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19/12/2025

Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper.

Laicité, Cécile Cukierman

Dans « Tartuffe », Molière mettait déjà à nu la logique patriarcale et hypocrite de la religion, souligne le philosophe Henri Peña-Ruiz, auteur du « Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Plon).

Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper. Sa dénonciation du patriarcat et du sort qu’il réserve aux femmes est très juste. Je l’assure de ma totale solidarité dans sa défense de la laïcité comme principe d’émancipation.

À LIRE AUSSI : "Il n'y a pas de 'libre choix' derrière le port du voile" : réponse à Nadège Abomangoli

Résumons. Ce n’est pas à la femme de cacher son corps mais à l’homme de maîtriser ses pulsions. Molière le rappelle dans Tartuffe, le faux dévot qui fait semblant d’être outré par les seins de Dorine, qu’il juge trop visibles, alors même qu’il les dévore des yeux. Dorine-Molière lui règle son compte magistralement :

« Tartuffe (Il tire un mouchoir de sa poche.)

Ah ! mon Dieu, je vous prie,

Avant que de parler prenez-moi ce mouchoir.

Dorine

Comment ?

Tartuffe

Couvrez ce sein que je ne saurais voir :

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

Dorine

Vous êtes donc bien tendre à la tentation,

Et la chair sur vos sens fait grande impression ?

Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :

Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte,

Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,

Que toute votre peau ne me tenterait pas. »

(Molière, Tartuffe, acte III, scène 2, vers 860-862)

Religion et patriarcat

Molière avait tout compris. La religion d’une société patriarcale et machiste déroule son discours pudibond en rendant la femme responsable du désir de l’homme, intensément éprouvé mais hypocritement dénié. Ainsi, l’obligation de se voiler, unilatérale, signifie que la femme est coupable de séduire alors que l’homme qui ne fait pas d'efforts pour se maîtriser serait innocent. Molière-Dorine renverse la tartufferie en se plaçant du point de vue de la femme qui, elle, assume son non-désir de Tartuffe de façon cinglante. Par cette symétrie inversée, elle brise de façon frontale l’inégalité sous-jacente à toute obligation unilatérale de pudeur adressée à la femme. Elle ne cachera pas le haut de ses seins, parce que les « coupables pensées » ne dépendent nullement d’elle mais du seul Tartuffe. Elle le montre en affirmant son indifférence voire son dégoût devant Tartuffe imaginé nu. Coup double. Elle lui exprime son rejet et elle lui démontre que chacune ou chacun est libre de contrôler toute tentation.

À LIRE AUSSI : 120 ans de la loi de 1905 : "Face aux vents contraires, la laïcité demeure notre meilleur horizon"

Voit-on beaucoup d’hommes qui se voilent ? Non. Il leur faut bien exhiber leur chevelure, voire leur barbe si ostensiblement « virile », pour se faire admirer, voire désirer. Le contraste est saisissant entre d’une part, ces femmes privées de droit au visage, regardant le monde les yeux dissimulés derrière un grillage de toile, ou celles qui cachent leur crâne sous une perruque, et ces hommes qui déambulent fièrement, cheveux et barbe au vent. Quelle image de l’égalité des sexes ! Un peu d’histoire.

Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !

Jadis, dans les sociétés patriarcales, des religieux s’emparèrent de la pudeur, attitude de retenue et de discrétion. Mais paradoxalement, en spiritualistes hypocrites, ils choisirent de privilégier la manifestation extérieure. Et ils étaient si peu dépositaires de l’éternité divine qu’ils ne parvinrent pas à transcender les préjugés de leur époque. Ils définirent donc la pudeur selon des critères différents pour les hommes et pour les femmes. La charge des exigences fut plus lourde pour le sexe déclaré faible selon une étrange idée de la force. Et surtout les pouvoirs inégaux reconnus aux deux sexes, comme par hasard, furent identiques à ceux qui existaient dans leur société.

L’imaginaire religieux n’avait pu dépasser les limites idéologiques d’une société machiste et patriarcale ! Gargarisé de transcendance, il s’était enlisé dans l’immanence ! Dieu fut enrôlé au service du machisme. Voilà comment la hiérarchie des sexes fut consacrée et déclarée sacrée. Avec, à la clef, des vêtements bien sexués. Voile, robe longue à l’exclusion de tout pantalon, et surtout effacement derrière l’homme dès qu’il s’agit de décisions importantes.

Importance de la laïcité

Qui a tenu la plume des textes sacrés ? Des hommes. Et l’on découvre alors d’étonnantes recommandations « divines ». Dans les trois religions du Livre – Ancien et Nouveau Testament, Coran –, Dieu tient des discours machistes. « Tes désirs te porteront vers ton mari et lui dominera sur toi » (Genèse), « Femmes, soyez soumises à vos maris » (saint Paul). « La femme a un degré de préséance de moins que l’homme » (Coran). Comme l’écrit Averroès, lorsqu’un verset du Coran heurte la raison, il faut l’interpréter et lui dénier tout pouvoir normatif. Baruch Spinoza dit de même pour la Torah, et Richard Simon pour les Évangiles. L’interprétation distanciée déjoue la soumission au texte littéral. Certaines femmes n’ont pas attendu la conversion de Dieu au féminisme. Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !

