rimane va être débattue en séance plénière jeudi 11 juin. Elle n’est peut-être pas parfaite. On pourrait comprendre que des députés cherchent à l’améliorer par des amendements. Par exemple pour des garanties quant aux conditions d’exploitation et d’utilisation des profits. Pourquoi ne pas imaginer aussi que le groupe Total nationalisé ait un rôle à jouer pour faire que, s’il y a découverte d’hydrocarbures, ces ressources soient réservées aux pays qui en ont un besoin incontournable ? Tout cela mérite d’être débattu.

Mais s’opposer purement et simplement à cette proposition de loi, c’est se cacher les véritables dominations qui empêchent la réponse de l’humanité au dérèglement climatique, c’est isoler la France des peuples qui exigent le droit au développement. C’est le crash-test de la solidarité effective avec les peuples du Sud.

Source Liberté Actus

petrole, Guyane

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02/06/2026

La Marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir

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À l’occasion des 400 ans de la Marine, l’exposition explore, à travers près de 150 œuvres, les liens entre création artistique, pouvoir et imaginaire maritime du XVIIe au XXe siècle

Dans le cadre de l’anniversaire des 400 ans de la Marine en 2026, le musée national de la Marine invite à poser un nouveau regard sur les peintres du XVIIe au XXe siècle qui ont été les témoins de l’évolution du monde maritime et de la conquête des mers.

Ce sujet méconnu du grand public, encore peu voire jamais abordé, est traité de manière chronologique à travers près de 150 peintures et plus de 90 artistes. La scénographie se déploie depuis l’essor de la Marine sous Louis XIII jusqu’aux visions modernes du siècle dernier, en assumant des accrochages denses et de grands formats immersifs.

Ravitaillement de l'île de Ré par Claude de Razilly, 1627. Peinture de Claude Vignon (1642)
Ravitaillement de l’île de Ré par Claude de Razilly, 1627. Peinture de Claude Vignon (1642)

À partir du XVIIe siècle, l’affirmation du pouvoir souverain se manifeste aussi à travers les arts. Alors que la spécificité du genre de la peinture de marine, rattaché au paysage, insuffle une nouvelle perception de la mer, des navires et des milieux maritimes, des peintres sont mobilisés à travers les époques pour magnifier les images de la Marine et de l’univers marin : Claude Gellée dit Le Lorrain, Joseph Vernet, Théodore Gudin, Antoine-Léon Morel-Fatio, Édouard Manet, Félix Ziem, Paul Signac, Albert Marquet, Mathurin Méheut ou encore Marin-Marie.

Outre la diversité des genres, du pittoresque au drame historique, le parcours s’intéresse aux relations entre art et pouvoir, à travers la façon dont le monde militaire marin et l’Histoire navale ont été représentés. Le public est invité à comprendre les liens, parfois complexes, entre la Marine et les artistes, l’évolution de leurs rôles, la singularité de leurs parcours et la variété de leurs statuts : peintres pour les mers du roi, peintres de la Marine du roi, puis peintres inscrits en 1830 sur la liste des officiers de la Marine (on dit aussi « sur l’Annuaire de la Marine »), avant la création d’un statut de peintres du département de la Marine en 1920, préfiguration du corps des Peintres communément appelés désormais Peintres officiels de la Marine (POM), sans oublier ceux qui ont travaillé autour des institutions militaires et artistiques.

L’exposition suit une progression chrono-thématique et explore les enjeux historiques et esthétiques, selon les contextes politiques, militaires et académiques. Cette peinture de marine a connu des métamorphoses et des analyses critiques contrastées : cette expression hybride tributaire du paysage, à travers les influences nordiques et italiennes, conquiert une transcription de plus en plus sensible, impressionniste et imaginative de la mer. Elle se nourrit des codes de la peinture de bataille pour représenter les batailles navales historiques et modernes mais aussi de la rhétorique de la peinture savante qui mêle la fable et l’histoire, que ce soit pour des grands décors ou des portraits historiés.

