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29/07/2014

Ukraine, Palestine, Israël : les ravages de la diplomatie émotionnelle / Politique internationale de la France : chapeau les artistes !

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FIGAROVOX/CHRONIQUE INTERNATIONALE - Alors que la crise ukrainienne et le conflit israélo-palestinien sont traités sur le registre de l'émotion par les politiques et les médias, Renaud Girard rappelle que la diplomatie est avant tout une affaire de sang-froid.

Renaud Girard est grand reporter international au Figaro. Il a couvert les grands conflits des trente dernières années. Il est notamment l'auteur d'un ouvrage sur la guerre en Irak, Pourquoi Ils se battent (Flammarion, 2006) et son dernier ouvrage, Le Monde en marche, a été publié aux éditions CNRS.


De tous temps, la diplomatie a été une affaire de constructions à long terme. Qu'il s'agisse de tracer des frontières, de nouer des alliances, d'édifier des unions douanières, de rédiger des règles internationales, de déléguer partiellement sa souveraineté, l'art diplomatique exige du temps. «Il faut qu'on laisse le temps au temps. Personne ne passe du jour au lendemain des semailles aux récoltes, et l'échelle de l'histoire n'est pas celle des gazettes», disait le président Mitterrand. Il le savait mieux que quiconque, lui qui avait, avec son ami Kohl, patiemment achevé la construction de la monnaie commune européenne, œuvre commencée vingt ans auparavant par le tandem Giscard-Schmidt.

« Il faut qu'on laisse le temps au temps. Personne ne passe du jour au lendemain des semailles aux récoltes, et l'échelle de l'histoire n'est pas celle des gazettes. »

François Mitterrand.

La diplomatie demande du temps dans sa préparation, dans ses objectifs (on fait des traités pour trente ans, pas pour une saison), dans son expérimentation. Il y a cinq ans, que n'a-t-on entendu sur la «mort de l'euro»? Maintenant qu'il a traversé avec succès sa crise d'adolescence, l'euro s'est imposé comme une incontournable monnaie de réserve mondiale. Si la justice américaine persiste à vouloir faire prévaloir sur la planète entière les lois votées à Washington, parions que l'euro remplacera bientôt le dollar comme instrument privilégié des transactions commerciales internationales. La monnaie unique européenne est un édifice diplomatique qui, dès le départ, s'est inscrit dans le temps long. C'est une des raisons de sa réussite.

Malheureusement, la vertu de cet exemple ne semble pas s'être imposée à nous. Avec le développement, en Occident, de la démocratie d'opinion - ce régime hybride qui veut que les ministres, dénués d'ambitions à long terme pour leur pays, gouvernent le nez sur le guidon des sondages et les oreilles rebattues par leurs conseillers en com -, la diplomatie du temps long cède progressivement le pas à la diplomatie émotionnelle. C'est une diplomatie du temps court car, par définition, elle ne dure que le temps d'une émotion médiatique.

La diplomatie du temps long cède progressivement le pas à la diplomatie émotionnelle.

Au début de l'année 2011, dans un bel unanimisme, les journalistes occidentaux se sont enthousiasmés pour ce qu'ils appelèrent les «printemps arabes». A les entendre, le «Grand Soir» était venu de la libération des peuples arabes. Vexés de n'avoir joué aucun rôle dans les révolutions tunisienne et égyptienne, hypnotisés par leurs écrans de télévision, mais indifférents aux rapports circonspects de leurs diplomates arabisants, les dirigeants français, anglais et américains se sont précipités pour s'ingérer dans les affaires libyennes et renverser un dictateur avec lequel ils entretenaient les meilleurs rapports trois mois auparavant. Le 23 août 2011, quand tomba à Tripoli le régime de Kadhafi, ils se pavanèrent devant les caméras, souhaitant qu'on voie en eux des stratèges de génie. Bizarrement, on ne les entend plus aujourd'hui, où la capitale libyenne est dans un tel état de chaos que les diplomates français, anglais et américains l'ont fuie, comme des rats quittant un navire en perdition. La diplomatie émotionnelle est toujours extrêmement bruyante à sa phase de lancement ; elle se fait souvent très discrète à l'heure du bilan.

