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06/02/2007

LES PARTIS POLITIQUES SONT-ILS DISQUALIFIES ?

medium_pcfimage.jpgLes partis politiques sont-ils disqualifiés ?

Raymond Huard est historien, auteur de l’Élection du président au suffrage universel dans le monde (1) et de la Naissance du parti politique en France (2). Entretien.

Rappel des faits

En présentant jeudi dernier sa candidature, José Bové déclarait : « Je ne suis pas le candidat d’un parti. Je ne suis pas un professionnel de la politique. » « C’est pourquoi je ne suis pas hors-sol », précisait-il dans un entretien le lendemain. José Bové tire de sa non-appartenance à un parti la légitimité de sa candidature et un atout pour rassembler. La plupart des candidats sont issus de partis et ont été désignés par eux et tous les candidats à l’élection présidentielle, loin de là, ne cherchent pas à s’en démarquer. Nicolas Sarkozy prétend cependant : « Je ne suis pas le candidat d’un système. » Une posture de campagne que son porte-parole Xavier Bertrand confirme : « Nicolas Sarkozy est un candidat hors système. »

 

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle se présentent comme « hors parti » ou « hors système » et en font un argument électoral. Est-ce que cela signifie que les partis politiques seraient disqualifiés pour gouverner le pays ?

Raymond Huard. Regardons exactement quelle est la situation. La plupart des candidats à l’élection présidentielle ont commencé par recueillir les suffrages de leur parti. C’est vrai pour Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou, Dominique Voynet, Olivier Besancenot et Marie-George Buffet. Et même certains ont mené une véritable campagne pour obtenir ce soutien. Remarquons que ce phénomène s’est accentué depuis les débuts de l’élection présidentielle au suffrage universel. C’est donc une tendance forte. Et ceux qui se présentent comme fédérateurs hors parti, comme José Bové, fédèrent aussi des minorités de partis (minorité des Verts, de la LCR, du PCF...). Apparemment il ne néglige pas l’apport de ces minorités de partis.

Alors, ce fait reconnu qui est fondamental, il y a des candidats qui cherchent à élargir leur base au-delà des partis. Quand Sarkozy se dit « hors système », il flatte l’électorat de droite qui n’est en général pas très favorable aux partis. C’est dans ce cas un double langage. Mais il peut y avoir d’autres raisons : par exemple affirmer une certaine marge de liberté par rapport à son parti, ce qui peut s’admettre dans une élection au caractère très personnalisé. La démarche de Marie-George Buffet est encore différente : elle ne cache pas son appartenance au PCF, mais elle peut se réclamer aussi d’une légitimité conquise à la base dans les collectifs unitaires.

Mais cette posture recherchée par certains ne s’appuie-t-elle pas sur une crise des partis ?

Raymond Huard. L’élection présidentielle est une élection politique et il n’y a rien d’anormal à ce que les partis y jouent un rôle prépondérant. Qu’ils désignent les candidats. C’est dans ces partis qu’ils se sont fait connaître, qu’ils ont été testés et éprouvés. C’est une garantie de sérieux qui peut prémunir des emballements passagers de l’opinion sur une personnalité médiatique ou charismatique. Cette réalité n’est pas seulement française : dans la plupart des pays où existe une élection présidentielle au suffrage universel, Mexique, Chili, Brésil, Russie, dans bien des pays d’Afrique, où les partis sont très nombreux, se sont les partis qui présentent les candidats. Si on a une vision large, il n’y a jamais eu autant de partis dans le monde, et on ne voit pas tellement cette « crise des partis » dont on parle.

En France, l’élection présidentielle ne vient-elle pas modifier la vie des partis. Ne se transforment-ils pas en « partis de supporters » ?

Raymond Huard. Ça peut être vrai. Et cette sorte de captation par un candidat de son parti, n’existe que si le parti en question l’accepte et s’il y trouve son compte. Il n’empêche que le rôle des partis doit inévitablement continuer. Même si les partis n’ont pas le monopole de la représentation populaire, puisqu’il existe de nombreuses associations plus spécialisées dans des domaines divers (santé, logement, écologie...), les partis ont plusieurs spécificités qui rendent leur rôle indispensable. La première, c’est qu’ils doivent être à même d’apporter des réponses cohérentes à l’ensemble des problèmes qui se posent à un moment donné à une nation.