Vue d'un port avec un navire en construction. Peinture de Jean-Baptiste de La Rose (vers 1665)
Vue d’un port avec un navire en construction. Peinture de Jean-Baptiste de La Rose (vers 1665)

L’apogée du fait moderne après la Révolution française se retrouve ainsi dans les peintures de bataille navale classique, dans le sillage du génie de Joseph Vernet au XVIIIe siècle. La bataille navale n’est pas la seule catégorie du genre naval. Le portrait de navire, la vue de port ou d’arsenal et surtout la fête maritime constituent les autres registres de ce répertoire où la Marine est célébrée ou à travers lesquels elle promeut ses équipements ou sublime les limites et les échecs du fait naval.

À partir de 1870, la peinture de genre s’intéresse davantage à la condition sociale du marin et à la sensibilité maritime et envahit la peinture d’histoire, instaurant ainsi une peinture militaire plus spécialisée et moins soucieuse des grands panoramas grand genre. Les codes de la bataille navale académique s’estompent au bénéfice d’un académisme pénétré par le genre et le renouvellement du style. N’oublions pas le portrait qui n’a de cesse, du XVIIe siècle au XXe siècle, d’exhiber la stature et l’expression des hommes de pouvoir et de commandement. Confrontée aux avant-gardes du XXe siècle, ces représentations évoluent tout en conservant leurs spécificités plastiques.

Alors que le développement de la navigation de plaisance, des stations balnéaires et des bains de mer va changer l’image des activités nautiques et de la mer, les artistes voués au théâtre de l’histoire navale et aux scènes de naufrage vont modifier aussi leur approche.

Le port de Rochefort. Peinture de Louis Garneray (1820)
Le port de Rochefort. Peinture de Louis Garneray (1820)

À cette ouverture, sur le fond comme sur la forme des techniques employées, vont s’ajouter des fractures aussi bien historiques, pendant la Seconde Guerre mondiale, et même après, qu’esthétiques, à travers des choix parfois divergents entre les différents types de réalismes et les formules abstraites. S’ajoutent aussi les dimensions documentaires, la diffusion des images, le positionnement des artistes et de l’institution ainsi que l’art comme fruit d’une expérience embarquée.

La conquête et la traversée des mers ont suscité également celle des images. Quand l’art révèle, dans la variété de ses formes et de ses moyens, la force de l’engagement et l’expérience individuelle du peintre, il offre au public ses mythes autant que sa part de transcription du réel. C’est cette part composite qu’une telle exposition hautement mémorielle entend restituer.

Renseignements pratiques
Exposition La Marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir
Musée national de la Marine de Paris — 17 place du Trocadéro — 75016
Jusqu’au 2 août 2026
Sites Internet : https://www.musee-marine.fr
Page Facebook : https://www.facebook.com/museemarinepar

Source La France Pittoresque

Marine, tableaux

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29/05/2026

La ministre communiste du Travail Yolanda Díaz revendique le succès du modèle social espagnol

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Confrontations avec Bruxelles, tensions avec les socialistes, résistance face à Washington… Principale figure de l’aile gauche du gouvernement de coalition, Yolanda Diaz, deuxième vice-présidente du gouvernement espagnol, ministre du Travail et de l’Économie sociale, revient sur les leçons à tirer des succès espagnols face au néolibéralisme. Entretien exclusif avec « l’Humanité magazine ».

Avec ses bons résultats macroéconomiques, l’Espagne devient une référence pour la gauche européenne. Votre gouvernement est-il en train de démontrer que la croissance peut aller de pair avec davantage de droits et de progrès sociaux pour les travailleurs et les travailleuses, à contre-courant des politiques promues par l’UE ?