La crise ukrainienne aurait pu se limiter au remplacement en douceur d'un président incompétent et corrompu. C'est ce qui avait été obtenu dans l'accord du 21 février 2014, parrainé par l'Allemagne, la France et la Pologne, et signé par les chefs de tous les grands partis politiques ukrainiens. Mais, hélas, la diplomatie de l'émotion est passée par là et l'on se dirige actuellement vers une longue guerre civile dans l'est russophone du pays, et vers une inutile reprise de la guerre froide entre l'Occident et Moscou. La diplomatie occidentale a été émotionnelle car elle a cru, comme le fait l'objectif d'une caméra de télévision, que Maïdan représentait l'ensemble de la population ukrainienne, ce qui n'était pas le cas. Gavée de propagande télévisuelle nationaliste, la Russie est aussi tombée dans la politique émotionnelle la plus grotesque, incapable aujourd'hui de dire la vérité sur le missile ayant abattu le Boeing malaisien, empêtrée dans ses théories du complot, impuissante à faire le ménage chez elle. Comme l'a montré la récente démission du gouvernement Iatseniouk, l'Ukraine est un pays économiquement failli et socialement profondément malade. Seule une discrète mais intense coopération entre Bruxelles et Moscou pourrait le remettre sur pied et lui forger un avenir. En se montrant incapable de construire une grande diplomatie russe après l'avertissement de la crise géorgienne (août 2008), l'Occident a sottement traité le président Poutine sur le registre de l'émotion ; parallèlement, le tsar Vladimir est devenu «accro» à l'émotion de la popularité dans les sondages que lui confèrent ses bras d'honneur répétés à l'Occident. A la fin de ce petit jeu débile, le grand perdant sera la Russie, suivie par l'Union européenne ; l'Amérique et la Chine n'auront plus qu'à s'en frotter les mains.

La diplomatie émotionnelle est toujours extrêmement bruyante à sa phase de lancement ; elle se fait souvent très discrète à l'heure du bilan.

La politique de l'émotion a également gagné un pays occidental qui, par le passé, nous avait habitués à davantage de sang-froid dans sa prise de décision stratégique. L'assassinat - qu'aucun groupe palestinien n'a revendiqué - de trois adolescents d'une colonie israélienne en Cisjordanie, a relancé le cycle du sang. Qu'a gagné Israël à tuer plus d'un millier de Palestiniens en trois semaines? La fin des tunnels? Bien sûr que non. Tant qu'ils resteront enfermés dans leur ghetto, les résidents de Gaza en creuseront. Un triste fait divers, médiatisé à profusion, a fait dérailler la hiérarchie politique israélienne. En sur-réagissant, elle a inutilement terni la réputation internationale de l'Etat juif et redoré le blason d'un Hamas islamiste qui était en perte de vitesse, chez lui et dans la région.

Comme les centaines de morts sur la route des vacances françaises, les accidents d'avion sont toujours bien tristes. Celui du vol Ouagadougou-Alger ne fait pas exception. Sur l'autel de la politique de l'émotion, un «deuil national» de trois jours a été décrété en France. Allons-nous désormais mettre nos drapeaux en berne, à chaque fois que la télévision aura diffusé un nouveau drame du tourisme de masse dans nos chaumières? Sommes-nous vraiment prêts à devenir, en diplomatie comme en politique intérieure, des Diafoirus de l'émotion?

Publié dans le Figaro

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Politique internationale de la France : chapeau les artistes !

On en reste béat d’admiration. On a même envie de dire: chapeau les artistes. La politique étrangère de la France, hier avec Sarkozy, aujourd’hui avec Hollande restera dans les annales comme exemplaire, forte, créative. A coup sûr, des années fondatrices d’une nouvelle démarche originale et conquérante.

Déjà, avant, tout avait fonctionné à merveille avec l’équipe rapprochée de Sarkozy : l’ancien gauchiste transféré au PS, le Thénardier de la politique, je veux dire Bernard Kouchner aujourd’hui dans le « conseil » aux dictatures africaines, et son copain Bernard Henri Levy, le « philosophe » en panne de lecteurs, reconverti lui aussi dans le « conseil » en matière de géopolitique toujours du côté du manche. Si possible, bien huilé.

Ah, la belle époque, celle où l’on s’extasiait de l’efficacité de Sarkozy dans la crise géorgienne avec comme résultat 20% du territoire de l’ancienne patrie de Staline passant du côté russe. Ah, la formidable construction que cette « Union pour la Méditerranée », un flop se terminant par le printemps arabe et la France généreuse, par la voix de sa ministre des Affaires étrangères, Mme Alliot-Marie, offrant « notre savoir faire en matière de sécurité » à Ben Ali. Que du bonheur, que du succès. Sans conteste, c’est bien l’aventure libyenne qui a marqué la capacité propulsive de la politique internationale française de cette époque. On se souvient du général en chef BHL appelant à l’assaut contre Tripoli du haut des marches de l’Elysée et Sarkozy donnant le top départ aux Rafales. Avec le splendide résultat que nous vivons aujourd’hui et alors qu’un parachutage de BHL sur Benghazi serait du meilleur effet. Pourtant, des diplomates français avaient eu l’outrecuidance de rouspéter dans une tribune publiée dans « Le Monde ». Ils se présentaient comme "un groupe de diplomates français de générations différentes, certains actifs, d'autres à la retraite, et d'obédiences politiques variées". Ils affirmaient : "L'Europe est impuissante, l'Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore". "La voix de la France a disparu dans le monde."

