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08/06/2026

Hydrocarbures Interdire l’exploitation du pétrole guyanais tout en important celui des États-Unis ?

petrole, Guyane

Deux députés de la Guyane, Jean-Victor Castor et Davy Rimane, du groupe Gauche démocratique et républicaine (GDR), celui des députés communistes, viennent d’annoncer leur « rupture avec la gauche française » dont ils dénoncent « la bien-pensance » après le rejet, en commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, de la proposition de loi sur l’exploitation pétrolière en outre-mer, proposition de loi qui vise à lever l’interdiction de recherche et d’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins votée en 2017.

Leur colère s’explique par l’alliance des députés LFI, écologistes et socialistes avec les députés macronistes, qui a permis le rejet de ce texte en commission. « Le cœur de la gauche est populaire, soutenir les plus précaires est son leitmotiv. Par conséquent, le vote à 28 contre 18 pour la suppression de l’article 1er est un choc », ont-ils déclaré. « La précarité extrême de la Guyane, maintenue dans une situation de sous-développement et d’abandon organisé, justifie le vote de ce texte ». Ils dénoncent un débat confisqué par une lecture « dogmatique et hors-sol » (des enjeux climatiques). « Nous parlons de souveraineté, de développement, de dignité, de la capacité de la Guyane à sortir de la situation dans laquelle elle est maintenue ». Pour Jean-Victor Castor, rapporteur du texte lors de la commission, ce texte est une question d’égalité territoriale.

Il rappelle la situation socio-économique de la Guyane : 400 kilomètres de route nationale, 7 communes sur 22 enclavées et 53 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. « La transition écologique est une nécessité, mais elle ne peut être pensée sans les populations concernées. Elle ne peut se construire au prix du maintien de la pauvreté, du retard d’équipement ou du renoncement au développement ». Le rapporteur du texte dénonce aussi une contradiction : la France interdit aux Guyanais « même la connaissance de leur sous-sol », tout en continuant à importer massivement des hydrocarbures. « La France a importé en 2024 près de 58 milliards d’euros d’hydrocarbures. Les recettes fiscales, les investissements et les retombées économiques se développent ailleurs, tandis que nos territoires continuent d’accumuler les retards de développement ».

Jean-Victor Castor cite notamment l’exemple du Guyana, où l’exploitation pétrolière a profondément transformé l’économie avec la création d’un fonds souverain qui garantit les investissements publics : « À quelques kilomètres de la Guyane, un pays autrefois considéré comme l’un des plus pauvres d’Amérique du Sud connaît désormais une transformation économique sans précédent ».

Pour justifier leur rejet du texte, les députés macronistes, LFI, écologistes et socialistes l’ont présenté comme une menace pour le climat, face aux députés de Guyane qui seraient donc, même à leur corps défendant, des adversaires de la lutte contre le changement climatique.

Cette position révèle une méconnaissance profonde des accords internationaux sur le climat et des scénarios du GIEC.

Ce que dit la convention climat de Rio

À la base de l’architecture des accords sur le climat, en 1992, la Convention de Rio sur le climat a distingué les pays développés des autres : « Notant que la majeure partie des gaz à effet de serre émis dans le monde par le passé et à l’heure actuelle ont leur origine dans les pays développés, que les émissions par habitant dans les pays en développement sont encore relativement faibles et que la part des émissions totales imputable aux pays en développement ira en augmentant pour leur permettre de satisfaire leurs besoins sociaux et leurs besoins de développement. »

La convention stipulait ensuite : « Les mesures prises pour parer aux changements climatiques doivent être étroitement coordonnées avec le développement social et économique afin d’éviter toute incidence néfaste sur ce dernier, compte pleinement tenu des besoins prioritaires légitimes des pays en développement, à savoir une croissance économique durable et l’éradication de la pauvreté. » Et plus loin : « Pour progresser vers cet objectif, les pays en développement devront accroître leur consommation d’énergie en ne perdant pas de vue qu’il est possible de parvenir à un meilleur rendement énergétique et de maîtriser les émissions de gaz à effet de serre d’une manière générale et notamment en appliquant des technologies nouvelles dans des conditions avantageuses du point de vue économique et du point de vue social. » La formule utilisée dans la convention pour résumer cette stratégie : « responsabilités communes mais différenciées ».

