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L’été, en particulier par ciel clair et vent faible, caractéristique des situations anticycloniques, la température en ville peut augmenter bien plus que dans les campagnes alentour. C’est l’effet d’« îlot de chaleur urbain ». En cause, la très faible proportion de surfaces végétalisées, la présence de bâtiments et la nature des matériaux urbains, comme le bitume noir par exemple, qui augmentent le stockage de la chaleur dans les bâtiments et le sol.
Qui n’a jamais ressenti le besoin de se réfugier dans un parc arboré en période de fortes chaleurs ? C’est parce que l’augmentation de chaleur peut être en partie contrebalancée par la végétation. Les arbres rafraîchissent l’environnement grâce aux ombres portées sur les passants et les façades, et leur capacité à maintenir une température de feuillage raisonnable, car ils régulent leur propre chaleur… en transpirant.
Modèles 3D d’un arbre, en couleurs réelles à gauche et avec la température de surface à droite.INSA Strasbourg, Fourni par l'auteur
L’arbre ne rafraîchit pas directement l’air : il empêche l’air de s’échauffer !
La transpiration est un phénomène physiologique par lequel un arbre émet de l’eau dans l’air, sous forme gazeuse, par l’intermédiaire de ses feuilles, afin de réguler sa température quand il fait chaud et pour assurer la circulation de la sève brute et minéralisée qui provient des racines en direction de tous les organes de la plante.
Ce processus demande à l’arbre un apport en eau constant et suffisant, en puisant l’eau du sol. C’est important car la photosynthèse, qui fabrique une partie des nutriments de l’arbre, ne peut avoir lieu qu’à condition que la « cavité stomatique », qui se trouve à la surface des feuilles et qui assure les échanges gazeux avec l’atmosphère, reste humide ; et c’est la transpiration qui assure cette humidité.
Toutefois, l’effet de l’environnement de l’arbre sur la transpiration des feuilles, par exemple, reste mal connu et notamment en milieu urbain.
Effet d’un arbre sur son environnement immédiat : 1. Absorption d’une partie du rayonnement solaire (infrarouge) ; 2. Évapotranspiration ; 3. Protection du vent ; 4. Ombre.Plante & Cité (VegDUD), Fourni par l'auteur
Le bénéfice rafraîchissant de l’arbre est essentiellement diurne : d’une part il fournit de l’ombre, d’autre part il transpire. Dans le cas de la transpiration, c’est l’énergie que l’évaporation de l’eau exige qui permet de réduire l’échauffement des feuilles et les maintient à une température proche de celle de l’air, ce qui réduit l’échauffement de la rue et augmente très légèrement l’humidité de l’air autour de l’arbre.
Si l’effet rafraîchissant des arbres n’est bien évidemment plus à prouver, il varie au fil de la journée (notamment la nuit) et il reste à être quantifié. Par exemple, la nuit, le feuillage forme un « écran » qui empêche la chaleur stockée dans le sol de s’échapper vers le ciel sous forme de rayonnement infrarouge, ce qui limite le refroidissement de la zone qui est directement recouverte par le feuillage.
L’étude des interactions entre les arbres et leur environnement devrait nous permettre d’identifier des méthodes de plantations pour améliorer les conditions de vie et de confort des citadins lors des épisodes de fortes chaleurs, et contribuera à répondre à une question qui commence déjà à se poser : quelle(s) espèce(s) d’arbre planter, en quelle quantité et dans quelles configurations par rapport aux bâtiments ou aux chaussées ? L’heureuse élue – ou, plus probablement, les heureuses élues – devront être capables de résister aux fortes chaleurs sans exiger trop d’eau, mais aussi de procurer de l’ombre et de la fraîcheur grâce à l’évapotranspiration.
Climatologie urbaine : suivi des arbres en ville à Strasbourg. Source : INSA Strasbourg.
Des arbres dans les parcs
Entre 2017 à 2021, nous avons étudié le rôle des tilleuls argentés ou Tilia tomentosa dans un parc urbain, celui de l’université à Strasbourg, pour évaluer et modéliser l’évapotranspiration et l’ombrage d’une espèce d’arbre particulière en tenant compte de l’environnement du parc, par exemple l’implantation des arbres, l’emplacement des pelouses, la géométrie des bâtiments et des rues alentour.