Yolanda Diaz

Ministre du Travail et de l’Économie sociale

Les néolibéraux ont un adage qui dit – depuis plus de trente ans – que si l’on protège trop il ne peut y avoir ni croissance ni efficacité économique. Le succès espagnol, résultat en très grande partie des politiques que nous avons conçues dans ce ministère, démontre que cette affirmation est scientifiquement fausse.

L’échec de la réponse néolibérale de l’Europe face à la crise financière de 2008, avec ses politiques d’austérité, avait déjà constitué une leçon.

Les technocrates de Bruxelles, « les hommes en noir » de la troïka, avec leurs coupes budgétaires brutales, n’ont fait qu’aggraver les problèmes. Il n’y a eu aucune efficacité économique, et les effets sociaux ont été terribles. Ici, c’était la droite – le Parti populaire (PP) – qui dirigeait le pays à cette époque, et le résultat de ses politiques a été plus de déficit public, moins de services publics, un chômage à 27 %…

C’est clairement une autre voie que l’Espagne suit aujourd’hui…

Nous suivons le chemin totalement opposé, qui s’est avéré fructueux, en nous appuyant principalement sur deux leviers. D’une part, l’augmentation du salaire minimal, avec une hausse de 66 %. Et ses résultats actent la défaite du néolibéralisme, car tout le monde – les experts, les banques centrales… – disait qu’avec cette stratégie nous allions détruire des emplois.

Non seulement cela n’a pas été le cas, mais aujourd’hui l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le FMI (Fonds monétaire international) et même la Commission européenne elle-même soulignent justement que le succès espagnol est largement obtenu grâce à l’augmentation du salaire minimal. L’autre pièce maîtresse est notre réforme du travail adoptée en 2022.

Celle-ci va aussi à contre-courant de la « flexibilité » tant louée par les libéraux, et la Commission européenne a été obligée de reconnaître ses mérites ; elle vient d’ailleurs de publier un nouveau rapport élogieux sur la transformation structurelle du marché du travail que nous menons.

Nous avons établi un cadre qui donne plus de stabilité aux travailleurs et travailleuses, plus de pouvoir de négociation, plus de force aux syndicats. De nouvelles règles qui incluent des mécanismes protégeant à la fois l’emploi et le salaire, empêchant leur dévaluation. Le résultat saute aux yeux, avec des chiffres que personne ne peut nier : plus d’emplois, un record de cotisations sociales, une augmentation des recettes fiscales…

Ainsi, par les faits, nous démontrons que la thèse néolibérale est fondamentalement fausse et que c’est en protégeant et en donnant plus de droits aux travailleurs et travailleuses que l’économie croît. Notre succès ne réside pas seulement dans les chiffres, mais dans le fond théorique qui les soutient. Les néolibéraux sont vaincus intellectuellement, il reste maintenant à les vaincre politiquement, démocratiquement.

La leçon, pour les voisins européens, c’est qu’il faut oser aller à l’affrontement avec Bruxelles ?

Absolument. La réforme du travail que j’ai impulsée depuis ce ministère a impliqué un duel avec les technocrates de Bruxelles – qui sont ceux qui orientent réellement les décisions.

Nous avons dû négocier durement. J’ai eu plus de 60 réunions avec eux, ce fut difficile mais à la fin nous avons gagné, et nous avons pu mettre en œuvre une réforme novatrice à bien des égards.

La leçon à tirer est donc que, oui, il faut se battre pour le modèle social que nous voulons, et je m’inquiète de voir le chemin opposé que beaucoup suivent en Europe : régression sociale, dérégulation, austérité… L’Espagne prouve que la voie progressiste peut être une réussite.

Mener à bien cette réforme a aussi impliqué une lutte interne : tout le monde n’y était pas favorable au sein du gouvernement…

Effectivement, ce fut une bataille qui a également impliqué de vives discussions au sein du gouvernement, qui a failli éclater car le Parti socialiste (PSOE) ne voulait pas de cette réforme. Disons les choses clairement : l’Espagne avait déjà connu 52 réformes du travail, toutes menées par le PSOE ou le PP, et toujours dans la même direction.

