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22/12/2025

Billet d’humeur ! Surarmement et défense nationale sont-ils synonymes ?

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Dès la révélation de la cyberattaque visant le ministère de l’Intérieur, certains journalistes ont immédiatement pointé du doigt la Russie, comme réflexe quasi automatique dès qu’il est question de cybersécurité ou d’ingérence. Or, les faits sont plus prosaïques : un jeune homme de 22 ans du Limousin a été interpellé et présenté comme capable d’avoir pénétré des réseaux pourtant réputés quasi inviolables et sensibles de l’État.

Si cette version est confirmée, elle dit beaucoup moins sur une prétendue menace étrangère que sur l’état réel de nos systèmes de défense numérique. Qu’un individu aussi jeune mais apparemment bien informé des méthodes de piratage puisse accéder aux réseaux du ministère de l’Intérieur révèle une cybersécurité gravement défaillante, incapable de protéger des bases contenant des millions de données stratégiques, mais aussi des informations personnelles concernant des citoyens, des agents publics, des enquêtes et des procédures judiciaires.

L’inquiétude est d’autant plus vive que l’État affirme vouloir décupler les moyens consacrés à la production d’armes et aux équipements militaires. Mais comme je l’ai déjà écrit dans un article de Liberté Actus, cette fuite en avant masque une réalité plus dérangeante : on peut émettre de sérieuses inquiétudes sur nos capacités de défense que le pouvoir confond avec l’achat par l’argent des Français d’armements toujours plus nombreux, sophistiqués et extrêmement coûteux pour répondre aux lobbys des fabricants d’armes et de leurs commanditaires du grand capital.

Quand on sait que nombre de ponts en France ne supporteraient même pas le passage d’un char d’assaut, tant leur état est périlleux, que la cybersécurité de l’État elle-même est vulnérable, que nos services publics dont nos hôpitaux sont fortement dégradés avec des urgences au bord de l’asphyxie, que notre sidérurgie est bradée, le discours sur le « surarmement » apparaît pour ce qu’il est : un choix industriel et financier, destiné avant tout à alimenter les profits des capitalistes de l’armement, bien plus qu’à protéger la nation.

Car la défense nationale est un tout et il faut qu’à l’intérieur du pays tout fonctionne avec une mobilisation d’acier pour les citoyens qui doivent trouver dans les dirigeants un soutien moral total et une attitude exemplaire. Appeler à l’esprit de sacrifice les citoyens quand les dirigeants ont tant de mal à montrer l’exemple, cherchez l’erreur ! On est loin du compte, non ?

Entre infrastructures civiles à l’abandon et défenses numériques en lambeaux, cette cyberattaque agit comme un révélateur brutal : la France est sans doute tout aussi menacée, voire moins, par des hackers d’ennemis potentiels que par ses propres renoncements stratégiques en matière industrielle, sanitaire et sociale !

par Jean-Paul Legrand pour Liberté Actus

19:21 Publié dans Economie, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armée française | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

19/12/2025

Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper.

Laicité, Cécile Cukierman

Dans « Tartuffe », Molière mettait déjà à nu la logique patriarcale et hypocrite de la religion, souligne le philosophe Henri Peña-Ruiz, auteur du « Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Plon).

Un grand merci à la sénatrice communiste Cécile Cukierman d’avoir rappelé avec force à quelle aliénation de la femme la laïcité permet d’échapper. Sa dénonciation du patriarcat et du sort qu’il réserve aux femmes est très juste. Je l’assure de ma totale solidarité dans sa défense de la laïcité comme principe d’émancipation.

À LIRE AUSSI : "Il n'y a pas de 'libre choix' derrière le port du voile" : réponse à Nadège Abomangoli

Résumons. Ce n’est pas à la femme de cacher son corps mais à l’homme de maîtriser ses pulsions. Molière le rappelle dans Tartuffe, le faux dévot qui fait semblant d’être outré par les seins de Dorine, qu’il juge trop visibles, alors même qu’il les dévore des yeux. Dorine-Molière lui règle son compte magistralement :

« Tartuffe (Il tire un mouchoir de sa poche.)

Ah ! mon Dieu, je vous prie,

Avant que de parler prenez-moi ce mouchoir.

Dorine

Comment ?

Tartuffe

Couvrez ce sein que je ne saurais voir :

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

Dorine

Vous êtes donc bien tendre à la tentation,

Et la chair sur vos sens fait grande impression ?

Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :

Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte,

Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,

Que toute votre peau ne me tenterait pas. »

(Molière, Tartuffe, acte III, scène 2, vers 860-862)

Religion et patriarcat

Molière avait tout compris. La religion d’une société patriarcale et machiste déroule son discours pudibond en rendant la femme responsable du désir de l’homme, intensément éprouvé mais hypocritement dénié. Ainsi, l’obligation de se voiler, unilatérale, signifie que la femme est coupable de séduire alors que l’homme qui ne fait pas d'efforts pour se maîtriser serait innocent. Molière-Dorine renverse la tartufferie en se plaçant du point de vue de la femme qui, elle, assume son non-désir de Tartuffe de façon cinglante. Par cette symétrie inversée, elle brise de façon frontale l’inégalité sous-jacente à toute obligation unilatérale de pudeur adressée à la femme. Elle ne cachera pas le haut de ses seins, parce que les « coupables pensées » ne dépendent nullement d’elle mais du seul Tartuffe. Elle le montre en affirmant son indifférence voire son dégoût devant Tartuffe imaginé nu. Coup double. Elle lui exprime son rejet et elle lui démontre que chacune ou chacun est libre de contrôler toute tentation.