À LIRE AUSSI : "La laïcité ne se résume pas à la loi du 9 décembre 1905"

On ne dira jamais assez l’immense vertu émancipatrice de la laïcité, qui délivre la loi civile de la loi religieuse. Honte à ceux qui prétendent que la promotion de la laïcité est raciste. Ils ne savent pas ce qu’ils disent. Le racisme est un différentialisme. Or, c’est l’émancipation universelle des femmes qui se joue dans l’idéal laïque. Pour Karl Marx, le degré d'émancipation de la femme est la mesure du degré de l'émancipation générale. Lisons : « Dans le rapport avec la femme, proie et servante de la volupté commune, se trouve exprimée l‘infinie dégradation où l’homme se trouve pour lui-même » (Marx, La Sainte famille). Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat, proclame que « la femme est l’avenir de l’homme ».

Source Marianne

19:47 Publié dans Actualités, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laicité, cécile cukierman | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

14/12/2025

Réouverture des maisons closes : "La prostitution, ce n’est ni un métier, ni du sexe, c’est un système de domination" Tribune

 

maison close,pétition

Tribune collective publiée par Marianne

Le député Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy a annoncé qu'il préparait une proposition de loi pour réautoriser les maisons closes, interdites en France depuis 1946. Dans une tribune, plusieurs responsables d'associations ou de différents partis politiques, dont François Hollande, Fabien Roussel, Laurence Rossignol, Carole Delga, Jérôme Guedj ou Olivier Faure s'y opposent, au nom du droit des femmes.

Depuis quelques jours, la presse et les médias se sont emparés de l’annonce faite par Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national (RN) : rouvrir les maisons closes. Pas n’importe comment : en modèle coopératif, certainement pour donner un air de modernité à ce qui n’est rien d’autre que l’exploitation, par les hommes, du corps des autres.

À LIRE AUSSI : Prostitution des mineurs : "En dépit de la médiatisation croissante, les peines sont souvent décevantes"

Parce qu’en matière de prostitution, on oublie souvent de dire que la plupart de ceux qui payent pour des actes sexuels sont des hommes, que neuf mis en cause pour exploitation sexuelle sur dix sont des hommes. On oublie souvent de dire que les violences et les sévices, les assassinats dont sont victimes les personnes en situation de prostitution, ce sont les hommes qui les exercent.

Une exploitation systémique

On oublie aussi de dire que les mineures sont massivement exposées, que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 15 ans, que des garçons mineurs se livrent aujourd’hui à du proxénétisme et que les ressorts qu’ils utilisent, comme ceux des proxénètes adultes, sont ceux de la contrainte : stratégies d’emprise, isolement, menaces ou chantage à la diffusion d’images intimes.

À LIRE AUSSI : Prostitution, incels… "Ne serait-il pas temps d’apprendre aux hommes qu’ils n’ont aucun droit sur le corps des femmes ?"

L’achat d’actes sexuels relève systématiquement de violences masculines. En France, 99 % des acheteurs identifiés sont des hommes. Et cette demande masculine ne disparaît pas en ligne. Elle alimente directement l’économie du proxénétisme numérique. Plus de 80 % des utilisateurs des plateformes OnlyFans et Mym sont des hommes, confirmant que l’économie du « contenu payant » repose elle aussi sur une demande masculine structurante. Le proxénétisme lui-même s’est entièrement digitalisé : repérage en ligne, « managers » qui prélèvent jusqu’à 50 % des gains, plateformes qui captent le reste. Entre 2020 et 2023, les revenus d’OnlyFans sont passés de 375 millions à 6,6 milliards de dollars. Cette économie parallèle transforme les femmes en source de profit.

« Il est frappant de constater que l’une des rares fois où le RN parle des femmes, c’est pour proposer leur mise en vitrine. Cela en dit long sur leur vision de la société. »

À LIRE AUSSI : "Certaines jeunes filles servent même de recruteuses" : pourquoi la prostitution des mineures explose en France

La prostitution, glamourisée sur les réseaux sociaux, promet autonomie et indépendance financière, tout en plaçant les femmes, souvent jeunes, dans des situations de violence et de précarité. Ce récit séduisant masque une réalité d’exploitation systémique qui ne saurait être effacée par un modèle de « coopérative ». Tant que des hommes peuvent payer l’accès au corps d’autrui, il n’y a ni égalité ni véritable choix. La contrainte économique et l’emprise psychologique demeurent, tout comme les violences masculines.

Lutter contre le proxénétisme

Le 13 avril 2016, la France a fait un choix clair : adopter une position abolitionniste en interdisant l’achat d’actes sexuels. Elle est ainsi devenue l’un des premiers pays à pénaliser les clients et les proxénètes dans une logique de protection des personnes en situation de prostitution et d’exploitation sexuelle. La loi prévoit un parcours de sortie de la prostitution (PSP). Pourtant, depuis sa promulgation, moins de 4 000 femmes y ont eu recours, alors qu’on estime qu’environ 40 000 femmes sont en situation de prostitution. Face à l’ampleur du phénomène, seulement 1 300 clients sont verbalisés chaque année.

À LIRE AUSSI : Prostitution des mineurs : "Le numérique a facilité le recrutement et l’organisation de l’exploitation sexuelle"

Si la France mettait les mêmes moyens pour lutter contre le proxénétisme et les violences sexuelles, en particulier sur les mineurs, qu’elle met dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, nous ferions d’incontestables progrès. En plus d'un manque de moyens, nous assistons dix ans plus tard à un inquiétant retour en arrière. Il est d’ailleurs frappant de constater que l’une des rares fois où le RN parle des femmes, c’est pour proposer leur mise en vitrine. Cela en dit long sur leur vision de la société.