Sans doute la Guyane est-elle institutionnellement dans les pays développés, le « Nord » comme on dit souvent, puisqu’elle fait partie de la France, mais comment ne pas constater, comme les députés de Guyane, que sa situation la ramène, par beaucoup d’aspects, à un territoire du Sud ?

D’ailleurs, on peut relever qu’une différence de situation est déjà reconnue pour les « pays et territoires d’outre-mer » (par exemple la Nouvelle-Calédonie), qui ont des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre différents de ceux de la France hexagonale et qui ne relèvent pas des engagements de l’Union européenne.

Les scénarios du GIEC

Les scénarios du GIEC ne tablent pas sur l’arrêt total de la production d’hydrocarbures. Ainsi, le scénario qui permettrait de limiter le réchauffement à 2 degrés prévoit une réduction de 63 % des émissions de CO2 en 2050 par rapport à 2019. Ce qui est déjà un extraordinaire défi par rapport à la tendance actuelle. Et conformément à la Convention de Rio, les scénarios du GIEC prévoient que les pays ayant les plus fortes émissions par habitant fassent le plus d’efforts.

Il faudra parvenir à faire baisser la consommation et la production des hydrocarbures, c’est vital. Mais se pose aussi la question de qui va produire ces hydrocarbures. De ce point de vue, la situation mondiale est claire : avant même Trump, les États-Unis sont devenus le principal producteur et exportateur d’hydrocarbures. Cela même alors que ce pays est le principal responsable historique des émissions de gaz à effet de serre en termes d’émissions cumulées et par habitant. C’est là un problème majeur.

Cette superpuissance, qui aspire à continuer à dominer le monde, joue le rôle de locomotive de la production de pétrole, et il faudrait imposer à d’autres pays ou territoires moins développés de renoncer à la production pétrolière ? Ce n’est pas sérieux. Les « responsabilités différenciées » imposent une politique différenciée.

La seule attitude responsable en ce domaine, c’est d’agir pour que la France et l’Union européenne s’opposent à la politique des États-Unis au lieu de l’accepter au nom de la solidarité occidentale. Pourquoi faudrait-il continuer à imposer à la Guyane de renoncer à l’exploitation des hydrocarbures, alors que la France importe 22 % de son pétrole des États-Unis en 2025 selon l’Insee ? Quant au gaz, toujours selon l’Insee, les importations françaises viennent principalement de Norvège (40 %), des États-Unis (21 %), puis de la Russie et de l’Algérie.

Dans ces conditions, continuer à défendre l’interdiction de l’exploration et de l’exploitation pétrolière dans les départements d’outre-mer adoptée en 2017, c’est un peu se donner bonne conscience sur le dos de la Guyane.

Montrer l’exemple ?

Pour les partisans de la loi de 2017, sa suppression aurait valeur de mauvais exemple.

Cet argument est surprenant venant de partis politiques qui, à des degrés divers, se sont tous prononcés pour la sortie du nucléaire. Car si la France est en meilleure position que les autres pays développés comparables, elle le doit à son électricité décarbonée fondée principalement sur le mix nucléaire-hydraulique.

L’Allemagne, le mauvais exemple de l’Union européenne, émet deux fois plus de CO2 que la France du fait d’un choix politique inverse. Si l’Allemagne avait réduit en priorité le charbon, au lieu de sortir du nucléaire, 3,3 milliards de tonnes de CO2 auraient pu être évitées, soit cinq années d’émissions de ce pays, selon un calcul déjà ancien qui serait donc à réévaluer.

Ce qui permettrait vraiment à la France de montrer l’exemple, c’est d’aller vers une énergie décarbonée en 2050 sans régression sociale, ce qui est possible avec le plan Empreinte 2050 du PCF (plan qui, au passage, ne se permet pas de dicter la politique à mener en ce domaine aux territoires et départements d’outre-mer, qui sont chacun dans une situation très spécifique).