Nous avons mesuré précisément la forme des arbres en 3D et d’autres paramètres éco-physiologiques et météorologiques. Ainsi, nous avons pu vérifier que nos modèles de microclimat urbain à l’échelle d’un quartier (LASER/F) d’une part et d’évapotranspiration à l’échelle de l’arbre individuel (RATP) d’autre part étaient adéquats. La fusion de ces deux modèles, baptisée LASER·T, nous permet de calculer les flux de chaleur et d’énergie entre les différents éléments (arbres et bâtiments par exemple), l’évapotranspiration des végétaux, les températures de surface des bâtiments et le confort thermique.
Des arbres dans les rues
Nous nous tournons aujourd’hui vers le rôle des « arbres d’alignement », ces arbres qui se suivent dans la rue et qui sont souvent de la même espèce. Ceux-ci impactent le microclimat de la rue – ombre, humidité, vent. Et vice versa, la physiologie des arbres est affectée par la géométrie des rues – largeur de la rue, hauteur des immeubles, les couleurs des murs et la qualité du sol notamment.
Une façade en couleurs réelles à gauche, et son image thermique à droite, indiquant la température en fonction de l’ombrage.INSA Strasbourg/ICube, Fourni par l'auteur
Par exemple, en été, lorsque le soleil se lève, il va d’abord chauffer les toits et les arbres. Les arbres profitent de cette chaleur pour leur photosynthèse et en même temps, ils font bouclier pour les façades, en les gardant à l’ombre des rayons grâce à leur houppier. Ainsi, un arbre feuillu à proximité d’une façade procurera un confort thermique plus important aux résidents du bâtiment. Il rafraîchira également le sol par son ombre portée. En début de soirée, le bâtiment restituera à l’ensemble de la rue et donc également à l’arbre, la chaleur qu’il a emmagasinée durant toute la journée sous forme de rayonnement infrarouge, comme évoqué ci-dessus. Ceci illustre le rôle ambivalent joué par l’arbre.
Mesures climatiques et écophysiologiques.ICube/INRAE/Urbasense, Fourni par l'auteur
Plus il y aura d’arbres dans l’alignement, plus l’effet rafraîchissant sera remarquable en journée – la température ressentie peut être réduite de 2 °C au minimum.
Ainsi, dans le projet TIR4sTREEt (Thermal InfraRed for Street Trees) qui rassemble plus de 15 scientifiques de divers horizons, nous cherchons à reproduire l’impact physique des bâtiments et des arbres de rue sur le microclimat urbain, grâce à des mesures et des modélisations 3D du site.
Pour cela, nous avons sélectionné six arbres dans trois rues d’un quartier résidentiel de Strasbourg : des micocouliers, des platanes et des tilleuls. Nous les avons équipés de nombreux capteurs afin de suivre au fil des saisons pendant deux ans au moins leur état de santé, leur croissance, l’humidité et la température alentour, le rayonnement, leur température de surface ainsi que celle des bâtiments et voirie, etc.
Des capteurs pour mieux comprendre les arbres en ville
Comme on l’a vu, les arbres ont un effet rafraîchissant du fait de la transpiration, dont le comportement en ville est encore peu connu, et du fait de l’ombre portée au sol ou sur les façades.
En mesurant régulièrement la température de surface des arbres et des façades environnantes avec des capteurs dans l’infrarouge « thermique », nous pouvons en déduire les variations spatiales et temporelles. Des capteurs météorologiques nous donnent les variables classiques comme la température de l’air, la vitesse du vent le rayonnement solaire (etc.) qui nous permettent d’établir le microclimat qui règne dans nos sites.
Grâce à des capteurs de flux de sève, nous pouvons mesurer la vitesse de montée de la sève dans l’arbre, qui est directement corrélée à la transpiration de l’arbre. Des capteurs installés dans le sol nous fournissent l’état hydrique et la température des différents horizons jusqu’à un mètre de profondeur.
Tous ces dispositifs nous donnent une vision assez complète du continuum plante-atmosphère et ils alimentent une base de données qui servira à étayer nos analyses. A moyen terme, ce projet permettra de guider les décideurs dans le choix des espèces d’arbres et des scénarios de plantation les plus adaptés.