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La prostitution, ce n’est ni un métier, ni du sexe. C’est un système de domination reposant sur une liberté : celle du client et aucune autre. Peut-on vouloir construire une société d’égalité entre les femmes et les hommes, entre nos filles et nos garçons alors que les uns peuvent acheter le corps des autres pour en abuser ? Nous ne le croyons pas. Ne nous trompons pas. Derrière ces systèmes, il y aura toujours des individus pour organiser, contrôler, menacer, exploiter les femmes et leur rappeler que ce sont toujours les hommes qui décident.

***

À l'initiative de Céline THIÉBAULT-MARTINEZ, députée de Seine-et-Marne

Liste des cosignataires :

Laurence ROSSIGNOL, Sénatrice du Val-de-Marne

Véronique RIOTTON, Présidente de la Délégation de l'Assemblée nationale aux droits des femmes, Députée de la Haute-Savoie

Dominique VÉRIEN, Présidente de la Délégation du Sénat aux droits des femmes, Sénatrice de l'Yonne

Marie-José ALLEMAND, Députée des Hautes-Alpes

Cathy APOURCEAU-POLY, Sénatrice du Pas-de-Calais

David ASSOULINE, Ancien sénateur

Christian ASSAF, Conseiller régional d’Occitanie

Jérémy BACCHI, Sénateur des Bouches-du-Rhône

Erwan BALANANT, Député du Finistère

Christian BAPTISTE, Député de la Guadeloupe

Pierre BARROS, Sénateur du Val-d'Oise

Alexandre BASQUIN, Sénateur du Nord

Marie-Noëlle BATTISTEL, Députée de l’Isère

Fabrice BARUSSEAU, Député de la Charente-Maritime

Belkhir BELHADDAD, Député de Moselle

Béatrice BELLAY, Députée de la Martinique

Karim BENBRAHIM, Député de la Loire-Atlantique

Hélène BIDARD, Adjointe à la Mairie de Paris

Annick BILLON, Sénatrice de la Vendée

Nicole BONNEFOY, Sénatrice de la Charente

Denis BOUAD, Sénateur du Gard

Hussein BOURGI, Sénateur de l’Hérault

Laure BOTTELA, Secrétaire nationale en charge du pôle féminisation du Parti socialiste

Isabelle BRIQUET, Sénatrice de la Haute-Vienne

Colombe BROSSEL, Sénatrice de Paris

Céline BRULIN, Sénatrice de la Seine-Maritime

Philippe BRUN, Député de l’Eure

Marion CANALÈS, Sénatrice du Puy-de-Dôme

Colette CAPDEVIELLE, Députée des Pyrénées-Atlantiques

Paul CHRISTOPHLE, Député de la Drôme

Évelyne CORBIÈRE NAMINZO, Sénatrice de La Réunion

Jean-Pierre CORBISEZ, Sénateur du Pas-de-Calais

Thierry COZIC, Sénateur de la Sarthe

Hélène CONWAY-MOURET, Sénatrice représentant les Français établis hors de France

Cécile CUKIERMAN, Sénatrice de la Loire

Karine DANIEL, Sénatrice de la Loire-Atlantique

Laure DARCOS, Sénatrice de l'Essonne

Marie-Pierre DE LA GONTRIE, Sénatrice de Paris

Carole DELGA, Présidente du conseil régional d’Occitanie

Julie DELPECH, Députée de la Sarthe

Michaël DELAFOSSE, Maire de Montpellier

Dieynaba DIOP, Députée des Yvelines

Fanny DOMBRE-COSTE, Députée de l’Hérault

Peio DUFAU, Député des Pyrénées-Atlantiques

Iñaki ECHANIZ, Député des Pyrénées-Atlantiques

Yasmine EL JAÏ, Secrétaire nationale chargée de la formation à l’égalité Femme-Homme du Parti socialiste

Olivier FAURE, Premier Secrétaire du Parti socialiste

Agnès FIRMIN LE BODO, Députée de la Seine-Maritime

Denis FÉGNÉ, Député des Hautes-Pyrénées

Sébastien FAGNEN, Sénateur de la Manche

Corinne FÉRET, Sénatrice du Calvados

Jean-Luc FICHET, Sénateur du Finistère

Fabien GAY, Sénateur de la Seine-Saint-Denis

Guillaume GAROT, Député de la Mayenne

Océane GODARD, Députée de la Côte-d’Or

Guillaume GOUFFIER VALENTE, Député du Val-de-Marne

Hervé GILLÉ, Sénateur de la Gironde

Michelle GRÉAUME, Sénatrice du Nord

Emmanuel GRÉGOIRE, Député de Paris

Sacha HOULIÉ, Député de la Vienne

Jérôme GUEDJ, Député de l’Essonne

Stéphane HABLOT, Député de Meurthe-et-Moselle

Béatrice HAKNI-ROBIN, Porte-parole de la Fédération du Parti Socialiste de l’Hérault

Ayda HADIZADEH, Députée du Val-d’Oise

Laurence HARRIBEY, Sénatrice de la Gironde

Florence HEROUIN-LÉAUTEY, Députée de la Seine-Maritime

Éric JEANSANNETAS, Sénateur de la Creuse

Chantal JOURDAN, Députée de l’Orne

Sandrine JOSSO, Députée de la Loire-Atlantique

Patrick KANNER, Président au Sénat du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain

Marietta KARAMANLI, Députée de la Sarthe

Fatiha KELOUA-HACHI, Députée de la Seine-Saint-Denis

Elisabeth LABAY, Adjointe au maire de Rouen

Gérard LAHELLEC, Sénateur des Côtes-d'Armor

Annie LE HOUÉROU, Sénatrice des Côtes-d’Armor

Gérard LESEUL, Député de Seine-et-Maritime

Delphine LINGEMANN, Députée du Puy-de-Dôme

Audrey LINKENHELD, Sénatrice du Nord

Monique LUBIN, Sénatrice des Landes

Nicolas MAYER-ROSSIGNOL, Maire de Rouen

Didier MARIE, Sénateur de la Seine-Maritime

Marianne MARGATÉ, Sénatrice de la Seine-et-Marne

Marie MERCIER, Sénatrice de la Saône-et-Loire

Serge MÉRILLOU, Sénateur de la Dordogne

Marie-Pierre MONIER, Sénatrice de la Drôme

Jacques OBERTI, Député de la Haute-Garonne

Pierre OUZOULIAS, Sénateur des Hauts-de-Seine

Sophie PANTEL, Députée de la Lozère

Marc PENA, Député des Bouches-du-Rhône

Christine PIRES-BEAUNE, Députée du Puy-de-Dôme

Émilienne POUMIROL, Sénatrice de la Haute-Garonne

Pierre PRIBETICH, Député de la Côte-d’Or

Christophe PROENÇA, Député du Lot

Julien PRADEL, Premier secrétaire fédéral de l’Hérault du Parti socialiste

Isabelle RAUCH, Députée de Moselle

Christian REDON-SARAZY, Sénateur de la Haute-Vienne

Marie RÉCALDE, Députée de Gironde

Olivia RICHARD, Sénatrice représentant les Français établis hors de France

Marie-Pierre RIXAIN, Députée de l’Essonne

Pierre-Alain ROIRON, Sénateur d'Indre-et-Loire

Claudia ROUAUX, Députée d’Ille-et-Vilaine

Laurence ROUÈDE, Vice-présidente du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine

Aurélien ROUSSEAU, Député des Yvelines

Fabien ROUSSEL, Secrétaire national du Parti communiste français

Fabrice ROUSSEL, Député de la Loire-Atlantique

Sandrine RUNEL, Députée du Rhône

David ROS, Sénateur de l’Essonne

Valérie ROSSI, Députée des Hautes-Alpes

Sébastien SAINT-PASTEUR, Député de Gironde

Isabelle SANTIAGO, Députée du Val-de-Marne

Éva SAS, Députée de Paris

Pascal SAVOLDELLI, Sénateur du Val-de-Marne

Silvana SILVANI, Sénatrice de la Meurthe-et-Moselle

Danielle SIMONNET, Députée de Paris

Arnaud SIMION, Député de la Haute-Garonne

Rachid TEMAL, Sénateur du Val-d’Oise

Christine TAFFOREAU-HARDY, Conseillère régionale du Pays de la Loire

Boris VALLAUD, Président à l’Assemblée nationale du groupe Socialistes et apparentés

Marie-Claude VARAILLAS, Sénatrice de la Dordogne

Michaël WEBER, Sénateur de la Moselle

Robert Wienie XOWIE, Sénateur de la Nouvelle-Calédonie

Alyssa AHRABARE, Présidente de la Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes

Nastasia HOLLENDER, Présidente du Mouvement du nid

Martine LÉVY, Déléguée du Forum Femmes Méditerranée

Marie-Christine MENARD-CHEVALIER, Présidente de la Fédération nationale des CIDFF

Maud OLIVIER, Vice-présidente de l’association Élu•es Contre les Violences faites aux Femmes, ancienne députée

Clémence PAJOT, Directrice générale de la Fédération nationale des CIDFF

Céline PIQUES, Porte-parole d’Osez le Féminisme

Brigitte POLONIWSKI, Vice-présidente du Conseil National des Femmes Françaises

Françoise RITTER, Présidente de l’Amicale du Nid

Geneviève DUCHÉ, « Vieilleuses » OLF34

Yves SCELLES, Président de la Fondation Scelles

Judith TRINQUART, Secrétaire générale de Mémoire Traumatique et Victimologie

Michèle VITRAC POUZOULET, Présidente de l’association Élu•es Contre les Violences faites aux Femmes

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09/12/2025

1905 - 2025 La conquête laïque, héritage du combat républicain et ouvrier

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La loi du 9 décembre 1905 fut l’un des grands actes d’émancipation portés par la République radicale et soutenus par le mouvement ouvrier naissant. Elle mit fin à des siècles de tutelle religieuse sur les consciences et sur la vie publique.

Cent vingt ans après, alors que la laïcité est réinterprétée au gré des batailles idéologiques, revenir à sa genèse permet d’en rappeler la portée profondément sociale et égalitaire.

Le combat anticlérical, un enjeu démocratique et social

À la veille de 1905, le cléricalisme pèse encore lourd : influence scolaire, pression sur les municipalités rurales, résistance aux lois civiles. Les républicains de la IIIᵉ République - à l’image de Gambetta qui proclamait « le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » - ont engagé depuis les années 1880 une série de mesures pour desserrer cette emprise : lois Ferry sur l’école publique gratuite, laïque et obligatoire, expulsions de certains ordres comme les Jésuites, fermeture de 2 500 écoles congréganistes.

