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03/01/2026

Impérialisme De Panama à Caracas, la doctrine Monroe se poursuit

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En décembre 1989, les États-Unis envahissaient le Panama sous couvert de « lutte antidrogue » et de « restauration démocratique ». Trente-cinq ans plus tard, les mêmes arguments structurent la politique américaine à l’égard du Venezuela. Derrière le discours moral, une constante : l’usage de la force pour préserver une hégémonie continentale menacée.

L’invasion du Panama avait été une forme de rupture. Pour la première fois depuis la guerre du Vietnam, Washington engageait une opération militaire massive hors de tout cadre multilatéral, assumant une logique unilatérale désormais affranchie de la bipolarité Est-Ouest. L’ennemi désigné, Manuel Noriega, ancien informateur de la CIA, devient soudain un « narco-dictateur » à abattre. Un épisode qui en appelait d’autres, sur le continent africain notamment.

Panama 1989

Le prétexte est connu : protéger les citoyens américains, défendre la démocratie, lutter contre le trafic de drogue. En réalité, Noriega n’a cessé d’être utile tant qu’il obéissait. Sa faute n’est pas le narcotrafic — toléré pendant des années — mais sa volonté d’autonomie politique dans un espace stratégique vital : le canal de Panama.

La destruction du quartier populaire d’El Chorrillo, les milliers de morts civils, l’installation d’un pouvoir sous tutelle américaine ne sont pas des bavures mais les conséquences logiques d’une doctrine qui nie la souveraineté des peuples et des nations. L’intervention panaméenne constituait le laboratoire d’un nouvel impérialisme, affranchi du droit international et légitimé par une morale de circonstance.

Du Panama au Venezuela, la doctrine Monroe recyclée

Trois décennies plus tard, le scénario se répète au Venezuela. Même rhétorique, mêmes mécanismes. Nicolás Maduro, comme Noriega hier, est désigné « narco-dictateur ». Les États-Unis vont jusqu’à offrir une prime pour sa capture, geste inédit contre un chef d’État en exercice. La guerre contre la drogue devient prétexte à une guerre politique.

Derrière l’argument moral, l’enjeu est stratégique : pétrole, contrôle des routes maritimes, endiguement de la Chine et de la Russie. Le Venezuela, comme le Panama hier, incarne une insoumission géopolitique jugée intolérable. Sanctions économiques, asphyxie financière, tentatives de déstabilisation interne et reconnaissance de pouvoirs parallèles constituent désormais l’arsenal standard.

La doctrine Monroe, proclamée morte, se trouve ainsi pleinement opérationnelle. Simplement modernisée. Elle ne parle plus de colonisation, mais de « démocratie », plus de canonnières, mais de sanctions, plus d’invasions ouvertes, mais de pression permanente.

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31/12/2025

Quels étaient les prénoms les plus portés en France au Moyen Âge ?

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Quelle que soit la période historique, on observe des tendances qui déterminent la popularité de certains prénoms. Ceux-ci ne présentent pas forcément une signification ou un affect particuliers pour l’enfant. Ils possèdent avant tout une fonction pratique pour identifier les individus. Retour sur une liste des prénoms les plus courants au Moyen Âge.

Au cœur de la période médiévale, les prénoms n’ont pas un grand intérêt pour la population. Il peut être question de souligner l’appartenance à une communauté ou à une famille. On écarte toutefois une symbolique particulière, voire un rapprochement entre le caractère d’un individu et son patronyme. En France, au Moyen Âge, on distingue moins d’une dizaine de prénoms pour identifier près de la moitié de la population. De père en fils, les parents transmettent souvent leur propre patronyme. D’une ascendance aristocratique ou paysanne, le statut social des personnes importe aussi dans le choix des prénoms. À l’époque, l’état civil n’existe pas. Les naissances et les prénoms des enfants sont inscrits dans les registres paroissiaux.

Quel est le prénom médiéval pour garçon le plus populaire ?