Le projet Modélisation des arbres de rue pour la micro-climatologie urbaine – TIR4sTREEt est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. Elle a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.
En ce moment nous découvrons tout un tas de nouveaux ingénieurs issus des rangs politiques qui nous informent qu’on ne refroidit pas des centrales nucléaires avec des rivières réchauffées !
Les « petits génies » de l’indépendance énergétique se feraient donc avoir par la physique de base.
Sauf que…
En réalité, dans un réacteur REP français :
• Il y a trois circuits bien distincts.
• Le circuit tertiaire (refroidissement) sert à condenser la vapeur du secondaire.
30 réacteurs sur 56 fonctionnent en circuit fermé avec tours aéroréfrigérantes : la chaleur part dans l’atmosphère via évaporation. Le prélèvement d’eau de rivière est minime (juste pour compenser l’évaporation). La température de la rivière ? Quasi sans effet sur la température de l’eau de rivière et indifférente au fonctionnement de la centrale.
Les 26 autres (mer ou grands fleuves) sont en circuit ouvert, avec des limites réglementaires strictes sur le delta T rejeté. En cas de canicule extrême, quelques-uns réduisent temporairement leur puissance. C’est encadré, connu depuis 50 ans, et ça n’empêche pas le parc nucléaire de tourner.
Ce n’est pas de l’improvisation : les ingénieurs ont conçu le parc en fonction des sites (Rhône, mer, tours). Pas en fonction des tweets de meeting ni des interviews !
Dire que le nucléaire est mort à cause de rivières « réchauffées », c’est du même niveau que de dire qu’on ne peut plus faire voler d’avions parce qu’il fait chaud en été. C’est de la caricature anti-industrie pour public qui n’a jamais vu une centrale.
La France produit ~70 % de son électricité grâce à cette filière décarbonée, pilotable, et avec une dépendance minime en combustible (uranium diversifié + recyclage).
C’est exactement l’indépendance énergétique que certains et ses amis ont passé leur vie à saboter, comme en décidant la fermeture de SuperPhenix, de Fessenheim et le sabotage du projet Astrid.
Les petits génies, ce sont ceux qui font tourner ça depuis des décennies. Pas ceux qui viennent faire la leçon de physique en ignorant le fonctionnement des centrales !
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Christian Le Caloch
Elle dispose d'une technologie unique en France: pourquoi la centrale nucléaire de Civaux peut continuer à tourner même quand il fait très chaud
La chaleur ne pose pas de problème de sécurité pour les centrales nucléaires. Mais celles-ci peuvent être arrêtées pour ne pas trop chauffer les fleuves et les rivières, sauf à la centrale de Civaux où l'eau rejetée dans la Vienne est plus froide qu'au moment où elle est prélevée.
Dans la campagne poitevine assommée par une chaleur de 42°C, les panaches blancs de la centrale de Civaux (Vienne) s'élèvent dans le ciel: malgré la canicule qui perturbe ailleurs la production nucléaire, les deux réacteurs continuent de tourner normalement, grâce à un système de refroidissement unique en France. EDF a dû cette semaine mettre à l'arrêt trois de ses réacteurs au Bugey, à Nogent-sur-Seine et à Golfech, en raison de l'élévation des températures des fleuves.
"C'est une procédure normale qui vise à protéger l'environnement", explique Pascal Aurillard, chef du projet Ambition ressource en eau à EDF, en accueillant dans cette centrale considérée comme pionnière en adaptation au changement climatique. Les fortes chaleurs ne posent "aucun problème de sûreté" aux réacteurs, insiste EDF. Les contraintes sont en fait liées à l'eau que les centrales rejettent plus chaude dans les fleuves.
Les 57 réacteurs français, qui assurent environ 70% de la production d'électricité, sont tous installés au bord d'un fleuve ou de la mer afin d'utiliser leur eau pour le refroidissement des installations nucléaires. Sur les sites fluviaux, en circuit dit "ouvert", cette eau est rejetée après utilisation directement dans le milieu naturel, en l'échauffant de 1 à 6°C. En circuit "fermé", elle est refroidie auparavant dans des tours de refroidissement, ce qui limite l'échauffement à quelques dixièmes de degré.