En face, l’Église catholique se radicalise. Pie X condamne la République française : les relations diplomatiques entre le Vatican et Paris sont rompues. Les catholiques intransigeants, autour de journaux comme La Croix ou L’Univers, dénoncent un risque de schisme. Le camp républicain, quant à lui, voit dans la séparation un acte d’émancipation populaire.

Dans l’hémicycle : compromis républicain et confrontation idéologique

Le cœur de la bataille se déroule à la Chambre des députés, le projet est étudié dès 1904 à la demande du très anticlérical Émile Combes. Aristide Briand, rapporteur de la loi, impose une voie plutôt libérale et propose un équilibre inédit : la liberté de conscience absolue, mais la fin de tout financement public des églises car la République est neutre. Les débats sont denses et houleux.

Le socialiste Jean Jaurès soutient la séparation au nom de la souveraineté du peuple tout en mettant en garde contre toute vindicte envers les croyants populaires, rappelant que la République doit libérer, non humilier. L’adoption finale, par 341 voix contre 233, consacre le principe fondateur : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

Entre universalisme républicain et crispations identitaires

Cent vingt ans plus tard, la laïcité continue d’être une référence centrale mais souvent détournée. Certains courants politiques de droite ou d’extrême droite l’agitent comme un outil de suspicion envers la communauté musulmane, réduisant la laïcité à une arme culturelle. Un paradoxe quand on sait qu’historiquement ces courants étaient hostiles à la laïcité au nom d’une France « fille aînée de l’Église ».

À l’inverse, le multiculturalisme anglo-saxon inspire les tenants d’un populisme de gauche où l’État se résignerait à juxtaposer des communautés aux normes divergentes voire clivantes, au risque d’amoindrir le commun républicain.

Pour les communistes, la laïcité n’est pas une neutralité molle, mais un instrument d’émancipation universaliste : affranchir les individus des autorités spirituelles comme des identités assignées, maintenir l’égalité des citoyens et préserver la possibilité d’un horizon commun. Aussi des interprétations, rappeler le sens de 1905, c’est réaffirmer un projet politique : l’unité du peuple, l’autonomie des consciences et l’indépendance du pouvoir civil.

Source Stéphane Bailanger pour Liberté Actus

18:57 Publié dans Actualités, Connaissances, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : c | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

03/12/2025

"Il n'y a pas de 'libre choix' derrière le port du voile" : réponse à Nadège Abomangoli députéé LFI

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Ayant affirmé dans une émission du journal « l'Humanité » que le port du voile relevait de la contrainte, la sénatrice PCF de la Loire, Cécile Cukierman, a créé la polémique, accusée de « fémonationaliste », notamment par la député LFI Nadège Abomangoli. Auteur de « Le linceul du féminisme. Caresser l’islamisme dans le sens du voile » (éditions Séramis), Naëm Bestandji explique en quoi l'élue communiste a raison.

La sénatrice PCF Cécile Cukierman déclare être pour l’interdiction du port du voile dans les compétitions sportives officielles, en invoquant la laïcité mais aussi la lutte contre le sexisme et le patriarcat islamiste. Elle remet également en question la notion de « libre choix » pour le port du voile. Un « choix » qu’elle compare à celui exprimé par des femmes battues de rester avec leur mari violent. Il n’en fallait pas plus pour Nadège Abomangoli, députée LFI et première vice-présidente de l’Assemblée nationale, pour apostropher la sénatrice sur X. Elle l’accuse d’être une « fémonationaliste ». C’est-à-dire une militante nationaliste, qui instrumentalise le féminisme à des fins racistes. Rien que ça. La raciste n’est pourtant pas celle que Nadège Abomangoli pointe du doigt, mais le reflet de son propre miroir.

Si nous considérons l’égalité entre les êtres humains comme universelle, des personnes, comme Nadège Abomangoli, considèrent que l’égalité des sexes est adaptable selon le lieu et les circonstances. Au nom du respect des cultures et du droit à la différence, au mépris de toutes les luttes féministes, elles défendent ou ferment les yeux sur l’indéfendable. Cet aveuglement sur le sexisme du voile est un choix motivé par le paternalisme et l'orientalisme.

Un choix, vraiment ?

La députée LFI promeut l’intersectionnalité, qui adopte une conception raciale du monde où les êtres humains sont classés selon leur couleur de peau, leur culture, leur religion et où l’islam est racialisé. À l’intersection des discriminations que peut cumuler un individu (genre, couleur de peau, classe sociale, âge, etc.), la lutte pour l’égalité des sexes cède le passage au respect de la misogynie islamiste et du patriarcat oriental. Le féminisme n’est plus qu’un outil pour justifier la nouvelle lutte des « races ». Le sexisme du voile, créé pour discriminer et inférioriser la moitié de l’humanité en raison de son sexe, se mue en étendard identitaire brandi par les islamistes pour se présenter en éternelles victimes. Il devient le symbole de la résistance face à « l’impérialisme » et au « colonialisme » occidental.

À LIRE AUSSI : Comment les néo-féministes sont devenues pro-voile : on a lu le dernier livre de Naëm Bestandji

Pour justifier le charme exotique ressenti envers cet accessoire misogyne, lui-même justifié par une « pudeur » définie et dictée par des hommes, les intersectionnelles brandissent la parole des « concernées »… enfin, celles qui militent pour le porter, pas celles qui y sont explicitement contraintes. Selon ces défenseurs du voilement, le fait qu’une partie des femmes déclare se voiler par choix, et se sentir mieux ainsi dissimulées du regard des hommes, serait un argument « féministe » pour soutenir ce sexisme.