Deuxièmement, ces formations travaillent à tous les niveaux de responsabilité, local, communal, départemental, régional, national, européen, mondial. Et ils assurent leurs tâches de façon continue dans le temps, avec un suivi politique, et non l’espace d’une élection. La Constitution reconnaît ce rôle aux partis (article 4, « ils concourent à l’expression du suffrage... »). Pour l’élection présidentielle, l’obligation des 500 parrainages rend plus facile à un parti implanté dans tout le pays de se présenter.

Cette implantation est d’ailleurs le résultat d’efforts de longue durée, méritoires. Une campagne demande de l’argent, de la militance, que les partis sont mieux à même de fournir. Il faut enfin se rappeler que le président, pour gouverner, devra s’appuyer sur une majorité parlementaire qui lui sera fournie par des partis.

On présente souvent les « politiques » comme coupés des réalités. Les gens ne se sentent plus représentés par les partis ou dans les partis.

Raymond Huard. Il y a sûrement beaucoup de chose à changer dans les partis pour que les gens s’y reconnaissent. Mais ce qui a fait du mal, ce sont surtout les politiques qui ont été menées et qui n’ont pas répondu aux attentes. Ça demanderait un autre développement. Les partis ne sont pas parfaits, faut-il pour autant les remplacer et par quoi ? Des lobbies, des groupes de pression, des comités plus ou moins occultes ? Ou bien des mouvements aux structures plus lâches ? Mais est-ce que le fonctionnement de tels mouvements donne plus de garantie démocratique ou d’efficacité que celui des partis, avec leurs règles, leurs congrès... Personnellement, je ne pense pas qu’on puisse faire l’économie des partis. Ensuite leur forme, leur fonctionnement est l’affaire de chacune des organisations.

Est-ce que c’est toujours un terrain dangereux pour la démocratie de s’attaquer aux partis ?

Raymond Huard. S’il s’agit de critiquer les défauts des partis, de tel ou tel d’entre eux, c’est totalement légitime. Mais oui, il est dangereux de cultiver, comme on le fait si souvent, le dédain systématique vis-à-vis des partis et le dégoût de la politique. Les partis sont en France suffisamment nombreux pour que chacun puisse y trouver une sensibilité qui corresponde à la sienne. Quant aux « appareils » de ces partis, ils ont pour certains de l’importance, mais dans l’ensemble, ils ne sont pas tellement forts.

(1) 2003, aux éditions La Dispute, (2) 1996, aux Presses de Sciences-Po.

Propos recueillis par Olivier Mayer, l'Humanité

13:40 Publié dans Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : partis politiques, présidentielles, élections, PCF, PS, UMP | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

26/12/2006

A PROPOS DE LA VILLE NOUVELLE D'EVRY

medium_valls2.2.jpgPour la réussite de son projet urbain, le député et maire socialiste Manuel Valls fait le compte des faiblesses et des atouts d’une des premières villes nouvelles.

Quel est l’état de l’héritage d’une ville nouvelle ?

Manuel Valls. Il ne faut pas renier le passé. Évry est sortie de l’opération d’intérêt national le 1er janvier 2001 pour céder la place à une communauté d’agglomération. Évry est une ville qui a été pensée dans tous ses détails par des urbanistes, des architectes jeunes, modernes, qui imaginaient une ville idéale avec une présence, une force de l’État qune retrouve plus aujourd’hui, mais sans consulter beaucoup les citoyens, les habitants, ni les villes qui les entourent. C’était le fruit d’une volonté qui parfois manque en matière d’aménagement, et les villes nouvelles sont le dernier geste, fort, puissant, d’un État centralisateur, jacobin.

Depuis, la décentralisation est passée par là, les architectes et les urbanistes ont essentiellement réfléchi sur la question de la rénovation urbaine. Le bilan est contrasté car, comme beaucoup de villes de banlieue, avec des quartiers populaires, nous faisons face à l’insécurité, la violence, la paupérisation, la crise du logement, le départ des classes moyennes.

De ce point de vue là, il y a un échec. Ces villes se sont appauvries pour différentes raisons qui n’étaient pas dans les gènes du projet initial. Le choc pétrolier des années 1970, le type de financement du logement social, l’accession sociale à la propriété, les politiques migratoires..., ont conduit à une paupérisation d’un certain nombre de quartiers. Ici, dans un temps encore plus ramassé, avec une violence plus intense qu’ailleurs - je parle aussi de violence sociale -, la ségrégation territoriale, sociale et ethnique qui mine notre pacte républicain s’est faite en quelques années.