Conclusion

Grâce à une « niche » parlementaire du groupe GDR, la proposition de loi défendue par Jean-Victor Castor et Davy Rimane va être débattue en séance plénière jeudi 11 juin. Elle n’est peut-être pas parfaite. On pourrait comprendre que des députés cherchent à l’améliorer par des amendements. Par exemple pour des garanties quant aux conditions d’exploitation et d’utilisation des profits. Pourquoi ne pas imaginer aussi que le groupe Total nationalisé ait un rôle à jouer pour faire que, s’il y a découverte d’hydrocarbures, ces ressources soient réservées aux pays qui en ont un besoin incontournable ? Tout cela mérite d’être débattu.

Mais s’opposer purement et simplement à cette proposition de loi, c’est se cacher les véritables dominations qui empêchent la réponse de l’humanité au dérèglement climatique, c’est isoler la France des peuples qui exigent le droit au développement. C’est le crash-test de la solidarité effective avec les peuples du Sud.

Source Liberté Actus

petrole, Guyane

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05/03/2026

Guerre en Iran : « L’Europe n’envisage même pas de jouer un rôle diplomatique réel », analyse Marc Botenga, eurodéputé la Gauche

Marc Botenga.jpg

Après Gaza, Bruxelles s’aligne de nouveau sur les buts de guerre des belligérants états-uniens et israéliens en Iran. Quitte à enterrer toute crédibilité sur la scène internationale, rappelle Marc Botenga, eurodéputé la Gauche.

 

Comment analysez-vous la position de l’Europe au cinquième jour de la guerre contre l’Iran ?

Marc Botenga

Eurodéputé du Parti du travail de Belgique au sein du groupe la Gauche

La majorité des dirigeants et pays européens, Allemagne en tête, ont pris des positions extrêmement choquantes. Ils n’ont pas voulu condamner la guerre d’agression menée par les États-Unis et Israël. Ils ont préféré tancer la réplique iranienne.

C’est une inversion des responsabilités. Ils n’ont même pas mentionné la frappe contre une école de filles dont le bilan dépasse les 160 morts. Ils envisagent d’entraîner l’Europe dans la guerre. C’est un grand contraste avec les discours que l’on entend sur l’Ukraine : le droit international doit prévaloir, l’Ukraine a le droit de se défendre, il faut sanctionner la Russie et livrer des armes à l’Ukraine… Ici, aucune menace de sanctions envers les États agresseurs. L’Europe n’envisage même pas de jouer un rôle diplomatique réel.

Le fait que le chancelier allemand Friedrich Merz acquiesce, depuis la Maison-Blanche, aux sanctions contre l’Espagne pour avoir refusé que Washington utilise ses bases, constitue-t-il une fissure dans le projet européen ?

Cela illustre les limites des discours sur l’autonomie stratégique. Qu’il s’agisse d’Ursula von der Leyen (la présidente de la Commission – NDLR) ou de Friedrich Merz, les dirigeants européens se vautrent devant Donald Trump y compris pour attaquer les pays européens qui font le choix de porter une position politique différente.

Ce refus de l’Espagne révèle-t-il que l’Europe dispose de leviers pour faire pression ?

L’Union européenne (UE) souhaite-t-elle porter une politique indépendante, sans regarder par qui le droit international et la paix sont violés ? Ou alors, souhaite-t-elle se mettre à la remorque des États-Unis dans un bloc impérialiste occidental ? Malheureusement, l’Europe, malgré ses leviers, est en train d’opter pour la seconde option. On parle toujours de l’Otan comme d’un cadeau que les États-Unis feraient à l’UE.

Ce n’est pas du tout le cas. C’est une alliance militaire dans le cadre de laquelle l’Europe accomplit des tâches au service de l’impérialisme états-unien. Toute une série d’opérations américaines au Moyen-Orient seraient beaucoup plus complexes si l’Europe ne prêtait pas ses bases. Nous disposons d’outils pour jouer un rôle sur la scène globale. Nous ne sommes pas faibles. Ce qui manque, c’est la volonté politique pour agir.