La raison profonde de cet enlisement? "Notre politique étrangère est placée sous le signe de l'improvisation et d'impulsions successives qui s'expliquent souvent par des considérations de politique intérieure" (…) des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme." Dans leur viseur, pêle-mêle: une Union pour la Méditerranée "sinistrée", une politique au Moyen-Orient "devenue illisible". « Nous sommes à l'heure où des préfets se piquent de diplomatie, déploraient-ils, où les « plumes » conçoivent de grands desseins, où les réseaux représentants des intérêts privés et les visiteurs du soir sont omniprésents et écoutés".

Les signataires ne connaissaient pas encore le parcours d’un « exemple » de la diplomatie sarkoziste, le dénommé Boris Boyon: mafiosi à Bagdad, insultant à Tunis, pour finir trafiquant à Paris en se faisant arrêter Gare du Nord avec près de 400.000 euros en liquide dans les poches. J’oubliais la libération des infirmières bulgares « obtenue » par l’ancienne épouse du président, où plutôt par Claude Guéant qui avait ses entrées sous la tente de Kadhafi et d’amicales relations avec les porteurs de mallettes argentées ainsi que la presque rupture avec le Mexique pour une sombre affaire de rapt. Que du succès, que du prestige. Et rien, rien du tout – pour Salah Hamouri, notre compatriote enfermé sept ans dans les geôles israéliennes pour de simples supputations. En fait, la voix de la France est devenue la risée du monde. On aurait pu se dire « Mais ça, c’était avant. »

Avec l’arrivée de Hollande on allait voir ce qu’on allait voir. Or, ce n’est plus seulement du bling-bling auquel nous assistons, c’est aussi une série d’engagements politiques à faire se retourner dans sa tombe le célèbre et talentueux diplomate Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord.

Comme pour la Libye et avec le même « conseiller spécial », le sinistre BHL, alors qu’il fallait écouter et aider l’opposition laïque et démocratique syrienne, les nouveaux chefs de guerre parisiens frémissaient à l’idée de bombarder Damas. Patatras, Washington n’a pas suivi. A Kiev, le très modeste et humble Fabius se vantait d’avoir été le « moteur » d’un accord qui en fait a favorisé l’arrivée au pouvoir du roi du chocolat et sa clique plus réac tu meurs, et une guerre dans l’est de l’Ukraine. Le couple Hollande-Fabius roule des mécaniques devant les Russes, envoie des avions de chasse en Pologne tandis que les rusés Allemands composent une autre musique avec Poutine. Faut-il ajouter l’Afrique et l’enlisement au Mali, la protection du nouveau pouvoir corrompu et répressif en Côte d’Ivoire ; faut-il ajouter l’interdiction de survol du territoire français de l’avion présidentiel bolivien…

C’est surtout l’alignement de la politique française sur celle de Netanyahou qui marquera désormais et pour longtemps la politique internationale de la France : une complicité écrasante avec les massacreurs du peuple de Gaza qui devront un jour où l’autre comparaître pour crimes contre l’humanité.

Les mêmes diplomates français qui sous Sarkozy critiquaient une politique internationale marquée par « l’amateurisme », la qualifient aujourd’hui « d’inaudible ». Inaudible, quand elle se limite à la « retenue » alors que plus de mille Gazaouis parmi lesquels de nombreux enfants sont morts sous les bombes israéliennes ? Inaudible, lorsqu’on laisse des jeunes Français incorporer l’armée de Tel-Aviv ? Inaudible, lorsqu’on accepte que 6000 prisonniers politiques palestiniens croupissent dans les geôles israéliennes ? Inaudible, lorsqu’on refuse d’entendre la voix de Marwan Barghouti, le Mandela palestinien ? Inaudible, lorsqu’on se range derrière les assassins ? Le bruit n’est que trop lourd. On entend la mort…

 José Fort. José Fort est un internationaliste passionné du monde, journaliste, ancien chef du service monde de l’Humanité

Article publié par l'Humanité

16:48 Publié dans Cactus, International, Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emotion, libye, gaza, palestine, bhl, france | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

22/07/2014

« L’appel au cessez-le-feu doit être entendu »

Egaza.jpgntretien. Chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn s’est rendu à Gaza il y a quelques semaines. Pour lui, c’est le vide politique créé par l’échec des négociations qui fait le lit de la violence.