Au Moyen Âge, la Bible constitue la principale source d’inspiration des prénoms. Pendant cette période, la popularité de Jean demeure incontestable. Il fait référence au saint et possède de nombreuses déclinaisons dans les langues européennes. À titre d’exemple, on peut évoquer Juan, Giovanni, John et Yoan. Il connaît une variante en prénom féminin avec Jeanne. La racine hébraïque de cette dernière, Yohanan, peut se traduire par « Dieu a fait grâce ». Parmi les autres prénoms courants, on retrouve Roland, en référence à la chanson éponyme.

Pourquoi les prénoms de chevaliers au Moyen Âge sont-ils appréciés ?

La littérature arthurienne a joué un rôle important dans le choix des prénoms au Moyen Âge. D’après les chevaliers de la Table ronde du légendaire roi Arthur, Lancelot, Gauvain et Tristan sont très appréciés. Certaines grandes figures inspirent également l’admiration et expliquent la popularité de certains prénoms. C’est le cas d’Aliénor, en référence à Aliénor d’Aquitaine. Quant à celui de Mathilde, il possède une origine germanique et demeure très usité dans le nord de la France. En effet, la reine Mathilde était originaire des Flandres. Son étymologie évoque la force et la puissance au combat. On peut aussi s’attarder sur le prénom Clovis qui renvoie au souverain.

Y a-t-il d’autres exemples de prénoms médiévaux courants au Moyen Âge ?

Qu’ils soient de nature masculine ou féminine, on retrouve d’autres prénoms populaires, au cours du Moyen Âge. Parmi ceux-ci figurent Baudouin, Edwin, Eudes, Gauthier et Guillaume en français. Les garçons pouvaient aussi s’appeler Philippe, Gervais ou René. Pour une petite fille, les parents appréciaient Emma, Constance et Adélaïde. À cela s’ajoutent Éléonore, Agnès, Marie et Isabelle. Ces prénoms, comme d’autres, pouvaient avoir un regain de popularité ou devenir plus rares selon la période.

Source Par Marine Cestes, CaMinteresse

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26/12/2025

Quand les « Noël rouges » irriguaient la France

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Non, il ne s’agit pas d’une ode à la trop célèbre marque du soda américain qui fixa la couleur rouge du Père Noël en 1930 à des fins mercatiques. Les Noël rouges furent, pendant les années de l’entre guerres, la création, par des communistes, de fêtes solidaires et culturelles dégagées de la religion.

Ces fêtes naquirent sous l’impulsion d’une organisation libre penseuse proche du Parti communiste qui vit le jour quelques années après le congrès de Tours sous le nom d’Union fédérale des libres penseurs révolutionnaires (UFLPPR) transformée en 1932 en une Association des travailleurs sans Dieu (ATSD).

Des « fêtes enfantines »

L’idée était, par une sécularisation des fêtes de fin d’années, de créer une convivialité destinée à mener « La Lutte antireligieuse et sociale » conformément au titre de la revue des travailleurs sans Dieu.

Il s’agissait de poursuivre, au sein du mouvement communiste français, les démarches lancées autour de la SFIO et de la franc-maçonnerie du Grand Orient de France par Marcel Sembat avec son Comité central des Fêtes et Cérémonies civiles de l’Ordre et sa publication de son organe, « les Annales des Fêtes et Cérémonies civiles ».

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C’est le jeune Louis Aragon qui propose dans « La Lutte » un manifeste proposant une ligne pour les Noël Rouges : « L’athéisme est en effet seul compatible avec la théorie révolutionnaire qui est propre au prolétariat. La croyance en l’existence d’un dieu est une croyance contre-révolutionnaire, car les dieux ne sont pas au ciel mais sur la terre, et ils ne sont pas autre chose que des machines intellectuelles pour la préservation de l’État capitaliste. […] Reprenons le nom d’athées que les curés nous jettent à la face avec une sainte horreur […] et marquons par là ce qui nous distingue particulièrement des social-démocrates qui ont abandonné les fondements matérialistes du capitalisme et qui prétendent qu’on peut être socialiste à la fois et spiritualiste ou idéaliste, voire chrétien ».