À LIRE AUSSI : 120 ans de la loi de 1905 : "Face aux vents contraires, la laïcité demeure notre meilleur horizon"

Voit-on beaucoup d’hommes qui se voilent ? Non. Il leur faut bien exhiber leur chevelure, voire leur barbe si ostensiblement « virile », pour se faire admirer, voire désirer. Le contraste est saisissant entre d’une part, ces femmes privées de droit au visage, regardant le monde les yeux dissimulés derrière un grillage de toile, ou celles qui cachent leur crâne sous une perruque, et ces hommes qui déambulent fièrement, cheveux et barbe au vent. Quelle image de l’égalité des sexes ! Un peu d’histoire.

Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !

Jadis, dans les sociétés patriarcales, des religieux s’emparèrent de la pudeur, attitude de retenue et de discrétion. Mais paradoxalement, en spiritualistes hypocrites, ils choisirent de privilégier la manifestation extérieure. Et ils étaient si peu dépositaires de l’éternité divine qu’ils ne parvinrent pas à transcender les préjugés de leur époque. Ils définirent donc la pudeur selon des critères différents pour les hommes et pour les femmes. La charge des exigences fut plus lourde pour le sexe déclaré faible selon une étrange idée de la force. Et surtout les pouvoirs inégaux reconnus aux deux sexes, comme par hasard, furent identiques à ceux qui existaient dans leur société.

L’imaginaire religieux n’avait pu dépasser les limites idéologiques d’une société machiste et patriarcale ! Gargarisé de transcendance, il s’était enlisé dans l’immanence ! Dieu fut enrôlé au service du machisme. Voilà comment la hiérarchie des sexes fut consacrée et déclarée sacrée. Avec, à la clef, des vêtements bien sexués. Voile, robe longue à l’exclusion de tout pantalon, et surtout effacement derrière l’homme dès qu’il s’agit de décisions importantes.

Importance de la laïcité

Qui a tenu la plume des textes sacrés ? Des hommes. Et l’on découvre alors d’étonnantes recommandations « divines ». Dans les trois religions du Livre – Ancien et Nouveau Testament, Coran –, Dieu tient des discours machistes. « Tes désirs te porteront vers ton mari et lui dominera sur toi » (Genèse), « Femmes, soyez soumises à vos maris » (saint Paul). « La femme a un degré de préséance de moins que l’homme » (Coran). Comme l’écrit Averroès, lorsqu’un verset du Coran heurte la raison, il faut l’interpréter et lui dénier tout pouvoir normatif. Baruch Spinoza dit de même pour la Torah, et Richard Simon pour les Évangiles. L’interprétation distanciée déjoue la soumission au texte littéral. Certaines femmes n’ont pas attendu la conversion de Dieu au féminisme. Trêve d’invocation de la nature quand on consacre sous ce nom une domination sociale ! Si Dieu n’existe pas, rien ne peut sacraliser l’oppression. S’il existe, il ne peut être complice des oppresseurs !

À LIRE AUSSI : "La laïcité ne se résume pas à la loi du 9 décembre 1905"

On ne dira jamais assez l’immense vertu émancipatrice de la laïcité, qui délivre la loi civile de la loi religieuse. Honte à ceux qui prétendent que la promotion de la laïcité est raciste. Ils ne savent pas ce qu’ils disent. Le racisme est un différentialisme. Or, c’est l’émancipation universelle des femmes qui se joue dans l’idéal laïque. Pour Karl Marx, le degré d'émancipation de la femme est la mesure du degré de l'émancipation générale. Lisons : « Dans le rapport avec la femme, proie et servante de la volupté commune, se trouve exprimée l‘infinie dégradation où l’homme se trouve pour lui-même » (Marx, La Sainte famille). Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat, proclame que « la femme est l’avenir de l’homme ».

Source Marianne

19:47 Publié dans Actualités, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laicité, cécile cukierman | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

14/12/2025

Réouverture des maisons closes : "La prostitution, ce n’est ni un métier, ni du sexe, c’est un système de domination" Tribune

 

maison close,pétition

Tribune collective publiée par Marianne

Le député Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy a annoncé qu'il préparait une proposition de loi pour réautoriser les maisons closes, interdites en France depuis 1946. Dans une tribune, plusieurs responsables d'associations ou de différents partis politiques, dont François Hollande, Fabien Roussel, Laurence Rossignol, Carole Delga, Jérôme Guedj ou Olivier Faure s'y opposent, au nom du droit des femmes.

Depuis quelques jours, la presse et les médias se sont emparés de l’annonce faite par Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national (RN) : rouvrir les maisons closes. Pas n’importe comment : en modèle coopératif, certainement pour donner un air de modernité à ce qui n’est rien d’autre que l’exploitation, par les hommes, du corps des autres.

À LIRE AUSSI : Prostitution des mineurs : "En dépit de la médiatisation croissante, les peines sont souvent décevantes"

Parce qu’en matière de prostitution, on oublie souvent de dire que la plupart de ceux qui payent pour des actes sexuels sont des hommes, que neuf mis en cause pour exploitation sexuelle sur dix sont des hommes. On oublie souvent de dire que les violences et les sévices, les assassinats dont sont victimes les personnes en situation de prostitution, ce sont les hommes qui les exercent.