Vous étiez il y a quelques semaines dans la Bande de Gaza. Comment expliquez-vous l’engrenage meurtrier dans lequel est à nouveau pris ce territoire palestinien ?
Jean Asselborn: Le gouvernement israélien est déterminé à pousser jusqu’au bout la logique militaire et uniquement militaire à Gaza, dans le but d’y éliminer le Hamas. De l’autre côté, l’autorité palestinienne semble malheureusement déboussolée, sans prise sur les événements. C’est ce qui a poussé le président Abbas, dimanche, à demander à l’ONU de placer les territoires palestiniens sous protection internationale.

Personne ne peut justifier les tirs de roquettes vers Israël. Mais on ne peut pas comprendre ce qui se passe à Gaza sans prendre en considération la situation humanitaire. En un mot, sans les Nations-Unies, Gaza ne pourrait pas exister. Sur 1,7 millions de personnes vivant sur un territoire qui représente 1/7 de la surface du Luxembourg, 800 000 personnes dépendent de l’ONU pour leur survie. Dans ce territoire sous siège depuis sept ans, plus de 60% de la population a moins de 18 ans. Ces jeunes n’ont aucune perspective. Lorsque l’on vit dans de telles conditions, on est poussé vers la violence. Depuis le début de l’offensive militaire, 80% des morts sont des civils, dont de nombreux enfants. Même des handicapés ont été touchés. L’appel de la communauté internationale à un cessez-le-feu doit être entendu. Rappelons qu’en 2012, le Hamas et Israël avaient négocié un cessez-le-feu.

L’échec de l’initiative américaine pour remettre les deux parties autour de la table de négociations explique-t-il ce nouveau cycle de violence ?
luxembourg.jpgJean Asselborn: Au mois de mars, l’initiative de John Kerry a été bloquée par le refus israélien de libérer la quatrième tranche des prisonniers palestiniens. Depuis, un vide politique s’est creusé. Lorsqu’on ne négocie plus, c’est la violence qui s’installe.

La poursuite de la colonisation est-elle en cause ?
Jean Asselborn: C’est évident. L’initiative de John Kerry a coïncidé avec une poussée énorme de la colonisation, le gouvernement israélien donnant son feu vert à la construction de 14000 nouveaux logements en Cisjordanie. C’est une façon de s’approprier une grande partie des territoires palestiniens, pour rendre impossible l’existence d’un Etat palestinien contigu. Certains responsables politiques israéliens défendent même à la Knesset l’appropriation par Israël de la zone C (62% de la Cisjordanie). Les négociateurs palestiniens ont fait preuve de bonne volonté. Ils avaient vraiment l’intention de parvenir à un accord sur la base des frontières de 1967. Il est clair que cette question des colonies explique l’échec de l’initiative américaine. Si du côté israélien, tout le monde n’est pas sur une ligne dure, certains ministres du gouvernement Netanyahou refusent la solution de deux Etats.

Benjamin Netanyahou veut-il faire voler en éclat l’accord sur un gouvernement palestinien d’entente nationale incluant le Hamas ?
Jean Asselborn: J’étais très heureux des réactions européenne et américaine qui ont accueilli cet accord. La réconciliation palestinienne est un préalable à la tenue de nouvelles élections. Les Israéliens eux-mêmes ne reprochaient-ils pas au président Abbas de parler au nom d’une partie seulement du peuple palestinien ? Pour des raisons tactiques et stratégiques, le gouvernement israélien n’a pas accepté cette démarche. Il y avait pourtant là l’occasion de voir se constituer, par delà les positions des uns et des autres, un gouvernement qui aurait représenté tout le peuple palestinien. Un gouvernement palestinien doit bien sûr reconnaître le droit à l’existence d’Israël. C’est clair. Mais il n’y a eu aucun signal, laissant présager que tel ne serait pas le cas. La réaction de M. Netanyahou est compréhensible à court terme mais elle est, à mon avis, fatale à moyen et à long terme. La sécurité d’Israël ne sera assurée que lorsque les Palestiniens pourront vivre en paix dans un Etat souverain. J’ajoute que ce qui se passe en ce moment à Gaza ternit de manière tragique l’image d’Israël, singulièrement dans le Tiers-monde. Israël, qu’on le veuille ou non, c’est aussi l’Occident, avec toutes les connotations négatives que cela peut impliquer.