Des tours "aéroréfrigérantes"
Pour réduire l'impact sur les écosystèmes aquatiques, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASNR) fixe pour chaque site des limites de température et d'échauffement des cours d'eau.
"En cas de température excessive en amont, EDF doit réduire la puissance des réacteurs, voire les arrêter, pour respecter ces limites", a rappelé jeudi l'ASNR.
Une situation qui n'arrive jamais à Civaux, en raison d'un dispositif qui améliore le refroidissement des eaux. Cette spécificité, prévue dès la conception du site, a été imposée par le lieu d'implantation de cette centrale mise en service entre 1997 et 1999. C'est la seule en France située au bord d'une rivière, la Vienne, qui connaît des débits très bas, ce qui la rend plus sensible aux rejets d'eau chaude.
Ce système "permet de rejeter l'eau de la Vienne à une température inférieure à celle à laquelle nous la prélevons", souligne Laurent Leloup, directeur Prévention des risques environnement à Civaux.
Comment? Les deux grandes tours de refroidissement visibles de loin avec leur panache de vapeur sont complétées par quatre petites tours "aéroréfrigérantes" à proximité, qui abaissent encore la température de l'eau de 3 à 7°C, précise Laurent Leloup. Résultat: même lorsque la Vienne dépasse 25°C, seuil au-delà duquel EDF ne peut plus la réchauffer, la centrale rejette une eau plus fraîche que celle prélevée.
Illustration avec les mesures en temps réel: en cette journée caniculaire, la température de la Vienne est mesurée en amont à 28,49°C. "Là, on rejette l'eau à 24,65°C", et "en aval, on la mesure à 27,93°C", signale Deborah, technicienne en environnement devant son écran de contrôle.
La technique doit être répliquée au Bugey
Dans un contexte de réchauffement climatique, EDF envisage de répliquer ce dispositif jugé "efficace" dans d'autres centrales fluviales. À ce stade, "il est prévu que les deux futurs réacteurs EPR2 au Bugey (en) seront équipés", indique Pascal Aurillard. Outre la température des cours d'eau, leur débit est un autre enjeu. À Civaux, lorsque celui de la Vienne passe sous 20 m³/s, comme depuis début juin, les effluents chimiques et faiblement radioactifs de la centrale ne doivent pas être rejetés.
Ils sont alors stockés dans six réservoirs d'une contenance totale équivalente à 150 camions-citernes de lait, parfois pendant 4 à 6 mois, le temps que le niveau de la Vienne remonte. Un septième réservoir sera bientôt opérationnel afin de faire face à des étiages plus longs. Et EDF étudie la possibilité d'en ajouter ailleurs en France.
Ces adaptations deviennent stratégiques pour le groupe, alors que la France mise sur la relance du nucléaire pour électrifier son économie. Sans elles, l'effet des restrictions environnementales pourrait représenter 1,4% de la production nucléaire annuelle dès 2035, contre 0,3% aujourd'hui, selon l'électricien, qui compte investir 8,7 milliards d'euros d'ici à 2040 pour adapter ses installations. "On est tout à fait conscients que si on ne faisait rien pour s'adapter, cet impact sur la production irait grandissant avec les effets du changement climatique", relève Pascal Aurillard.
Philosophe et adhérent de la section PCF de Besançon, Florian Gulli est l’auteur du livre « L’antiracisme trahi, Défense de l’universel » [1]. Il nous livre son analyse marxiste de la lutte contre le racisme et son regard sur l’actualité.
Liberté Actus : Racisme ordinaire, racisme politique. L’actualité nous donne de nombreux indices d’une droitisation de la société. Qu’en pensez-vous ?
Florian Gulli : En tant que philosophe, je travaille plutôt sur la question des concepts. Mais si j’écoute ce que disent les sociologues, j’ai envie de m’arrêter sur le récent livre de Vincent Tiberj, « La droitisation française, mythe et réalités » [2]. Il explique que sur la longue durée, il n’y a pas de droitisation en bas. Même, il y a une évolution vers des valeurs de tolérance, de coopération, de rejet de la compétition. En revanche, il pointe une droitisation de la scène politique et médiatique, très visible à travers les nouveaux médias et les chaînes d’information continue. Cette analyse me paraît assez convaincante.