La seule visant un progrès social et qui s’avère réellement efficace pour résoudre nos problèmes est la nôtre, et je crois que nous pouvons dire, en toute humilité et honnêteté, que les grands changements réalisés récemment dans notre pays, et les succès dont se targue aujourd’hui le président du gouvernement Pedro Sanchez, viennent de Sumar (le parti politique qui représente la gauche du gouvernement – NDLR).

En ce moment même, nous avons une grande discussion au sein du gouvernement concernant un des principaux problèmes auquel l’Espagne fait face : celui du logement. De notre côté, nous considérons que l’État a l’obligation d’intervenir sur les prix des loyers, en considérant le logement comme un droit fondamental.

Malgré toutes ces tensions internes, quelle a été la recette du succès pour maintenir ce gouvernement de coalition ?

Nous gardons les idées claires sur ce que nous voulons faire. Pour ma part, je viens au gouvernement pour représenter les travailleurs et les travailleuses de mon pays, et je suis très fière d’être la première ministre à descendre dans la rue pour manifester chaque 1er-Mai.

C’est aussi la première fois que nous avons un ministère du Travail qui n’est pas sous la tutelle du ministère de l’Économie. Ma mission est limpide. Partant de là, il n’y a pas d’autre voie que de négocier…

Avec les partenaires sociaux, avec les autres membres de la coalition, avec le patronat… C’est très dur mais nécessaire, et notre détermination est totale car nous sommes animés par l’objectif de faire avancer les droits sociaux de la population.

Il est clair que ce gouvernement, et particulièrement son aile gauche, s’efforce de faire des droits sociaux les piliers de ses politiques, et que ses résultats sont probants. Cependant, nous constatons que la droite et l’extrême droite continuent de se renforcer en Espagne, malgré le fait qu’elles ont un agenda antisocial. Comment l’expliquer ?

Comme je le mentionnais antérieurement, le néolibéralisme est intellectuellement vaincu, mais le défi, désormais, pour nous les gens de gauche, est de vaincre ses représentants dans les urnes. C’est un sujet très complexe. L’extrême droite, ici et ailleurs, a su profiter politiquement du mal-être social existant, en le canalisant à travers une lecture simplifiée – et manipulatrice – de la réalité.

D’un point de vue global, nos sociétés se trouvent dans un moment non seulement terrible à cause des guerres, mais aussi marqué par une grande incertitude. Nous vivons un changement d’époque avec de profonds bouleversements technologiques, climatiques… Quand on interroge les Espagnols sur les réformes menées par ce ministère, nous constatons que nos mesures sont très positivement évaluées, par tous les électeurs, de manière transversale.

Alors, comment est-il possible que des personnes – des jeunes, des migrants, des travailleurs – qui sont agressées par les politiques défendues par les extrêmes droites puissent voter pour elles ? Il y a là un grand défi pour les gauches, mais il m’apparaît clair qu’en tant qu’acteurs politiques nous devons transformer les politiques publiques en actions avec des résultats qui améliorent concrètement la vie des citoyens, en réfutant par les faits les discours manipulateurs des droites.

Vous mentionnez le contexte international. Votre gouvernement et vous-même directement avez adopté une position ferme face au président des États-Unis. L’Espagne est-elle en train de montrer au reste de l’Europe qu’il est possible de dire non à Washington ?

Dire non à Washington est non seulement possible, mais aussi impératif, et cela relève d’un impératif démocratique majeur. Nous ne sommes pas les vassaux de Trump, et personne sur ce continent ne devrait accepter la façon dont la Commission européenne s’est conduite.

Le comportement de soumission qu’a adoptée Mme von der Leyen face au président des États-Unis devrait être inacceptable pour l’Union européenne.