La diplomatie européenne renvoie une image de passivité dans cette crise…
Jean Asselborn: Lorsque John Kerry nous a exposé sa démarche, nous avions sincèrement l’espoir de voir se dégager des solutions sur les points capitaux : les frontières, Jérusalem, les réfugiés. Les Américains nous ont demandé de les laisser mener les négociations sans interférer directement ou indirectement. L’Europe n’avait pas d’autre choix. Nous avons soutenu Kerry, nous avons soutenu Tzipi Livni et Saeb Erekat pour aller de l’avant. Au fil du temps, le dialogue s’est grippé. Aucun accord ne se dégageait. Ni sur les points essentiels ni sur les détails. Jusqu’au clash de la quatrième tranche de libération des prisonniers.

Quels leviers diplomatiques pourraient obliger Israël à cesser la colonisation ?
Jean Asselborn: Il faut d’abord que la paix revienne. Sans cessez-le-feu, personne ne peut reprendre le chemin de la négociation. La volonté du président Abbas de ratifier soixante conventions, l’adhésion de l’Autorité palestinienne à la Cour pénale internationale sont autant de démarches utiles, mais rien ne peut remplacer des négociations. Si celles-ci devaient redémarrer d’ici la fin de l’année sous quelque forme que ce soit, le gouvernement israélien devrait démontrer la volonté de parvenir à une solution à deux Etats. Ce qui implique de mettre un terme à la colonisation. Les Israéliens devraient avoir une autre conception de leur propre sécurité. Celle-ci passe par un Etat pour les Palestiniens. S’agissant de Gaza, on ne peut pas laisser 1,7 millions de personnes vivre sans aucune perspective dans une prison à ciel ouvert. C’est cela qui engendre la violence. C’est une dynamique destructrice.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui pour l'Humanité

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13/07/2014

VOUS PRESIDENT ! LETTRE OUVERTE DU PROFESSEUR OBERLIN !

oberlin.jpgFace à cette boucherie insoutenable, qui fait recours aux bombes DIME, qui n'épargne même pas les morts dans leurs tombes, ni les handicapés, qui se poursuit en toute impunité dans une prison à ciel ouvert encerclée de toute part, mer terre et air, et qui me concerne non seulement pour la cause humanitaire, mais aussi en tant que citoyenne française trahie par son président, nous partageons cette lettre ouverte (voir video, attention images choquantes) du professeur de médecine Christophe Oberlin:

"Vous président, voulez-vous que je vous montre les photos des enfants palestiniens coupés en deux par les bombes israéliennes ?

Vous président, savez-vous qu’un enfant palestinien est tué par Israël chaque trois jours, depuis dix ans ?

Vous président, vous vous inscrivez dans la lignée d’une classe politique détestable : celle qui a fait fonctionner la guillotine pendant la guerre d’Algérie, celle qui a signé pour l’assassinat de Larbi ben Mhidi, celle de l’expédition de Suez, celle qui a donné la bombe atomique à Israël.

Vous président n’avez décidément rien retenu des cours d’histoire et des cours de droit de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

Vous président, alors qu’Israël agrandit tous les jours son territoire par la force, vous prétendez nier le droit des Palestiniens à résister par la force ?

Vous président, en soutenant un état qui agrandit ses frontières par la force, vous violez la charte des Nations Unies !

Vous président, par la coopération militaire que vous entretenez avec Israël, vous êtes juridiquement complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Vous président, alors que les Palestiniens sont majoritaires sur le territoire de la Palestine, en soutenant la minorité vous niez la démocratie !

Vous président, je vous accuse de l’une des pires formes de racisme : le racisme en col blanc !

Vous président, vos déclarations n’engagent que vous, vous êtes la honte de la France !"

11/07/2014

ISRAEL : L'ONU dénonce un "nettoyage ethnique"

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L'expert indépendant du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés, l'Américain Richard Falk, a une nouvelle fois dénoncé aujourd'hui la politique d'Israël dans ces territoires, affirmant qu'elle présente les caractéristiques de "l'apartheid" et du "nettoyage Ethnique".

"La réalité sur le terrain s'aggrave aussi bien du point de vue du droit international que du point de vue du peuple palestinien", a-t-il dit aux journalistes à Genève. Il a notamment accusé Israël "d'efforts systématiques et continus pour changer la composition ethnique de Jérusalem Est", de "recours excessif àla force", de "punition collective" à Gaza, de destructions d'habitations et de construire de plus en plus de colonies.

"Il y a une discrimination systématique sur la base de l'identité ethnique, avec l'objectif de changer la démographie de Jérusalem", a-t-il affirmé, appelant cela une forme "de nettoyage ethnique".