Le retournement de conjoncture a été très violent au début des années quatre-vingt-dix ; un quartier comme les Pyramides, qui accueillait des hauts fonctionnaires, des énarques, des architectes, des classes moyennes d’une manière générale, ce quartier idéal qui avait fait l’objet d’un des plus grands concours qui ait jamais eu lieu dans ce pays, même s’il reste encore de la mixité sociale avec des copropriétés et quelques pionniers, ce quartier s’est appauvri en quelques années. Alors que c’est un quartier de centre-ville. En même temps, ce qui constituait la richesse initiale de ces villes, la mixité, est resté une réalité. La ville a des équipements éducatifs, culturels, sociaux, des services publics nombreux et de qualité.

 Elle possède de nombreux espaces verts, des bâtiments de qualité. Il y a toujours les sièges des grandes entreprises installés il y a trente ans, le pôle universitaire, le Généthon... Les atouts principaux d’Évry, ce sont la jeunesse (un âge moyen de 26 ans) et la diversité de sa population. Le but du projet de ville est de faire vivre tout le monde ensemble. L’esprit pionnier, inventif, est toujours présent. C’est pour cette raison que les atouts l’emportent. Au moment où les grandes villes rejettent leurs catégories populaires, Évry peut retrouver un projet.

Vous insistez beaucoup sur la question de l’insécurité. La résolution de ce problème est-elle un préalable au projet de ville que vous présentez aux habitants ?

Manuel Valls. Évry a été victime de son image de « ville idéale ». Quand il y a eu le retournement, au début des années quatre-vingt-dix, quand les violences urbaines ont été à la une de l’actualité, elle est devenue progressivement synonyme de violence et d’insécurité. Aujourd’hui, la question de la violence colle à l’image, à l’identité même de la ville. La lutte contre la délinquance, l’insécurité sont forcément des priorités. Mais la question du pacte républicain est liée à la problématique des comportements. Cvrai que c’est une ville très jeune, qui vit en permanence son rapport à l’école, à l’éducation. Nous essayons de bâtir ici une petite république des bonnes manières, d’apprendre à vivre ensemble.

Le projet est bâti autour de la construction de plusieurs milliers de logements neufs pour attirer les classes moyennes. Est-ce que vous souhaitez changer la population ?

Manuel Valls. Quand j’ai été élu maire, en mars 2001, j’étais le quatrième maire en deux ans. Évry vivait une crise économique, sociale et politique. Il a fallu redonner confiance. Le statut de ville nouvelle créait de l’irresponsabilité. Les gens avaient le sentiment d’être abandonnés. Il fallait d’abord redonner confiance aux Évryens et ensuite leur proposer une rénovation urbaine, construire un vrai centre-ville : 1 200 logements, qui vont s’inscrire dans la construction de 3 000 à 4 000 logements notamment sur le centre urbain. Il ne s’agit pas de changer la population.

Nous sommes une ville populaire, de couches moyennes, mais je ne veux pas qu’Évry devienne une ville pauvre. Nous avons 43 % de logements sociaux, 27 % d’accession sociale à la propriété, et 6 % des Évryens vivent en foyer. Je suis très fier d’être maire d’une ville populaire. En même temps, il faut un équilibre, qu’on puisse offrir un parcours résidentiel diversifié dans la ville. Ces couches moyennes étaient présentes au début, nous voulons les retrouver. Je ne veux pas nier l’histoire de la ville nouvelle, je veux d’une certaine manière renouer avec le projet initial. Nous voulons en même temps conforter l’aspect populaire, aider les populations en difficulté et stopper la paupérisation, et redonner une vitalité à travers l’arrivée de nouvelles couches sociales.

Propos recueillis par J. M. pour l'Humanité

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17/12/2006

OUVERTURE DES MAGASINS LE DIMANCHE

medium_ccdim.jpg« Le risque d’une polarisation accrue de la société »

Entretien avec le sociologue Jean-Pierre Durand, de l’université d’Évry.

Pour le sociologue Jean-Pierre Durand, de l’université d’Évry, l’ouverture des magasins le dimanche accentuerait les clivages culturels. La forte opposition qu’elle suscite dans l’opinion s’explique par la crainte d’être touché à son tour par cette déréglementation.