Nous sommes un poumon, un espace politique, économique et social de première importance dans le monde. Pour notre part, nous n’acceptons aucune attitude de vassal.

Il est impossible de ne pas parler de la Palestine. Votre gouvernement a adopté des positions particulièrement courageuses face à Israël, se distinguant une fois de plus au niveau européen… Qu’est-ce qui vous pousse à agir de la sorte, presque en solitaire ?

N’oublions pas que nous – Sumar – avions incorporé la question de la reconnaissance de l’État palestinien, après d’intenses négociations avec le PSOE, dans les discussions qui ont permis l’accord de gouvernement de juillet 2023, c’est-à-dire avant la guerre criminelle débutée en octobre de cette année-là.

Partant de là, nous avons continué à gagner du terrain. La première étape a été de reconnaître que nous étions face à un génocide. La deuxième a été de nous joindre à la plainte déposée par l’Afrique du Sud devant la Cour pénale internationale.

Nos voisins auraient-ils oublié que Benyamin Netanyahou fait l’objet d’un mandat d’arrêt international ? La semaine dernière, nous avons de nouveau reçu la rapporteuse des Nations unies, Francesca Albanese, et nous étions d’accord sur le fait qu’il ne pouvait exister, au niveau international et lorsqu’on parle de sanctions, de deux poids deux mesures.

Nous devons rompre radicalement les relations commerciales avec Israël. D’ailleurs, depuis le ministère des Droits sociaux et de la Consommation que dirige Pablo Bustinduy, nous faisons pression et nous sanctionnons les entreprises espagnoles qui commercent avec Israël, car ce pays viole le droit international.

Pedro Sanchez promeut l’annulation de l’accord commercial entre Israël et l’Union européenne…

Évidemment, et s’il n’y parvient pas, nous le pousserons à prendre des mesures unilatérales. Nous continuerons à pousser les socialistes et le président à être à l’avant-garde sur le dossier palestinien. Il n’y a d’ailleurs rien de révolutionnaire dans ce que nous faisons : nous défendons simplement la légalité internationale.

L’histoire nous jugera tous. Le peuple palestinien se fait massacrer, des enfants continuent de mourir chaque jour, les fonctionnaires de l’ONU sont maltraités. Israël commet ce que nous n’aurions jamais imaginé voir au XXIe siècle. Face à cela nous aimerions faire encore beaucoup plus. Mais la véritable question devrait être : pourquoi les autres n’agissent-ils pas ?

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01/05/2026

Les enfants de Gaza, ils apprennent même par terre sans chaises et sans tables ni tableaux, ils apprennent avec détermination, volonté et courage

 
Malgré une situation dramatique et tragique et malgré le manque de classes et de matériel éducatif dans une région dévastée, les enfants de Gaza apprennent même par terre sans chaises et sans tables ni tableaux.
 
Ils apprennent avec volonté et insistance, avec détermination et courage
L'apprentissage pour eux est sacré en dépit de leur contexte très difficile
C'est un signe positif pour l'avenir
 
Ces enfants motivés gardent espoir pour l'avenir
Bravo à ces enfants palestiniens courageux.
 
Des enfants horrifiés , angoissés et effrayés mais patients
Des enfants malheureux, mais qui continuent d' apprendre avec le soutien de leurs familles et l'encadrement de leurs enseignants
 
Des enfants privés de tout mais confiants
Des enfants tristes mais vivants
Des enfants qui aiment la vie tout simplement.
 

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(1) Ziad Medoukh est directeur du département français de l’université Al-Aqsa de Gaza.
Amoureux de la langue française qu’il considère comme « la langue de la paix et de l’espoir, la langue du témoignage et de la résistance », il a poursuivi ses études supérieures en France, obtenant un doctorat en didactique des langues à l’Université Paris viii.
 
Écrivain et poète, il a notamment publié en 2012 Gaza, Terre des oubliés, Terre des vivants, un recueil de poésies sur sa ville natale et l’amour de sa patrie.
 