Depuis 1996 plus de 11.000 Palestiniens ont perdu leur droit de vivre à Jérusalem, a souligné Falk. "Ce que nous appelons occupation est maintenant de plus en plus compris comme une forme d'annexion, une base pour un apartheid dans le sens où il y a un double système légal discriminatoire", a ajouté Falk.

Le mandat de Richard Falk expire dans quelques jours, après une mission de six ans qui lui a valu de polémiquer vivement et régulièrement avec Israël et ses soutiens, notamment les Etats-Unis et le Canada.

Ce professeur emeritus de l'Université de Princeton, âgé de 82 ans, est lui même juif, ce qui lui permet de balayer toutes les accusations d'antisémitisme dont il a fait souvent l'objet. Il considère que ces attaques visent "à dévier la conversation du message vers le messager".

Il a affirmé que la Cour Internationale de Justice devrait examiner le statut légal de cette occupation prolongée par Israël «l des territoires palestiniens et il a rappelé que cette cour avait en 2004 déclarée illégale la construction de la barrière par Israël isolant ces territoires occupés en 1967, ce qui n'a pas empêché l'Etat hébreu de poursuivre ses travaux.

Photo Ziad, article publié par le Figaro

08/07/2014

LA REPUBLIQUE DOIT CONSIDERER TOUS SES ENFANTS DE LA MEME FACON

Ssema3.jpgpécialiste de géopolitique, président de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface lance un véritable débat arguant que « La République doit considérer tous ses enfants de la même façon »

En publiant 
"la France malade du conflit israélo-palestinien", Pascal Boniface affirme ses craintes de voir s’ériger des barrières séparant différentes communautés dans notre pays rejoignent sa compréhension de l’Europe et du monde.

Dans la France malade du conflit israélo-palestinien (1), vous vous interrogez sur le fait de revenir sur cette question. Pourquoi?

Pascal Boniface. Malheureusement, les faits m’ont donné raison. Quand on aborde de façon critique la politique du gouvernement israélien ou encore les prises de position des intellectuels et institutions communautaires en France sur la question du conflit israélo-palestinien, on se met forcément un peu en danger. Il y a deux risques. Le premier est d’être accusé d’antisémitisme plus ou moins assumé. Cela a été le cas.

J’ai été attaqué de façon scandaleuse par un journaliste, Frédéric Haziza, et par Julien Dray, dont on peut par ailleurs s’étonner qu’il soit encore élu au conseil régional d’Île-de-France au vu de l’ensemble de son œuvre et par rapport au désir de moralité qui semble gouverner dans les hautes sphères. Ceci étant, après cette polémique odieuse m’accusant de nier la dimension antisémite du meurtre d’Ilan Halimi, une pétition a été lancée et a recueilli plusieurs milliers de signatures sur le thème « Stop à la chasse aux sorcières » (2). Lorsque je regarde la liste des signataires et leur réputation morale, je suis réconforté. Le second risque, c’est le black-out.

Les médias dans leur grande majorité n’ont pas voulu parler du livre et de ses thèses. La tentation chez beaucoup de mes collègues chercheurs et de nombreux journalistes consiste à considérer que ça divise l’opinion ou qu’il n’y a que des coups à prendre et qu’il est donc plus prudent de ne pas aborder ce sujet. Mais, en attendant, le débat continue, et parfois, de façon plus malsaine. D’ailleurs, je suis pris entre deux écueils, les ultras pro-israéliens m’accusent d’antisémitisme. Et lorsque, dans des débats un peu chauds, je m’élève contre l’utilisation du terme « entité sioniste » pour parler de l’État d’Israël, que je refuse la vision d’une presse contrôlée par les juifs ou que je dénonce Dieudonné, d’autres m’accusent d’être payé par les juifs. Il y a donc là un enjeu essentiel pour notre débat démocratique.

Combattre l’antisémitisme mais refuser le chantage consistant à faire un amalgame entre critique politique du gouvernement israélien et antisémitisme.

Est-ce au point de tirer la sonnette d'alarme sur l?état de la société française ?

Pascal Boniface. Oui. Il y a un décalage extrêmement fort entre les élites politiques et médiatiques très prudentes et l’opinion de la rue vindicative sur la question. La prudence et 
la pusillanimité des uns, pour ne pas dire l’absence de courage, conduisent d’une certaine manière à l’extrémisme des autres. La société française perd des deux côtés. Il faut vraiment aborder cette question, en parler très ouvertement et franchement. Plus on en discutera de manière sereine et de façon ouverte et plus on évitera les dérives.

Vous mettez en garde contre le communautarisme. À quoi faites-vous allusion ?