Or, le voile est présenté, par ses porteuses elles-mêmes, comme une « OBLIGATION religieuse ». S’il y a obligation, alors il n’existe aucun choix. Quelle femme ferait le « libre choix » d’aller brûler en Enfer pour l’éternité ? Selon les prescripteurs du voile, si la musulmane veut suivre sa religion, elle doit se voiler. Elle n’a pas le choix. Si elle veut plaire à son Dieu, elle doit se voiler. Elle n’a pas le choix. Si elle veut être respectée en tant que femme, elle doit se voiler. Elle n’a pas le choix. Ainsi, le « libre choix », slogan marketing, est en réalité une décision conforme à ce qui est attendu par ceux (tous des hommes) qui prescrivent le voilement des femmes.

À LIRE AUSSI : À Saint-Ouen, la gauche écolo dans l’impasse intersectionnelle

Le faux choix n’est donc pas celui de porter ou non le voile, mais de choisir entre la vertu ou le vice, être une femme « bien » ou une femme qui « ne se respecte pas », la pudeur ou l’impudeur, être une bonne musulmane ou pas, la bonne ou la mauvaise pratique, plaire à Dieu ou « lui déclarer la guerre », le Paradis ou les feux de l’Enfer pour l’éternité. Tout est fait pour ne laisser d’autre choix à la musulmane que de faire le faux « libre choix » du voilement. La méthode est si efficace que les concernées sont dans « l’acceptation tacite de leurs contraintes » comme disait Pierre Bourdieu, dont certaines en viennent même à défendre leur servitude plus ou moins volontaire. Le fait de consentir à se plier au sexisme ne confirme en rien une liberté. Militer pour promouvoir et défendre cette servitude patriarcale est encore moins un acte féministe. Par leur ignorance et leur refus de s’informer un minimum, les personnes comme Nadège Abomangoli ne voient que le sommet de l’iceberg à travers des éléments de langage calibrés pour les séduire, comme la notion de « libre choix ».

Faiblesse intellectuelle

C’est là qu’intervient l’analogie avec les femmes battues. Mais contrairement à ce qu’affirme la députée, la sénatrice n’a pas comparé les femmes voilées aux femmes battues. Elle interroge la notion de « libre choix » qui mène les unes à se dissimuler sous un voile par amour de Dieu (mais surtout pour se conformer aux injonctions des hommes qui parlent en leur nom) et les autres à rester au domicile conjugal par amour de leur mari. Elle souligne la faiblesse intellectuelle de brandir un « libre choix » pour le voilement qui n’a pas plus de crédibilité que celui d’une femme battue affirmant vouloir rester auprès de son mari violent. Je fais moi-même cette analogie, dans mon livre et mes interventions publiques que Cécile Cukierman a peut-être lus ou écoutés, pour démontrer qu’il n’existe pas de « libre choix » dans le port du voile, mais un consentement à la soumission patriarcale.

À LIRE AUSSI : "Le voile est sexiste et obscurantiste" : l'appel de 100 musulman(e)s de France

En reprenant le contenu du tweet de Nadège Abomangoli, quand une femme battue déclare vouloir retourner auprès de son mari par choix, parce qu’elle l’aime, la députée invoque-t-elle le libre arbitre pour défendre la décision de cette femme ? Accuse-t-elle les recherches féministes, pour comprendre ce phénomène, de racisme, colonialisme et, par une inversion accusatoire assumée, de sexisme ? Non. On s'interroge. On ne se contente pas de dire « c'est son choix » ou bien « qui sommes-nous pour vouloir comprendre sa décision ? » On cherche à identifier le processus psychologique qui mène à cette soumission conjugale. C'est grâce à cela que nous avons découvert le phénomène d'emprise, et ainsi aider des milliers de femmes à s’émanciper de leur bourreau.

Mais quand il s’agit du voilement, Nadège Abomangoli abdique tout esprit critique pour paraître tolérante envers une idéologie qui ne l’est pas. S’arrêter au discours de la servitude volontaire (renommée « libre choix »), sans chercher à comprendre comment s’est construit ce consentement, n’est pas du féminisme. C’est de l’obscurantisme imbibé de patriarcat dans sa forme la plus pure. Si les féministes avaient appliqué aux femmes battues, désirant rester avec leur mari violent, le raisonnement de Nadège Abomangoli, nous n’aurions jamais découvert le phénomène d’emprise. Nous en serions encore au stade de « c’est leur libre choix ».

Source Marianne

16:35 Publié dans Actualités, Connaissances, Point de vue, Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voile, lfi | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

01/12/2025

Découverte, le Ghana entre évangélisme, économie de rente et non-alignement

ghana

Accra, 18h, heure de pointe pour les habitants de la capitale. Dans les embouteillages encombrant l’avenue de l’Indépendance passant devant le mémorial de Kwame Nkrumah, un des innombrables minibus qui permettent aux ghanéens de se déplacer dans tout le pays arbore pêle-mêle un drapeau des États-Unis, une image du Capitaine Traoré dirigeant du Burkina-Faso et des messages religieux.