L’UE ne cesse de recevoir des coups de Donald Trump. Comment expliquer qu’elle refuse de vouloir incarner un acteur global et indépendant ?

Cela s’explique par l’influence politique, économique et financière dont dispose Washington sur l’UE depuis des décennies. Il y a une forme de soumission aux intérêts états-uniens. Il existe également une différence par rapport à la guerre en Irak de 2003. À l’époque, l’élargissement était tout frais.

Les positions critiques vis-à-vis des États-Unis portaient davantage. On constate cependant qu’il existe une volonté populaire de changer de voix. Si l’Europe enterre le droit international, elle actera un monde de chaos, de guerre de tous contre tous, dans lequel notre continent sera forcément perdant.

Quel est le poids de ce rééquilibrage vers l’est dans les débats actuels ?

Les débats restent dirigés par la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne même si cette dernière ne fait plus partie de l’UE. Dans leur déclaration commune, les trois puissances parlaient déjà d’aller protéger nos alliés dans la région. De qui parle-t-on ? D’Israël ? Ce serait déjà une menace d’entrée en guerre.

Il est vrai que la tendance pro-américaine, le fait d’acheter des armes états-uniennes, de s’intégrer dans l’espace américain, est très forte dans les pays de l’Est. Sur le plan idéologique, il y a évidemment le premier ministre hongrois d’extrême droite, Viktor Orban.

Mais cette tendance est également présente dans les pays Baltes ou en Pologne, qui fait clairement le choix de l’atlantisme en matière d’armement. On le voit également en Allemagne qui nourrit une ambition impérialiste propre en souhaitant se doter de l’armée la plus puissante d’Europe.

Comment la Gauche entend-elle se faire entendre en tant que groupe au Parlement européen lors du débat en plénière qui aura lieu la semaine prochaine ?

Nous condamnons évidemment cette guerre et des mobilisations vont se mettre en place un peu partout. Au sein du Parlement, nous avons déjà eu l’occasion de constater, en juin dernier, lors de la précédente guerre contre l’Iran, qu’il existe une tendance consistant à condamner les répliques iraniennes sur Israël.

Nous vivons au sein de cet hémicycle une situation de totale déconnexion par rapport à la réalité où le Parlement est utilisé par la majorité comme un outil de propagande. Le challenge pour la Gauche est de casser ce narratif propagandiste.

Après Gaza, après l’Iran, que vaudra la parole de l’Europe dans les années à venir vis-à-vis de ses partenaires du Sud global qui dénoncent le double standard ?

Le ministre belge de la Défense et Friedrich Merz insinuent que le droit international est dépassé et qu’il ne fonctionne plus. Le droit international fonctionne quand les États le respectent. Dans leur esprit, tout se passe comme si le droit international manquait d’efficience car il ne permet pas de faire la guerre. La crédibilité européenne dans le monde diminue depuis au moins vingt ans.

Quand l’Europe s’aligne totalement sur les États-Unis, il n’y a plus de raison de venir lui parler. Pourquoi Vladimir Poutine viendrait négocier avec les Européens quand les décisions sont prises à Washington ? Le retrait d’Afghanistan s’est opéré sans que les Vingt-Sept soient au courant.

On ne peut plus parler de droits humains après avoir cautionné les massacres à Gaza. Cela donne une image de faiblesse. Non seulement, l’Europe n’a plus de crédibilité à tenir le langage du droit mais elle s’enterre comme acteur potentiellement autonome sur la scène internationale.

11:06 Publié dans Actualités, Histoire, International, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marc botenga, iran | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

22/02/2026

Construire un antifascisme de masse, c’est choisir le terrain de la conviction contre celui de la violence », revendique Assan Lakehoul

Assan Lakehoul.jpgLe secrétaire national des Jeunes communistes appelle dans une tribune publié par l'Humanité à ne pas nourrir l’escalade de la violence, après la mort du militant néofasciste Quentin Deranque.

Ce week-end, les groupuscules d’extrême droite qui défilaient après la mort de Quentin Deranque espéraient fédérer largement. Il n’y eut finalement qu’un rassemblement famélique, laissant sur les murs une traînée de croix gammées et de symboles fascistes.