L.A. : Oui, mais il importe de tenir compte du rôle des réseaux sociaux. Quand on voit les réactions -racistes- après l’élection de Miss Nord – Pas-de-Calais, quand on se souvient des commentaires et des attaques contre la chanteuse Aya Nakamura, avant, pendant et après la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, à quoi rattachez-vous ces phénomènes ?
F.G. : En tous les cas, il existe bien un racisme en France. C’est évident. Mais, par exemple, concernant la cérémonie d’ouverture des JO, j’ai relevé deux sondages indiquant que 85 % des Français l’avaient appréciée. Y compris sans doute des gens qui votent Rassemblement national. Alors, il y a du racisme, bien sûr, mais la question de savoir si cela évolue vers le pire demeure posée. Il est très difficile d’évaluer la tendance. Vincent Tiberj avance plutôt l’idée que sur le temps long, il y a quand même un recul du racisme. Même si les événements dont vous parlez sont bien réels et violents.
L.A. :Vous dites que l’on a tourné le dos à l’universel. Cela veut-il dire que les mouvements antiracistes se trompent depuis 40 ans ? Et cette erreur a-t-elle tendance à persister ?
F.G. : Le mot « universel » est devenu une sorte de totem. Il est utilisé par la droite pour dénoncer, entre autres, les revendications antiracistes ou féministes et dire qu’elles n’ont pas lieu d’être. Parce qu’elles seraient anti-universalistes. De l’autre côté, il existe des courants anti-racistes (pas tous) qui jettent l’universalisme à la poubelle en disant que c’est une sorte de masque de la domination des blancs ou de la domination de l’occident.
L.A. :Donc, vous voulez réhabiliter cette notion d’universel en affirmant que l’antiracisme n’a rien à gagner en la rejetant ?
F.G. : Cela veut d’abord dire que la conquête de droits égaux est une question décisive (même si elle n’est jamais suffisante) : les militants afro-américains ou sud-africains des années 1960 en savent quelque chose. D’autre part, cela veut dire concrètement que le combat antiraciste, sans sacrifier les différences, doit insister sur les points communs entre les différentes fractions des classes populaires. Il faut montrer, dans cette perspective, qu’il y a un destin commun et des contraintes communes qui pèsent sur les vies, même s’il existe des différences entre les fractions de classe. L’idée de la défense de l’universel, c’est de dire que nous avons des besoins et des intérêts communs, des aspirations communes, et il ne faut pas opposer les fractions des classes populaires les unes aux autres. Bien sûr, le champion du discours qui oppose les fractions est le Rassemblement national. Mais il y a aussi à gauche des discours de ce type.
L.A. :Vous pouvez développer concernant ce discours à gauche ?
F.G. : Oui, il y a à gauche, de temps à autre, ce type de discours disant que finalement les classes populaires blanches seraient intrinsèquement et irrémédiablement racistes. Cela conduit à diviser définitivement.
L.A. :On sait pourtant bien que la question n’est pas réglée. Elle ne l’est pas au sein des entreprises, ni au sein des syndicats.
F.G. : L’unité des différentes fractions des classes populaires n’est pas une donnée de départ et ne l’a jamais été. C’est une réalité à construire, un horizon, mais il est le seul possible. Cette lutte contre le racisme est fondamentale. Parce que tant que le racisme est fort, on ne peut rien faire. Il paralyse l’unité et la convergence. Il faut donc mener cette lutte en permanence. Elle doit être menée de front avec toutes les autres luttes avec cet objectif en tête de réunir les différences fractions des classes populaires.
L.A. :C’est en quelque sorte la différence entre la lutte antiraciste marxiste et l’antiracisme bourgeois ?
F.G. : Notre objectif, en tant que marxistes, en tant que communistes, c’est l’unité des classes populaires. À l’inverse, le combat antiraciste des libéraux consiste à diversifier les élites, à faire en sorte qu’il y ait un peu plus de personnes appartenant à des minorités dans les conseils d’administration ou à l’Assemblée nationale. Je ne dis pas que c’est un mal, mais ce n’est pas la priorité des marxistes. De même, certains courants antiracistes prétendent qu’il faut organiser la communauté des non-blancs, ou que sais-je. Ce n’est pas non plus notre perspective.