Pays de 35 millions d’habitants, colonie britannique jusqu’en 1957, date à laquelle l’ancienne « Golden Coast » prend son indépendance, le Ghana est aujourd’hui le pays le plus développé de l’Afrique de l’Ouest en termes d’indicateur de développement humain (IDH). Entre héritage du panafricanisme de Nkrumah, montée de l’évangélisme, exploitation des ressources minières, sous une apparente stabilité politique, le Ghana est aujourd’hui au centre des enjeux rencontrés sur le continent Africain.

Le Ghana, une terre de mission pour les églises évangélistes

ghanaAu Ghana, où 70% de la population est chrétienne et 20% musulmane, la religion est omniprésente. Les églises pentecôtistes et charismatiques y connaissent une expansion fulgurante, avec près de 30% de la population affiliée à ces mouvements, tandis que les Anglicans et autres protestants traditionnels voient leur influence stagner.

Le pays est devenu l’un des épicentres du renouveau évangélique en Afrique de l’Ouest, favorisé par l’héritage indirect de la colonisation anglaise qui a semé un terreau religieux fertile au développement des églises protestantes, mais aussi influencé par des réseaux étrangers et des missions internationales. Dans les rues d’Accra, comme dans tout le pays, les affiches annoncent les prédications de pasteurs devenus de véritables stars nationales. Certains possédant leurs propres chaînes de télévision diffusant en boucle sermons, prières et exorcismes.

Les églises y guident la foi mais régissent également des pans entiers de la vie sociale et politique, des choix économiques des fidèles aux débats publics sur la morale. Les conférences géantes attirent des milliers de participants chaque semaine, et dans les quartiers populaires comme dans les centres urbains, l’influence des télévangélistes se ressent jusque dans les écoles et les commerces. Le pentecôtisme ghanéen a pu se développer en prônant une africanité de la religion, et en reprenant habilement chants, danses et invocations locales qui faisaient partie du quotidien.

À Cape Coast, ville côtière de l’ouest du pays qui abrite l’un des plus anciens forts coloniaux construits par les portugais et point de départ de la déportation des esclaves vers le continent américain, Mikael, issu d’une famille de pécheurs et travaillant dans le secteur du tourisme nous explique. « Il est vrai que la religion est très importante pour nous, elle fait partie de notre identité. L’église et les pasteurs permettent de rendre la société moins violente. Les gens écoutent les consignes de l’église, et nous nous comportons de manière pacifique les uns envers les autres. De l’autre côté, les pasteurs jouent un rôle politique et anesthésient la société. Nous ne nous révoltons pas, acceptons tous les problèmes politiques sans protester. Au final, les politiques peuvent continuer de se servir sur le dos du peuple ».

Il continue en évoquant le bipartisme du Ghana « l’élection du Président Mahama ne changera rien pour nous, les deux partis alternent et remplacent les juges pour ne pas être dérangés. Les routes ne sont pas réparées à cause de la corruption et l’école continue de coûter cher, alors que nous avons tout pour être riches, de l’or, de la bauxite, du cacao, du pétrole et des mangues ! »

Alternance politique, rentes minières et programme FMI

Depuis la fin des années 1990, la vie politique ghanéenne est dominée par deux blocs solidement installés : le National Democratic Congress (NDC) et le New Patriotic Party (NPP), vitrine du libéralisme anglophone ouest-africain. Le retour de John Mahama (NDC) au pouvoir en 2024 s’inscrit dans ce cycle presque mécanique d’alternance entre la social-démocratie et le libéralisme, symbole pour les observateurs internationaux d’un « modèle de démocratie pour l’Afrique de l’Ouest ».

Pour d’autres, dans ce système verrouillé, les rentes minières alimentent le clientélisme, les nominations partisanes et les campagnes électorales bien plus qu’elles ne financent les routes, les écoles ou la santé. Le pluralisme existe sur le papier  ; dans la vie réelle, il se résume trop souvent à une alternance d’élites qui protègent les mêmes intérêts.

Le Ghana dispose de ressources naturelles et minières conséquentes lui permettant de se hisser à la troisième place des économies de la CEDEAO. Son économie dépend largement des exportations de matières premières : or (61% des recettes d’exportation), cacao (16%) et pétrole (10%). Le Ghana est le premier producteur d’or en Afrique et le deuxième mondial de cacao.

Les grandes compagnies étrangères comme AngloGold Ashanti (Afrique du Sud), Newmont (États-Unis) ou Gold Fields (Afrique du Sud) contrôlent les concessions les plus lucratives et exportent la majorité de la production, posant la question de la souveraineté du Ghana sur ses ressources. Dans le même temps, des milliers d’artisans creusent à mains nues ou à la pioche dans les rivières et collines, au mépris des règles  : c’est le fameux galamsey, responsable de déforestations massives, de rivières contaminées au mercure et de sols ravagés.

Les habitants subissent ces dégâts au quotidien, tandis que l’État, entre pression des multinationales et nécessité de réguler l’illégalité, peine à protéger les villages et à faire entrer dans ses caisses une part équitable des richesses. Sur le terrain, cela crée tensions et conflits  : disputes sur les droits d’accès aux sites, enfants et jeunes exposés au travail dangereux, et un sentiment croissant que l’or du Ghana profite d’abord à l’étranger et aux élites locales.

Pourtant, depuis décembre 2022, le Ghana est en défaut de paiement sur une partie de sa dette externe — un choc majeur qui a obligé Accra à solliciter un prêt de 3 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre d’une facilité élargie de crédit. Le programme impose le cocktail classique des mesures FMI : austérité budgétaire, mobilisation accrue des recettes, politique monétaire stricte, hausse des prix de l’électricité... Si ces mesures ont permis de stabiliser l’inflation et d’accroître les réserves de change, le prix social est lourd : réduction des dépenses publiques, pression sur les populations vulnérables, et dépendance aux bailleurs extérieurs.