Il est le premier citoyen palestinien à avoir obtenu, en 2011, la distinction de chevalier de l’Ordre des Palmes académiques de la République française. Il a remporté le premier prix du concours Europoésie en 2014 et le prix de la poésie francophone pour ses œuvres poétiques en 2015.

Mais Ziad Medoukh est aussi un artisan de paix et un militant de la non-violence. Fondateur en 2004 du Centre de la paix, au sein de son université, il est convaincu de l’importance de l’éducation et de la non-violence comme formes de résistance.
 
Il organise régulièrement des rencontres et des formations sur les droits humains, la démocratie, la non-violence, la tolérance et la paix, particulièrement pour les enfants et les familles, durement touchés par les bombardements depuis des années.
 
En 2014, après la sanglante offensive militaire israélienne contre la bande de Gaza, il crée une cellule de soutien psychologique pour les enfants traumatisés, qui intervient dans les écoles, les jardins d’enfants, les centres d’accueil…
 

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11/04/2026

Industrie et paix, rencontre avec Pierre Bell-Lloch Maire communiste de Vitry sur Seine, de grands projets pour développer sa ville

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Le maire communiste de Vitry-sur-Seine n’est pas peu fier de sa victoire. En réunissant 46,7% des voix au second tour, Pierre Bell-Lloch et sa liste ont transformé l’essai de 2020 et se sont donné les moyens d’engager la transformation de la ville. Nous l’avons rencontré.

Avec quelque 2 680 voix d’avance sur le candidat de la France insoumise Hocine Timini, Pierre Bell-Lloch fait preuve de son ancrage et d’un bilan apprécié par la population. Le dernier mandat municipal fut mouvementé dans tout le pays, puisqu’il fut entamé pendant la pandémie du Covid-19. Mais à Vitry-sur-Seine, les six dernières années ont été encore plus chahutées, en raison d’une opposition farouche de la part de la France insoumise et d’anciens élus de la majorité communiste, depuis en désaccord avec les décisions majoritaires de leur Parti.

Mais rien n’y fait. La nouvelle majorité municipale, forte de son bilan, a proposé un programme ambitieux aux Vitriots. Sur une trentaine de pages, elle n’aligne pas moins de 94 propositions « pour changer la ville et la vie ». C’est peut-être ce qui a permis au Maire sortant d‘obtenir un tel résultat. Une vision de long terme et la promesse de « Bâtir le Vitry de demain ».

 

Dans le programme, il y a la création d’une régie publique pour l’insertion professionnelle. Au-delà de ce projet, on voit qu’une importance particulière est portée à l’emploi et au développement économique. Quels sont les grands axes, les grands projets qui vont structurer les sept prochaines années sur cette question ?

Notre pays connaît depuis des décennies maintenant un taux de chômage structurel important, malgré une légère amélioration après le confinement. À Vitry-sur-Seine, le chômage est de 7,5% et il touche particulièrement notre jeunesse. Cette régie publique permettra un meilleur accompagnement des précaires et des jeunes vitriots parfois en manque de repères face au marché du travail. Nous avons d’ailleurs déjà mis en place un forum pour l’emploi.

Pour le mandat qui s’annonce nous prévoyons d’accueillir 1 000 nouveaux emplois sur la ville, dans le transport et la logistique notamment. L’ouverture de la nouvelle Gare des Ardoines et la rénovation du centre-ville tracent des perspectives importantes en termes d’emploi.

Comme l’ensemble de la petite couronne, notre ville a été marquée par la casse industrielle. Nous avons connu le départ d’entreprises importantes. Les libéraux voudraient nous résoudre à accepter des emplois peu qualifiés et mal payés. Je pense au contraire que l’industrie a un avenir. Si le gouvernement s’en donnait les moyens nous pourrions former des centaines de milliers d’ingénieurs et d’ouvriers qualifiés à des postes mieux payés et plus productifs. Par ailleurs, sans tissu industriel, nous le savons, aucun service public n’est possible.