Si leurs cortèges restent clairsemés, leurs idées, elles, occupent désormais une place centrale dans le débat public. Cette situation nous impose une exigence particulière : lorsque l’ennemi fixe les termes de la discussion, chaque mot compte et chaque acte pèse. Ne perdons pas de vue que le fascisme l’emporte toujours sur fond de désordre et de violences. La tentation de répondre par la confrontation immédiate, par une radicalité performative, existe, mais l’antifascisme ne peut pas devenir une esthétique, encore moins une stratégie minoritaire.

Lorsqu’il se réduit à un face-à-face violent, il abandonne ce qui fait sa force historique : sa capacité à devenir majoritaire, à entraîner et à convaincre. La peur et la violence sont les armes de ceux qui assument de ne pas engager la masse. La conscience de classe doit être la nôtre. Face aux expéditions punitives, aux violences racistes et homophobes, aux ratonnades et aux intimidations, l’État à la responsabilité de dissoudre, sans faiblesse, les groupuscules fascistes. Leur impunité alimente les tensions et sert, in fine, la stratégie de l’extrême droite.

Celle-ci prospère sur le sentiment de déclassement et détourne la colère sociale vers les questions identitaires. Elle s’enracine dans les parcours brisés, chez les jeunes à qui l’on promet une vie plus triste que celle de leurs parents, dans les entreprises qui exploitent, les lycées où l’on manque de professeurs, les CFA (centres de formation d’apprentis) où l’on travaille sans droits. C’est là que se trouve le terreau de ses mensonges, et le cœur de notre combat.

La radicalité ne se mesure pas à l’intensité des affrontements et de la surenchère, mais dans notre capacité à rassembler et à gagner. L’histoire de notre pays l’enseigne : chaque fois que les classes populaires imposent leurs droits, l’extrême droite recule, chaque fois qu’elles se sentent abandonnées, elle avance.

L’antifascisme est d’abord une bataille pour les consciences, un travail d’organisation et de conviction mené là où les jeunes étudient, se forment et travaillent. Il consiste à redonner à la politique sa fonction première : obtenir des victoires concrètes qui changent la vie.

C’est en arrachant des victoires et de nouveaux droits dans les lycées, les CFA, les universités et les entreprises que nous ferons reculer durablement l’extrême droite, en dévoilant la supercherie de son projet profondément antisocial et antipatriotique. Construire un antifascisme de masse, c’est choisir le terrain de la conviction contre celui de la violence, construire le rapport de force plutôt que subir le repli. Un travail patient, parfois ingrat, mais le seul chemin pour faire reculer durablement l’extrême droite, mobiliser et gagner.

19:39 Publié dans Actualités, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : assan lakehoul, extreme droite, jc | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

15/02/2026

Chroniques du monde d’après « L’internationale réactionnaire », l’extraordinaire fortune du prêt-à-penser en politique

France, International

À l’occasion du grand rendez-vous de la diplomatie française, le camp européiste et libéral achève d’imposer les bonnes formules de « la diplomatie de l’esbroufe » dans les discours progressistes ou contestataires.

Nous sommes il y a tout juste un an, le 6 janvier 2025. Le président de la République française, Emmanuel Macron, s’apprête à donner une allocution devant les ambassadeurs. L’allocution, très attendue par la presse, succède à un climat d’anticipation devenu caractéristique de la communication présidentielle, habituée à ménager ses effets d’annonce et à événementialiser les déclarations officielles. L’allocution du 6 janvier 2025 se présente comme un « exercice rare » pour un Président de la République, dont la presse et les médias se font allègrement l’écho. Il s’agit en réalité de rendez-vous annuels, se tenant au mois d’août de chaque année depuis 1994, lorsqu’ils ont vu le jour à l’initiative d’Alain Juppé.