La controverse sur le travail du dimanche est relancée. Au-delà de la problématique sociale, du droit au repos des salariés directement concernés, de leur pouvoir d’achat aussi, la question n’est-elle pas posée de la marchandisation de la société ?

Jean-Pierre Durand. Nous sommes entrés dans une société où la marchandisation règne à tous les niveaux de l’espace domestique. L’ouverture des magasins le dimanche pose plusieurs questions. Faut-il les ouvrir tous ? Certains disent : en priorité les magasins de la culture, de bricolage, ameublement, jardinage... De fil en aiguille, on en vient à les ouvrir tous, il n’y a pas de sélection juste, fondée. La principale interrogation, à mes yeux, est de savoir pourquoi et comment ces magasins ouverts le dimanche sont utilisés. On risque d’aboutir à une polarisation accrue des populations. D’un côté, il y a ceux qui disposent de beaucoup de temps, de capital culturel, social, pour lesquels l’ouverture du dimanche ne changera strictement rien. Ils ne fréquenteront peut-être même pas les magasins le dimanche, parce qu’ils ont d’autres choses à faire, plus intéressantes : la dimension de la marchandise ne les occupe presque pas, ils ont un rapport à la marchandise purement utilitaire.

À l’opposé, en France comme dans la plupart des pays industrialisés, il faut reconnaître que la culture est mal distribuée ; il y a des gens pour qui la sortie dans les grands magasins est vécue comme une sortie culturelle. Les grandes surfaces sont un peu les « maisons de la culture » pour certaines catégories sociales. Pour moi, c’est là le plus grand échec du capitalisme dans les pays industrialisés : ne pas avoir été en mesure, vu le niveau de développement atteint, de donner envie à une grande partie de la population de se cultiver, d’avoir des aspirations plus élevées que des aspirations uniquement matérielles. Ce n’est pas l’ouverture des magasins le dimanche qui va changer cela. Mais il est sûr qu’il se trouvera des gens pour les remplir, y compris pour ne rien acheter...

Il n’y a aucun mépris dans ce constat. Simplement, ils n’ont pas pu avoir accès à la culture, l’école ne leur a pas donné : on a instrumentalisé l’école, le lycée comme l’université, où il s’agit d’avoir un diplôme en oubliant complètement la formation et bien sûr la culture. Alors que la réussite dépend moins du parchemin que de la culture.

Selon les sondages, l’opinion publique est très partagée sur le sujet, une moitié pour l’ouverture le dimanche, une moitié contre.

Jean-Pierre Durand. Les jeunes sont plutôt pour, parce qu’ils n’ont pas de vie sociale rythmée et parce qu’ils pensent que ça peut leur procurer de l’emploi, même temporaire, pour payer des études... Les plus anciens sont plutôt contre, pour les raisons inverses. Au-delà, je pense que les contre appliquent le principe de précaution : ils y voient une déréglementation nouvelle, non maîtrisée, qui peut avoir des effets sur l’ensemble de la société, y compris dans l’espace de travail. Ils subissent déjà une flexibilité généralisée.

Entretien réalisé par Yves Housson, pour l'Humanité

19:15 Publié dans Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : magasin, dimanche, ouverture | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

24/11/2006

MG BUFFET VEUT RASSEMBLER

medium_mfb181106.3.jpgQuelle appréciation portez-vous sur la situation créée à gauche par la désignation de Ségolène Royal ?

Marie-George Buffet. La candidature de Ségolène Royal porte des propositions marquées par un renoncement à changer profondément les choses. Assouplir la carte scolaire au lieu de donner les moyens d’une école de la réussite. Inventer des jurys citoyens au lieu d’aborder de front la question d’une VIe République. On pourrait multiplier les exemples. Vers quelle politique irions-nous ? Une politique sociale-libérale qui n’engagerait pas les grandes réformes sans lesquelles aucun changement n’est possible : une nouvelle politique fiscale pour donner les moyens à la recherche, à la culture et à l’école, l’égalité réelle entre les hommes et les femmes, de nouveaux droits pour les salariés, la réforme du financement de la protection sociale... Cette candidature donne de nouvelles responsabilités au Parti communiste, mais également à tous ceux et celles qui veulent créer les conditions d’une nouvelle majorité à gauche. C’est pourquoi j’ai décidé de lancer un appel à tous les hommes et toutes les femmes de gauche : rejoignons-nous sans attendre, construisons ensemble une autre voie à gauche apte à battre la droite et réussir à gauche.