Un « rapport sur le travail du Parti dans les organisations de Libre Pensée » établi en 1931 par le secrétariat du Parti (agit-prop) estimait le nombre des libres penseurs révolutionnaires à 3 000 ; 2 000 adhérents, est-il précisé, étaient dans les départements du Nord et du Pas-De-Calais, qui possédait une cinquantaine de sections locales.

Pour «  arracher l’enfance des sales pattes des corbeaux », les Sans-Dieu organisaient des fêtes pour enfants ; en 1932, une séance récréative fut assurée pour les enfants des écoles d’Ivry, le clou en fut une pièce antireligieuse intitulée La tyrannie des prêtres. À Roncq, le 7 juin 1931, « une fête enfantine » rassembla 300 enfants de grévistes qui, après avoir défilé quatre par quatre en chantant l’Internationale et en criant « du pain pour les enfants, du plomb pour les patrons », reçurent du vin, des biscuits et des gâteaux.

On célébrait des « Noëls rouges enfantins »  ; le 24 décembre 1934, le Groupe Octobre anima un « Noël rouge » organisé pour les enfants des militants emprisonnés et des réfugiés politiques ; un orateur du Secours rouge international vint expliquer aux jeunes spectateurs que Noël était «  une vieille fête païenne que les hommes célébraient vingt mille ans avant l’ère chrétienne » et que l’histoire du Christ n’était qu’une légende inventée pour « détourner les malheureux de toute envie et les empêcher de recourir à la violence pour sortir de misère ».

Nicolas Pommies pour Liberté Actus

 

Karl Marx en père Noël

jc noel.jpgComme chaque année, les jeunes communistes du Val-de-Marne organisent leur « Noël Rouge ». Un Noël qui met au cœur de tout la solidarité et le partage, à l’heure où la situation sociale est de plus en plus compliquée pour les familles et que les prix augmentent. L'idée de cette action solidaire est simple : récolter des cadeaux devant les magasins puis, par la suite, les redistribuer aux enfants des familles en difficulté.

Le Noël Rouge ne s'arrête pas à une simple action de charité dépolitisée. Bien au contraire, à travers nos récoltes et nos distributions nous voulons dénoncer une aggravation de la précarité, notamment dans le Val-de-Marne. La sobriété, tant prônée par le gouvernement, est déjà subie depuis longtemps par les Val-de-Marnais·se·s les plus précaires qui se privent tout au long de l’année. Noël Rouge, c’est revendiquer un droit au bonheur de toutes et tous !

Cette action prend aussi tout son sens dans une période où la majorité départementale LR détruit le bouclier social val-de-marnais construit par les communistes, notamment à travers la suppression du chèque solidarité, de la fête de la solidarité, à travers une économie d’un million sur le budget solidarité et d’un futur projet d’attaque du RSA.

Henri Chassagne et Ignacio Franzone

Mouvement Jeunes communistes de France du Val-de-Marne

 

10:21 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noel rouge | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

22/12/2025

Billet d’humeur ! Surarmement et défense nationale sont-ils synonymes ?

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Dès la révélation de la cyberattaque visant le ministère de l’Intérieur, certains journalistes ont immédiatement pointé du doigt la Russie, comme réflexe quasi automatique dès qu’il est question de cybersécurité ou d’ingérence. Or, les faits sont plus prosaïques : un jeune homme de 22 ans du Limousin a été interpellé et présenté comme capable d’avoir pénétré des réseaux pourtant réputés quasi inviolables et sensibles de l’État.

Si cette version est confirmée, elle dit beaucoup moins sur une prétendue menace étrangère que sur l’état réel de nos systèmes de défense numérique. Qu’un individu aussi jeune mais apparemment bien informé des méthodes de piratage puisse accéder aux réseaux du ministère de l’Intérieur révèle une cybersécurité gravement défaillante, incapable de protéger des bases contenant des millions de données stratégiques, mais aussi des informations personnelles concernant des citoyens, des agents publics, des enquêtes et des procédures judiciaires.