Pascal Boniface. Le discours des institutions juives ou des intellectuels communautaires, pour ne pas dire communautaristes, répète en boucle que l’antisémitisme est très fort en France, qu’il y a une « montée » de ce phénomène, et que la menace antisémite est plus importante et virulente que les autres formes de racisme. Il faudrait alors plus se mobiliser contre cette forme de racisme. Et, en annexe, ne pas critiquer le gouvernement israélien car cela alimenterait l’antisémitisme. Pour une grande partie de la population qui vit de nombreuses discriminations au quotidien, les Noirs et les Arabes, ce discours est vécu de façon assez douloureuse. Ils ont l’impression qu’on sous-estime les discriminations dont ils sont victimes et que certains doivent être plus protégés que d’autres. Il y a alors danger. Les études et les faits montrent que l’antisémitisme, même s’il n’a pas disparu, est nettement moins fort qu’il y a une ou deux générations en France. En même temps, chaque année au dîner du Crif, le président parle d’une montée de l’antisémitisme. En fait, le grand revirement est que l’antisémitisme est moins fort mais le soutien à Israël dans la population française l’est également.

Vous regrettez une instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme à des fins géopolitiques. Comment cela se traduit-il ?

Pascal Boniface. La défense inconditionnelle de l’État d’Israël des institutions juives, quelle que soit son action ou sa politique, très rapidement reliée à la lutte contre l’antisémitisme contribue à faire peur aux juifs français. Cela vient poser une barrière entre juifs et non-juifs autour de cet enjeu du soutien à Israël. Cela est très dangereux. On voit, par exemple, sur quelles bases le Crif a décidé de ne plus inviter le Parti communiste à son dîner annuel. Que l’on me montre la moindre déclaration d’un dirigeant communiste qui verse dans l’antisémitisme. Par contre, on reproche aux communistes leur solidarité avec la cause palestinienne. Le Crif privilégie ainsi son soutien à Israël au détriment du combat contre l’antisémitisme.

Tout en se disant en faveur d’un règlement pacifique, les institutions et les intellectuels communautaires pilonnent systématiquement ceux qui sont tout autant pour la paix mais qui estiment que le blocage de la situation provient plus de l’occupant que de l’occupé. Les institutions juives mettent en avant la lutte contre l’antisémitisme pour tétaniser toute expression politique contraire ou critique à l’égard du gouvernement israélien. Elle est directement taxée soit d’antisémitisme, soit de le nourrir en important le conflit du Proche-Orient.

Cet argument est pour le moins paradoxal puisque ce sont les mêmes qui, sans cesse, appellent les juifs de France à démontrer une solidarité infaillible au gouvernement israélien. Ils sont donc très largement responsables de ce faux lien.

Pourtant n'assiste-t-on pas à une recrudescence des actes antisémites les plus violents ?

Pascal Boniface. Il y a eu Mohamed Merah qui a tué des enfants parce qu’ils étaient juifs. Nous ne sommes pas à l’abri d’un tel acte terroriste qui, par définition, est incontrôlable et on ne peut pas nier l’existence d’un tel risque. Il y a eu aussi l’affaire Ilan Halimi, même si plus complexe, qui a une dimension antisémite mais qui ne peut pas se résumer uniquement à un acte antisémite.

Mais, il n’y a pas de recrudescence d’agressions ou d’injures. Les actes antisémites, bien sûr toujours trop nombreux, représentent un nombre faible face à l’ensemble des actes violents répertoriés, dans la rue, à l’école, en milieu hospitalier, etc. Je donne à ce sujet des chiffres très précis. Nous vivons dans une société violente. Et puis, surtout, il y a beaucoup d’agressions racistes qui touchent d’autres catégories de populations. Les actes antimusulmans ou anti-Noirs sont très nombreux alors qu’ils ne semblent pas faire autant l’objet d’une vigoureuse dénonciation des médias ou des pouvoirs publics. Cela est largement ressenti. Les médias et les élus de la République font très souvent du « deux poids, deux mesures », aggravent un mal qu’ils disent vouloir combattre.

Faut-il y voir un péril pour la République ?

Pascal Boniface. Je cite plusieurs exemples d’agressions d’autres communautés, pas seulement arabes, de faits graves pas ou peu médiatisés. Cela au final se retourne contre les juifs français car cela crée un sentiment d’être traité différemment. Il ne faut pas ignorer l’existence d’une nouvelle forme d’antisémitisme en banlieue aujourd’hui. Cela est dû plus à une forme de jalousie sociétale qu’à une haine raciale. Il y a le sentiment que l’on en fait plus pour les uns que pour les autres. Par ailleurs, le Crif joue à la fois un rôle de repoussoir et de modèle.