 

Vitry profite de l’arrivée d’une nouvelle ligne de métro. C’est, on l’imagine, une excellente nouvelle. Mais on imagine aussi que cela nécessitera de nouvelles infrastructures (notamment la réhabilitation de la passerelle reliant Alfortville à Vitry). C’est une véritable transformation de la ville qui est prévue, et cela devrait augmenter sensiblement le nombre d’habitants dans les prochaines années, non ?

L’arrivée de la ligne de métro 15 est en effet une excellente nouvelle pour notre ville. Cela permettra d’accroître la mobilité des Vitriots et de renforcer l’attractivité de notre ville, malgré le retard pris. Un grand plan de rénovation du cœur de Vitry-sur-Seine est par ailleurs en cours, avec pour objectif de permettre aux habitants d’aujourd’hui, en logement social, de continuer à y vivre, car la modernité doit profiter à toutes et tous indépendamment des revenus !

000 nouveaux logements de tous types seront construits lors du prochain mandat. Vitry va s’agrandir tout en restant une ville équilibrée.

 

« Une ville de résistance, protectrice face à un monde devenu insensé. Une ville qui lutte pour la paix entre les peuples ». C’est dans cette veine qu’est prévue la création de la Maison de la Paix et de la solidarité internationale. C’est une première. Cette maison promet de « faire vivre la culture de Paix ». Concrètement, en quoi cela consiste ?

Nous vivons une période dangereuse. La remise en cause de l’hégémonie américaine sur le monde entraîne un redoublement de l’agressivité de Washington. La guerre commerciale, l’enlèvement de Nicolás Maduro et de son épouse, l’aggravation du blocus contre Cuba, les bombardements sur l’Iran et le soutien à la politique colonialiste israélienne sont autant de menaces pour la paix mondiale. Situation d’autant plus inquiétante que notre gouvernement semble prompt à s’aligner sur les positions étatsuniennes. On parle même de la nécessité de « sacrifier nos enfants ».

À Vitry nous refusons les logiques de guerre. Nous sommes nés du refus de la guerre après la boucherie de 14-18. Il est pour nous impensable de plonger dans un nouveau carnage sans réagir. Cette Maison de la Paix et de la solidarité internationale aura pour but de promouvoir la culture de paix et la solidarité entre les peuples. Les associations joueront un rôle central de promotion de leurs actions, nous avons besoin de plus de bénévoles, de militants engagés pour les droits et la paix.

 

Un dernier mot sur cette victoire, malgré cette campagne difficile ?

Cette campagne n’a pas eu la hauteur que j’aurais souhaité pour les habitants de Vitry. Nous n’avons, en réalité, que trop peu débattu de nos projets pour l’avenir de la ville. L’opposition a en effet décidé de jouer sur les peurs au lieu de s’adresser à l’intelligence des électeurs. Presque toute la communication des listes d’opposition s’est concentrée sur le fait de dénoncer un projet d’incinérateur qui n’existe pas.

Pour les années à venir, la municipalité sera chargée à travers des consultations citoyennes de faire vivre le débat de fond sur les projets structurants de notre ville. Entre l’ouverture de nouvelles salles des fêtes, la mise en place d’une équipe de médiateurs et la rénovation des logements, les sujets ne manqueront pas, tous au service des Vitriots et de la transformation sociale et écologique.

Le résultat des urnes est venu récompenser une campagne qui s’est refusée à jouer sur les peurs ou à alimenter des polémiques stériles. Je voudrais donc conclure par une note positive en vous disant que le travail collectif et la lutte peuvent payer ! À Vitry nous continuerons à nous y employer tout au long de ce mandat.

Source Liberté Actus

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16:36 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre bell-lloch, virtry | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!