Depuis 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron, il est devenu presque étrange de se rappeler que la conférence des ambassadeurs avait initialement pour ambition de permettre à la diplomatie française de se confronter à un certain « regard nouveau » à porter sur le monde d’après la dissolution de l’URSS et la chute du mur de Berlin. En effet, depuis ces dix dernières années, la diplomatie française observe, quelque peu médusée, le renoncement de la quasi-intégralité de la classe politique française à donner la partition de la politique étrangère de la France.

Grand orchestre de faux-semblants

Après avoir été annulée en 2024 (en raison des JOP), la Conférence des Ambassadeurs bénéficie d’un rebranding de circonstance, changeant de nom (pour inclure le féminin). Elle se tient finalement de nouveau le 6 et 7 janvier 2025, avec le désormais traditionnel discours-fleuve présidentiel (et quelques ateliers thématiques). Elle réunit quelque 200 chefs de mission diplomatique en attente d’une feuille de route.

Au fil d’un discours-fleuve truffé de petites formules, Emmanuel Macron décline un langage où les observateurs peinent à identifier « les linéaments d’une politique étrangère cohérente et structurée autour de quelques priorités claires ». La classe politique — de la droite à la gauche, en passant par toutes les nuances du centre — demeure pourtant toujours aussi sensible à son langage.

Une fois de plus, la communication présidentielle a le sens du timing. L’allocution présidentielle offre à Emmanuel Macron l’occasion de réagir aux tentatives du milliardaire américain Elon Musk de « s’immiscer dans la vie politique européenne » au service de ce que la classe politique française qualifie désormais « d’internationale réactionnaire ». La formule, reprise par le président de la République dans son allocution, a imprégné les discours de la gauche durant toute l’année 2024 (et depuis). On la retrouve au fil des tweets et des déclarations publiques chez Olivier Faure (Parti socialiste), Raphaël Glucksmann (PS-Place publique), ou encore Thomas Portes (France insoumise). On la retrouve jusque dans la communication officielle de la Marche des Fiertés, qui aurait fait l’objet de vifs débats « en interne ».

L’origine de ce bon mot de la communication présidentielle serait à chercher dans les prises de position publiques de Pascal Canfin, candidat sur la liste LREM aux élections européennes de 2019, derrière Nathalie Loiseau. Ce qui s’exprime, à travers cette formule, le 6 janvier 2025 dans l’allocution présidentielle, c’est bien « la voix autorisée » du gouvernement et du chef de la diplomatie française sur le positionnement de la France dans le monde.

La diplomatie française au rendez-vous du « monde d’après »

Dans un billet de blog consacré à cette Conférence 2.0, un ancien diplomate et haut fonctionnaire français évoque avec amertume les excès du langage présidentiel, avec son goût de « la formule choc, au détriment du raisonnement structuré ».

Il déplore également l’absence de « discussions libres sur les sujets sensibles » et un certain « conformisme de la pensée ambiante », un discours présidentiel « sans priorités claires, manquant de profondeur stratégique, de clairvoyance » allant de pair avec « le choix de la diplomatie des apparences, de la diplomatie de “l’esbroufe” ». Les voix de la diplomatie française s’élèvent désormais dans la presse, pour souligner le « peu d’égards » avec lequel le Président de la République semble traiter les quelques 200 diplomates aguerris auxquels il semble « faire la leçon ».

En 2022, dans le sillage de la réforme de la Fonction publique, le gouvernement avait déjà acté la suppression en bonne et due forme du corps diplomatique français. Une décision contre laquelle le Parti communiste français avait été peut-être le seul à gauche à protester avec quelque conviction.

La conférence des ambassadrices et des ambassadeurs, édition 2025 (et 2026), aura néanmoins servi à révéler une chose. C’est qu’en se faisant l’écho du langage présidentiel, dont elle ne cherche plus guère à se distinguer, au moins sur les affaires internationales, la classe politique de gauche se met spontanément au service de la communication présidentielle, à laquelle la « grand-messe » de la diplomatie française offre désormais le prétexte opportun.

Les implications des convergences d’idées qui rassemblent si largement la classe politique — de la France insoumise au Parti socialiste en passant par la République en marche — au fil de l’actualité internationale ont de quoi susciter de légitimes interrogations. En sautant les deux pieds joints dans le vacarme médiatique orchestré par la communication présidentielle, une grosse partie de la gauche française accompagne un tournant qui pourrait bien marquer la fin de l’histoire de la diplomatie française.