L’inquiétude est d’autant plus vive que l’État affirme vouloir décupler les moyens consacrés à la production d’armes et aux équipements militaires. Mais comme je l’ai déjà écrit dans un article de Liberté Actus, cette fuite en avant masque une réalité plus dérangeante : on peut émettre de sérieuses inquiétudes sur nos capacités de défense que le pouvoir confond avec l’achat par l’argent des Français d’armements toujours plus nombreux, sophistiqués et extrêmement coûteux pour répondre aux lobbys des fabricants d’armes et de leurs commanditaires du grand capital.

Quand on sait que nombre de ponts en France ne supporteraient même pas le passage d’un char d’assaut, tant leur état est périlleux, que la cybersécurité de l’État elle-même est vulnérable, que nos services publics dont nos hôpitaux sont fortement dégradés avec des urgences au bord de l’asphyxie, que notre sidérurgie est bradée, le discours sur le « surarmement » apparaît pour ce qu’il est : un choix industriel et financier, destiné avant tout à alimenter les profits des capitalistes de l’armement, bien plus qu’à protéger la nation.

Car la défense nationale est un tout et il faut qu’à l’intérieur du pays tout fonctionne avec une mobilisation d’acier pour les citoyens qui doivent trouver dans les dirigeants un soutien moral total et une attitude exemplaire. Appeler à l’esprit de sacrifice les citoyens quand les dirigeants ont tant de mal à montrer l’exemple, cherchez l’erreur ! On est loin du compte, non ?

Entre infrastructures civiles à l’abandon et défenses numériques en lambeaux, cette cyberattaque agit comme un révélateur brutal : la France est sans doute tout aussi menacée, voire moins, par des hackers d’ennemis potentiels que par ses propres renoncements stratégiques en matière industrielle, sanitaire et sociale !

par Jean-Paul Legrand pour Liberté Actus

19:21 Publié dans Economie, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armée française | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

19/12/2025

Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper.

Laicité, Cécile Cukierman

Dans « Tartuffe », Molière mettait déjà à nu la logique patriarcale et hypocrite de la religion, souligne le philosophe Henri Peña-Ruiz, auteur du « Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Plon).

Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper. Sa dénonciation du patriarcat et du sort qu’il réserve aux femmes est très juste. Je l’assure de ma totale solidarité dans sa défense de la laïcité comme principe d’émancipation.

À LIRE AUSSI : "Il n'y a pas de 'libre choix' derrière le port du voile" : réponse à Nadège Abomangoli

Résumons. Ce n’est pas à la femme de cacher son corps mais à l’homme de maîtriser ses pulsions. Molière le rappelle dans Tartuffe, le faux dévot qui fait semblant d’être outré par les seins de Dorine, qu’il juge trop visibles, alors même qu’il les dévore des yeux. Dorine-Molière lui règle son compte magistralement :

« Tartuffe (Il tire un mouchoir de sa poche.)

Ah ! mon Dieu, je vous prie,

Avant que de parler prenez-moi ce mouchoir.

Dorine

Comment ?

Tartuffe

Couvrez ce sein que je ne saurais voir :

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

Dorine

Vous êtes donc bien tendre à la tentation,

Et la chair sur vos sens fait grande impression ?

Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :

Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte,

Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,

Que toute votre peau ne me tenterait pas. »

(Molière, Tartuffe, acte III, scène 2, vers 860-862)

Religion et patriarcat

Molière avait tout compris. La religion d’une société patriarcale et machiste déroule son discours pudibond en rendant la femme responsable du désir de l’homme, intensément éprouvé mais hypocritement dénié. Ainsi, l’obligation de se voiler, unilatérale, signifie que la femme est coupable de séduire alors que l’homme qui ne fait pas d'efforts pour se maîtriser serait innocent. Molière-Dorine renverse la tartufferie en se plaçant du point de vue de la femme qui, elle, assume son non-désir de Tartuffe de façon cinglante. Par cette symétrie inversée, elle brise de façon frontale l’inégalité sous-jacente à toute obligation unilatérale de pudeur adressée à la femme. Elle ne cachera pas le haut de ses seins, parce que les « coupables pensées » ne dépendent nullement d’elle mais du seul Tartuffe. Elle le montre en affirmant son indifférence voire son dégoût devant Tartuffe imaginé nu. Coup double. Elle lui exprime son rejet et elle lui démontre que chacune ou chacun est libre de contrôler toute tentation.