Le rôle central des infrastructures publiques

Akosombo, à 1h au nord d’Accra, au bord du fleuve Volta. Alors que nous nous approchons de l’imposant barrage jouxtant la ville, nous sommes arrêtés par le garde de l’autorité du bassin de la Volta. Il nous souffle « Désolé, vous devez faire demi-tour. Le barrage est une infrastructure stratégique, c’est le cœur du pays […] s’il a un problème, tout le Ghana le ressent ! ».

Construit dans les années 1960 sous Nkrumah, le barrage d’Akosombo a bouleversé la Volta en créant le plus grand lac artificiel du monde et en électrifiant une large partie du pays. Un véritable symbole pour un pays qui venait d’obtenir son indépendance et une source d’électricité fondamentale pour l’exploitation des fonderies d’aluminium ghanéennes, sous propriété d’une société américaine. 80% de l’électricité produite initialement par le barrage était destinée à la production d’aluminium, nourrissant les critiques qui pointaient le néocolonialisme du projet financé en partie par la Banque Mondiale, les États-Unis et le Royaume-Uni.

Aujourd’hui, le Ghana est un des pays d’Afrique les plus électrifiés (89%), le barrage produit environ 50% de la demande et permet également d’alimenter en électricité le Togo et le Bénin. Le pays fait pourtant face à des coupures de courant régulières en raison du mauvais état du réseau lié en grande partie à la situation financière catastrophique de la Compagnie d’électricité du Ghana.

De la Chine à la Russie, de nouvelles coopérations

53 ans après la mort de Kwame Nkrumah, père de l’indépendance du Ghana, la question de son héritage demeure centrale. Le non-alignement du Ghana, son rôle dans l’émancipation des peuples africains et son ambition panafricaniste continuent de nourrir le récit national. Entre recherche d’investissements étrangers, négociations avec le FMI, partenariats sécuritaires multiples et arbitrages permanents entre puissances rivales, Accra doit naviguer aujourd’hui au gré des contraintes économiques.

Le retour au pouvoir de John Dramani Mahama en 2024 a néanmoins marqué un tournant dans la politique étrangère du Ghana. Si la politique internationale du Ghana en 2025 n’est pas une version actuelle du non-alignement et panafricanisme de Nkrumah, ce dernier agit néanmoins pour ériger à nouveau le Ghana comme médiateur continental. À ce titre, il a personnellement pesé pour renouer les liens avec l’Association des États du Sahel (AES - Mali, Burkina-Faso et Niger) en se rendant dans chacun de ces États et en nommant un médiateur dédié, visant à rapprocher les positions entre la CEDEAO et l’AES.

Le nouveau président déploie par ailleurs une politique étrangère teintée de pragmatisme. Mahama a rencontré Xi Jinping en Chine en octobre dernier. Une visite qui a permis de raffermir les relations historiques entre le Ghana et la RPC, en développant une coopération axée sur les questions économiques (mines, infrastructures, agriculture, pêche). La rencontre a également débouché sur une convergence de vues sur les grands enjeux mondiaux (multilatéralisme, nouvelles routes de la soie, initiative chinoise pour la gouvernance mondiale…). Le Ghana entretient par ailleurs des relations poussées avec la Russie avec des projets dans le domaine du nucléaire civil, bien que la coopération économique soit freinée par les sanctions occidentales.

Sur le continent africain, le Ghana a opéré un revirement majeur en direction du Maroc, avec une montée significative de la coopération avec le Royaume soldée par le soutien en juin 2025 du plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental et la fin de la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique.

Le pragmatisme pour l’Occident

Le pragmatisme de la politique étrangère de Mahama s’illustre également dans ses relations avec l’Occident. Le premier exemple est l’accord de septembre dernier conclu avec Trump. Le Ghana accepte désormais de recevoir les ressortissants de pays d’Afrique de l’Ouest expulsés des États-Unis, un accord conclu sous la pression du président Trump (restrictions de visas et droits de douane).

L’ancien président libéral ghanéen, Nana Akufo-Addo avait entamé un rapprochement significatif avec la France, Emmanuel Macron faisant même du Ghana un symbole d’une politique africaine française se déplaçant hors de son pré-carré historique se réduisant à peau de chagrin. Symbole de ce rapprochement, le Ghana a officiellement adhéré à l’Organisation internationale de la Francophonie en 2024, avec le soutien appuyé de la France. L’arrivée au pouvoir de Mahama ne semble pas avoir renversé cette dynamique, en témoigne sa présence en tant qu’invité d’honneur au Forum de Paris pour la Paix et l’agenda bilatéral plutôt dynamique.

On peut citer la demande ghanéenne d’assistance de la France pour la lutte contre la piraterie dans le Golfe de Guinée, la demande d’implication de l’Agence Française de Développement suite au départ de l’USAID, l’Agence de développement des États-Unis…

Depuis le retour au pouvoir de Mahama, après un mandat de Akufo-Addo très pro-occidental, la politique étrangère du Ghana se rééquilibre vers un multilatéralisme assumé, ne se fermant aucune porte et en endossant un rôle de médiation sur le continent.

par Paul Moullec pour Liberté Actus

16:33 Publié dans Histoire, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ghana | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!