À partir de ce tournant : dans le sillage du président de la République, la classe politique française s’attache tout entière à la « défense des démocraties » (libérales, s’entend), qui trouvent leur parfaite incarnation dans les valeurs de l’Union européenne, contre « l’internationale réactionnaire » de Donald Trump et consort. L’allocution présidentielle à la Conférence ne nous apprend rien, cependant, de la spécificité de la politique étrangère de la France, qui ne semble plus guère occuper le centre de la discussion.

Pour la diplomatie française, le monde d’après ressemble désormais à un théâtre d’ombres où « la morale remplace le réel », où « l’émotion » se substitue à la « raison », et où, pour finir, « l’incantation remplace l’action ». Cette fois, comme presque toujours, les dessous de l’affaire sont peut-être à chercher dans une certaine formule du bonheur à l’européenne.

Source Camo pour Liberté Actus

19:35 Publié dans Actualités, Connaissances, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, international | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

22/12/2025

Billet d’humeur ! Surarmement et défense nationale sont-ils synonymes ?

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Dès la révélation de la cyberattaque visant le ministère de l’Intérieur, certains journalistes ont immédiatement pointé du doigt la Russie, comme réflexe quasi automatique dès qu’il est question de cybersécurité ou d’ingérence. Or, les faits sont plus prosaïques : un jeune homme de 22 ans du Limousin a été interpellé et présenté comme capable d’avoir pénétré des réseaux pourtant réputés quasi inviolables et sensibles de l’État.

Si cette version est confirmée, elle dit beaucoup moins sur une prétendue menace étrangère que sur l’état réel de nos systèmes de défense numérique. Qu’un individu aussi jeune mais apparemment bien informé des méthodes de piratage puisse accéder aux réseaux du ministère de l’Intérieur révèle une cybersécurité gravement défaillante, incapable de protéger des bases contenant des millions de données stratégiques, mais aussi des informations personnelles concernant des citoyens, des agents publics, des enquêtes et des procédures judiciaires.

L’inquiétude est d’autant plus vive que l’État affirme vouloir décupler les moyens consacrés à la production d’armes et aux équipements militaires. Mais comme je l’ai déjà écrit dans un article de Liberté Actus, cette fuite en avant masque une réalité plus dérangeante : on peut émettre de sérieuses inquiétudes sur nos capacités de défense que le pouvoir confond avec l’achat par l’argent des Français d’armements toujours plus nombreux, sophistiqués et extrêmement coûteux pour répondre aux lobbys des fabricants d’armes et de leurs commanditaires du grand capital.

Quand on sait que nombre de ponts en France ne supporteraient même pas le passage d’un char d’assaut, tant leur état est périlleux, que la cybersécurité de l’État elle-même est vulnérable, que nos services publics dont nos hôpitaux sont fortement dégradés avec des urgences au bord de l’asphyxie, que notre sidérurgie est bradée, le discours sur le « surarmement » apparaît pour ce qu’il est : un choix industriel et financier, destiné avant tout à alimenter les profits des capitalistes de l’armement, bien plus qu’à protéger la nation.

Car la défense nationale est un tout et il faut qu’à l’intérieur du pays tout fonctionne avec une mobilisation d’acier pour les citoyens qui doivent trouver dans les dirigeants un soutien moral total et une attitude exemplaire. Appeler à l’esprit de sacrifice les citoyens quand les dirigeants ont tant de mal à montrer l’exemple, cherchez l’erreur ! On est loin du compte, non ?

Entre infrastructures civiles à l’abandon et défenses numériques en lambeaux, cette cyberattaque agit comme un révélateur brutal : la France est sans doute tout aussi menacée, voire moins, par des hackers d’ennemis potentiels que par ses propres renoncements stratégiques en matière industrielle, sanitaire et sociale !

par Jean-Paul Legrand pour Liberté Actus

19:21 Publié dans Economie, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armée française | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!