L.A. :Comment faut-il faire, concrètement ? Aller davantage sur le terrain, par exemple ?
F.G. : Lénine disait qu’il faut critiquer l’opportunisme et le gauchisme, sinon on glisse d’un côté ou de l’autre. Nous devons critiquer prioritairement l’extrême droite. Mais nous devons aussi, au Parti communiste, nous opposer à certains discours antiracistes contre-productifs et qui, d’une certaine manière, ne font qu’alimenter l’extrême droite. Sur le plan pratique, si le but est de faire converger les différentes fractions populaires, il nous faut des actions mettant en lumière leurs points communs. Les points communs entre les classes populaires des quartiers, des banlieues et cités, et les classes populaires des campagnes. Il faut trouver les mille et une manières de les réunir dans mille et une activités syndicales, politiques, sportives, etc.
Ce 28 mars, des manifestations baptisées « No Kings » ont rassemblé plusieurs millions de personnes à travers les États-Unis, selon diverses estimations militantes et médiatiques.
Ce mouvement, né de l’opposition à la présidence de Donald Trump, semble désormais dépasser la seule contestation partisane pour exprimer une inquiétude plus large face à la guerre, à l’économie et à la concentration du pouvoir exécutif. Derrière les slogans, c’est la stabilité politique américaine qui se trouve mise à l’épreuve.
Une mobilisation massive, mais aux chiffres encore débattus
La journée du 28 mars 2026 s’inscrit dans une séquence de protestations amorcée en 2025. Les organisateurs évoquent une participation de plusieurs millions de personnes réparties dans des milliers de villes américaines, ce qui en ferait l’une des mobilisations les plus importantes de ces dernières décennies. Toutefois, comme souvent dans ce type d’événements, les estimations varient fortement selon les sources et doivent être interprétées avec prudence.
Des rassemblements significatifs ont été signalés dans des métropoles comme New York, Washington, San Francisco ou Minneapolis. Des personnalités politiques et culturelles y ont pris la parole, dénonçant ce qu’elles perçoivent comme une dérive autoritaire du pouvoir exécutif et une politique étrangère jugée risquée.
Le slogan « No Kings » — littéralement « Pas de rois » — renvoie explicitement à l’héritage de la Révolution américaine et à l’idée que le président ne doit pas concentrer un pouvoir excessif. Cette référence historique vise à inscrire le mouvement dans une tradition civique plutôt que révolutionnaire.
Guerre, inflation et immigration : les moteurs d’une colère diffuse
Au-delà de la contestation personnelle du président, plusieurs facteurs structurels semblent alimenter la mobilisation. Le premier concerne la politique étrangère. L’engagement militaire américain contre l’Iran, coûteux et incertain, a ravivé le spectre des guerres longues et impopulaires. Les manifestants soulignent le contraste entre les dépenses militaires et les difficultés économiques des ménages américains.
Le second facteur est économique. L’augmentation des prix de l’énergie, de l’alimentation et du logement pèse sur les couches moyennes, traditionnellement pilier de la stabilité politique américaine. Cette pression sociale contribue à élargir la base des manifestants au-delà des milieux militants habituels.
Enfin, la politique migratoire. Les opérations menées par les services fédéraux d’immigration sont dénoncées par les organisations de défense des droits civiques, qui y voient une militarisation de l’espace intérieur.
Au-delà de la rue, un signal politique
L’importance réelle du mouvement « No Kings » ne se mesure pas uniquement au nombre de manifestants, mais à ce qu’il révèle de l’état de la société américaine. Depuis plusieurs années, les États-Unis connaissent une polarisation politique importante, marquée par une défiance envers les institutions, une fragmentation médiatique et une montée des tensions sociales.
L’histoire américaine montre que les manifestations de masse — contre la guerre du Vietnam, pour les droits civiques ou lors de la crise financière de 2008 — ont souvent précédé des réajustements politiques importants.
La question n’est donc pas seulement de savoir combien de personnes sont descendues dans la rue, mais si cette mobilisation traduit un malaise durable capable d’influencer les élections, la politique étrangère et l’équilibre institutionnel du pays.