Une exploitation systémique

On oublie aussi de dire que les mineures sont massivement exposées, que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 15 ans, que des garçons mineurs se livrent aujourd’hui à du proxénétisme et que les ressorts qu’ils utilisent, comme ceux des proxénètes adultes, sont ceux de la contrainte : stratégies d’emprise, isolement, menaces ou chantage à la diffusion d’images intimes.

À LIRE AUSSI : Prostitution, incels… "Ne serait-il pas temps d’apprendre aux hommes qu’ils n’ont aucun droit sur le corps des femmes ?"

L’achat d’actes sexuels relève systématiquement de violences masculines. En France, 99 % des acheteurs identifiés sont des hommes. Et cette demande masculine ne disparaît pas en ligne. Elle alimente directement l’économie du proxénétisme numérique. Plus de 80 % des utilisateurs des plateformes OnlyFans et Mym sont des hommes, confirmant que l’économie du « contenu payant » repose elle aussi sur une demande masculine structurante. Le proxénétisme lui-même s’est entièrement digitalisé : repérage en ligne, « managers » qui prélèvent jusqu’à 50 % des gains, plateformes qui captent le reste. Entre 2020 et 2023, les revenus d’OnlyFans sont passés de 375 millions à 6,6 milliards de dollars. Cette économie parallèle transforme les femmes en source de profit.

« Il est frappant de constater que l’une des rares fois où le RN parle des femmes, c’est pour proposer leur mise en vitrine. Cela en dit long sur leur vision de la société. »

À LIRE AUSSI : "Certaines jeunes filles servent même de recruteuses" : pourquoi la prostitution des mineures explose en France

La prostitution, glamourisée sur les réseaux sociaux, promet autonomie et indépendance financière, tout en plaçant les femmes, souvent jeunes, dans des situations de violence et de précarité. Ce récit séduisant masque une réalité d’exploitation systémique qui ne saurait être effacée par un modèle de « coopérative ». Tant que des hommes peuvent payer l’accès au corps d’autrui, il n’y a ni égalité ni véritable choix. La contrainte économique et l’emprise psychologique demeurent, tout comme les violences masculines.

Lutter contre le proxénétisme

Le 13 avril 2016, la France a fait un choix clair : adopter une position abolitionniste en interdisant l’achat d’actes sexuels. Elle est ainsi devenue l’un des premiers pays à pénaliser les clients et les proxénètes dans une logique de protection des personnes en situation de prostitution et d’exploitation sexuelle. La loi prévoit un parcours de sortie de la prostitution (PSP). Pourtant, depuis sa promulgation, moins de 4 000 femmes y ont eu recours, alors qu’on estime qu’environ 40 000 femmes sont en situation de prostitution. Face à l’ampleur du phénomène, seulement 1 300 clients sont verbalisés chaque année.

À LIRE AUSSI : Prostitution des mineurs : "Le numérique a facilité le recrutement et l’organisation de l’exploitation sexuelle"

Si la France mettait les mêmes moyens pour lutter contre le proxénétisme et les violences sexuelles, en particulier sur les mineurs, qu’elle met dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, nous ferions d’incontestables progrès. En plus d'un manque de moyens, nous assistons dix ans plus tard à un inquiétant retour en arrière. Il est d’ailleurs frappant de constater que l’une des rares fois où le RN parle des femmes, c’est pour proposer leur mise en vitrine. Cela en dit long sur leur vision de la société.

À LIRE AUSSI : ​Loi prostitution, un an après : à Lille, "ça rend fou tout le monde"

La prostitution, ce n’est ni un métier, ni du sexe. C’est un système de domination reposant sur une liberté : celle du client et aucune autre. Peut-on vouloir construire une société d’égalité entre les femmes et les hommes, entre nos filles et nos garçons alors que les uns peuvent acheter le corps des autres pour en abuser ? Nous ne le croyons pas. Ne nous trompons pas. Derrière ces systèmes, il y aura toujours des individus pour organiser, contrôler, menacer, exploiter les femmes et leur rappeler que ce sont toujours les hommes qui décident.

***

À l'initiative de Céline THIÉBAULT-MARTINEZ, députée de Seine-et-Marne

Liste des cosignataires :

Laurence ROSSIGNOL, Sénatrice du Val-de-Marne

Véronique RIOTTON, Présidente de la Délégation de l'Assemblée nationale aux droits des femmes, Députée de la Haute-Savoie

Dominique VÉRIEN, Présidente de la Délégation du Sénat aux droits des femmes, Sénatrice de l'Yonne

Marie-José ALLEMAND, Députée des Hautes-Alpes

Cathy APOURCEAU-POLY, Sénatrice du Pas-de-Calais

David ASSOULINE, Ancien sénateur

Christian ASSAF, Conseiller régional d’Occitanie

Jérémy BACCHI, Sénateur des Bouches-du-Rhône

Erwan BALANANT, Député du Finistère

Christian BAPTISTE, Député de la Guadeloupe

Pierre BARROS, Sénateur du Val-d'Oise

Alexandre BASQUIN, Sénateur du Nord

Marie-Noëlle BATTISTEL, Députée de l’Isère

Fabrice BARUSSEAU, Député de la Charente-Maritime

Belkhir BELHADDAD, Député de Moselle

Béatrice BELLAY, Députée de la Martinique

Karim BENBRAHIM, Député de la Loire-Atlantique

Hélène BIDARD, Adjointe à la Mairie de Paris

Annick BILLON, Sénatrice de la Vendée

Nicole BONNEFOY, Sénatrice de la Charente

Denis BOUAD, Sénateur du Gard

Hussein BOURGI, Sénateur de l’Hérault

Laure BOTTELA, Secrétaire nationale en charge du pôle féminisation du Parti socialiste