Face à la politique de la droite et aux projets de Nicolas Sarkozy, un élargissement du rassemblement antilibéral est-il possible ?

Marie-George Buffet. Je le crois. La volonté de battre la droite est très forte. Et comment en serait-il autrement ? Son bilan est terrible. La carte des licenciements publiée récemment par l’Humanité, je la vis concrètement dans mes déplacements. On pourrait évoquer aussi la situation de l’hôpital public, de l’école... La droite doit payer la note pour son bilan. Il ne faut pas laisser les clés de la République à Nicolas Sarkozy. Sa droite est dangereuse au plan social, au plan de la démocratie, au plan international.

Mais ces millions d’hommes et de femmes qui veulent battre la droite, ils veulent que la gauche agisse contre les délocalisations, la précarité, l’insécurité. Ce sont ces questions que m’ont posées les ouvrières d’Aubade ou de Marie Surgelés avec qui je discutais dimanche dans la Vienne. Ce qu’ils veulent gagner, c’est le SMIC à 1 500 euros tout de suite, l’augmentation des salaires et des minima sociaux, une sécurité sociale universelle, des moyens pour l’école, une grande loi contre les violences faites aux femmes, une sécurité d’emploi et formation, un grand secteur public assurant le droit à l’énergie pour tous, un service public du logement... Ils veulent simplement une politique de gauche. Mais pour gagner cela, il faut un programme cohérent qui affronte les logiques libérales. C’est à cela que nous avons travaillé dans les collectifs unitaires. Ce programme est encore à enrichir, mais d’ores et déjà il faut le faire connaître. Il peut redonner espoir en une autre politique et faire grandir ce rassemblement.

Quelle ambition fixez-vous à ce rassemblement ? Y mettez-vous des frontières ?

Marie-George Buffet. Si je disais à l’une ou l’un de ces salariés rencontrés dimanche, si je disais aux familles en attente d’un logement que notre rassemblement n’aspire qu’à témoigner du bien-fondé de nos propositions ou à faire émerger une union de la gauche de la gauche, elles diraient : « Dans quel monde vit-elle ? Ne voit-elle pas l’urgence de battre la droite ? » Notre rassemblement doit clairement viser une majorité populaire pour constituer un gouvernement. Ne mettons donc aucune frontière ! Des hommes et des femmes de gauche ne se retrouvent pas dans le terme « antilibéral ». Je leur dis tout simplement : « Si vous pensez que la gauche a encore vocation à changer la vie, qu’elle peut, en rendant le pouvoir au peuple, se donner les moyens de s’en prendre aux grandes fortunes, au pouvoir divin des actionnaires ou au productivisme ravageur pour l’avenir de la planète, vous avez toutes les raisons de converger avec ceux qui sont déjà dans le rassemblement antilibéral. Nous nous sommes retrouvés, majoritaires autour du "non" de gauche, dans la lutte contre le CPE, contre les lois répressives, pour aider les enfants menacés d’expulsion, ou auparavant dans les luttes pour l’école, pour la laïcité... On peut converger et former cette majorité. On peut gagner en 2007. »

Les collectifs ont accompli beaucoup de travail. Reste la candidature. Certains estiment que votre qualité de dirigeante du PCF serait un obstacle au rassemblement. Que leur répondez-vous ?...

Marie-George Buffet. Il y a deux aspects. D’abord, la dirigeante : si je devais porter la candidature, je m’attacherais à ce que la diversité de notre rassemblement s’exprime pleinement, avec la volonté que les porte-parole constituent bien une équipe, et je n’exercerais plus mes responsabilités de secrétaire nationale.

L’autre aspect concerne mon appartenance au Parti communiste. Les partis sont nécessaires à la démocratie. Et le PCF est un lieu où des hommes et des femmes privés de parole (une femme, dans une réunion à Stains, me disait : « J’ai l’impression d’être gommée de la vie publique ») peuvent réfléchir ensemble, prendre des initiatives et des responsabilités. Si des partis confisquent le pouvoir, le PCF ne cesse, par ses actes, de montrer, depuis plusieurs années, dans les luttes, dans le combat pour le rejet de la constitution européenne, qu’il est un artisan acharné du rassemblement. Et il a toujours été utile à ce rassemblement. Aujourd’hui encore, il est le seul grand parti à avoir signé l’appel unitaire pour des candidatures antilibérales. Il en garantit, par sa présence, le caractère durable. Et ses militantes et militants, ses milliers d’élus sont pleinement engagés à faire vivre, avec d’autres, les collectifs unitaires.