À peine plus d’une dizaine de pays dans le monde se situent encore sous les seuils de l’OMS pour les particules fines. Un chiffre qui dit tout d’un basculement silencieux : respirer un air sain devient l’exception, pas la norme. Et l’Europe n’est pas épargnée.
Respirer. Un geste banal, automatique, invisible. Et pourtant, en 2025, il est devenu un luxe. Selon le dernier rapport mondial d’IQAir, seuls 13 pays dans le monde respectent les recommandations sanitaires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de particules fines (PM2,5). Cela signifie que 91 % des pays dépassent les seuils jugés sûrs.
Et que, derrière chaque inspiration, se cachent des particules capables de traverser les poumons, d’atteindre le sang, et d’augmenter les risques de maladies cardiovasculaires, respiratoires ou encore de cancer. Le constat est brutal, mais surtout révélateur d’un phénomène plus large : l’air que nous respirons devient instable. Non pas seulement à cause des activités humaines classiques – transports, industrie, chauffage – mais aussi sous l’effet d’un climat qui se dérègle.
Un air de plus en plus imprévisible
En 2025, les feux de forêt ont joué un rôle majeur dans la dégradation de la qualité de l’air à l’échelle mondiale. Le rapport évoque des émissions record liées à la combustion de biomasse, avec environ 1 380 mégatonnes de carbone relâchées dans l’atmosphère.
À cela s’ajoutent les tempêtes de poussière, les sécheresses, les vagues de chaleur. Autant de phénomènes amplifiés par le changement climatique… qui viennent à leur tour dégrader l’air. Une boucle de rétroaction redoutable. Résultat : seulement 14 % des villes dans le monde respectent aujourd’hui les seuils de l’OMS, contre 17 % un an plus tôt, en 2024.
L’europe respire, mais difficilement
On pourrait croire l’Europe relativement épargnée… Elle ne l’est pas. En 2025, seuls trois pays européens – l’Islande, l’Estonie et Andorre – respectent les recommandations de l’OMS pour les PM2,5. Tous les autres dépassent les seuils. Et la situation se tend. Sur le continent, 23 pays ont vu leur pollution augmenter, parfois fortement. En Suisse et en Grèce, les concentrations ont bondi de plus de 30 %, notamment sous l’effet combiné des fumées de feux de forêt nord-américains et des poussières sahariennes. Pour la France, la hausse est légère entre 2024 et 2025 (contre un recul de la pollution pour 18 pays européens). En matière de qualité de l’air, notre pays se situe dans le “ventre mou” du classement européen. Mais avec une moyenne nationale de 9,6 µg/m³ de PM2,5, elle atteint presque le double de la recommandation OMS (5 µg/m³).
Même les grandes capitales restent au-dessus des seuils. Paris, par exemple, affiche une concentration moyenne autour de 10,3 µg/m³, soit plus du double de la recommandation de l’OMS fixée à 5 µg/m³. Loin d’être un problème local, la pollution de l’air en Europe est transfrontalière. Elle circule avec les vents, les saisons, les pratiques agricoles (notamment les émissions d’ammoniac liées aux engrais), et les épisodes météorologiques stagnants.
Ces 13 pays où l’air reste respirable
Ils sont une poignée. Treize exactement. Treize pays et territoires dans le monde où l’air respecte encore les recommandations de l’OMS pour les particules fines (PM2,5), fixées à 5 µg/m³. Une exception plus qu’une norme.
Islande, Estonie, Andorre en Europe. Puis, ailleurs, une géographie presque insulaire : Australie, Barbade, Bermudes, Polynésie française, Grenade, Nouvelle-Calédonie, Panama, Porto Rico, La Réunion et les îles Vierges américaines.
Des territoires souvent peu densément peuplés, éloignés des grandes zones industrielles, ou bénéficiant de conditions climatiques favorables. À l’échelle mondiale, ils dessinent une carte rare : celle d’un air encore respirable.
Une géographie mondiale de l’injustice
Si l’air est devenu un enjeu global, il reste profondément inégal. Les pays les plus touchés se concentrent en Asie du Sud et en Afrique. Le Pakistan, le Bangladesh ou encore le Tadjikistan affichent des niveaux de pollution jusqu’à 13 fois supérieurs aux recommandations sanitaires…