Isabelle BRIQUET, Sénatrice de la Haute-Vienne

Colombe BROSSEL, Sénatrice de Paris

Céline BRULIN, Sénatrice de la Seine-Maritime

Philippe BRUN, Député de l’Eure

Marion CANALÈS, Sénatrice du Puy-de-Dôme

Colette CAPDEVIELLE, Députée des Pyrénées-Atlantiques

Paul CHRISTOPHLE, Député de la Drôme

Évelyne CORBIÈRE NAMINZO, Sénatrice de La Réunion

Jean-Pierre CORBISEZ, Sénateur du Pas-de-Calais

Thierry COZIC, Sénateur de la Sarthe

Hélène CONWAY-MOURET, Sénatrice représentant les Français établis hors de France

Cécile CUKIERMAN, Sénatrice de la Loire

Karine DANIEL, Sénatrice de la Loire-Atlantique

Laure DARCOS, Sénatrice de l'Essonne

Marie-Pierre DE LA GONTRIE, Sénatrice de Paris

Carole DELGA, Présidente du conseil régional d’Occitanie

Julie DELPECH, Députée de la Sarthe

Michaël DELAFOSSE, Maire de Montpellier

Dieynaba DIOP, Députée des Yvelines

Fanny DOMBRE-COSTE, Députée de l’Hérault

Peio DUFAU, Député des Pyrénées-Atlantiques

Iñaki ECHANIZ, Député des Pyrénées-Atlantiques

Yasmine EL JAÏ, Secrétaire nationale chargée de la formation à l’égalité Femme-Homme du Parti socialiste

Olivier FAURE, Premier Secrétaire du Parti socialiste

Agnès FIRMIN LE BODO, Députée de la Seine-Maritime

Denis FÉGNÉ, Député des Hautes-Pyrénées

Sébastien FAGNEN, Sénateur de la Manche

Corinne FÉRET, Sénatrice du Calvados

Jean-Luc FICHET, Sénateur du Finistère

Fabien GAY, Sénateur de la Seine-Saint-Denis

Guillaume GAROT, Député de la Mayenne

Océane GODARD, Députée de la Côte-d’Or

Guillaume GOUFFIER VALENTE, Député du Val-de-Marne

Hervé GILLÉ, Sénateur de la Gironde

Michelle GRÉAUME, Sénatrice du Nord

Emmanuel GRÉGOIRE, Député de Paris

Sacha HOULIÉ, Député de la Vienne

Jérôme GUEDJ, Député de l’Essonne

Stéphane HABLOT, Député de Meurthe-et-Moselle

Béatrice HAKNI-ROBIN, Porte-parole de la Fédération du Parti Socialiste de l’Hérault

Ayda HADIZADEH, Députée du Val-d’Oise

Laurence HARRIBEY, Sénatrice de la Gironde

Florence HEROUIN-LÉAUTEY, Députée de la Seine-Maritime

Éric JEANSANNETAS, Sénateur de la Creuse

Chantal JOURDAN, Députée de l’Orne

Sandrine JOSSO, Députée de la Loire-Atlantique

Patrick KANNER, Président au Sénat du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain

Marietta KARAMANLI, Députée de la Sarthe

Fatiha KELOUA-HACHI, Députée de la Seine-Saint-Denis

Elisabeth LABAY, Adjointe au maire de Rouen

Gérard LAHELLEC, Sénateur des Côtes-d'Armor

Annie LE HOUÉROU, Sénatrice des Côtes-d’Armor

Gérard LESEUL, Député de Seine-et-Maritime

Delphine LINGEMANN, Députée du Puy-de-Dôme

Audrey LINKENHELD, Sénatrice du Nord

Monique LUBIN, Sénatrice des Landes

Nicolas MAYER-ROSSIGNOL, Maire de Rouen

Didier MARIE, Sénateur de la Seine-Maritime

Marianne MARGATÉ, Sénatrice de la Seine-et-Marne

Marie MERCIER, Sénatrice de la Saône-et-Loire

Serge MÉRILLOU, Sénateur de la Dordogne

Marie-Pierre MONIER, Sénatrice de la Drôme

Jacques OBERTI, Député de la Haute-Garonne

Pierre OUZOULIAS, Sénateur des Hauts-de-Seine

Sophie PANTEL, Députée de la Lozère

Marc PENA, Député des Bouches-du-Rhône

Christine PIRES-BEAUNE, Députée du Puy-de-Dôme

Émilienne POUMIROL, Sénatrice de la Haute-Garonne

Pierre PRIBETICH, Député de la Côte-d’Or

Christophe PROENÇA, Député du Lot

Julien PRADEL, Premier secrétaire fédéral de l’Hérault du Parti socialiste

Isabelle RAUCH, Députée de Moselle

Christian REDON-SARAZY, Sénateur de la Haute-Vienne

Marie RÉCALDE, Députée de Gironde

Olivia RICHARD, Sénatrice représentant les Français établis hors de France

Marie-Pierre RIXAIN, Députée de l’Essonne

Pierre-Alain ROIRON, Sénateur d'Indre-et-Loire

Claudia ROUAUX, Députée d’Ille-et-Vilaine

Laurence ROUÈDE, Vice-présidente du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine

Aurélien ROUSSEAU, Député des Yvelines

Fabien ROUSSEL, Secrétaire national du Parti communiste français

Fabrice ROUSSEL, Député de la Loire-Atlantique

Sandrine RUNEL, Députée du Rhône

David ROS, Sénateur de l’Essonne

Valérie ROSSI, Députée des Hautes-Alpes

Sébastien SAINT-PASTEUR, Député de Gironde

Isabelle SANTIAGO, Députée du Val-de-Marne

Éva SAS, Députée de Paris

Pascal SAVOLDELLI, Sénateur du Val-de-Marne

Silvana SILVANI, Sénatrice de la Meurthe-et-Moselle

Danielle SIMONNET, Députée de Paris

Arnaud SIMION, Député de la Haute-Garonne

Rachid TEMAL, Sénateur du Val-d’Oise

Christine TAFFOREAU-HARDY, Conseillère régionale du Pays de la Loire

Boris VALLAUD, Président à l’Assemblée nationale du groupe Socialistes et apparentés

Marie-Claude VARAILLAS, Sénatrice de la Dordogne

Michaël WEBER, Sénateur de la Moselle

Robert Wienie XOWIE, Sénateur de la Nouvelle-Calédonie

Alyssa AHRABARE, Présidente de la Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes

Nastasia HOLLENDER, Présidente du Mouvement du nid

Martine LÉVY, Déléguée du Forum Femmes Méditerranée

Marie-Christine MENARD-CHEVALIER, Présidente de la Fédération nationale des CIDFF

Maud OLIVIER, Vice-présidente de l’association Élu•es Contre les Violences faites aux Femmes, ancienne députée

Clémence PAJOT, Directrice générale de la Fédération nationale des CIDFF

Céline PIQUES, Porte-parole d’Osez le Féminisme

Brigitte POLONIWSKI, Vice-présidente du Conseil National des Femmes Françaises

Françoise RITTER, Présidente de l’Amicale du Nid

Geneviève DUCHÉ, « Vieilleuses » OLF34

Yves SCELLES, Président de la Fondation Scelles

Judith TRINQUART, Secrétaire générale de Mémoire Traumatique et Victimologie

Michèle VITRAC POUZOULET, Présidente de l’association Élu•es Contre les Violences faites aux Femmes

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03/12/2025

"Il n'y a pas de 'libre choix' derrière le port du voile" : réponse à Nadège Abomangoli députéé LFI

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Ayant affirmé dans une émission du journal « l'Humanité » que le port du voile relevait de la contrainte, la sénatrice PCF de la Loire, Cécile Cukierman, a créé la polémique, accusée de « fémonationaliste », notamment par la député LFI Nadège Abomangoli. Auteur de « Le linceul du féminisme. Caresser l’islamisme dans le sens du voile » (éditions Séramis), Naëm Bestandji explique en quoi l'élue communiste a raison.

La sénatrice PCF Cécile Cukierman déclare être pour l’interdiction du port du voile dans les compétitions sportives officielles, en invoquant la laïcité mais aussi la lutte contre le sexisme et le patriarcat islamiste. Elle remet également en question la notion de « libre choix » pour le port du voile. Un « choix » qu’elle compare à celui exprimé par des femmes battues de rester avec leur mari violent. Il n’en fallait pas plus pour Nadège Abomangoli, députée LFI et première vice-présidente de l’Assemblée nationale, pour apostropher la sénatrice sur X. Elle l’accuse d’être une « fémonationaliste ». C’est-à-dire une militante nationaliste, qui instrumentalise le féminisme à des fins racistes. Rien que ça. La raciste n’est pourtant pas celle que Nadège Abomangoli pointe du doigt, mais le reflet de son propre miroir.

Si nous considérons l’égalité entre les êtres humains comme universelle, des personnes, comme Nadège Abomangoli, considèrent que l’égalité des sexes est adaptable selon le lieu et les circonstances. Au nom du respect des cultures et du droit à la différence, au mépris de toutes les luttes féministes, elles défendent ou ferment les yeux sur l’indéfendable. Cet aveuglement sur le sexisme du voile est un choix motivé par le paternalisme et l'orientalisme.

Un choix, vraiment ?

La députée LFI promeut l’intersectionnalité, qui adopte une conception raciale du monde où les êtres humains sont classés selon leur couleur de peau, leur culture, leur religion et où l’islam est racialisé. À l’intersection des discriminations que peut cumuler un individu (genre, couleur de peau, classe sociale, âge, etc.), la lutte pour l’égalité des sexes cède le passage au respect de la misogynie islamiste et du patriarcat oriental. Le féminisme n’est plus qu’un outil pour justifier la nouvelle lutte des « races ». Le sexisme du voile, créé pour discriminer et inférioriser la moitié de l’humanité en raison de son sexe, se mue en étendard identitaire brandi par les islamistes pour se présenter en éternelles victimes. Il devient le symbole de la résistance face à « l’impérialisme » et au « colonialisme » occidental.

À LIRE AUSSI : Comment les néo-féministes sont devenues pro-voile : on a lu le dernier livre de Naëm Bestandji

Pour justifier le charme exotique ressenti envers cet accessoire misogyne, lui-même justifié par une « pudeur » définie et dictée par des hommes, les intersectionnelles brandissent la parole des « concernées »… enfin, celles qui militent pour le porter, pas celles qui y sont explicitement contraintes. Selon ces défenseurs du voilement, le fait qu’une partie des femmes déclare se voiler par choix, et se sentir mieux ainsi dissimulées du regard des hommes, serait un argument « féministe » pour soutenir ce sexisme.