Beaucoup de musulmans y voient la bonne méthode pour se faire entendre des pouvoirs publics et veulent faire pareil. Le risque est de se retrouver communauté contre communauté. Faire ce constat, ce n’est pas vouloir dresser les uns contre les autres. Je réclame au contraire l’égalité de traitement. La République doit considérer tous ses enfants de la même façon. Quels que soient l’histoire et les drames vécus précédemment, il n’y a pas de raison que certains soient plus protégés que les autres. Je remarque toutefois que l’on parle beaucoup plus des dégradations de mosquée, des agressions et des injures islamophobes. Une prise de conscience est en train de s’opérer dans les médias certainement liée à la pression populaire et aux réseaux sociaux.

 

Vous présidez l'Iris et êtes de ce fait attentif à l'actualité du monde. À quelques jours des élections européennes et au regard de l'actualité ukrainienne, quel est l'enjeu stratégique pour l'UE ?

Pascal Boniface. Les élections vont être probablement marquées par un fort taux d’abstention 
et par des débats qui portent plus sur la politique intérieure de chaque pays que sur l’Europe. Il y a cet effet de ciseau entre un Parlement européen qui est de plus en plus important en termes de pouvoir et de détermination de politiques européennes et des citoyens français qui croient de moins en moins en l’Europe et dans sa capacité 
à impulser une direction. L’exemple de l’Ukraine montre qu’il y a encore un appétit d’Europe en dehors des frontières de l’Union européenne et une fatigue à l’intérieur. Pourquoi ?

Parce que les choses sont mal présentées. Est-ce l’UE qui impose des règles d’austérité injustes ? Le système de santé est malmené en Grèce afin de faire des économies demandées par l’UE. Mais c’est bien le gouvernement grec qui décide de ne pas imposer l’Église orthodoxe ou les armateurs et de faire peser l’effort sur les citoyens. La décision est nationale.

Sur la crise ukrainienne, l’Europe a réussi une médiation extrêmement positive entre le gouvernement 
et l’opposition ukrainienne en parvenant à l’accord du 21 février. Cet accord n’a pas ensuite été respecté et l’Europe n’en a pas tenu compte. S’il avait été mis 
en œuvre, il aurait pourtant évité la crise survenue. L’Europe n’a pas suffisamment confiance dans ses capacités d’acteur global et n’a pas conscience du poids qu’elle représente.

Jusqu'à se retrouver maintenant à la remorque de la position américaine ?

Pascal Boniface. Oui, clairement. Elle n’a pas suivi les États-Unis sur la nature des sanctions mais l’impulsion première a été donnée par les Américains et s’est appuyée sur leurs plus fidèles alliés en Europe. En réalité, le tournant a été manqué 
il y a deux décennies lorsque la fin du monde bipolaire n’a pas été gérée de façon satisfaisante. Gorbatchev a fait des efforts extraordinaires pour construire un monde nouveau en permettant aux Nations unies de jouer pleinement leur rôle. 


De leur côté, les Américains ont parlé eux d’un nouvel ordre mondial en se félicitant d’avoir gagné la guerre froide. Ils ont privilégié la tentative 
de la construction d’un monde unipolaire sur la possibilité de construire un monde basé sur la sécurité collective bâtie sur l’effort de tous. Du coup, on n’a toujours pas reconstruit un nouvel ordre mondial.

Votre grille de lecture de la société et du monde semble suivre une même logique ?

Pascal Boniface. Vous avez parfaitement raison. Il y a une matrice commune : respecter les autres, prendre le point de vue de l’autre en considération et surtout éviter d’humilier les autres car c’est une source première de violence et de rejet. Il s’agit de respecter les individus à l’échelle de la société ou les peuples au niveau mondial. L’information circule tellement aujourd’hui que l’on ne peut pas baser une relation sur le mépris et la négation de l’autre. C’est non seulement moralement indéfendable, mais c’est politiquement dangereux.

Des questions stratégiques à la géopolitique du sport. 
Pascal Boniface a écrit une cinquantaine d’ouvrages, alternant essais et livres pédagogiques sur les questions stratégiques, traitant de la politique extérieure de la France, des questions nucléaires, de la sécurité européenne, 
du conflit du Proche-Orient et de ses répercussions sur la société française et sur les rapports de forces internationaux, ainsi que du rôle du sport dans les questions internationales. Son dernier ouvrage, Géopolitique du sport, vient 
de paraître aux éditions Armand Colin.

1) Éditios Salvador. 222 pages. 19,5 euros

(2)http://www.change.org/fr/pétitions/l-opinion-publique-sto...

Entretien réalisé par 
Pierre Chaillan pour l'Humanité

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