On accuse aussi parfois les communistes de faire nombre dans les collectifs unitaires locaux et d’en créer pour qu’ils appuient votre candidature...

Marie-George Buffet. C’est ridicule. Ce qui est vraiment important, c’est que la dynamique prend corps. Elle se nourrit de l’investissement quotidien d’hommes et de femmes toujours plus nombreux dans leur diversité, parmi lesquels des communistes, évidemment. Et l’on devrait craindre cet envahissement populaire ? Ce serait quand même paradoxal pour une démarche qui se veut populaire et citoyenne ! Devrait-on avoir peur du collectif que j’ai rencontré récemment, devant le dépôt RATP de Saint-Denis ? Il y avait là des hommes et des femmes, communistes et non communistes. Leur collectif regroupe plus de 110 personnes. C’est de cet ancrage populaire dont on a besoin pour enclencher la dynamique. On en aura besoin dans la campagne. Mais au-delà, si demain nous sommes majoritaires, croyez-vous que l’on n’aura pas besoin de lieux où ces hommes et ses femmes pourront se retrouver et intervenir ? La démocratie doit jouer, sur la candidature comme sur les autres questions, celles du programme ou de l’orientation.

Vous avez rendu possible lors de la campagne référendaire que des hommes et des femmes, provenant de l’arc de toute la gauche, se retrouvent sur les mêmes estrades. Pensez-vous que le climat d’aujourd’hui rappelle celui qui a précédé la victoire du « non » ?

Marie-George Buffet. Les meetings rassemblent des foules très importantes, mais on n’y est pas encore. De nombreux hommes et femmes de gauche qui étaient sur les estrades ou dans les salles pendant la campagne du « non » ne sont pas encore avec nous. Il faut aller beaucoup plus loin, c’est le sens de mon appel. Chaque force doit pouvoir prendre ses propres initiatives pour mettre au pot commun ses points forts et ses atouts. C’est pourquoi le PCF, dans les quartiers et les entreprises, multiplie les initiatives, sur le pouvoir d’achat, avec les assises pour l’emploi...

À trois semaines des 9 et 10 décembre, date de la réunion nationale qui doit faire remonter les avis des collectifs locaux, quel est votre état d’esprit ? Êtes-vous confiante, inquiète, déterminée ?

Marie-George Buffet. Sereine. Si nous évitons les tensions et les anathèmes, nous ne nous ferons pas piéger par cette monarchie présidentielle. Aucune des candidatures en présence ne fait l’unanimité. Et c’est normal. Et si l’on devait procéder par élimination, on finirait par aller chercher le plus petit dénominateur commun. Ce qui signifierait que nous n’aurions plus d’ambition pour le rassemblement antilibéral. Même en équipe, être candidat, cela demande un énorme engagement. La droite ne nous fera aucun cadeau. Il faudra contrer les arguments, être sur le terrain tous les jours, tous ensemble, avec bien sûr une responsabilité supplémentaire pour le ou la candidate. Demandons-nous qui peut nous permettre de rassembler le plus largement, ceux et celles qui sont dans les collectifs, mais, bien au-delà, toutes les sensibilités de la gauche. Notre candidature devra surtout absolument parler à ces hommes et à ces femmes, et ils sont nombreux, que la droite précarise dans leur vie, l’emploi, le logement, l’éducation des enfants, la capacité à se soigner et à vivre dignement sa retraite. Pour ma part, je sens dans toutes mes rencontres que rien n’est encore joué : le bipartisme n’a pas encore refermé le couvercle sur les espoirs de changement. On peut bousculer le paysage politique. Si par millions, on conjugue nos énergies, comme en 2005, on peut gagner. Il y a urgence à faire du neuf à gauche. C’est le combat, l’ambition que je porte pour 2007.

Entretien réalisé par Jean-Paul Piérot

09:50 Publié dans Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : MG BUFFET, PCF, PRESIDENTIELLES | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!