Or, le voile est présenté, par ses porteuses elles-mêmes, comme une « OBLIGATION religieuse ». S’il y a obligation, alors il n’existe aucun choix. Quelle femme ferait le « libre choix » d’aller brûler en Enfer pour l’éternité ? Selon les prescripteurs du voile, si la musulmane veut suivre sa religion, elle doit se voiler. Elle n’a pas le choix. Si elle veut plaire à son Dieu, elle doit se voiler. Elle n’a pas le choix. Si elle veut être respectée en tant que femme, elle doit se voiler. Elle n’a pas le choix. Ainsi, le « libre choix », slogan marketing, est en réalité une décision conforme à ce qui est attendu par ceux (tous des hommes) qui prescrivent le voilement des femmes.

À LIRE AUSSI : À Saint-Ouen, la gauche écolo dans l’impasse intersectionnelle

Le faux choix n’est donc pas celui de porter ou non le voile, mais de choisir entre la vertu ou le vice, être une femme « bien » ou une femme qui « ne se respecte pas », la pudeur ou l’impudeur, être une bonne musulmane ou pas, la bonne ou la mauvaise pratique, plaire à Dieu ou « lui déclarer la guerre », le Paradis ou les feux de l’Enfer pour l’éternité. Tout est fait pour ne laisser d’autre choix à la musulmane que de faire le faux « libre choix » du voilement. La méthode est si efficace que les concernées sont dans « l’acceptation tacite de leurs contraintes » comme disait Pierre Bourdieu, dont certaines en viennent même à défendre leur servitude plus ou moins volontaire. Le fait de consentir à se plier au sexisme ne confirme en rien une liberté. Militer pour promouvoir et défendre cette servitude patriarcale est encore moins un acte féministe. Par leur ignorance et leur refus de s’informer un minimum, les personnes comme Nadège Abomangoli ne voient que le sommet de l’iceberg à travers des éléments de langage calibrés pour les séduire, comme la notion de « libre choix ».

Faiblesse intellectuelle

C’est là qu’intervient l’analogie avec les femmes battues. Mais contrairement à ce qu’affirme la députée, la sénatrice n’a pas comparé les femmes voilées aux femmes battues. Elle interroge la notion de « libre choix » qui mène les unes à se dissimuler sous un voile par amour de Dieu (mais surtout pour se conformer aux injonctions des hommes qui parlent en leur nom) et les autres à rester au domicile conjugal par amour de leur mari. Elle souligne la faiblesse intellectuelle de brandir un « libre choix » pour le voilement qui n’a pas plus de crédibilité que celui d’une femme battue affirmant vouloir rester auprès de son mari violent. Je fais moi-même cette analogie, dans mon livre et mes interventions publiques que Cécile Cukierman a peut-être lus ou écoutés, pour démontrer qu’il n’existe pas de « libre choix » dans le port du voile, mais un consentement à la soumission patriarcale.

À LIRE AUSSI : "Le voile est sexiste et obscurantiste" : l'appel de 100 musulman(e)s de France

En reprenant le contenu du tweet de Nadège Abomangoli, quand une femme battue déclare vouloir retourner auprès de son mari par choix, parce qu’elle l’aime, la députée invoque-t-elle le libre arbitre pour défendre la décision de cette femme ? Accuse-t-elle les recherches féministes, pour comprendre ce phénomène, de racisme, colonialisme et, par une inversion accusatoire assumée, de sexisme ? Non. On s'interroge. On ne se contente pas de dire « c'est son choix » ou bien « qui sommes-nous pour vouloir comprendre sa décision ? » On cherche à identifier le processus psychologique qui mène à cette soumission conjugale. C'est grâce à cela que nous avons découvert le phénomène d'emprise, et ainsi aider des milliers de femmes à s’émanciper de leur bourreau.

Mais quand il s’agit du voilement, Nadège Abomangoli abdique tout esprit critique pour paraître tolérante envers une idéologie qui ne l’est pas. S’arrêter au discours de la servitude volontaire (renommée « libre choix »), sans chercher à comprendre comment s’est construit ce consentement, n’est pas du féminisme. C’est de l’obscurantisme imbibé de patriarcat dans sa forme la plus pure. Si les féministes avaient appliqué aux femmes battues, désirant rester avec leur mari violent, le raisonnement de Nadège Abomangoli, nous n’aurions jamais découvert le phénomène d’emprise. Nous en serions encore au stade de « c’est leur libre choix ».

Source Marianne

16:35 Publié dans Actualités, Connaissances, Point de vue, Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voile, lfi | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

05/08/2025

«L’avenir est dans le lien, dans le respect de chacun, entre politique, syndicat et mouvement social et associatif», Fabien Roussel secrétaire du PCF

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Fabien Roussel Merignac.jpgFace au capitalisme destructeur et à la crise démocratique, Fabien Roussel plaide pour une coopération entre syndicats et partis politiques, sans subordination ni cloisonnement, qui invente des passerelles durables, respectueuses de l’indépendance de chacun. L’enjeu est de construire un rassemblement fondé sur une conscience de classe déjouant les tentatives de division permettant de régénérer la démocratie sociale à partir des citoyens, des territoires et du monde du travail. Ceci dans l’objectif de contraindre les entreprises à prioriser l’intérêt des travailleurs et de la nation.