À LIRE AUSSI : 120 ans de la loi de 1905 : "Face aux vents contraires, la laïcité demeure notre meilleur horizon"

Voit-on beaucoup d’hommes qui se voilent ? Non. Il leur faut bien exhiber leur chevelure, voire leur barbe si ostensiblement « virile », pour se faire admirer, voire désirer. Le contraste est saisissant entre d’une part, ces femmes privées de droit au visage, regardant le monde les yeux dissimulés derrière un grillage de toile, ou celles qui cachent leur crâne sous une perruque, et ces hommes qui déambulent fièrement, cheveux et barbe au vent. Quelle image de l’égalité des sexes ! Un peu d’histoire.

Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !

Jadis, dans les sociétés patriarcales, des religieux s’emparèrent de la pudeur, attitude de retenue et de discrétion. Mais paradoxalement, en spiritualistes hypocrites, ils choisirent de privilégier la manifestation extérieure. Et ils étaient si peu dépositaires de l’éternité divine qu’ils ne parvinrent pas à transcender les préjugés de leur époque. Ils définirent donc la pudeur selon des critères différents pour les hommes et pour les femmes. La charge des exigences fut plus lourde pour le sexe déclaré faible selon une étrange idée de la force. Et surtout les pouvoirs inégaux reconnus aux deux sexes, comme par hasard, furent identiques à ceux qui existaient dans leur société.

L’imaginaire religieux n’avait pu dépasser les limites idéologiques d’une société machiste et patriarcale ! Gargarisé de transcendance, il s’était enlisé dans l’immanence ! Dieu fut enrôlé au service du machisme. Voilà comment la hiérarchie des sexes fut consacrée et déclarée sacrée. Avec, à la clef, des vêtements bien sexués. Voile, robe longue à l’exclusion de tout pantalon, et surtout effacement derrière l’homme dès qu’il s’agit de décisions importantes.

Importance de la laïcité

Qui a tenu la plume des textes sacrés ? Des hommes. Et l’on découvre alors d’étonnantes recommandations « divines ». Dans les trois religions du Livre – Ancien et Nouveau Testament, Coran –, Dieu tient des discours machistes. « Tes désirs te porteront vers ton mari et lui dominera sur toi » (Genèse), « Femmes, soyez soumises à vos maris » (saint Paul). « La femme a un degré de préséance de moins que l’homme » (Coran). Comme l’écrit Averroès, lorsqu’un verset du Coran heurte la raison, il faut l’interpréter et lui dénier tout pouvoir normatif. Baruch Spinoza dit de même pour la Torah, et Richard Simon pour les Évangiles. L’interprétation distanciée déjoue la soumission au texte littéral. Certaines femmes n’ont pas attendu la conversion de Dieu au féminisme. Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !

À LIRE AUSSI : "La laïcité ne se résume pas à la loi du 9 décembre 1905"

On ne dira jamais assez l’immense vertu émancipatrice de la laïcité, qui délivre la loi civile de la loi religieuse. Honte à ceux qui prétendent que la promotion de la laïcité est raciste. Ils ne savent pas ce qu’ils disent. Le racisme est un différentialisme. Or, c’est l’émancipation universelle des femmes qui se joue dans l’idéal laïque. Pour Karl Marx, le degré d'émancipation de la femme est la mesure du degré de l'émancipation générale. Lisons : « Dans le rapport avec la femme, proie et servante de la volupté commune, se trouve exprimée l‘infinie dégradation où l’homme se trouve pour lui-même » (Marx, La Sainte famille). Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat, proclame que « la femme est l’avenir de l’homme ».

Source Marianne

19:47 Publié dans Actualités, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laicité, cécile cukierman | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!