Comment articuler les rôles des syndicats et des partis 

Pendant longtemps on était, soit avec un lien fort entre syndicat et parti politique, comme ce fut le cas entre le PCF et la CGT, le syndicat apportant son soutien au politique, comme nous l’avons connu lors de la mobilisation en faveur du programme commun de la gauche en 1972, soit dans une totale indépendance où le syndicat était l’organisateur du mouvement social et revendicatif, mais laissant entièrement aux partis politiques, le soin de traduire dans la loi, les revendications. On en voit les limites aujourd’hui avec un libéralisme et un capitalisme destructeur, une société morcelée et atomisée, nécessitant pour y faire face, le rassemblement de toutes les forces, syndicales, politiques, associatives, ainsi que les citoyens, aspirant à une société du bien vivre. Tout est fait pour diviser nos concitoyens et faire reculer la conscience de classe. Tout l’enjeu, pour des forces politiques comme le PCF comme pour les syndicats, est de retrouver cette conscience de classe, d’unir nos concitoyens pour résister à la classe dominante et prendre le pouvoir. J’en parle longuement dans mon dernier livre Le parti pris du travail (Le Cherche midi, 2025). La question qui se pose, c’est comment coopérer entre partenaires syndicaux et politiques, sur un pied d’égalité, sur les mêmes champs d’intervention, porteurs les uns et les autres des propositions économiques et sociales alternatives, aussi bien au plan local, national et européen, sans que les syndicats se confondent avec les partis politiques appelés à gouverner, tout en gardant une fonction revendicative syndicale ? Jusqu’à maintenant, il n’a pas été répondu à cette problématique. Ce qui est certain, c’est que les rapports entre partis politiques et syndicats, ne doivent être ni dans la subordination, l’inféodation, ni dans l’absence de relations. L’avenir est dans le lien, dans le respect de chacun, entre politique, syndicat et mouvement social et associatif. Cela reste à construire.

Les forces syndicales et politiques doivent-elles s’additionner et/ou se compléter, et si oui, comment 

Parler d’addition, c’est rester dans un cloisonnement où chacun chemine l’un à côté de l’autre, chacun restant dans son couloir. Certes ils se complètent, dans l’organisation de la société, mais je préfère parler plutôt de passerelle nécessaire entre syndicats et partis politiques, voire de coopération, dans le respect et l’indépendance de chacun. Plus que jamais notre pays et la société en général ont besoin du lien entre tous les acteurs de la société. Nous sommes désormais dans une société de plus en plus complexe et fragmentée dans son organisation, où la France, en 50 ans a connu des bouleversements considérables devenant une nation multiple et divisée. La France d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la France des années 1970 et le monde d’hier avec le monde d’aujourd’hui. Les enjeux et défis sont tels face à la crise systémique du capitalisme, pour l’avenir de notre pays et de la planète, que nous ne pouvons plus penser et pratiquer le syndicalisme et l’action politique, comme nous le faisions hier. En effet, on en perçoit les limites, avec la crise profonde de la démocratie délégataire, tant du point de vue politique que syndical, avec les abstentions massives aux différentes élections, un taux de syndicalisation en baisse et des partis politiques affaiblis. Nous sommes les uns et les autres au pied du mur. Chacun doit se remettre en question dans son fonctionnement, en se tournant résolument vers les citoyen∙nes, pour en faire désormais, non des citoyens passifs, attendant la solution à leurs problèmes, venue d’en haut, mais des acteurs de la vie des entreprises, des revendications, de la société en général et des politiques publiques, tout en créant et coconstruisant un rassemblement des forces politiques, syndicales, mais aussi associatives, favorisant l’engagement citoyen, pour une dynamique de changement. Il faut être conscient que le meilleur programme décrété d’en haut, tant par les syndicats que par les politiques, n’aura ni crédibilité, ni soutien, s’il n’y a pas de mobilisation populaire, ni appropriation par chaque citoyen, des enjeux politiques, sociaux et économiques. Ce qui suppose une participation active des citoyen∙nes, travailleuses et travailleurs, actifs ou non, à l’élaboration des programmes.

Quels axes vous semblent-ils prioritaires à développer pour un rapport syndicalisme/politique efficace 

Les syndicats ont certes un rôle de défense des droits et des conditions de travail des salariés, mais ils ont également un rôle fondamental à jouer dans l’entreprise, le service public et l’administration tant dans les revendications, pour obtenir de nouveaux droits sociaux, que dans l’analyse et le suivi de la gestion de ceux-ci pour une efficacité économique et sociale, intégrant les salariés. En ce sens le politique, c’est une conviction profonde du PCF, se doit d’agir pour favoriser l’intervention et la participation des syndicats et des salariés à la gestion des entreprises publiques et privées, y compris dans les collectivités. Du parlement, par des propositions de lois, jusqu’au plan local, les militants et élus communistes se doivent d’agir en ce sens. Ainsi, dans les collectivités où ils sont élus, majoritaires ou minoritaires, il est important que les communistes agissent pour que soient associés les syndicats et les salariés à la réflexion et à la mise en œuvre des politiques de la collectivité. C’est un gage d’efficacité. C’est aussi comme cela que se développera le terreau fertile de la confiance entre syndicats et un parti politique comme le nôtre.

Mais le salarié ou la salariée qui arrive à son travail est aussi un citoyen∙ne, habitant d’une ville ou d’une commune, avec ses difficultés et ses aspirations. Il ou elle ne laisse pas son habit de citoyenne au vestiaire, elle le porte tout au long de sa journée de travail. En ce sens, le syndicat ne peut pas ne pas s’intéresser à l’environnement de vie des salariées, leurs conditions de transport, de vie de famille, de logement, de scolarité des enfants, de la situation du conjoint∙e, s’il existe, etc. Des dimensions multiples de la vie quotidienne qui doivent mettre en synergie et en lien, les syndicats et les partis politiques avec leurs militants et leurs élus.

Comment appréhendez-vous les rapports entre syndicats, patronat et pouvoirs publics 

Permettez-moi de rajouter les citoyens qui sont la base vivante de toute société, qui ne vit que grâce à eux et qui font lien entre syndicats, patronat et pouvoirs publics.

Concernant ceux-ci, quelle que soit l’opinion que l’on porte sur les uns et sur les autres, ceux-ci sont des éléments indispensables à la vie de notre pays, du local au national. Ensuite, il faut faire nôtre, la formule de l’écrivain Boileau pour qui, « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Or trop souvent dans nos paroles et nos écrits, on est dans une parole globalisante, manquant de précisions. Si on perçoit bien les syndicats, il n’en est pas de même pour le patronat. Parle-t-on des patrons des multinationales, des PME, des artisans, des entreprises privées, publiques ? Pour les pouvoirs publics, parle-t-on de l’État central, de son gouvernement, de ses administrations centrales, décentralisées, des organismes publics et parapublics ou des collectivités territoriales ? La précision est de taille, car on ne va pas aborder tout à fait de la même manière, les rapports entre syndicats, patronat et pouvoir public. J’y suis moi-même confronté en tant que secrétaire national du PCF et maire d’une ville. Dans ma ville sont présents, l’État avec ses différents services dont ceux de l’Éducation nationale, les collectivités territoriales : la Région avec les lycées, le Département avec le collège, la communauté d’agglomération et le parc naturel régional, l’office de tourisme et les thermes, la mairie et ses différents et nombreux services. Il y a les entreprises petites et grandes, publiques et privées, les artisans, les commerces, les agences bancaires, le monde associatif, les syndicats, le secteur mutualiste, sans oublier les citoyens. Nous avons là une pléiade d’acteurs qui a un degré ou à un autre, font vivre notre territoire. Dans chacun de mes déplacements, dans toute la France, je les rencontre : représentants syndicaux, élus locaux, chef d’entreprise de PME, chacun me faisant part de ses projets, de ses difficultés. Et cet ancrage territorial, les pieds bien dans la terre en proximité avec les citoyens, m’est d’une aide considérable pour aborder les questions nationales comme secrétaire national du PCF.

Je constate à quel point les politiques nationales sont à cent lieues de la vie concrète des gens. Il y a plus de proximité avec les élites, avec les patrons des multinationales, des très grandes entreprises et des banques. Trop souvent au sein de l’État central et des gouvernements, se mélangent parfois les intérêts privés avec ce qui ressort du domaine public. Le « pantouflage » est monnaie courante en passant du service au public, au service au privé. Des acteurs des pouvoirs publics, avec le plus souvent l’aval des gouvernements, défendent les intérêts de patrons de multinationales, au détriment de l’intérêt national, même s’ils s’en défendent. Face à cette collusion entre pouvoirs publics et grands patrons, les syndicats ont un rôle important à jouer, comme « lanceurs d’alertes », pour dénoncer, informer l’opinion et agir avec les salariés. Sans eux nombre de scandales industriels n’auraient jamais été connus.

Si vous étiez au pouvoir, quelle devrait être selon vous l’attitude d’un gouvernement de progrès social vis-à-vis des organisations syndicales et patronales ?

Mes propos précédents ont déjà éclairé le sujet. Un gouvernement de progrès social se doit de se tourner vers les territoires et leurs communes, ainsi que vers les acteurs de ceux-ci et les citoyens. Il faut leur donner les moyens nécessaires pour qu’ils puissent répondre aux attentes de leurs concitoyens. Dans le même temps avec la participation de tous, il faut revitaliser les bassins d’emplois, de formation et de vie, pour une élaboration partagée en faveur du développement, d’activités économiques, d’emplois, de formations et de structures de vie. Il faudra les généraliser et donner tant au plan local, qu’au plan national, de véritables pouvoirs aux différents organismes composés de représentants d’organisations syndicales, d’usagers, d’élus et aux citoyens. Ces organismes dans toute leur diversité et dans toutes les strates institutionnelles auraient la charge de veiller au respect des objectifs des services publics et d’en évaluer régulièrement leur mise en œuvre.

Il sera temps également d’affirmer par la loi, la responsabilité sociale des entreprises. Les entreprises ne doivent pas avoir comme seule finalité, l’enrichissement des actionnaires, mais doivent intégrer les intérêts de la nation, les besoins du pays, mais aussi les intérêts sociaux de celles et ceux qui y travaillent. Avec de nouveaux droits pour les salariés et les syndicats, avec droit d’intervention sur toutes les décisions de gestion, le droit de suspendre tout plan social, l’extension des libertés syndicales, l’information obligatoire des salariés et leur consultation sur les orientations et décisions de l’entreprise. C’est une nouvelle démocratie sociale et citoyenne qui réglera les rapports entre salariés et patronat.

10:55 Publié dans Actualités, Economie, Entretiens, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fabien roussel, syndicats | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!